"Survivantes" de Cédric Sire : vengeance, justice et excès en tous genres
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Mais qui est donc Cédric Sire, dont Survivantes est le premier livre que nous lisons ? Une petite recherche rapide nous renseigne : ancien chanteur de Death Metal (un détail qui explique certaines choses, on y reviendra), né dans l’Aveyron et vivant désormais à Toulouse (là encore, des lieux géographiques bien présents dans Survivantes), Sire écrit des polars, souvent d’obédience fantastique, depuis 20 ans, et a rejoint les rangs des auteurs français du genre qui « vendent ». Il a reçu pas mal de prix au cours de sa carrière, et son style direct, cinématographique pourrait-on dire, mais aussi sa propension à explorer les zones les plus sombres de l’âme humaine, le rapprochent de gens comme Maxime Chattam ou Jean-Christophe Grangé. Donc, ce mec adore l’intensité dramatique et les images « fortes » – comprenez plutôt traumatisantes – régulièrement au dépend du réalisme… Bref, en partant de ces informations, le lecteur n’aura pas de surprises en lisant Survivantes, sinon l’absence d’éléments réellement fantastiques…
Le roman suit quatre femmes marquées à vie par les violences qu’elles ont subies de la part d’hommes plus ou moins déséquilibrés (cela va du serial killer « de base » à la petite frappe de banlieue…). Comme la justice n’a jamais puni leurs agresseurs, elle se réunissent en une sorte de "commando de vigilantes", en utilisant l’expression anglo-saxonne, en quête de vengeance, et se lancent sur un chemin – assez logiquement – riche en dilemmes moraux et en décisions irréversibles. Mais surtout, ce chemin va leur réserver une drôle de surprise… mortelle !
Maintenant, sur le plan du thriller, il est difficile de nier l’efficacité de Survivantes, un « page turner » qui se dévore en quelques heures : le rythme est implacable, la tension maintenue de bout en bout, et la structure, complexe car allant et venant entre les différentes héroïnes, mais également faite de flashbacks à différentes époques, s’avère fluide et immersive.
Mais cette intensité se double d’un choix « esthétique » qui divisera. Les excès réguliers de violence graphique, les scènes d’horreur très explicites, rappellent les abus similaires que l’on retrouve – et déplore – chez Chattam ou Grangé, justement : une surenchère qui, au-delà d’un certain point, ne renforce pas le propos, mais finit par en diluer la force. Là où un traitement plus suggestif aurait laissé plus de place à la réflexion et à l’empathie du lecteur, l’accumulation d’images chocs l’enferme dans des stimuli épuisants.
Il est indéniable que Survivantes capte quelque chose de l’air du temps, pour le meilleur et pour le pire : la défiance croissante des citoyens envers les institutions, la colère des victimes, l’éternel débat entre justice et vengeance, mais aussi la nécessité d’une « sororité » face à la violence masculine. Survivantes est un thriller parfait pour l’été, captivant et efficace, mais laissera également son lecteur avec de nombreux sujets de réflexion après qu’il l’ait refermé.