Ibeyi à la Gaîté Lyrique (Paris) le jeudi 16 avril
Pas beaucoup de matériel sur scène, deux claviers, quelques percussions, Ibeyi, ça devrait être aussi dépouillé que sur l'album... 20h45 : les voix de Naomi et Lisa-Kainde Diaz s'élèvent dans l'obscurité, les filles ne sont même pas encore montées sur scène que la magie prend. L'émotion est intense, surprenante. Puis elles entrent, souriantes, pour un démarrage a capella sur le devant de la scène : dieu, qu'elles sont jeunes ! On a beau savoir leurs 20 ans à peine, ça fait un choc. Elles allument des bougies, c'est comme à la maison. Le lien avec le public est créé, une sorte d'intimité toute simple, à la bonne franquette, qui ne retombera pas pendant les courtes 55 minutes qui suivront.
Lisa-Kainde s'installe aux claviers, Naomi face à elle aux percussions (acoustiques et électroniques), et les sœurs Diaz attaquent leur set avec une décontraction stupéfiante. Tout est immédiatement en place, la voix superbe de Lisa-Kainde, les notes parcimonieuses de son piano, la puissance des rythmes mi tribaux mi electro de Naomi, virtuose du cajón : les chansons de l'album acquièrent ainsi une force impressionnante, décuplée par l'impression de légèreté, de... sincérité, de facilité… Et sans doute surtout par l’extraordinaire complicité émotionnelle entre les deux sœurs, qui ne se quittent pas des yeux pendant l’interprétation des chansons. La fameuse osmose entre jumeaux, je suppose…
Elles nous expliquent l'origine de leur musique, les traditions yoruba, amenées à Cuba par les esclaves originaires du Benin et du Nigeria. Régulièrement, elles interrompent l'interprétation de leurs morceaux "modernes" pour venir face au public - conquis - interpréter a capella un chant yoruba. Et, contrairement à ce qui se passe sur l'album, le mélange semble ici faire sens, peut être grâce à la spontanéité, au naturel des deux sœurs... souriantes, toutes simples et pourtant tellement talentueuses.
Stranger / Lover sera une légère déception, mais River, Yanira (le prénom de la grande sœur) ou encore Oya, renforcé par de belles projections mystérieuses sur l’écran derrière la scène, seront absolument fascinantes, justifiant complètement la hype autour de Ibeyi. Un dernier morceau a capella en l'honneur de tous les jumeaux dans la salle, un court encore - une nouvelle version de River avec la participation du public aux chœurs... et c'est fini.
Moins d’une heure en tout et pour tout, ça a un goût de trop peu, mais il est difficile d'attendre plus de ces deux très jeunes femmes qui n'en sont après tout qu'à leur premier album, et nous l’ont interprété avec une générosité touchante.
