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Le journal de Pok
25 septembre 2025

Séance de rattrapage : "Asteroid City" de Wes Anderson

J'avais fait l'impasse à l'époque de sa sortie sur Asteroid City, accueilli par une avalanche dédaigneuse de critiques négatives, sans doute parce que le film précédent de Wes Anderson, The French Dispatch ne m'avait pas complètement convaincu. Mais la nette remontée du travail d'Anderson depuis (Henry Sugar et The Phoenician Scheme) m'a donné envie de profiter d'un voyage transatlantique pour réparer cet accroc à ma fidélité envers lui. Vous me direz que regarder un cinéma aussi formaliste que celui d'Anderson sur un petit écran digital accroché à un dossier de siège d'avion revient à se priver de l'une de ses plus intéressantes caractéristiques, le formalisme de l'image et sa beauté. Ce n'est pas faux, mais l'argument peut se retourner comme un gant, puisque ce visionnage "réduit" permet de se concentrer sur le fond du film.

Or, Asteroid City, s'il est 1) absolument magnifique visuellement, avec un Anderson qui pousse encore un cran plus loin son goût pour la ligne claire façon BD franco-belge (quel parfait réalisateur il serait pour une adaptation de Tintin !), en ajoutant ici une couche de facticité virtuelle, et 2) régulièrement ennuyeux comme aucun de ses films précédents ne l'était, parle de beaucoup de choses qui, semble-t-il, ont été largement ignorées par la critique bien décidée à lui régler son compte.

Asteroid City reprend évidemment les thèmes habituels d'Anderson (famille dysfonctionnelle avec un père incapable d'assumer son rôle, vide existentiel chez des personnages en souffrance cachant leur douleur sous une décontraction plaisante...), mais focalise son récit sur des choses nouvelles : d'abord - et surtout - l'isolement additionnel créé par la pandémie et le confinement (la petite ville coupée du monde, l'impossibilité de vivre une histoire - d'amour ? - quand les deux protagonistes ne peuvent que s'observer par la fenêtre) ; mais aussi, et c'est peut-être la première fois, un discours presque politique sur les dangereuses manies des USA militarisés à l'extrême (essais nucléaires, secrets militaires, contrôle de la population et surtout de la communication). Non, vraiment, le fond d'Asteroid City, au delà du plaisir que l'on prend devant l'enchaînement rapide de ces petites vignettes colorées et lumineuses, pleines de jolies idées farfelues, est loin d'être insignifiant. Il faut croire que l'élégance et la légèreté typiques du travail d'Anderson jouent désormais contre lui, alors même qu'il tente de pousser encore un peu plus loin son "système".

Il faut néanmoins admettre qu'Asteroid City souffre de réels défauts : toute la mise en abyme de l'histoire, présentée comme une représentation théâtrale, et interrompue par des passages sur son auteur, assez grossièrement filmés en Noir et Blanc, n'ajoute rien au film, et semble presque une fuite de la part du réalisateur, comme s'il n'osait pas affronter lui-même son sujet. Et puis, et c'est là pour moi son plus gros défaut, à la différence des meilleurs films de l'auteur, Asteroid City paraît uniformément dépourvu d'émotion. Pour une fois, la force conceptuelle du cinéma d'Anderson a étouffé sa puissance émotionnelle, et c'est évidemment une mauvaise nouvelle.

Sauf que l'on sait, vu d'aujourd'hui, que cette faiblesse n'aura été que temporaire.

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