"The Leftovers - Saison 1" : wtf???
Lindelof est un type qui me fait peur : il m'a tellement fait souffrir avec son scénario de "Lost" rempli de pistes inabouties et se terminant avec une lâcheté confondante dans le n'importe quoi œcuménique, qu'on ne peut que craindre une nouvelle série dont il serait le maître d’œuvre. Et en effet, passé l'enchantement de la découverte du pitch sensationnel dans le pilote (coup de force répété dans l'excellent avant-dernier épisode en flashback riche de sens et de perspective sur les différents fils de la fiction), on a droit à nouveau à un grand n'importe quoi en termes d'empilement de mystères que l'on pressent irréductibles, et surtout en manipulations du spectateur abandonné en rade à la moindre occasion (le coup du "National Geographic" rappelle les pires vacheries de "Lost"). Ce qui nous accroche quand même, c'est l'aspect "psychologique" de la description d'un monde - le nôtre, ou presque -, détruit par la culpabilité et par l'effroi quasi primitif devant devant une perte de sens complète, que l'on soit croyant ou cartésien adepte de la raison scientifique : c'est là un aspect vraiment passionnant de "The Leftovers", qui conjugue une profonde angoisse métaphysique (tout le monde peut être Dieu, puisque Dieu n'existe "visiblement" pas) avec une magnifique attention aux détails de la vie quotidienne d'être dévastés (grâce au jeu inspiré d'une troupe d'acteurs particulièrement bien choisie et dirigée, Justin Theroux en premier lieu). Il est d'autant plus dommage que le dernier épisode de la première saison renoue contre toute attente avec les aspects les plus réactionnaires de la culture américaine : l'athée qu'est le "chief" est ému aux larmes par la prière qu'on le force à réciter, l'embryon au tout début de son développement est "enlevé" comme une personne, puisqu'il s'agit évidemment déjà d'une personne en tant que telle, la veuve au bord de l'auto-destruction se réconcilie avec la vie devant le miracle de l'arrivée d'un "enfant-jésus", etc. etc. On termine donc "The Leftovers" sur un gros effet d’écœurement, qui sape profondément le plaisir qu'on a pu prendre aux épisodes précédents.