"True Detective - Saison 1" : aboutissement formel indiscutable...
"True Detective" représente une sorte d'aboutissement formel indiscutable de la montée en puissance "artistique" de la série TV depuis une quinzaine d'années : sur huit heures remarquablement écrites, dirigées, montées, interprétées, avec une histoire proprement bouclée, on a finalement plus le sentiment d'assister à du cinéma "classique", haut de gamme même (auteuriste ?) qu'à une vraie série, non ? Et c'est sans doute là qu'on trouvera la seule limite à ce qui est plus un brillantissime exercice de style qu'autre chose : le relatif classicisme du sujet, qui ne déroge en rien aux codes hollywoodiens du film de serial killer, ainsi que le manque de relief des personnages secondaires, mais également l'absence de prolifération d'une fiction très "littéraire" dans son déroulement temporel, tout cela fait qu'on reste assez éloignés de la zone la plus créative de la série moderne. Si l'on ajoute cinq dernières minutes lamentables, qui détruisent complètement l'intégrité philosophique du personnage de Cohle en le sacrifiant au gloubiboulga spiritualiste américain, on voit que "True Detective", en dépit de son élégance suprême, de son rythme extrêmement sophistiqué, et du jeu puissant et subtil de McConaughey, encore meilleur ici que dans ses derniers films de cinéma, malgré nombre de passages d'anthologie construits autour de la Louisiane (la moiteur, la superstition, l'atavisme primitif, etc.), et même d'un épisode sublime (le cinquième, avec l'irruption de la violence des gangs au sein de sa fiction jusque là bien "protégée") n'est pas tout à fait le chef d'oeuvre absolu que certains veulent voir. Juste une très, très bonne série, qui exerce une fascination profonde sur le téléspectateur, un téléspectateur qui n'en sortira pas complètement indemne.
