"Hugo Cabret" : le meilleur Scorsese depuis...
Et si, mine de rien, derrière son apparence de conte de Noel pour enfants, de livre de belles images un peu trop brillantes, "Hugo Cabret" était - et de loin - le meilleur Scorsese depuis "Casino" ? Ou son film le plus personnel, le plus touchant, bouleversant même parfois, de sa longue carrière ? On est en tous cas d'abord saisis par la stupéfiante beauté de la mise en scène (superbe utilisation de la 3D, pour une fois...), et même si l'on sait que Scorsese est l'un des meilleurs orfèvres en la matière, cela reste un plaisir exquis de se laisser guider avec une telle maîtrise pour pénétrer peu à peu dans une fiction qui s'avèrera bien différente de ce à quoi on s'attendait : Scorsese laisse vite tomber le rideau des apparences, bâcle même un peu l'aspect ludique de son film, qui n'est certes guère passionnant pour nos bambins habitués aux montagnes russes de Hollywood, et entre au coeur du sujet qui le passionne, la mémoire et la magie du cinéma, à travers une réécriture tendre et incroyablement empathique de la vie de Méliès. Et là, le cinéphile - comme l'enfant ébloui qui sommeille - en nous sont à la fête : la re-création des tournages de Méliès, portés par un enthousiasme juvénile dont on sent Scorsese le digne dépositaire, mais aussi la reconstitution des chefs d'oeuvre du maître, qui distillent une poésie foudroyante, sont ce qu'on aura vu de plus sublime sur un grand écran depuis longtemps. Soulignons enfin l'excellence de l'interprétation (en particulier un Sacha Baron Cohem juste et touchant comme jamais), et réjouissons-nous de pouvoir désormais jouir encore et encore de cette magnifique déclaration d'amour au cinéma par l'un des plus grands cinéastes de l'histoire.