"Quand Vient la Nuit" de Michael Roskam : pour les acteurs avant tout !
N'ayant pas vu "Bullhead", je n'avais aucune attente particulière vis à vis du premier film américain de Michael Roskam... Au contraire, on a vu tellement de jeunes réalisateurs européens ou asiatiques se brûler les ailes aux USA, que l'on ne pouvait que craindre le pire... En fait, j'ai surtout été attiré par l'affiche de "Quand vient la nuit" : Lehane au scénario, Tom Hardy, Gandolfini (snif !) et Schoenaerts devant la caméra... de quoi saliver, en toute logique. Et c'est bien le travail des interprètes qui transforme ce petit polar urbain assez passe-partout en quelque chose d'un peu différent : même si Hardy frise l'overacting dans ce rôle de type un peu simple, qui s'avèrera - bien sûr - ne pas l'être tant que ça, il impressionne, et confirme son exceptionnelle présence à l'écran. Gandolfini, sans surprise, démontre (une dernière fois ?) son extrême sensibilité et sa capacité à générer une fascinante ambiguité, tandis que Schoenaerts dérange avec ses poussées de folie incontrôlées. C'est plutôt du côté du travail de Lehane que l'on trouve à redire (même si le "double fond" que dissimule chacun des personnages permet une révélation finale bien amenée...) : le script abonde en invraisemblances, mettant à mal ce réalisme qui semblait pourtant être LA préoccupation du film... sans même parler des éternels clichés sur la mafia russe (tchétchène ici). Personnellement, je n'ai pas été non plus particulièrement impressionné par la réalisation de Roskam, qui essaie - vainement - de poser sa patte d'auteur européen sur ce thriller des plus américains, avec des afféteries inutiles : nombre de plans ou de mouvements de caméra maniérés et injustifiés viennent ainsi perturber la justesse de la narration, comme ceux de la crotte de chien ou du "drop" de l'argent dans le coffre. Du coup, "Quand vient la nuit" passe à côté du vrai bon film qu'il aurait pu... non, qu'il aurait DU être !
