"Les Bêtes du Sud Sauvage" de Benh Zeitlin : belle singularité...
Quand un film arrive précédé d'une telle réputation, déjà épaulé par une belle moisson de récompenses, le spectateur est forcément à la fois conditionné et inquiet : et si jamais je n'aimais pas "les Bêtes du Sud Sauvage" alors que tout le monde est dithyrambique, est-ce que cela veut dire que je suis stupide ? Ou pire, que je n'ai pas de coeur ? En fait, "les Bêtes du Sud Sauvage" est exactement ce que tout le monde en a dit : une fable à la fois triviale et cosmique sur l'avenir - déjà advenu - de notre monde, racontée par un petit être qui se bat entre douleurs familiales - mère disparue, père malade - et rêve d'être assez forte pour résister à l'apocalypse. Le tout filmé avec des acteurs amateurs dans un décor - réel - de la Louisiane du quart-monde, après le passage de l'ouragan Katarina. Original. Impressionnant. Régulièrement bouleversant, en partie la dernière partie, avec le défi - relevé avec panache - de la confrontation "lo-fi" entre Hushpuppy et les aurochs. Et pourtant, "les Bêtes du Sud Sauvage" a peiné à me convaincre tout-à-fait, comme si le "geste artistique" résolu de Benh Zeitlin, se confrontant courageusement à la misère et la bestialité, ne trouvait pas exactement la forme nécessaire à exprimer son évidente sincérité : est-ce le filmage caméra - tressautante - à l'épaule et le montage qui fractionne l'action, deux techniques auxquelles je suis parfaitement allergique, et que Zeitlin assimile de manière erronée à une forme de réalisme ? Est-ce la difficulté de trouver le juste équilibre entre le non-dit de la fiction (à nous d'imaginer ce monde en lambeaux, au bord du naufrage...) et sur-lignage des émotions (la voix off, souvent en trop) ? Toujours est-il que j'ai trouvé difficile d'adhérer en continu aux choix esthétiques et narratifs de Zeitlin... ce qui, bien entendu, ne diminue en rien la belle singularité de son geste cinématographique.