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Le journal de Pok
16 août 2013

Peter Murphy au Carioca Club (São Paulo) le mercredi 14 août

2013_08_Peter_Murphy_Carioca_Club_SP_05A 21:40, soit avec une dizaine de minutes de retard, on nous annonce en anglais une vidéo de "preview" de cinq titres de « Lion », le prochain album solo de Peter Murphy. Bon, on veut bien, mais on n'est pas là, apres avoir bravé le froid et les embouteillages de l’heure de pointe pour regarder des vidéos « arty » sur un écran placé devant la scène ! Heureusement, il ne s'agira que de brefs extraits, et les titres paraissant très corrects, ce seront 10 minutes acceptables, en attendant que le groupe s’installe sur scène, derrière le rideau noir baissé.

Démarrage très « low key » du concert, qui me déconcerte, et déconcerte d’ailleurs un peu tout le monde autour de moi, visiblement (et je parle d’un public composé à 95% de fanatiques absolus de Bauhaus, qui connaissent toutes les paroles de toutes les chansons par coeur... ce qui est loin d’être mon cas...) : la voix de Peter Murphy, si caractéristique avec sa profondeur, sa richesse, ses intonations « bowiennes », mixée en retrait, paraît plate, ordinaire ce soir, tandis que le trio qui l’accompagne peine à construire les atmosphères complexes des morceaux un peu « prog » de Bauhaus... Le batteur tape dur, mais plus dans le genre bûcheron qu’autre chose, le guitariste au look Trent Reznor bedonnant fait surtout dans la frime, il n’y a guère que le bassiste – violoniste qui me paraisse à peu près compétent ! Il y a un long flottement d’une quinzaine de minutes, comme si tout le mode attendait qu’il se passe quelque chose. Et puis, comme rien ne se passe vraiment, le public y met du sien, s’enflamme un peu pour rien, chante en choeur, bref fait naître l’illusion qu’il y a ce soir un vrai concert, ce qui, malheureusement, n’est pas le cas...2013_08_Peter_Murphy_Carioca_Club_SP_26

Murphy, lui, logiquement marqué par l’âge, a gardé une classe et une élégance qui lui évitent le ridicule, mais qui, conjuguées à la froideur de la musique, n’aident pas à créer une vraie osmose avec le public : comme dans les années 80, Murphy prend des poses figées, parfois provocantes (bonnes réactions des fans, évidemment...), mais ne donne jamais l’impression d’être un showman habité par sa musique, plus un quinquagénaire dilettante. Il nous offre un moment visuellement intéressant quand il s’accroche à ses musiciens muni d’une lampe portable qui lui permet de créer des jeux de lumières sur leurs visages, mais ce sera bien la seule fois où il y aura un peu de magie sur scène ce soir. Sinon, il s’adresse à nous en un anglais pas forcément intelligible, vu sa voix cassée, il a oublié qu’il était à São Paulo ce soir (toujours un mauvais point, ça, se gourer de ville !), mais il continue de témoigner de son habituelle arrogance : « Je n’ai plus de voix, ce soir, mais c’est toujours la MEILLEURE voix du Rock ! »... Tu parles, Charles !

Je sombre peu à peu dans une torpeur alimentée par ma méconnaissance du catalogue détaillé de Bauhaus, attendant des chansons phares qui ne viendront que tardivement, en fin de set. Bela Lugosi’s Dead ne me fait guère d’effet (c’est un peu triste de réaliser que la version de Nouvelle Vague est infiniment supérieure à celle de Peter Murphy, mais c’est comme ça...), Kick In the Eye me réveille un peu, The Passion of Lovers est plutôt réussie... Et c’est le rappel... qui va s’avérer catastrophique : Murphy passe beaucoup de temps à discuter avec ses musiciens, ne semble plus vraiment concerné par ce set, qui est pourtant le dernier de la longue tournée « Mr. MoonlighT » (une centaine de concerts...). Sur le (habituellement) fantastique She’s In Parties, il ne chante même plus, laissant le public faire 2013_08_Peter_Murphy_Carioca_Club_SP_27tout le boulot, et le final dub s’éternise sans aucune âme. Puis il invite ce vieux Wayne Hussey, dont il avait annoncé la présence dans la salle, à monter sur scène : moment qu’on souhaiterait mythique (on ne saurait nier que c’est sympa de les voir tous les deux, les deux survivants goths) mais qui s’avérera chaotique au plus haut point, malgré le professionnalisme de Hussey... Un Telegram Sam méconnaissable, suivi par une version ridiculement laide de Ziggy Stardust, deux fautes impardonnables ! Peter Murphy termine la nuit par une dernière chanson incohérente, sans plus d’émotion que tout ce qui a précédé. Il fait saluer sa troupe, ce qui est bien gentil, mais honnêtement, me laisse complètement froid après un tel non-événement.

Il est 23h30, je quitte le Carioca Club légèrement accablé. Il y a des artistes (...rares) qui gardent la flamme malgré les années, et pour lesquels leur glorieux passé n’est qu’une plate-forme pour continuer à faire une musique pertinente ; ce soir, ce n’était pas le cas de Peter Murphy, il semblait avoir rejoint la sinistre cohorte des has beens qui n’ont plus rien à dire.

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