"Empathie" de Florence Longpré : l'insupportable dureté de la vie
On a souvent vu des séries, plus ou moins réussies mais quasiment toujours populaires (de Urgences au Pitt actuel en passant par Dr. House) basées sur le quotidien d'un hôpital, mais très peu à ma connaissance qui s'attaquent au monde - assez propre à trous les fantasmes d'ailleurs - de l'hôpital psychiatrique. C'est d'autant plus étonnant que, fondamentalement, la folie est un formidable réservoir de fiction, en plus d'être une porte ouverte sur nos propres déséquilibres, et que, par contre, de nombreux films de cinéma notables ont traité le sujet, souvent néanmoins sous un angle critique, voire polémique (l'asile psychiatrique chez Forman - Vol au dessus d'un nid de coucou - ou chez Fuller - Shock Corridor - étant largement utilisé comme représentation de la dictature, quand elle n'en est pas un instrument).
La grande force de ce magnifique Empathie, au titre programmatique, est donc d'oser regarder l'hôpital psychiatrique, certes comme un lieu de fiction, où l'on essaiera de deviner / comprendre quel a été le parcours de quelques uns des internés, mais réellement comme un lieu de soin. Un lieu où la bienveillance est reine, et où le "care" est encore plus indispensable qu'ailleurs dans la société. Et ça, c'est d'abord original, ensuite réconfortant.
Ce qui ne veut pas dire qu'Empathie joue la carte de la gentillesse niaise, ou même de l'idéalisme bien pensant. Il y a au contraire, au long des 10 épisodes de cette première saison de la série québécoise, plusieurs scènes éprouvantes, voire insoutenables. Qui peuvent se dérouler dans les locaux de l'hôpital ou non, dans le présent ou sous forme de flashbacks, mais qui ramènent toujours le téléspectateur à l'insupportable dureté de la vie. Et donc à l'incontournable place de l'empathie dans nos rapports avec les autres.
Oui, Empathie est aussi un soap, avec ses histoires d'amour, de famille, d'amitié, qui nous permettent de respirer, de retrouver nos esprits - ou pas, d'ailleurs - entre deux journées au travail de Suzanne Bien-Aimé et Mortimer, deux personnages justes et pourtant originaux, interprétés avec brio par Florence Longpré, la créatrice de la série, et notre Thomas Ngijol national ("Tour Eiffel" !). Mais Empathie, dont le scénario est largement basé sur des faits réels et sur l'expérience de Florence Longpré elle-même, reste avant tout un beau témoignage de la vie de gens au travail, et au service des autres, de gens qui font le bien parce qu'est naturel de le faire. De gens qui ont à supporter des choses absolument insupportables, qui tombent et se relèvent. Ou ne se relèvent pas.