Arcade Fire - Dimanche 6 Avril - Festival Lollapalooza Brasil (Interlagos - São Paulo)
Arcade Fire. 20h25. Sur les écrans géants, des images de « Orfeu Negro », premier hommage au Brésil d’un set qui va en comporter de nombreux. Vu l’enthousiasme délirant des dizaines de milliers de personne massées devant le Palco Skol et armés de tubes lumineux colorés, je dirais que, de toute manière, c’est déjà gagné pour les Canadiens !
Reflektor. Une dizaine de musiciens sur scène (avec l'ajout de percussions des Caraïbes), un son d'une amplitude magnifique. Win Butler entame le set le visage dissimulé sous un masque de mort. Cinq minutes plus tard, le masque retiré, il est déjà au contact avec les premiers rangs : clairement Win apprécie son nouveau statut de rock star planétaire, et l’artiste récalcitrant et compliqué des débuts laisse peu à peu place à un showman décomplexé (un peu ce qui était arrivé à Michael Stipe à l’époque, non ?). Mais le plus important, c’est bien que, même avec une musique différente, Arcade Fire n'a pas changé, et que, 10 ans plus tard, leurs concerts ont gardé la généreuse intensité des débuts... Une fois passé un Flashbulb Eyes réellement différent avec son ambiance dub / percussions, on retrouve notre Arcade Fire éternel, le groupe de "Funeral", album immense qui n’a pris une ride en 10 ans, et dont TOUS les grands morceaux vont être interprétés ce soir, avec la même folie que toujours... bouleversant littéralement le public dont la majorité assistent pour la première fois à un concert d'Arcade Fire. Rebellion (Lies), et tout le monde chante à pleins poumons. Ready to Start et je n'ai déjà plus de voix à force de hurler. No Cars Go, l'extase est générale, et à côté de moi mon voisin en est déjà réduit à pleurer de bonheur. Etc. Etc. Magnifique, tout simplement. Peut-être les meilleures 40 minutes de tous les sets d'Arcade Fire que j'ai pu voir jusqu’à ce jour.
Et puis, curieusement, la setlist nous propose, après ce rush inouï d’adrénaline, d’aller explorer d’autres contrées... puisque, après quatre albums, Arcade Fire a désormais plus d’un univers à nous proposer. La seconde partie du set sera donc plus mesurée, mais aussi plus théâtrale, avec des lumières et une mise en scène impressionnantes : on ne sait plus où regarder, entre les plaques de métal qui reflètent les lumières au dessus de la scène, les costumes bariolés de la troupe, la seconde scène avancée au milieu du public où apparait une drôle de créature toute entière vêtue de miroirs pendant Afterlife, et où Régine interprétera It’s Never Over. Une Régine à l’honneur ce soir, en particulier sur un Sprawl II boosté par les percussions qui est une sorte de symbole du virage « dance » d’Arcade Fire.
Après ces longs - mais satisfaisants - moments plus introspectifs, il est temps de clore le set, et on sent le groupe un peu pressé par le temps (il est prévu de clore les hostilités à 22 heures) : le génial Normal Person enflamme à nouveau la foule qui pogotte éperdument, Here Comes the Night Time gravera ensuite sa ritournelle dans nos cervelets pour le reste de la nuit, et une version grandiose de Wake Up nous permettra de sortir de Lollapalooza repus, alors que les feux d’artifice de clôture explosent déjà dans le ciel... Malheureusement, l’horaire déjà dépassé, Arcade Fire n’aura pas eu le temps de jouer le trépidant Joan of Arc, que j’attendais avec impatience, mais tant pis, il me faudra retourner les voir !
A noter donc que durant le set, les références au Brésil ne manqueront pas, ce que l’on pourrait juger “démagogique” si le groupe ne manifestait pas constamment une telle gentillesse : références musicales d’abord, avec Régine qui interprète O morro não tem vez, de Tom Jobim et Vinícius de Moraes, avec un passage de Aquarela do Brasil, de Ary Barroso, alors que les « grosses têtes » de carnaval font irruption sur scène, et finalement, avec le Nine out of ten de Caetano Veloso en intro du magnifique, obsédant, Here Comes the Night Time... Références verbales ensuite, puisque Win mentionnera la « saudade » comme motif principal de ses chansons, ébauchera plusieurs phrases en portugais (le seul de la journée à avoir la politesse de communiquer dans la langue de son public, ce n’est pas rien !), et finalement promettra en cas de victoire du Brésil lors de la Coupe du Monde de revenir jouer avec le groupe tout entier vêtu des couleurs de la bandeira nationale...
Longue sortie des dizaines de milliers de personnes, à la fois hébétées et transportées par un concert ex-tra-or-di-nai-re, longue marche dans la nuit vers les taxis, les trains ou les voitures pour essayer de s’extirper le plus vite possible de la nasse qu’est devenue Interlagos... Mais peu importe, nous sommes ailleurs, nous avons vu et entendu Arcade Fire !
PS : le lendemain matin, la presse et le net brésiliens bruissent des commentaires extatiques des journalistes : Arcade Fire, le meilleur groupe du monde, la clôture parfaite de Lollapalooza, un spectacle inouï, etc. Tous les superlatifs y passent. Et moi, je me tais et je rigole, parce que cette suprématie des Canadiens sur le Rock, ça fait déjà 10 ans que ça dure. Et je n’ose pas vraiment y croire, mais j’ai très envie que ça dure encore un peu. Vous aussi, non ?

