"Sirat" d'Oliver Laxe : The Road Ravers
/image%2F1371294%2F20250919%2Fob_3369f0_sirat-affiche.jpg)
Sirat est un choc. Un vrai. Le plus impressionnant film d'auteur à date en 2025, pas moins. Venu du documentaire et déjà remarqué, le galicien Oliver Laxe imagine et réalise avec Sirat un cinéma engagé politiquement et moralement face à l'effondrement de notre civilisation (la 3ème guerre mondiale est là, mais cette fin du monde est en fait avec nous depuis un moment, comme le dit un personnage), qui est en même temps un cinéma de l'âme humaine, débouchant au fil d'un périple terrible - puis terrifiant- dans le désert du Sud marocain, sur une béance existentielle brutale. Le tout sans jamais quitter des yeux l'humanité profonde de personnages cabossés, voire cassés, qui ne cessent - comme nous, en fait - de prendre de mauvaises décisions et d'en payer le prix fort.
Prenant acte de gestes cinématographiques aussi forts que le Mad Max de George Miller et le Salaire de la peur de Clouzot, Laxe créée du jamais vu, mais également du jamais entendu - grâce à une musique et à son utilisation éblouissantes. L'attribution du Prix du Jury à Cannes lors de la dernière édition semble, du coup, bien timide, tant Sirat est un projet qui surpasse la quasi totalité de ce qu'on a pu y voir : trop audacieux ? trop "punk" peut-être ?
Car, bien sûr, Sirat peut être un film révoltant, voire repoussant pour les spectateurs craignant le spectacle du chaos. Et sa dernière partie peut s'avérer profondément traumatisante. Pourtant, c'est une œuvre sublime, malgré ou peut-être à cause de ses imperfections, un film qui nous fait partager, mieux que n'importe quel autre de récente mémoire, ce long et douloureux voyage vers l'enfer que l'humanité a clairement déjà débuté.