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Le journal de Pok
4 octobre 2026

"Kraken" de Mohamed Chabane et Théo Jourdain Rhodes : la violence comme impasse

Il y avait pourtant matière à un film passionnant : explorer la petite criminalité dans les cités, ses mécanismes, ses hiérarchies, ses codes, mais aussi les déterminismes sociaux et politiques qui expliquent son fonctionnement, le tout habillé en film de genre, le "slasher" en l'occurrence. Malheureusement, Kraken ne fait pas grand-chose de ce contexte prometteur, sinon l'utiliser comme un décor vaguement réaliste pour un déchaînement de violence aussi répétitif que finalement insignifiant.

Les personnages, mal écrits, sont réduits à des caricatures dont les comportements semblent dictés par les nécessités du scénario plutôt que par une quelconque vérité humaine. À force de vouloir souligner leur brutalité, leur bêtise ou leur perversité, le film leur retire toute complexité. Impossible, dès lors, de s'intéresser véritablement à leur destin : le portrait social potentiel se réduit à une galerie de stéréotypes.

Même dans le genre "slasher", Kraken ne nous offre rien de véritablement stimulant, une simple accumulation de scènes de violence, dont chacune tente de surpasser la précédente dans la brutalité. Passé un certain seuil, cette surenchère devient non seulement prévisible, mais franchement contre-productive. Ce qui devrait nous révolter et nous révulser finit par nous ennuyer.

Le plus regrettable est quand même la manière dont le film gâche son potentiel politique. En ramenant constamment ses personnages à leurs pulsions les plus primitives, il risque de conforter les préjugés contre "les cités" qu'un film plus intelligent aurait pu contribuer à déconstruire.

Au bout du compte, Kraken illustre tristement la confusion entre radicalité et profondeur. Montrer toujours plus de violence ne signifie pas avoir quelque chose de plus à dire sur elle. Et derrière son apparente volonté de regarder une réalité sociale en face, le film révèle surtout la pauvreté de son regard.

 

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