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Le journal de Pok
19 septembre 2026

"Resident Evil" de Zach Cregger : la peur, le rire et le boulot

Soyons lucides : personne n’a vraiment envie d’aller voir un autre film intitulé Resident Evil, « adapté » du célébrissime jeu vidéo. La médiocrité intégrale des films de la « franchise » a tué tout intérêt pour un sujet désormais archi-usé, gâché en fait. Mais d’un autre côté, après Barbare et Evanouis, beaucoup de gens ont envie d’aller voir le nouveau film de Zach Cregger, ce jeune réalisateur qui fait le buzz dans le cinéma fantastique / horrifique. Et ça tombe bien, parce que, non seulement son Resident Evil n’a rien à voir, ni dans sa démarche, ni dans son scénario, avec les blockbusters d'action décérébrés qui l’ont précédé, mais c’est aussi un bon film. Enfin, presque un bon film, parce que la dernière partie déçoit quand même par rapport à tout ce qui a précédé, et gâche un peu notre plaisir.

Pour réussir (ou presque…) son Resident EvilCregger a additionné plusieurs excellentes idées. D’abord se débarrasser de toute la mythologie du jeu et de la saga, et repartir à la base de ce qu’est l’expérience du joueur : l’exploration de lieux inquiétants, l’attente de ce qui peut surgir de l’obscurité, la peur d’ouvrir une porte, la gestion indispensable de l’espace et des ressources disponibles pour se défendre / survivre. Et montrer à l’écran la transformation de lieux « ordinaires » en territoires menaçants, puis hostiles : route, maison, tunnel, égouts, hôpital, maternité, ascenseur… Pour pouvoir mettre en scène son héros ordinaire (Bryan est un coursier spécialisé dans la livraison d’organes aux hôpitaux, une activité plus lucrative que les autres) confronté à la nécessité de trouver des solutions aux obstacles sur sa route, et d’acquérir de nouvelles compétences. Soit l’essence même du jeu vidéo et de son plaisir.

La seconde jolie idée de Cregger, c’est de ne pas oublier son passé d’humoriste, de mêler intimement horreur et comédie, peur et rires, quitte même parfois à préférer la légèreté à l’efficacité de la terreur (… ce que nous ne lui reprocherons jamais !). Et en rythmant cette alternance de genres avec une folle énergie qui fait à peu près tout passer : Cregger a cité le Evil Dead 2 de Sam Raimi comme l’une de ses références, et ça se voit !

Mais le plus intéressant est le dernier choix – plus audacieux- de Cregger : ne pas sacrifier sur l’autel du divertissement populaire la réalité humaine et sociale de son personnage principal. Bryan est l’un de ces prolétaires modernes qui doivent littéralement se tuer au boulot pour joindre les deux bouts, et sont en permanence accablés par des soucis matériels en plus des interrogations « existentielles » quotidiennes typiques de jeunes adultes (garder le bébé dont son amie est enceinte ou non ? rentrer plutôt à la maison prendre soin de son couple ou faire une dernière course très profitable ? etc.). Sur ce point là, le choix du jeune Austin Abrams, vraiment bon dans le registre de la « comédie de mœurs », est un élément essentiel qui fait fonctionner Resident Evil.

Il est seulement dommage que, dans le dernier tiers du film, Cregger se sente obligé (?) d’arrêter de faire un film original pour emprunter les chemins balisés du cinéma commercial « standard » : quelque chose se casse avec l’accumulation croissante de scènes d’action et de péripéties exténuantes, le spectateur décroche, et assiste dans une semi indifférence à un final pyrotechnique dont le seul vrai mérite est d’éviter le happy end. Resident Evil n’est donc pas aussi bon qu’il pourrait l’être, mais il n’a rien de honteux. Il nous permet d’attendre que Cregger, auréolé d’un succès critique et commercial réel aux USA, revienne à ses films plus personnels, plus complexes et plus originaux.

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