"Le Voyage d'Arlo" de Peter Sohn : incompréhensible !

Une seule chose évite au "Voyage d'Arlo" la classification en "catastrophe absolue" : les progrès techniques éblouissants de l'image de synthèse - une constante chez Pixar, mais désormais la seule... - qui permettent ici une représentation photo-réaliste de la nature sauvage dans toute sa majesté. Contempler orages, cascades, forêts dans leur munificence originelle - puisque nous sommes ici sur une Terre préservée de la souillure humaine - permet de passer sans trop de douleur une heure et demi de l'un des films d'animation les plus ennuyeux jamais réalisés. Le nadir de la maison Pixar, en fait, alors que "Cars 2" ou "Rebelle" avaient déjà sérieusement douché notre enthousiasme, mais alors aussi que le récent "Vice Versa" était un chef d’œuvre bouleversant : incompréhensible ! Incompréhensible oui que ce recyclage systématique des clichés Disney les plus nauséeux (ceux de l'insupportable "Roi Lion", en particulier) ou les plus usés (les personnages secondaires archétypaux apparaissant par trois !). Incompréhensible que ces personnages de dinosaures sans âme, qui nous sont complètement indifférents. Incompréhensible que cette hésitation permanente dans le ton du film, voire même son genre (on a même droit à 20 minutes de western !). Incompréhensible que cette fin niaise et ultra-prévisible. Incompréhensible surtout que cette incapacité à traiter le "concept" uchronique passionnant qui devrait être le point de départ de la fiction, soit un déni de l'essence même de ce qu'est Pixar. Si l'on ajoute que le court métrage précédant "le Voyage d'Arlo" est une justification profondément malaisante du respect dû à la religion (bouddhiste, certes, mais quand même...), cette fois Pixar a traversé la ligne jaune.