"Mektoub My Love : Canto Due" d'Abdellatif Kechiche : canto ultimo...
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Regarder ce Canto due de Mektoub My Love est une double souffrance. D'abord bien sûr parce qu'il sera probablement le dernier film d'Abdellatif Kechiche, sans aucun doute l'un des cinéastes français les plus talentueux - et les plus singuliers, ce qui est encore mieux - de ce siècle. Entre les polémiques sur son "comportement" avec ses actrices, qui ont nourri les colonnes à scandale des journaux (et qui font d'ailleurs penser que Pialat n'aurait plus pu non plus filmer de nos jours, tant il usait, lui, de violence morale envers ses acteurs), la non-sortie d'Intermezzo, et sa santé qui a empêché Kechiche de terminer lui-même le troisième volet de ce Mektoub My Love qui devait être son oeuvre majeure, on ne voit guère d'avenir au cinéma de Kechiche.
Mais la principale souffrance, malheureusement, est celle qu'on ressent au long du visionnage de ce qui est - et restera sans doute donc - le pire film de Kechiche. Canto due est un ratage quasi intégral, sauvé à la limite - car on l'aime tant, ce diable de cinéaste - par quelques très rares moments de grâce que l'on sauve, et qui nous sauvent, au milieu de la déception et du désastre.
Déception, car montées par d'autres à partir des habituelles centaines d'heures de rushes laissés par Kechiche, les habituelles longues scènes de discussions, d'interactions, de gestes d'amour et d'amitié, au sein du groupe d'ami(e)s / amoureux(ses) qui reste le centre de la fresque de Kechiche, manquent cette fois largement de leur habituelle magie. Bien sûr, on est heureux de les retrouver, ces personnages qui nous ressemblent (enfin, à ce que nous étions, quand nous étions jeunes et insouciants, sous le soleil des vacances...). Bien sûr, on est reconnaissant aussi que l'auteur leur ait offert dans ce film l'opportunité d'un dernier tour devant sa caméra qui soit plus positif, plus prometteur, plus porteur d'espoirs pour la vie d'adultes qui les attend. Mais ce n'est pas vraiment suffisant quand on est en permanence gêné par cette drôle de sensation d'être en train de regarder un film "à la Kechiche" et non pas un film "de Kechiche". Ce qui prouve finalement, et c'est peut-être bien là la meilleure chose de Canto due, qu'il y a bien (qu'il y avait bien) un GENIE Kechiche.
Désastre, c'est un mot bien fort, mais c'est le seul qui nous vienne à l'esprit devant la partie "scénarisée" (?) du film, tournant autour de promesses hollywoodiennes de la part d'un producteur US amateur de couscous, et dont la jeune épouse est bien volage, et résultant dans les dernières quarante-cinq minutes du film : ridicules, louchant très, très maladroitement vers le genre de thriller émotionnel qu'un Téchiné savait tellement bien faire à sa grande époque, elles sont un échec sans appel. Rien ne fonctionne, tout est faux, du jeu des acteurs (tous ridicules sans exception) à la dynamique de situations tellement improbables qu'on se croirait dans un mauvais téléfilm du siècle dernier. Tout cela est littéralement accablant, et il faudra bien le flottement d'un dernier plan "truffaldien" pour que l'on ne sorte pas de la salle totalement accablé par ce qu'on vient de voir.
Oublions donc ce Canto Due qui n'aurait pas dû exister, et retournons plutôt voir et revoir les nombreuses merveilles de la filmographie de Kechiche. Peut-être le dernier véritable grand auteur d'un cinéma français qui n'est plus que l'ombre de ce qu'il a été le siècle dernier.