"A Silent Voice" de Yoshitoki Iima : une petite réussite
A priori, il semble que ce "premier tome" de "A Silent Voice" ait été à l'origine - et avant le succès qu'il a rencontré - un one shot. De fait, ce récit minutieux et formidablement intelligent de l'exclusion progressive d'une petite sourd-muette par une classe toute entière (on est semble-t-il en fin de primaire, juste avant l'entrée au collège) tient parfaitement bien tout seul, même s'il se clôt d'une manière ouverte par les retrouvailles des protagonistes Shoko et Shoya six ans plus tard. Yoshitoki Oima gère parfaitement son récit pour éviter de tomber dans le piège évident du sentimentalisme, et retourne même le point de vue conventionnel en faisant du tortionnaire la principale victime, alors que la jeune infirme poursuit sa route, mûrie de manière précoce - du moins on l'imagine - par les épreuves traversées. De même, la force de "A Silent Voice" vient de la description objective des mécanismes de rejets, souvent dissimulés derrière une apparente bienveillance (de la part de l'enseignant par exemple) et derrière les grands principes. Rien de manichéen donc ici, l'attention sensible aux détails remplaçant avantageusement la critique facile. Ajoutons que le dessin est aussi beau que facilement lisible (ce n'est pas le cas, on le sait, de bien des mangas pour adolescents), et on a une véritable petite réussite. Reste maintenant à savoir en quoi de nouveaux tomes pourront bien enrichir un récit aussi bien conduit.