"Une aventure de Lapinot – Art total » de Lewis Trondheim : le futur, c’est ennuyeux… ou pas !
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Nous nous étions trompés à la sortie, il y a un an, du Chapeau maudit, marquant le retour du plus beau héros de Lewis Trondheim chez Dargaud : c’est bien plus dans l’esprit original des premiers volumes des Aventures de Lapinot que l’auteur semble poursuivre sa grande saga, en visitant à chaque fois un « genre » différent. Si le 17è tome flirtait légèrement avec le fantastique, ce nouveau volume, paru un an pile plus tard, se lance à corps perdu dans la Science-Fiction. Et pas dans n’importe quelle SF, mais celle, théorique et conceptuelle, des années 70 (à notre avis, l’âge d’or du genre, au moins au niveau littéraire), tournant souvent autour de la découverte de civilisations aux mœurs ou au fonctionnent étranges, et de la réflexion sur les conséquences de ces « différences ».
Nous voici donc dans un futur plus ou moins proche où la civilisation humaine s’est enfin apaisée, l’IA faisant la quasi-totalité des tâches nécessaires au fonctionnement de la société, et les « imprimantes à bouffe » produisant la nourriture sans effort. Du coup, la Terre peut prétendre rejoindre « le grand maillage », organisation bienveillante formée par toutes les civilisations de l’univers ayant atteint la sérénité. Mais Lapinot et Richard – que toute cette bienveillance et sérénité irrite largement – sont choisis pour une mission, accompagner Val Caclav, une artiste plasticienne, sur la planète des Spals, où elle espère trouver la manière de réaliser une œuvre « d’Art Total » qui soit unique.
Car, intuition géniale de Trondheim, si l’univers abritant 7,5 milliards de civilisations avancées, il existe logiquement de nombreuses versions exactement semblables de toutes les œuvres d’art terriennes, que ce soit les Sonates de Bach ou les chansons des Beatles ! De quoi donner des cauchemars à tout artiste un tant soit peu ambitieux. Et Lapinot et Richard (en charge comme souvent de la partie gaguesque, ou au moins drolatique de l’aventure) vont découvrir que le plan de Val est pour le moins téméraire !
Les amateurs de SF se régaleront donc du foisonnement d’idées profondément originales que nous offre Lewis Trondheim, tandis que les lecteurs plus rationnels risqueront d’être irrités par le véritable délire créatif d’Art Total. Les plus attentifs auront noté que le bandeau de l’album donne une information essentielle, qui fait monter le suspense (car les rééditions effectuées simultanément par Dargaud s’accompagnent de la création d’un nouveau chapô pour chaque album, précisant la spécificité de l’aventure…).
Il y a donc fort à parier qu’Art Total sera une aventure de Lapinot plus discutée que les autres, et c’est à notre avis une excellente chose. Dommage qu’il nous faille attendre un an avant le Tome 19 : les paris sont ouverts sur le prochain « genre » qu’explorera Trondheim.
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