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Le journal de Pok
20 juillet 2026

Séance (tardive) de rattrapage : "Réalité" de Quentin Dupieux

Je suis venu au cinéma de Dupieux tardivement, parce que, sans doute, je le prenais pour un autre "petit malin" bien de notre époque, pas pour un vrai auteur. Ce qu'il est indiscutablement, même s'il se trouve aujourd'hui dans une phase étrange de sa carrière de cinéaste, où il semble peu à peu déconstruire sa crédibilité en transformant ses films en une succession de tics de plus en plus vides de sens... Tout cela pour dire que je n'avais pas vu Réalité à sa sortie, que je n'y suis venu que maintenant, pour me prendre cette claque inattendue : à la différence de ce que Dupieux nous propose ces dernières années, Réalité est un film fort, un film ambitieux, tout en restant, évidemment, follement ludique.

Je l'ai vu, je l'avoue, comme un précis de déconstruction de trois films que j'adore, le Mulholland Drive et le Lost Highway de Lynch (avec un propos très proche, sur la superposition entre réalité et rêves, fiction et imaginaire, un mécanisme vertigineux où la spectateur se perd avec les personnages... sans parler évidemment de la localisation californienne), et le Blow Out de De Palma (où il s'agit d'enregistre le cri le plus "vrai" possible, impossible à simuler, et qui doit donc être capturé "dans la réalité"). J'imagine qu'il y a une multitude d'autres analyses possibles, tant la richesse de Réalité est impressionnante.

Moins "frontal" que dans la majorité de ses films, Dupieux introduit progressivement, mais avec un effet de crescendo saisissant, un dérapage d'abord drôle, puis déroutant, puis finalement angoissant : le spectateur perd pied, s'égare au milieu de la multiplication des correspondances, des échos, des répétitions de situations, savourant - ou non - la manière dont l'absurde phagocyte la simple satire du fonctionnement du Cinéma et de Hollywood que l'on croit regarder, au début. Le jeu des acteurs, retenu mais subtilement faux, l'aspect laiteux d'une image ultra-précise, le rythme déconcertant de nombreuses séquences, tout concourt à la déstabilisation du spectateur. Un spectateur qui doit décider rapidement s'il souhaite entrer dans le labyrinthe qu'on lui propose, ou bien rester, justement, "simple spectateur", sans doute de plus en plus frustré.

Cette liberté que nous offre Dupieux, de jouer et de réfléchir avec lui, ou au contraire d'être simplement un observateur d'un monde qui se dérègle, est d'ailleurs à mettre au crédit de son cinéma, réellement "moral" puisque refusant de se livrer à toute manipulation, alors que nombre de cinéastes auraient vu dans le thème du film l'opportunité de twists et de jeux divers avec les émotions du spectateur.

PS : Je ne suis pas sûr que ce soit dans les intentions de Dupieux, mais j'ai vu dans le projet du réalisateur du film de filmer - sans couper - une petite fille qui s'endort, puis qui rêve, un clin d'oeil à certains projets d'Andy Warhol, tournant autour du concept d'une représentation en "temps réel" de moments non scénarisés la réalité.

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