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Le journal de Pok
24 mars 2021

"Small Axe : Lovers Rock" de Steve McQueen : communier et aimer en musique

Small Axe Lovers Rock Affiche

Les cinq films de Steve McQueen composant le corpus Small Axe, présenté comme une série TV qu’il n’est pas vraiment, constituent l’un des plus remarquables travaux de mémoire réalisés de ce côté de l’Atlantique sur le racisme systématique dont sont victimes les populations immigrées, surtout si elles ont la peau foncée.

Avec Lovers Rock (oui, comme le titre de The Clash de l’époque !), on est face à un tout autre genre de cinéma, et il est permis de considérer ce film, qui lorgne du côté du cinéma « d’auteur » et évoquerait presque un Kechiche dans l’attention généreuse qu’il porte à la communauté jamaïcaine et aux êtres qui la composent, comme le sommet de Small Axe. Pas vraiment de scénario cette fois, on suit seulement ici l’organisation, le déroulement, et le lendemain matin suivant d’une « house party » jamaïcaine : et c’est d’une beauté tout simplement terrassante… Même si, bien entendu, les amateurs de musique – utilisée ici de manière totalement diégétique – seront les plus prêts à s’émerveiller devant ses très longues scènes de danse, collective ou en couples ! Deux moments sublimes, et tellement significatifs, définissent le film et le portent : le chant a capella des femmes sur Silly Games de Janet Kay, et la transe masculine finale, qui voit l’hystérie générale monter, monter, alors que la musique permet d’exprimer enfin toutes les frustrations et les haines cachées dans une vie de soumission quotidienne au racisme ordinaire. La manière dont ces deux scènes, extraordinaires, dévoilent à l’écran le bonheur absolu de l’expression physique et la naissance d’un « groupe » à partir d’individus pour la plupart étrangers les uns aux autres, parlera forcément à tous les aficionados de musique live. Si l’on y ajoute la magnifique sensualité des corps à corps durant les scènes de séduction, et si l’on précise quand même que la vision critique de la société antillaise, en particulier de la violence machiste faite aux femmes, est également présente, on tient là peut-être les 70 minutes les plus merveilleuses vues pour le moment en 2021.

 

 

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