Séance de rattrapage : "Suzanne" de Katell Quillévéré
Particulièrement bien accueilli par la critique qui a applaudi la légèreté et la sagesse de la mise en scène de Katell Quillévéré, ainsi que ses ellipses "radicales", "Suzanne" ne me paraît guère mériter tant d'honneurs... si ce n'est sur le plan - non négligeable - de la qualité de l'interprétation de son trio central, fantastique de justesse et d'intériorité maîtrisée. Pour le reste, il me semble quand même que le beau naturalisme recherché est systématiquement sacrifié au profit d'un lyrisme assez convenu (un point en moins pour l'utilisation pénible de la musique...), et surtout que ces fameuses ruptures dans la temporalité du film ne sont là ni plus ni moins que pour créer des effets de surprise (de choc) chez le spectateur, pas si loin que cela des "trucs" de n'importe quel scénariste hollywoodien. Bref, on hésite sans cesse entre admiration pour l'absence de toute moralisation simplificatrice (le personnage de Suzanne n'étant guère "défendable", inutile de charger la barque, en effet...) et irritation devant une indéniable roublardise de ce "Suzanne", loin, bien loin du cinéma "à la Pialat" auquel le nom de son héroïne pourrait faire songer.
