"Le Sang des nôtres" d’Emmanuel Grand : big French pharma…
/image%2F1371294%2F20260714%2Fob_01ab7a_le-sang-des-notres.jpg)
L’industrie pharmaceutique n’a pas bonne presse, et fait un « méchant » idéal en 2026. Si l’on ajoute le bandeau publicitaire du Sang des nôtres qui nous annonce « la trahison en héritage« , on frôle le « spoil » quant à la résolution de l’énigme policière que nous a concoctée Emmanuel Grand. Et la famille jurassienne qui, dans son roman, tient les rênes d’un joyau de la pharmacie hexagonale, évoque assez rapidement le cas des laboratoires Servier, et par rebond, le scandale du Médiator. Mais pas de panique, s’il est relativement aisé d’imaginer ce qu’il va passer quand on évoque l’inquiétude d’une médecin lyonnaise face au décès incompréhensible de l’un de ses jeunes patients, Grand est un auteur à la fois sérieux et créatif, et il saura nous mener de surprise en surprise, jusqu’à une belle révélation que peu de lecteurs auront probablement vu venir.
Car si Emmanuel Grand est considéré comme un auteur important du thriller français actuel, c’est qu’il dépasse le stade du « simple » ingénieur d’énigmes policières excitantes, pour offrir – en tout cas dans ce livre – une peinture plutôt saisissante d’un milieu social très particulier, celui des grandes fortunes françaises, de ces familles bourgeoises qui, parce qu’elles possèdent un fleuron industriel du pays, ont un accès direct aux cercles de pouvoir.
Comme certains l’ont remarqué, il y a quelque chose de Millenium (enfin des Hommes qui n’aimaient pas les femmes) dans le Sang des nôtres, avec une construction plutôt rigoureuse de l’enquête policière menée par un couple de « héros » mal assortis mais qui se complètent, et qui se trouvent devoir affronter d’obscurs secrets de famille chez des « puissants ». Pas de connotations fantastiques à la mode, pas de scènes gore ni de violence débridée, on est ici dans une sorte de classicisme du polar qui s’avère assez rafraîchissant.
Il reste que l’on n’atteint pas le niveau de la trilogie de Stieg Larsson, peut-être parce que Grand est trop ambitieux en multipliant les protagonistes et les membres de la famille Varin, au risque de perdre le lecteur qui ne sait pas toujours qui est qui. Dans la même logique, Grand n’investit pas suffisamment dans la caractérisation des enquêteurs, Erik Buchmeyer et Salilha Bouazem, deux personnages dont on sent pourtant qu’ils ont le potentiel de générer l’empathie du lecteur : dans un prochain roman, peut-être ?
Voici en tous cas une lecture aussi divertissante qu’intelligente, puisqu’elle offre une réflexion sur le fonctionnement des laboratoires pharmaceutiques dans une logique purement capitaliste, qui fait passer l’intérêt du patient et même des médecins après celui des actionnaires.