Séance de rattrapage : "Anomalisa" de C. Kaufman et D. Johnson

La première demi heure de "Anomalisa" fait partie des choses les plus dérangeantes et pourtant fascinantes vues ces derniers temps... et ce, peut-être d'autant plus si l'on a soi même le malheur de vivre une vie pareille entre avions, aéroports, taxis et hôtels : l'angoissant sentiment d'uniformité et d'aliénation (terme convenu mais ici valide) est incroyablement transmis, accentué par la technique employée, cette animation "frame by frame" de marionnettes, très originale au demeurant dans les choix d'un ultra-réalisme rarement vu auparavant. Mieux encore, une scène, inexpliquée, magnifique, nous montre le personnage principal (le seul "unique", jusque là) percevoir une sorte de béance sonore qui ouvre des tréfonds de paranoïa phildickienne, laissant espérer un film immense, illustrant pour la première fois à l'écran le vertige d'"Ubik". Malheureusement, la suite du film - hormis une magnifique scène de cauchemar - choisit de revenir vers les obsessions habituelles (et plus convenues) de Kaufman, entre le trou vertigineux de la dépression et l'illusion de l'amour salvateur, vite balayé par l'horreur quotidienne. C'est affreusement dommage d'avoir au final choisi la voie de l'allégorie psychologique, alors que le mécanisme de "Anomalisa" permettait quand même quelque chose d'autrement plus époustouflant !