Godspeed You! Black Emperor au Trianon le mercredi 17 août
20h30, cela fait quelques instants que, insensiblement un “drone” (je parle de la musique, pas de l’appareil, bien sûr…) s’est élevé au-dessus du public, et que les lumières baissent lentement, très lentement. Au cas où je me faisais encore quelques illusions sur la possibilité de prendre des photos correctes, il est clair que c’est râpé encore une fois ; je pense que c’est même encore pire que d’habitude, les huit musiciens de Goodspeed You! Black Emperor vont jouer ce soir dans une quasi pénombre… Une entrée en matière un peu différente cette fois, plus traditionnelle, puisque Sophie Trudeau au violon et Thierry Amar à la contrebasse attaquent tous deux le riff de Hope Drone (qui ouvrira donc le set, comme la dernière fois, si je m’abuse…), pendant que les autres musiciens entrent petit à petit, s’installent et prenant leurs marques tout doucement. Les images projetées derrière les musiciens sont d’abord floues et incohérentes, jusqu’au moment magique où tout est en place et où le mot « HOPE », scratché à même ma pellicule, s’inscrit sur l’écran. Le son est fort et compact comme on l’aime, même si, comme toujours, quelques décibels en plus rendraient les choses encore plus magistrales. On sent qu’on est partis pour une belle soirée, l’un de ces voyages sensoriels et émotionnels que seul GY!BE nous offre encore à une époque où la musique est largement devenue un produit de consommation fonctionnel et clairement étiqueté.
Voilà 20 minutes que le set a commencé, et GY!BE est déjà en pleine possession de ses moyens : c’est le terrassant Mladic, qui, comme la fois précédente, avec son ascension et son accélération irrésistible, cristallise parfaitement la puissance dantesque de la musique des Canadiens : alors que sur l’écran se succèdent à vive allure images et textes militants – on sait le contenu “altermondialiste”, ou en tous cas “anti-capitaliste” des morceaux de GY!BE -, Mladic est un assaut furieux, strident parfois contre nos sens, un martellement sans pitié, qui paradoxalement porte les handbangers jusqu’à l’extase. Grand, toit simplement !
Le set change alors de tonalité, puisque GY!BE nous offre l’intégralité de son dernier album, “Asunder, Sweet and Other Distress”, qui sera joué, bien évidemment, dans l’ordre. Et, très rapidement, ce qui saute aux oreilles de quelqu’un comme moi qui ne connaît pas l’album, c’est bien le plus grand… classicisme de la musique : plus de lisibilité, plus de construction “normale” des morceaux, plus d’évidence dans les émotions véhiculées… des riffs de guitare qu’on est en droit de juger triviaux (indignes d’un tel groupe diront certains…), des effets grandiloquents qui évoquent… noooooon… Pink Floyd (une sorte d’horreur absolue pour moi, on le sait…). Bref, l’extase de Mladic ne se reproduira plus, et il y a une sorte de désillusion qui flotte : d’ailleurs à la sortie, j’entendrai ci et là nombre de fans se plaignant que ce n’est plus le même groupe, qu’ils manquent de conviction, d’engagement…
Heureusement, ce ventre mou de la soirée, de près de trois quart d’heure quand même, sera ensuite oublié avec l’ascension verticale de Buildings, logiquement illustrée par des travellings verticaux sur des immeubles en construction, et surtout par un BBF3 accueilli par des cris de joie dans le public, et qui se révélera absolument flamboyant (d’ailleurs les images projetées deviennent colorées…) : une conclusion magnifique, qui n’en sera pas une, car ce soir, nous allons tirer du groupe un rappel…
… un quart d’heure à rappeler les musiciens après qu’ils aient quitté la scène, alors que les roadies sont en train d’éteindre les amplis… ils reviennent, semblant pour une fois heureux de l’accueil reçu ce soir. Pour un dernier morceau, d’une dizaine de minutes, Moya, interprété avec beaucoup de passion, alors que la moitié du public avait dû déjà quitter le Trianon. Un beau cadeau pour tous ceux qui ont eu la patience de rester, ou bien la foi en notre passion pour ce groupe si différent.
Bien, j’admets que, m’étant passionné tardivement pour Godspeed You! Black Emperor, j’ai certainement manqué les grandes années du groupe, alors que ses concerts étaient paraît-il des événements capables de “changer une vie”… Même si on dit que, aujourd’hui, le groupe n’est plus que l’ombre de ce qu’il était, il me semble impossible quand même de nier qu’il nous offre encore une expérience sans pareille.

