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Le journal de Pok
13 septembre 2026

"Silo – Saison 3" de Graham Yost : Here Comes The Flood

Peut-être est-ce parce qu’il s’écoule un peu trop de temps entre la mise en ligne de deux saisons de Silo, ou parce que la faiblesse (relative) de la seconde saison a cassé l’enthousiasme qu’avait généré la première. Ou parce que, plus la série avance, moins le rôle de Rebecca Ferguson est passionnant… Mais toujours est-il que Silo ne figure plus parmi « la crème de la crème » des séries actuelles. Pire, on regarde presque certains épisodes avec un soupçon d’ennui, en particulier ceux qui répètent les mêmes intrigues au sein du silo 18, qui semblent toujours suivre les mêmes mécanismes, et qui nous perdent parfois du fait de la multitude de personnages dont les rôles et les comportements semblent varier sans trop de logique au fil du récit, et qui nous laissent de plus en plus indifférents.

En essayant de ne pas spoiler les points les plus intéressants de cette saison, qui marque une nette rupture – au moins sur une bonne moitié du récit – avec les deux saisons précédentes, il faut souligner que nous suivons cette fois deux temporalités. En effet, pour ceux qui ont lu les romans de Hugh Howey, celui-ci abandonnait largement dans le second tome Juliette pour raconter l’origine des silos ; Graham Yost et son équipe de scénaristes ont choisis quant à eux de ne pas faire cette coupure – probablement pour ne pas courir le risque de briser l’attachement du téléspectateur à Juliette -, et de plutôt entremêler les deux récits.

Il y a donc d’un côté la poursuite de l’histoire située dans le futur, où les « rebelles » du silo 18, toujours « moralement » menés par une Juliette dont la mémoire a été largement effacée, cherchent à détruire le piège mortel tendu par le « silo 1 ». De l’autre, nous sommes dans notre présent – un présent plus moins uchronique – et on nous raconte la construction des silos, leur but (apparent), et la mise en place des mécanismes dont nous avons vu les conséquences dans les saisons 1 et 2. Les sauts entre ces deux fils narratifs (trop rapides, trop fréquents, sans doute) sont l’une des grandes caractéristiques polémiques de la saison, qui irritera certains et plaira à d’autres…

On a de plus affaire à une saison de transition, qui lève le voile sur un bon nombre de mystères, grâce à leur convergence dans les deux derniers épisodes (de loin les meilleurs des dix), mettant fin aux mécanismes frustrants de rétention d’information qui caractérisaient Silo… Mais sans pour autant déboucher sur une véritable progression de l’histoire, progression visiblement laissée pour la quatrième saison, qui sera la dernière ! Ce qui soulève une autre question : une série fondamentalement construite sur une énigme – et sans doute pas assez sur d’autres choses intéressantes – peut-elle continuer à nous passionner autant, une fois que l’énigme commence à être résolue ?

Il y a néanmoins, dans cette troisième saison, un thème fascinant, qui justifie sans doute à lui seul que l’on continue de s’y intéresser, celui de la mémoire – individuelle, mais surtout collective – et de l’importance de son contrôle, voire de sa destruction dans les sociétés totalitaires : l’effacement de la mémoire n’est pas une conséquence d’un tel système, mais l’un de ses instruments fondamentaux. Silo nous décrit une civilisation « carcérale » qui ne peut survivre qu’à condition d’oublier pourquoi elle existe, mais également son Histoire, que ce soit celle de ses créateurs ou celle des hommes et des femmes qui ont un jour tenté de renverser le « système ». A l’heure où Trump et sa clique détruisent au bulldozer l’histoire des peuples indigènes exterminés et celle des afro-américains, où les néo-nazis qui viennent de gagner une élection dans un land allemand ont pour premier but de réécrire l’histoire apprise aux écoliers, Silo trouve dans ce thème qui devient central une pertinence nouvelle.

On ajoutera, pour rester dans le domaine de la politique, même si c’est là un autre sujet, que le personnage du milliardaire Per Stenson (Colin Hanks) fait clairement écho au bien réel Elon Musk, avec sa vision excentrique et autocratique du futur de l’humanité.

Pour conclure de manière plus légère, admettons que le moment le plus fascinant de ces dix nouveaux épisodes est celui, bien trop bref, où l’on voit et entend Peter Gabriel – guest star de luxe inattendue – interpréter une version solo, rapidement bouleversante, de son célèbre Here Comes The Flood, une chanson de 1977 racontant la fin de l’humanité. D’autres surprises de ce calibre dans la saison 4 ? On est partants !

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