Ma petite entreprise de réévaluation : "l'Année du Dragon" de Michael Cimino (1985)
Revoir en 2015 cette "Année du Dragon" que, en fans loyaux et transis de Michael Cimino, nous avions tant aimé en 1985, est un choc violent, oui, et désagréable : qu'avions-nous donc tant admiré dans ce truc hystérique, infantile, régulièrement grotesque ? La mise en scène de Cimino, oui, certainement, instrument de manipulation du spectateur d'une puissance lyrique aujourd'hui sans égale (mais oserait-on faire désormais ce que Cimino se permet ici ?). Hormis ces fulgurances qui sauvent quelques moments de "l'Année du Dragon" - les scènes de foule, nombreuses, magnifiquement chorégraphiées, et puis aussi l'attaque contre Stanley White et son épouse, chez eux, d'une sécheresse époustouflante -, tout semble aujourd'hui médiocre : le surjeu ridicule de Mickey Rourke, avec ses grimaces et son chapeau sur l'oeil, la fausseté des rapports entre quasiment tous les personnages, montrant à quel point Cimino était déjà cet "alien" incapable de parler de gens "normaux" (la palme étant atteinte avec l'histoire "d'amour vache" entre Stanley et la jeune journaliste), l'interlude délirant et hors de propos en Thaïlande, le duel final en forme de cliché hystérique... sans même mentionner le manque de cohérence d'un scénario bien typique du lourdaud qu'a toujours été Oliver Stone. Pas grand chose à sauver du film, et au final, donc, cette douloureuse évidence que "l'histoire du cinéma" se doit parfois d'être ré-écrite !
