"Machos Alfa – Saison 5" d’Alberto et Laura Caballero : l’âge de la confusion
98 jours après la sortie de la saison 4 de Machos Alfa, Netflix nous proposait six nouveaux épisodes, étiquetés « saison 5 » : un enchaînement précipité, qui a d’ailleurs causé la désorientation de certains fans (nous en faisons partie), mais qu’il est intéressant de considérer comme le symptôme d’une crise dans l’évolution de la série espagnole « best seller ». Si l’on pouvait voir a priori ces deux blocs de six épisodes comme deux parties d’un même « cycle de production », les thèmes en sont tellement différents que l’on comprend la décision de Netflix de les diffuser séparément.
Alors que Machos Alfa s’essoufflait de plus en plus, alors que le fait de rire de (et avec…) quatre quadragénaires dépassés par le féminisme semblait de plus en plus réducteur, ces six nouveaux épisodes s’intéressent plutôt aux contradictions et aux nouveaux conflits produits par cette fameuse « déconstruction » : après quatre saisons / quatre années de tentatives hilarantes mais infructueuses, nos quatre « héros » ne savent toujours pas comment être des hommes dans une société rejetant la toxicité masculine traditionnelle (forte dans la société espagnole, héritage du franquisme). Mais les femmes ne savent plus non plus ce qu’elles attendent d’eux . Machos Alfa a donc déplacé donc une partie de la crise identitaire vers Luz, Daniela et Esther…
D’où, dans ces nouveaux épisodes, un stage de « récupération de la féminité », mais aussi, pour nos héroïnes, de nouvelles rencontres sentimentales ou sexuelles catastrophiques. La série pose donc une nouvelle question : qu’est-ce que chacun dans un couple hétérosexuel peut encore attendre de l’autre, alors que les anciens rôles ont disparu, mais sans que de nouveaux modèles clairs, stables, aient eu le temps de les remplacer ?
Au cœur de ces six épisodes, il y a la volonté de nos quatre amis de tenter de vivre « entre hommes », sans femmes donc, dans un « communauté » et un « pacte patriarcal » utopique. Autour d’eux, les protagonistes féminines vivent un véritable calvaire dans leur recherche d’alternatives au modèle conjugal traditionnel. L’accumulation de situations et de problématiques au fil des six épisodes ressemble diablement à une fuite en avant, pour cacher l’épuisement de la série au bout de quatre ans : Machos Alfa devient un véritable catalogue de dérives contemporaines, au point où l’on se demande si elle ne se contente pas désormais de courir après les sujets « à la mode », ceux qui font parler sur les réseaux ? Féminisme anti-trans, prostitution, sologamie, fétichismes, phénomène de la « piña de Mercadona », OnlyFans… N’en jetez plus, le spectateur, même s’il rit toujours beaucoup, ne sait plus où donner de la tête.
Les téléspectateurs espagnols auront apprécié la volonté d’Alberto et Laura Caballero et de Daniel Deorador d’inscrire leur Machos Alfa dans l’actualité du pays, avec la transposition très reconnaissable du scandale Íñigo Errejón, lorsque le député fictif Iñaki, qui se présente comme progressiste et féministe, est accusé d’agression sexuelle par Daniela. Les téléspectateurs français, pas forcément au fait des soubresauts de la société espagnole, seront toujours ravis que la maîtrise de la comédie chorale, qualité indiscutable de la série, reste intacte : rythme, acteurs, intrigues entremêlées, mais surtout attention au langage (l’une des grandes forces de Machos Alfa), tout est toujours là, pour notre plaisir.
Sous les gags, il y a cette fois quelque chose d’assez triste qui perce, pour la première fois, dans Machos Alfa. Divorces, garde des enfants, célibat, vie dans une caravane, habitat communautaire, maladie, vieillissement… La solitude et la médiocrité guettent nos héros. Ce que nous dit cette avant-dernière saison, c’est aussi que leur problème est peut-être moins « comment être un homme au XXIe siècle » que « comment ne pas finir seul ».
C’est peut-être à ce problème, finalement bien plus profond, que s’attaquera la sixième et dernière saison d’une série qui nous aura beaucoup fait rire, et pas mal fait réfléchir.