2018 08 26 RES J3 IDLES St Cloud (58)

18h45 : la joyeuse bande de IDLES - qui nous avaient déjà offert une balance bien allumée - déboule : les deux guitaristes sautent dans tous les sens en produisant déjà le plus de bruit possible avec leurs instruments, le bassiste chauve s'installe derrière son micro où il va pouvoir hurler à son aise, tandis que le batteur perpétuellement joyeux lance la machine. Joe Talbot entre ensuite, avec un air sérieux plutôt trompeur, vu ce qui va suivre… IDLES démarre sur Heel / Heal, et pour moi qui les voit pour la première fois sur scène, il est clair que la musique est beaucoup moins fidèle aux canons du punk rock 77 que l'album pouvait le laissait croire, et qu'on est plutôt dans une version moins psychédélique et plus british des Black Lips : les guitaristes passent tellement de temps à s'éclater que les riffs sont parfois approximatifs, et Talbot nous fait un festival de crachats à la verticale qui démontre sa grande pratique de ce sport extrême. Bref, si l'on ajoute un niveau sonore une fois encore nettement insuffisant et l'effet distanciant d'une scène séparant le groupe de son public à l’aide d'une large fosse, il n'y a pas cet après-midi l'effet espéré d'une vague de fureur brute comme sur l'album...

Non, un peu comme les Black Lips justement, c'est sur la distance que IDLES va s'avérer remarquable. D'abord grâce à un niveau d'énergie incroyable qui ne va pas se relâcher une heure durant, ensuite par la confirmation de la qualité de ses compositions - les nouveaux titres du futur album "Joy as an Act of Resistance" accrochent dès la première écoute -, et enfin par le charisme dégagé par Talbot, frontman tour à tour enragé et débonnaire, doté d'un humour impayable équilibrant judicieusement les pamphlets politiques du groupe : un régal !

2018 08 26 RES J3 IDLES St Cloud (40)

Des phrases comme : « I can't speak French 'cause I'm an idiot ! » (Hein, Liam ?), alors même qu'il s'exprimera bravement dans notre langue chaque fois qu'il le pourra, ou bien encore « J'admire les migrants qui viennent commencer une nouvelle vie sur notre île de merde ! », ça vous pose un mec, non ? Mais c'est quand il plante son regard clair, amical et ironique, dans le vôtre que le courant passe vraiment et que vous comprenez : IDLES n'est pas un monstre de violence, c'est une machine humaine à distribuer de la joie tout en faisant cogiter.

Au milieu du public - les prises de vues aériennes nous le montrent - un beau circle pit tourbillonnant s'est formé (un chaos que Talbot essaiera plus tard d'organiser...), mais la folie ne gagnera malheureusement jamais la totalité des spectateurs. Pourtant, les musiciens ne ménagent pas leur peine pour entraîner le public dans leur délire, descendant dans la fosse (une fois même avec une cymbale sur pied !) et allant surfer plusieurs fois sur la foule : le point culminant de la fête sera quand les deux guitaristes nous offriront un festival de solos au-dessus de nos têtes, dans l'hilarité générale. A la fin, le groupe fera monter sur scène deux spectateurs qu'on armera de guitares pour suppléer aux musiciens qui s'amusent trop pour jouer (je n'oublierai pas de sitôt les « I can't play » un tantinet paniqué de l'un des deux cobayes... qui ne s'en sortira en fait pas si mal dans le bordel général...). Et puis, avant de quitter la scène, Talbot fera le tour en trimbalant sous son bras un gamin blond qui s'était distingué backstage par son enthousiasme à mimer les moulinets du batteur. Bref, IDLES nous en aura mis plein les yeux et plein le cœur, en plus des oreilles.

Le set, qui aura bien sûr aligné un assaut contre la masculinité (Samaritans), un pamphlet pour la défense du système de santé britannique en danger (Divide & Conquer) et un autre brocardant les drogues (Benzocaine), se termine brillamment par un Well Done irrésistible (« Why don’t you get a job? / … / Even Mary Berry’s got a job / Why don’t you get a job ? / WellDone ! ») et une scénette comique sur une citation de All I Want For Christmas, avant le chaos final de Rottweiler. Et nous laisse avec un goût de trop peu...

... que nous pourrons rattraper le 3 décembre prochain au Bataclan : le rendez-vous est pris.