Séance de rattrapage : "Never Let Me Go" de Mark Romanek
Et tout le monde, moi y compris, de s'extasier sur l'élégance de la mise en scène de Mark Romanek, sur les belles images d'une campagne anglaise éternellement photogénique, sur la subtilité d'une interprétation exceptionnelle (Knightley, Mulligan et Garfield sont tous les trois au-delà de tout éloge...), etc. etc. Pourtant, la vision de "Never Let Me Go" génère une frustration vite insupportable, qui gâche radicalement les qualités "techniques" indiscutables du film : à force de préférer le détail touchant de la romance post-adolescente à la force potentielle de son sujet "S.F." et aux ouvertures quasi philosophiques du thème du clonage et de la singularité des êtres, Romanek réduit son "Never Let Me Go" (au titre anodin finalement révélateur de son programme "Twilight-bis"...) à bien peu de chose. Au final, le pire est sans doute que, à force de passer sans insister sur l'aliénation fondamentale sur laquelle est construite cette société uchronique, il nous empêche de comprendre la passivité révoltante des personnages, et donc de ressentir la moindre empathie envers eux : les cris du pauvre Andrew Garfield paraissent bien ridicules par rapport à l'ampleur des questions soulevées par le sujet du film ! En voyant défiler le générique de fin de "Never Let Me Go", je me suis demandé si je ne préférais pas les excès pyrotechniques hollywoodiens de "The Island", au thème absolument similaire !