"River" d'Abi Morgan : I see dead people !
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"River" est une tragédie classique : la famille est un nid de serpents, là où naissent toutes les haines, et donc les crimes. La scène originelle de la série, ressassée, est terrible, mais elle n'est que le point de départ d'un retour atroce sur toutes les trahisons familiales infâmes : mari infidèle et escroc, fils matricide, mères abandonnant leurs enfants, frères consumés par la haine... aucun personnage de "River" n'échappe à un destin de souffrance et de destruction.
"River" est une tragédie intime : le cliché usé du flic génial et torturé y est porté à son paroxysme. River vit avec des fantômes, avec lesquels il communique en permanence, qu'il aime, qu'il craint, qu'il hait. Cela pourrait être risible, c'est bouleversant : Stellan Skarsgaard, dans son meilleur rôle, se révèle un immense tragédien. Il porte sur ses larges épaules toute la dimension humaine du film. L'élève régulièrement vers une noblesse que l'on n'a quasiment jamais vue dans la série TV.
"River" est une tragédie moderne : on y voit sans ambages comment le capitalisme sauvage moderne se nourrit de la chair des migrants. Comment les entrepreneurs peu scrupuleux les exploitent, comment l'administration corrompue en profite, comment la société anglaise épuisée les ignore.
"River" est une pure tragédie. Son interruption après une seule saison nous attriste. Et nous va bien : à la fin, River prend dans ses bras un beau bébé métis. Sur son visage, le premier vrai sourire en 6 heures. Son dernier mot : "Hello !". La tragédie est bouclée, la vie pourra peut-être reprendre.