"Pressure" d’Anthony Maras : la pluie et le beau temps
On va voir Pressure en se disant qu’une petite dose de classicisme sur grand écran ne peut faire de mal à personne. On sait d’avance exactement ce que le film sera, la bande annonce étant très claire sur son sujet comme sur son traitement. Dans un décor « so british » (l’état major allié occupant plus ou moins le manoir de Downton Abbey en attendant d’aller débarquer sur les plages normandes…), un météorologue écossais génial doit conseiller Eisenhower sur le moment le plus propice de lancer le « D Day », pour éviter que l’armada libératrice n’essuie une défaite coûteuse face aux éléments avant même d’avoir atteint le rivage français. La pression sur le scientifique est immense (d’où le joli jeu de mots du titre), supérieure même à celle indiquée par les baromètres et autres instruments permettant de surveiller la progression des dépressions et des anticyclones…
C’est un drôle de sujet… pour un thriller historique : tout le monde en connaît l’issue, le succès du débarquement allié, lancé alors qu’une tempête faisait encore rage sur l’Angleterre (il n’échappera pas à ceux qui ont vu le second film de la Bataille De Gaulle, qu’une scène rapide y raconte en quelques plans la même chose…). Et tout le monde connaît la date exacte de l’offensive, ce qui signifie que le spectateur sait d’emblée que l’avis du météorologue « star », pardon Stagg, va prévaloir. Le suspense ne vient donc pas de « vont-ils réussir le Débarquement ? », mais « quand est-ce que cette maudite tempête va bien vouloir commencer ? » et « quand est-ce que le ciel va s’éclaircir ? ». Un jeu de devinettes assez puéril, auquel la mise en scène pas subtile, subtile, de l’Australien Anthony Maras joue – et même par deux fois – pour ébahir le spectateur, qu’on espère soit bienveillant, soit sommeillant légèrement dans son siège.
Pressure est tiré d’une pièce de théâtre, et comme c’est souvent le cas, échoue à sortir des lieux fermés où se jouent des concours de testostérone entre Américains et Britanniques, entre militaires de corps différents, entre soldats et scientifiques. Tout cela est prévisible au possible, vu et revu, et le film échoue même à bien raconter ce qui pourrait être réellement intéressant… C’est-à-dire, d’une part l’affrontement entre la compétence technique et l’autorité politique / militaire, affrontement réduit au strict minimum, et, de l’autre, le choc de deux théories scientifiques, celle de Stagg et celle de Kirk (Jim Messina, dans un rôle caricatural). En ne prenant pas la peine d’expliquer de manière plus détaillée la science météorologique – une façon très hollywoodienne de sous-estimer l’intelligence du spectateur -, Pressure ne nous convainc pas que les théories de Stagg soient finalement plus raisonnées que vaguement intuitives…
Ajoutons la manière dont le scénario, qui joue avec désinvolture avec une vérité historique assez éloignée de ce que l’on voit à l’écran, ajoute un suspense artificiel autour de la situation de la femme de Stagg, accouchant dans un hôpital bombardé par l’ennemi (soit une pure invention)… Sans même parler du personnage-cliché de l’assistante d’Eisenhower, qui n’est là que pour rassurer le spectateur de 2026 sur le fait que, oui, les femmes sont quand même importantes dans le déroulement de la guerre.
Pourtant, on arrive à passer quelques bons moments devant l’écran, tout simplement grâce à l’interprétation plutôt fine d’Andrew Scott (Stagg), et celle de Brendan Fraser, qui fait un travail assez intéressant de création d’un Eisenhower imposant mais rongé par la culpabilité et le doute. Ces deux acteurs sauvent tout juste le film du naufrage, et, in extremis, nous rassurent sur le fait que, non, cette accumulation de classicisme sans inspiration ne nous a pas vraiment fait de mal.