"The Gentlemen - Saison 2" de Guy Ritchie et Matthew Read : The british godfather
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On avait quitté Eddie Horniman en aristocrate respectable ayant découvert, presque malgré lui, qu’il possédait de remarquables dispositions pour le crime. La seconde saison de The Gentlemen le retrouve parfaitement acclimaté à son nouvel environnement : désormais associé à Susie Glass, il ne cherche plus à échapper à l’empire criminel installé sous ses terres, mais à l’étendre. Et, surtout, à en prendre progressivement le contrôle.
Il faudra pourtant se montrer patient avant que cette évolution devienne véritablement passionnante. Durant sa première moitié, la saison donne en effet l’impression de ne pas savoir exactement où elle veut aller. Guy Ritchie et ses scénaristes multiplient les pistes – mafia italienne, légalisation du cannabis, Chambre des Lords, nouvelles alliances, nouveaux ennemis – tout en appliquant une mécanique un peu dépassée de "une histoire par épisode" : Eddie et Susie rencontrent un problème, croisent quelques nouveaux personnages plus ou moins pittoresques, trouvent une solution, puis passent au suivant. C’est élégant, souvent amusant et toujours impeccablement interprété, mais également assez anecdotique. À force de vouloir faire vivre simultanément trop d’intrigues, The Gentlemen tourne à vide. Et déçoit.
Et puis, au cinquième épisode, brutalement, tout change. On ne rigole plus, les conséquences des actes de chacun deviennent sérieuses, la tension monte de plusieurs crans et on passe à la tragédie. Les deux derniers épisodes sont franchement difficiles à lâcher. La violence n’est plus un jeu, elle laisse désormais des traces. On n'est plus sur le territoire habituel de Guy Ritchie...
La série aborde, du coup, ce qui est peut-être son véritable sujet : la transformation d’Eddie. Et le parallèle avec Michael Corleone devient évident : comme Michael dans Le Parrain, Eddie était celui qui semblait destiné à rester à l’extérieur des affaires criminelles et qui s’y révèle finalement plus doué – et potentiellement plus impitoyable – que ceux qui l’y ont précédé. La comparaison est d’ailleurs renforcée par l’irruption de la mafia italienne dans le récit et par plusieurs clins d’œil assez transparents à Coppola. Mais il existe une différence passionnante entre les deux personnages : là où Michael doit abandonner progressivement sa respectabilité pour devenir "le Parrain", Eddie découvre que son statut d’aristocrate britannique et celui de chef criminel sont parfaitement compatibles. Le pouvoir reste le pouvoir, qu’il s’exerce depuis un château, la Chambre des Lords ou une organisation mafieuse.
Theo James accompagne très bien cette métamorphose. Son Eddie conserve son élégance, son calme et ses bonnes manières, mais quelque chose s’est définitivement durci derrière cette façade. Kaya Scodelario demeure de son côté excellente en Susie, mais c'est la redistribution des rapports de force entre eux qui est le plus intéressant. On regrettera (au moins un temps) l’effacement relatif de Freddy et l'imprévisibilité comique de Daniel Ings : la conclusion de la saison explique le pourquoi de cet effacement, et nous cueille comme un crochet au menton.
Inégale, donc, cette saison 2 l’est, mais sa montée en puissance finale est suffisamment spectaculaire pour nous faire oublier les errements des premiers épisodes.