Séance de rattrapage : "Spring Breakers" de Harmony Korine
Jusqu'où la forme d'un film peut-elle influencer l'interprétation que l'on peut faire de son "fond" ? Voilà la question passionnante que soulève le "Spring Breakers" de Harmony Korine, réalisateur "indie" dont on ne peut pourtant a priori questionner l'éthique : c'est que le décalquage de l'image MTV / clip de gangsta rap auquel se livre habilement Korine, dans un tourbillon ininterrompu d'images de corps féminins dénudés, de gros guns et de déferlements orgiaques sous le soleil très "pub" de la Floride, est tellement parfait qu'il en devient malaisant. Au final, Korine n'exploite t il pas ici le succès de cette culture superficielle, stupide et criminelle qu'il voulait critiquer ? Le succès public de "Spring Breakers" n'invalide-t-il pas le film ? Heureusement, on trouve, au milieu de cette avalanche de clichés un peu trop excitants, quelques pistes qui confirment l'ambition et le talent de Korine : d'abord le travail presque musical effectué sur les dialogues, divorcés des images, se répétant comme des motifs sonores de plus en plus dénués de sens ; ensuite, deux magnifiques plans séquence offrant des perspectives opposées sur un hold up, montrant que Korine sait à l'occasion sortir de l'impasse de son choix esthétique... On regrettera les facilités d'un scénario qui joue la facilité au dépend de la crédibilité, ainsi que le sacrifice du jeu des acteurs, réduits à des clichés et à des stéréotypes sans doute pour mieux coller au propos de Korine : on peut s'empêcher de penser qu'il aurait été bien plus judicieux de les utiliser pour créer du trouble - pour ne pas dire un "supplément d'âme - au sein de la machine à images envoûtantes mais décérébrées qu'est finalement "Spring Breakers".
