Séance de rattrapage : "Polisse" de Maïwenn
Il est facile de se laisser happer par le chaos émotionnel que Maïwenn, en manipulatrice surdouée, a monté de toute pièces dans son "Polisse" : une troupe d'acteurs disparates, censés constituer un microcosme de la France épuisée par les années Sarkozy, lancés dans des happenings à la justesse plus que variable, au sein d'un scénario feuilletonnant, inévitable en notre époque de séries TV triomphantes... avec, en contrepoint, une vision relativement juste (il y aurait beaucoup de travail de recherche en amont du film, ça se voit...) des perversions horribles auxquelles les parents soumettent leurs pauvres rejetons. Il est également facile de rire, de mépriser même cette vision idyllique d'une police toute dévouée au sauvetage, voire au bien-être des victimes, qui pousse certaines scènes à la limite du ridicule. Maïwenn louche donc sur le beau et vrai cinéma de Depardon, aimerait sans doute être Pialat ou Cassavetes, mais se laisse régulièrement entraîner par ses démons bien connus : narcissisme, sur-psychologisation des personnages, et au final, naïveté réductrice. Pourtant au final, "Polisse", qui n'est certes pas le chef d'oeuvre émotionnel que beaucoup ont voulu voir, n'est pas non plus un mauvais film : l'énergie brutale qui l'anime et la réussite d'une poignée de scènes (la crise entre Karin Viard et Marina Foïs, la conclusion saisissante et paradoxale, rétablissant le doute là où trop de bons sentiments avaient affaibli le film...) sauvent in extremis de l'échec.