“L’Envers de la girafe” de Pascal Dessaint : born Toulouse
/image%2F1371294%2F20250902%2Fob_436010_envers-de-la-girafe.jpg)
Premier livre que je lis de Pascal Dessaint, inconnu pour moi, mais dont on me dit qu'il s'agit d’un auteur reconnu du polar français, L'Envers de la girafe n’a pas grand chose à voir avec un polar classique, et se positionne plutôt comme un plaidoyer très engagé, à la frontière du militantisme, pour le respect de la nature et pour une sorte de ralentissement de la folie humaine, dont on sait qu'elle condamne et la planète et l’humanité à plus ou moins court terme, désormais. On réalise très vite qu'on est devant une fable pessimiste, parfois drôle (mais pas trop, honnêtement), parfois émouvante (mais pas trop non plus). Bref, un bouquin difficilement étiquetable, ce qui est plutôt bien.
L’histoire se déroule à Toulouse, une source de dépaysement rafraichissant, dans un quartier observé de différentes hauteurs : au ras du trottoir où poussent des plantes que nous voyons comme de mauvaises herbes, depuis les arbres où les nids oiseaux sont en péril, depuis les balcons et les toits d'où l’on peut tomber et se rompre les os, et même depuis la perspective surplombante des cameras de surveillance. S’y croisent les destins d’un botaniste des “mauvaises herbes” souffrant du souvenir d’un drame dont il ne se remet pas, et harcelé par un voisin jardinier maniaque, d’un agent de vidéosurveillance tourmenté par l’infidélité dévoilée de sa femme, d’un routier spécialisé en transports de matières dangereuses, et de sa compagne raide toquée de la protection de la nature, ou encore d’un homme obsédé par les girafes mais excédé par sa mère handicapée. Tout le monde dans le roman est bien cabossé, voire même dysfonctionnel, et plus le livre avance, plus il est clair que la tragédie menace chacune de ces existences, qui se croisent d’ailleurs quotidiennement sans réellement se rencontrer : on se dit que le pire est plus que possible, il est certain.
L'Envers de la girafe nous accroche par sa construction chorale, assez filmographique : le marketing citant Short Cuts, le film de Robert Altman d’après les nouvelles de Raymond Carver, ce qui n'est pas ridicule (il y a ainsi un mélange bien senti de désespoir profond et de fantaisie ironique dans la peinture d’une petite troupe d’êtres humains assez dérangés), mais fait sans doute un peu trop d’honneur au talent, somme toute moins stupéfiant, de Pascal Dessaint.
Si la fin du livre surprend positivement par sa volonté de dégonfler les situations dramatiques que tout ce qui précède nous avait laissé craindre, le manque de légèreté assumé du militantisme écolo et la recherche systématique de la fantaisie dans la narration empêchent L'Envers de la girafe d’être le ravissement promis.