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Le journal de Pok
11 janvier 2026

"Father Mother Sister Brother" de Jim Jarmusch : Querelle

Le dernier Jarmusch, récompensé à Venise, attise les polémiques.

Pour certains, dont je suis, il s'agit ni plus ni moins de l'un de ses meilleurs films, un portrait drôle mais cruel des tensions familiales - particulièrement entre parents et enfants - qui réussit à être à la fois une chronique réaliste et fidèle de conflits ordinaires, mais pas moins douloureux pour autant, et une belle oeuvre d'art, conjuguant direction d'acteurs supérieure, mise en scène élégante dans sa simplicité, et belle fluidité d'écriture.

Pour d'autres, un film insignifiant, ennuyeux, qui n'a rien à dire de nouveau, mais le dit en étirant au maximum des scènes bien trop vides d'affects.

Comme toujours, la vérité n'est pas (mais pas du tout) entre ces deux opinions, mais dépend bel et bien des goûts de chacun en matière d'expérience cinématographique, et, surtout, dirais-je, de la vision de la famille que chacun a, une vision que le film confrontera ou confortera. On peut donc se disputer de longues heures entre cinéphiles sur Father, Mother, Sister, Brother, sans que les arguments, rationnels ou non, de chaque bord n'arrivent à convaincre l'adversaire. Ce qui est en soit une preuve - l'une des meilleures, en fait - que Jarmusch a parfaitement réussi son coup. Parler d'un film, être en désaccord, est l'une des activités essentielles de la cinéphilie, mais c'est une chose que notre "vie moderne" tend à oublier, entre le blabla promotionnel lénifiant qui nous noie, et l'agressivité stupide des réseaux sociaux qui nous horrifie.

Bref, je ne rentrerai dans aucune polémique stérile, mais présenterai ici un bref résumé de ce que j'ai aimé, voire même adoré, dans Father Mother Sister Brother :

- la manière dont Jarmusch nous fait voyager dans trois lieux et trois cultures différentes : New Jersey, Dublin et Paris... avec de la part de ce vieux Jim un visible plaisir à parcourir en vieille caisse pas électrique les rues du Paris populaire, ce qui fait une grande partie du charme du troisième segment du film.

- la joie quasiment enfantine que dispense la "révélation finale" (à ne pas spoiler) du premier court-métrage, le seul où l'on retrouve l'esprit rock / frondeur du Jarmusch d'autrefois, évidemment incarné par l'impayable Tom Waits.

- l'extraordinaire composition visuelle du second segment, presque "wesandersonien", avec ces gateaux colorés et cette mise en scène façon BD d'un univers factice, au sein duquel se déroule ce drame - ou cette comédie - feutré(e). Et le fait que ce segment peut être interprété comme une peinture tragique de la simulation de sentiments qui n'existent plus entre mère et filles, ou, totalement à l'opposé, comme une suggestion maline que la tendresse demeure intacte quand les chemins ont totalement divergé. Personnellement, j'ai plutôt eu une lecture tragique et déprimée.

- la chaleur qui se dégage in extremis du troisième segment, peut-être çà cause du fait que les acteurs nous sont inconnus, et qu'on a donc moins le sentiment d'une construction alambiquée. Car la manière dont le deuil est fait, avec simplicité, gravité, humanité, est tout simplement bouleversante. Sans même mentionner cette reconnaissance, simple certes, mais évidente, que l'accumulation de choses ne révèle rien sur le mystère de l'identité et de la personnalité des gens.

- l'élégance ludique avec laquelle Jarmusch introduit le petit jeu des trois "points communs" de ses histoires, le ballet des skateur, la Rolex et le tic langagier "Bob's Your Uncle". C'est totalement gratuit, et c'est exactement pour cela que c'est beau.

Voilà. Choisis ton camp, camarade, mais surtout ne fait pas l'impasse sur ce film, qui arrive miraculeusement à ressusciter les vieilles querelles entre cinéphiles.

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