"Fumer fait tousser" de Quentin Dupieux : Histoires qui font peur...
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Evidemment, le niveau d'activité de Dupieux au cours de ces dernières années, combiné à des déceptions vis à vis de certains de ses films moins convaincants, a fait qu'on a pu - c'est mon cas - passer à côté de certaines de ses œuvres lors de leur sortie en salle. C'est ainsi que j'avais fait l'impasse sur ce Fumer fait tousser, principalement parce que, à la différence de gens plus jeunes que moi, les références aux Power Rangers me laissaient froid, voire même avaient un effet de "repoussoir". C'était là une erreur, car Fumer fait tousser s'avère une franche réussite, tout au moins au niveau du plaisir du spectateur, qui s'amusera franchement pendant toute la durée du film. Pour ce qui concerne le "sens" que l'on pourrait attribuer à al démarche de Dupieux, c'est un peu plus... compliqué !
Fumer fait tousser nous raconte donc un stage de "teambuilding" imposé par leur chef (un rat qui s'appelle Didier, séduit toutes les femmes en dépit d'une bave verte dégoulinant en permanence, avec la voix de Chabat !) à une équipe de sauveurs de l'humanité nommée "Tabac Force" aux allures de... Power Rangers. Et, comme dans toute bonne virée camping d'adolescents ou d'adultes, on se raconte le soir autour du feu de camp des histoires horribles, pour se faire frissonner à bon compte. Jusqu'à ce qu'une nouvelle menace, cataclysmique, réapparaisse, avec la possibilité de l'annihilation de toute la planète !
La particularité du film est donc d'insérer dans son histoire trois "sketches" plus ou moins courts illustrant des moments horrifiques de l'existence de personnages (donc un poisson !) autres que nos super-héros casqués. Chacune des histoires s'avère très divertissante, mais présente un niveau de "profondeur" variable : le récit du "casque à penser" est certainement le meilleur, qui aurait d'ailleurs mérité de devenir un film complet pour creuser son sujet fascinant sur la perspective qu'offre le "recul" vis à vis des autres et du quotidien. L'histoire, absurdissime et gaguesque de la broyeuse de bois, portée par une interprétation formidable de Blanche Gardin (et de Raphaël Quesnard, dans une moindre mesure) réjouira probablement tous les spectateurs, quel que soit leur niveau d'attente vis à vis de Dupieux.
C'est néanmoins dans sa dernière partie que Fumer fait tousser embrasse ce qui est potentiellement son véritable sujet : la catastrophe qui s'annonce, qu'elle soit déclenchée par l'humain (désastre écologique, dégradation croissante des rapports humains, développement de notre indifférence par rapport à la violence et à la souffrance de l'autre), ou par des éléments externes (comme le redoutable et ridicule Lézardin). Bien sûr, Dupieux n'envisage pas une solution pour éviter l'apocalypse, et nous scotche plutôt avec un dernier clin d'œil, une suspension finale du compte à rebours : un suspense insoutenable qui nous oblige à fumer comme des pompiers.
Quitte à tousser.