Séance de rattrapage : "La Femme la plus riche du monde" de Thierry Klifa
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Au cœur de "l'affaire Bettencourt", il y a le procès entre Liliane Bettencourt et sa fille, relatif aux soupçons "d'abus de faiblesse" sur l'actionnaire principale du groupe L'Oréal. Les largesses indues - près d'un milliard d'euros de cadeaux - de celle qui était à l'époque "la femme la plus riche du monde" vis à vis de François-Marie Banier, sont encore suffisamment présentes dans les mémoires pour qu'un réalisateur s'aventurant à traiter ce sujet bien trouble, voire glauque, prenne un risque majeur : celui de trahir, de caricaturer, de simplifier une réalité jamais clairement établie par la justice... sans pour autant que cela donne du bon cinéma ! Or, sans que son la Femme la plus riche du monde soit un grand film, Thierry Klifa a joliment évité ces deux obstacles.
Le scénario, très intelligent, du film respecte avec beaucoup de sérieux ce que l'on sait effectivement de l'affaire, tout en proposant une version à la fois crédible et passionnante de ce que l'on ignore - et ignorera toujours sans doute - du processus psychologique derrière la relation entre Bettencourt et Banier, par ailleurs bien contextualisée dans la société française de l'époque, ainsi que dans l'histoire du groupe L'Oréal et de sa famille dirigeante.
On appréciera beaucoup une construction habile en deux temps : le premier où le spectateur peut facilement se prendre de sympathie pour le couple terrible formé par Bettencourt et Banier, dynamitant les codes d'un monde excessivement fermé et toxique (le passage sur l'histoire collaborationniste du mari de Liliane en étant un bel exemple), et le second où l'abjection des deux personnages devient impossible à ignorer par le spectateur...
Notre point de vue sur les personnages des "méchants" (comme ont été représentés par la presse à l'époque), de la fille de Liliane et du majordome - qui a fini par réaliser des enregistrements clandestins de sa patronne - évolue ainsi, subtilement, sans d'ailleurs que le film nous dise quoi penser.
Si l'on peut regretter que l'écoulement de 20 années entre la rencontre initiale de Bettencourt et Banier et le procès déclenché par la fille de Liliane ne soient pas réellement "visibles à l'écran" - pas de vieillissement sensibles de acteurs en particulier -, et que les conséquences politiques sérieuses de l'affaire - le financement illégal de Sarkozy via Eric Woerth - ne soient même pas suggérés, on ne niera pas la réussite improbable qu'est le traitement de la relation "toxique" entre les deux personnages principaux : cette réussite est due à la qualité de l'écriture du scénario et, évidemment, de l'interprétation, avec au premier plan le talent jamais mis en défaut de Huppert (peut-être un peu trop étincelante pour le rôle, mais comment ne pas l'adorer encore et toujours ?) et de Lafitte, irrésistible salopard d'une ambiguïté insondable et indécidable, mais "à l'abattage totalement réjouissant !
Ce qui nous ramène aux qualités cinématographiques d'un film impeccablement rythmé, avec une mise en scène certes discrète mais bien tenue. Un film "instructif", mais également passionnant, et à la fois amusant et embarrassant : un plaisir inattendu, en fait.