Séance de rattrapage : "Downton Abbey - Saison 6" de Julian Fellowes
Pour le dernier tour de piste de la famille Grantham avant que "Downton Abbey" ne ferme ses portes, Julian Fellowes et son équipe ont pris un parti forcément criticable, celui de la générosité tant envers leurs personnages que leur public, puisque les 9 épisodes de cette sixième et dernière saison sont une suite quasiment ininterrompue de bonnes nouvelles et de bons sentiments : même les personnages détestables tels Mr. Barrow, ou simplement irritants (il y en a beaucoup, avouons-le) auront ici leur chance de rédemption, et pourront disparaître en nous laissant un bon souvenir. Le problème de cette approche "feel good" à tout prix est que les épisodes ont tendance à ronronner, et à laisser ensuite une vague sensation d'écoeurement devant tant de sucre. Seule exception à la règle, dans l'avant dernier épisode, le coup de poignard de Lady Mary dans le dos de sa soeur méprisée, qui laisse un temps espérer un final abrasif, où la belle Mary se figerait pour l'éternité dans ce nouveau rôle de salope intégrale, ce qui aurait quand même eu un certain panache, non ? Mais évidemment, il faudra bien réconcilier tout à la fin ce joli monde, et conclure dans un sourire général - et des larmes abondantes d'émotion, quand même - que la famille Grantham et leurs serviteurs ont su évoluer au fil de ce premier tiers du vingtième siècle, et donc survivre à l'effondrement progressif d'une société condamnée à muter en profondeur pour survivre. Et c'est bien là la leçon la plus importante de cette série (de la série toute entière) un peu trop plaisante, un peu trop consensuelle : un progressisme "à l'anglaise", positif et finalement ambitieux face aux défis que le monde nous lance sans cesse. Une leçon plus pertinente de jour en jour en notre époque troublée où les politiciens vendent l'illusion que tout peut rester - pour toujours - comme avant, ce mensonge immonde que "Downton Abbey" s'est ingénié à démonter avec un indéniable talent.