Le journal de Pok

23 novembre 2017

Célébrons éternellement le génie d'Hergé : "Tintin T22 - Vol 714 pour Sydney"

Vol 714 pour Sydney"Vol 714 pour Sydney", avec son beau titre conceptuel puisque constituant les parenthèses de l'histoire contée par le livre, est un "Tintin" hautement symbolique pour moi : il fut le premier à m'être contemporain. J'avais 11 ans â sa sortie, et mes parents me l"offrirent "tout neuf", avec sa tranche de couverture verte et carrée qui le distinguait de tous les autres, un peu poussiéreux et racornis, dont j'avais seulement "hérité". Et puis, il parlait d'extra-terrestres, un sujet alors gravement à la mode, tout en étant "réaliste" dans sa narration si éloignée des pérégrinations intensives de l'ex-reporter / aventurier. Bref, je l'adorais...

Le temps a été moins clément néanmoins avec "Vol 714..." qu'avec les albums antérieurs d'Hergé, peut-être parce que son inscription nette dans une époque qui me fut contemporaine l'empêcha de devenir un classique : certes, les références à Berger (le "passeur" et co-auteur du "Matin des Magiciens", que je lirai deux ans plus tard) et à Dassaut se sont perdues, mais il reste cet enracinement dans la modernité des années 60 (l'avion à géométrie variable, les armes systématiquement utilisées) et ce découpage de l'action, pour la première fois cinématographique, avec ses gros plans expressifs et ce dynamisme de la narration, qui en font un "Tintin" très différent. Aujourd'hui, les puristes regrettent la bouffonnerie générale qui désacralise des personnages essentiels de l'oeuvre, comme Tournesol - bien loin ici du scientifique génial de "Objectif Lune" - ou Rastapopoulos, qui n'est plus que la caricature de l'implacable et mystérieux génie du Mal qu'il fut : on peut supposer que ce jeu de massacre fut volontaire de la part d'un Hergé, qui vivait mal le succès concurrent d'Astérix, même si l'on peut soupçonner l'influence de ses collaborateurs des Studios...

Bref, la fin est désormais proche avec cette indéniable trivialisation du mythe, mais l'enfant que j'étais alors - et que je reste - ne résistera pas à l'énergie des dernières scènes du livre, la fuite fascinante de Tintin et ses compagnons au sein du volcan en éruption, qui font pardonner beaucoup des faiblesses qui ont précédé.

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22 novembre 2017

Le cinéma enchanté de Hong Sang-Soo : "in Another Country" (2012)

In another Country afficheDans un pays qui doit s'appeler "le Cinéma" (zoom), on peut raconter ce qui nous passe par la tête, et construire toutes les histoires du monde avec une plage glaciale sous la pluie, une étrangère anglophone, volubile mais perdue et une galerie de personnages qui échangeront régulièrement identités et personnalités. Sauf bien sûr la pierre angulaire de la fiction, le maître nageur sexy (Alerte à Mohang Beach !) qui ne sait pas où est le phare, ni même ce que c'est, qui chante formidablement bien, et avec lequel on a envie de faire l'amour. Comme on est au cinéma (zoom), l'étrangère aura la chance quelques minutes avant la fin du film de consommer le maître nageur, pour découvrir rapidement qu'il ronfle après l'amour. Elle aura aussi appris que les hommes coréens sont libidineux. Et ont une tendance alcoolique prononcée. Et que même les moines facétieux comme des psychanalystes parisiens aiment écrire avec un Mont Blanc. Et que bêler avec les chèvres ne les attire pas particulièrement. Et que prendre à droite ou à gauche à une intersection ne change pas forcément toute votre vie, votre destin, comme le cinéma (zoom) aime souvent à vous le faire croire. A la fin, comme dans les plus beaux films de cinéma (zoom), l'étrangère s'en va sur la route en balançant sa petite ombrelle, et le spectateur ne peut s'empêcher de penser au petit homme qui s'appelait Charlot. C'est dire où va se nicher la magie dans ce pays-là, qui n'est pas le nôtre.

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21 novembre 2017

"Fargo - Saison 3" : la meilleure série TV en cours ?

Fargo_S3_DVDEt si, pendant qu'on regardait tous ailleurs, "Fargo" était devenu la meilleure série TV en cours ? Du même niveau que notre cher "Breaking Bad" ? Combinant un excellent scénario avec une mise en scène constamment inventive et inspirée, des acteurs en état de grâce et, plus rare, beaucoup plus rare, une véritable "vision". Est-ce Noah Hawley que l'on doit féliciter pour la réussite majeure, quasi-absolue, de cette troisième saison, qui, sans trahir les thèmes philosophico-absurdes des Frères Coen (comme cette remarquable idée de la flic dont l'existence n'est pas détectée par les machines et les automatismes qui commandent autour de nous...), nous touche droit au cœur, comme ni le film, ni les deux saisons précédentes, aussi brillantes aient-elles été ne l'avaient fait. La tragédie inévitable et cruelle qui se déroule implacablement devant nos yeux - en suivant le même type de mécanique-boule de neige que d'habitude - fait cette fois des victimes dont le sort nous importe, et "Fargo" diffuse pour la première fois une insondable tristesse, frôlant un désespoir noir que l'humour, tout aussi noir, ne dissimule plus qu'à peine... Ewan McGregor, meilleur que jamais, campe deux frères jumeaux aussi ridicules que bouleversants, tandis que l'excellente Carry Coon ajoute une détresse tangible au personnage, désormais classique dans la série du policier, "de base" qui s'accroche pour démêler l'indémêlable. Et puis il y a David Thewlis, dont on connaît la propension à incarner de mémorables salopards, et qui atteint ici des sommets d'abjection répugnante : car la grande idée de cette saison, c'est de nous confronter non pas à la petite criminalité vaguement crapuleuse, mais à l'univers impitoyablement maffieux de la Finance, soit un point de vue bien plus pertinent sur notre époque. Déplorons un épisode ("Who rules the land of Denial?") qui sombre un peu trop dans le fantastique et déséquilibre la subtile construction du récit (même s'il y a là sans doute des références sympathiques à "Twin Peaks"), mais admirons la fin suspendue, d'une intelligence renversante, qui clôt magnifiquement l'expérience extraordinaire qu'a été cette saison. Bravo ! Bravo !

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20 novembre 2017

Séance de rattrapage : "Tunnel" de Kim Seong-hun

Tunnel affiche"Tunnel" ? Un long tunnel pour le spectateur enterré avec le personnage principal sous une montagne de rochers, victime des dérives des entreprises de construction sud-coréennes ? Comme dans "Buried", la mise en scène nous fait vivre de manière relativement réaliste ce long calvaire de la faim, de la soif, de l'asphyxie et des espoirs de délivrance toujours déçus. La gestion du temps est un peu approximative, mais courageuse (parce qu'elle découragera les spectateurs impatients...), mais le principal défaut du film est le manque de précision dans la description des opérations de sauvetage, qui auraient pu constituer un contrepoint passionnant : ici, on ne vit rien des efforts des sauveteurs, des défis techniques qu'ils affrontent, on se contente de maudire le sensationnalisme des médias et l'opportunisme des politiques... ce qui frôle la démagogie. Cette vision unilatérale et manichéenne dépouille "Tunnel" d'une grande partie de son intérêt, et le ramène à une simple version coréenne (donc plus âpre, moins idéaliste) d'un film-catastrophe hollywoodien. C'est dommage, car en dépit de quelques invraisemblances techniques, il y avait là le potentiel d'un vrai film "sérieux" sur un sujet trop souvent réduit à ses aspects les plus spectaculaires.

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19 novembre 2017

"Congo Requiem" de Jean-Christophe Grangé : Apocalypse Now...

Congo_requiemIl est marrant, Grangé : pondre un pavé de 900 pages sur un sujet ne lui suffit plus, il invente donc avec "Congo Requiem" un putain de concept révolutionnaire, doubler son précédent roman en inventant une autre solution et un autre déroulement à la même énigme (un serial killer - fatigue intense - inspiré de rituels de sorcellerie africaine venant menacer une famille de psychopathes...). Voici donc "Lontano bis", où on prend les mêmes et on recommence... un peu à la manière quand même des "numéros 2" typiques des Studios hollywoodiens. Bref, on s'ennuiera presque devant ces redites qui n'apportent pas grand chose au sujet, même si Grangé n'a heureusement pas peur d'aller jusqu'au bout et de décimer allègrement ses personnages "principaux". En fait, ce qui sauvera de l'oubli "Congo Requiem", ce sont ses 250 premières pages, situées dans un Congo déchiré par la guerre, au cours desquelles Grangé atteint des accents apocalyptiques saisissants, conjuguant sans vergogne clichés racistes et fascination hébétée pour l'Afrique. Même si on remarquera que le style de Grangé devient de plus en plus simpliste, voire vulgaire, impossible de nier la force de ce récit hallucinatoire.

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18 novembre 2017

Séance (tardive) de rattrapage : "Personal Shopper" d'Olivier Assayas

Personal Shopper afficheAlors là, le père Assayas s'est planté, et gravement même. Mais ce n'est pas un problème, car il avait pu filmer les seins de Kristen, ce qui devait être fondamentalement son objectif en concevant ce "Personal Shopper" qui frôle l'aberration absolue. Et en plus il a reçu un "Prix de la Mise en Scène" au royaume des aveugles (Cannes), prix particulièrement inepte quand on pense que c'est aussi du fait du manque de pertinence de sa mise en scène, en particulier dans les scènes "de genre", que le film consterne. Alors, "Personal Shopper", c'est quoi ? D'abord, un mélange indigeste d'intrigues qui ne mènent à rien : une jeune femme médium attend un message de l'au-delà de son frère jumeau décédé pour savoir s'il existe une vie après la mort ; elle fait les courses "fashion" d'une personnalité de la jet set particulièrement infecte, et confronte son propre mode de vie, frugal, aux splendeurs inhumaines du luxe ; elle est victime d'un stalker qui se révèlera bientôt un criminel... Why not ? Eh bien parce que tout cela ne fait pas une histoire intéressante, ni surtout un vrai film. Assayas n'est pas sud-coréen et rate complètement le "mélange de genres" sur lequel il louche, nous ennuyant prodigieusement avec un enfilage de scènes convenues au sein desquelles Kristen Stewart est pour une fois complètement éteinte, à la limite de l'irritation pour le spectateur accablé. A la fin, on hésite quant à ce qui était le plus ridicule dans "Personal Shopper", de la rencontre avec un ectoplasme inutile dans une maison déserte - filmée sans aucune idée de mise en scène, justement -, d'un interminable échange de SMS entre Paris et Londres (Assayas filme un écran de portable, waouw !) ou d'une scène atroce d'essayage de vêtements sur une chanson en allemand épouvantable, sensée nous révéler la fascination cachée de la "personal shopper" pour sa patronne-tyran ! Finalement, je crois que ce que j'ai préféré, en bon adepte du deux roues motorisé à Paris, ce sont les trajets de Kristen en scooter dans les rues de la capitale. C'est dire...!

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17 novembre 2017

"Prince of Tears" de Baxter Dury : "full of promise and cum..."

 Baxter_Dury_-_Prince_Of_Tears1977 : Ian Dury, le jovial – et punk, même si dans un genre qui n’appartient qu’à lui – pose avec un mioche sur la pochette mémorable de son célèbre premier album, New Boots and Panties !! La suite appartient à l’histoire.

2017 : quarante and plus tard, le mioche est devenu grand, et même un artiste presque aussi reconnu que son père, dont il a hérité la voix… spéciale, et surtout, surtout l’humour particulier, et irrésistible. Mais Baxter Dury, en 2017, vient de connaître l’un de ces chagrins d’amour qui changent tout, font tourner la planète à l’envers, et – voyons le bon côté des choses – aident parfois les artistes à créer leurs œuvres les plus touchantes, les plus fortes, les plus universelles…

… Sauf qu’avec Baxter, nous avons, nous le savons, affaire à un loustic vraiment pas comme les autres : pas question pour lui de faire dans le sentimental, dans les trémolos, les larmes et tout le tintouin. Ça, ça a déjà été faits des centaines de fois, même dans le Rock’n’Roll (qui a dit : « surtout dans le Rock’n’Roll » ?), et régulièrement très bien. Baxter a pris, et c’est logique quand on connaît son pédigrée, le parti d’en rire, de tirer des jurons en bordées, de pratiquer l’exercice tellement anglais de l’auto-ironie, tellement plus élégante que l’autocomplaisance !

Ça commence très, très fort, avec des chœurs féminins, du groove décati et des violons, et Baxter qui envoie la purée : « I don't think you realise how successful I am / I'm like a shipping tycoon / Full of promise and cum… ». Avant de nous asséner : « I'm the turgid fucked up little goat / Pissing on your fucking hill / And you can't shit me out / 'Cos you can't catch me / 'Cos you're so fat / So fuck ya ! ». Bref, ça change des « oh mon amour » de circonstance. La rage, man !

Bon, on ne va pas vous lire toutes les paroles de Prince of Tears, on va vous laisser les découvrir, et rire, et pleurer, et rager avec Baxter : l’immense plaisir de ce disque aussi léger, court, amusant que fondamentalement puissant, c’est d’écouter Baxter passer par tous les états possibles sans jamais perdre son flegme, son humour qui tue, et finalement ressortir à l’autre bout de cette épreuve… meilleur. Ou en tout cas, ayant survécu. Et avec son meilleur album sous le coude.

On n’imaginait pas que le chagrin d’amour pouvait être aussi réjouissant.

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16 novembre 2017

"Histoires de Mes 11 Ans - Les Cahiers d'Esther - Tome 3" : dans la peau d'une collégienne...

Histoires_de_mes_12_ans_Les_Cahiers_d_Esther_tome_3Au troisième volume, tout le monde doit désormais connaître le principe des "Cahiers d'Esther" : chaque semaine, Riad Sattouf se fait raconter une anecdote de sa vie quotidienne par la fille d'amis, et la transcrit en une page, qui est publiée dans "l'Obs". Une fois par an, les 52 pages sont compilées en un volume - joliment mis en couleurs et plutôt "raffiné", pour respecter le perfectionnisme de l'ami Sattouf. "Esther" (ce n'est pas son vrai nom, et il semble que la chasse s'organise, en particulier dans les collèges du 6ème arrondissement, pour identifier la véritable inspiratrice de cette BD en passe de devenir un véritable phénomène…) a désormais 12 ans : elle est entrée en 6ème, et, logiquement, a des préoccupations bien différentes de celles des deux tomes précédents. La naïveté enfantine qui faisait beaucoup de la drôlerie des "Cahiers d'Esther" s'efface peu à peu, et c'est maintenant sa belle, sa touchante innocence qui nous charme. Le matérialisme un peu déprimant de l'enfance, influencée par une société qui ne parle que de "choses" (et qui conférait aux livres de Sattouf une tonalité discrète de critique sociale) laisse la place à un idéalisme émouvant : alors qu'au début de ce troisième volume, Esther nous raconte combien (et pourquoi) elle aime Noël, quelques mois plus tard, consciente de l’existence "privilégiée" qui est la sienne, elle s'interroge sur la vie des collégiens handicapés ou sur l'exclusion des Roms...

Mais la maturité n'est bien sûr - et heureusement - pas encore là, et c'est quand Esther nous raconte sa compréhension de la politique, à la faveur des élections américaines ou de la présidentielle en France, que Sattouf illustre le plus joliment l’état de la société française : en reprenant sans recul les avis parfois péremptoires de ses parents (de gauche), la petite Esther nous tend un miroir à peine déformant, où nos propres croyances, nos propres déclarations - sur Le Pen, sur Trump, sur les élections - nous paraissent finalement assez ridicules.

Ce qui fascine vraiment dans le projet de Sattouf, et qui n'était peut-être pas prévu, puisque les "Cahiers d’Esther" auraient pu très bien devenir une nouvelle version de la Vie secrète des jeunes, c'est que l'évolution de la petite Esther vers la sensibilité et l'intelligence élève le travail de Sattouf, l’éloigne de l'ironie facile et de la critique tout azimut qui le caractérisent parfois. Et que les "Cahiers d'Esther" sont en train de devenir bien mieux qu'un portrait - aussi juste soit-il - de notre époque : une œuvre sensible, qui nous invite avant tout à la réflexion sur ce que nous sommes devenus, ce que nous avons gagné et ce que nous avons perdu depuis nos 12 ans.

Reste maintenant à prier pour que l'adolescence, la terrible adolescence, ne vienne pas gâcher tout ça !

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15 novembre 2017

"House of Cards - Saison 5" de Beau Willimon : Trump : 1 - Underwood : 0

House of Cards 5 PosterAlors que les accusations de harcèlement sexuel portées contre Kevin Spacey ont conduit à son coming out (que la bisexualité de son personnage dans "House of Cards" pouvait laisser attendre), mais surtout à la suspension par Netflix de la série, on ne peut s'empêcher de penser qu'il était bien temps que l'on y mette un terme, en effet ! D'abord parce que la réalité de l'arrivée d'un Donald Trump à la présidence des USA ringardise totalement l'épopée machiavélique des Underwood, qu'on suit désormais avec une indifférence terminale. Mais surtout parce que showrunner et scénaristes sont perdus, alternant en débit du bon sens tunnels narratifs fastidieux et coups de théâtre absurdes, sans même mentionner l'accumulation finale de "règlements de comptes", bien caricaturale. Espérons donc qu'aucune sixième saison ne verra en effet jamais le jour.

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14 novembre 2017

Kasabian le samedi 11 novembre au Zénith de Paris

2017 11 11 Kasabian Zénith (8)Il est 21 heures piles quand Kasabian, dans sa configuration “classique” sur scène (les quatre musiciens “officiels” du groupe et leurs trois accompagnateurs habituels) attaquent avec Ill Ray (The King), l’intro puissante du très roboratif dernier album, “For Crying Out Loud”. Deux constatations immédiates, hormis le fait que les musiciens sont cette fois vêtus de blanc – Tom arborant un superbe Smiley déprimé sur le dos de son blouson : le concert va être très traditionnellement rock ce soir, et le son va être fort… ce qui est pour une fois à moitié une bonne nouvelle pour moi, planté devant la sono pour cause d’arrivée tardive. Ça se ressent tout de suite au traitement des morceaux de “48 :13”, parfois méconnaissables une fois dépouillés de leurs oripeaux électroniques : Bumblebeee et Eez-Eh déchaînent quand même les passions, et mon dos est roué de coups par les pogoteurs derrière moi. Mais bon, je ne vais pas me plaindre, même si ce n’est pas du punk, au moins il y a un beau mosh pit qui se déplace au sein de la fosse… Même si ce sont évidemment les incontournables Underdog et Shoot the Runner qui placent définitivement le concert dans l’orbite des grands moments.

Une autre chose importante, très importante même ce soir, c’est le rôle désormais central que joue Sergio Pizzorno, qui semble avoir désormais totalement récupéré d’une période on va dire un peu floue. Il surpasse son copain Tom dans le rôle d’amuseur de la foule, cherchant en permanence le contact et la communication, et jouant et chantant avec un enthousiasme qui fait vraiment plaisir à voir. Finalement, c’est maintenant le père Tom qui semble un peu en mode pilotage automatique, un comble ! You’re in Love with a Psycho est la première faute de goût d’une setlist percutante, mais on leur pardonnera vite avec Wasted, morceau récent et merveille pop qui prouve que Kasabian restent imbattables dès qu’il s’agit de respecter le cahier des charges Beatles-Kinks.

Le son monte encore de manière démesurée, et on atteint le stade où même moi (vous me connaissez, je préférerai mourir plutôt qu’être vu avec des protecteurs d’oreilles…) je dois protéger mes tympans des basses démoniaques que déverse la sono. Il faut bien admettre que c’est maintenant une énorme bouillie sonore qu’on ingurgite, mais on a tous dépassé depuis longtemps le stade de la mélomanie… Même si, je le répète parce que j’en vois dans le fond qui n’ont pas bien écouté : Kasabian dispose maintenant, après 13 ans de carrière, d’un songbook à peu près imbattable, une bonne cinquantaine de chansons merveilleuses, au sein desquelles il devient difficile de piocher pour composer la setlist idéale (où est passée la Fée Verte, bon dieu, où est passée la Fée Verte ?).

2017 11 11 Kasabian Zénith (130)Sergio ne se fatigue pas trop, je remarque, il se repose pour les solos sur Tim Carter, devant moi, guitariste assez éblouissant. Sergio, lui, il préfère s’amuser de ce concert qui a franchi le mur du son et frôle l’exceptionnel. Il fait coucou et remercie sa femme, dans les coulisses, pendant que Tom passe plus de temps à plaisanter avec ses “pals” qu’à exciter le public (qui n’en a pas besoin, d’ailleurs…). Oui, ce concert a quelque chose de différent, on nage dans une sorte de félicité rare, public et musiciens confondus. Bless this Acid House serait un final parfait avant les rappels, confirmant l’excellence des compositions récentes du groupe, et on est dans une sorte de folie festive générale. Mais ce sera bien entendu L.S.F. qui servira d’au revoir… temporaire.

Rappel parfait, et je pèse mes mots. Une intro en duo acoustique (Goodbye Kiss) pour conférer un peu d’exception à ce set qui est en fait le dernier de la tournée européenne, puis… ouaouh… le cadeau qu’ils me font à moi, j’en suis sûr : Comeback Kid, chanson irrésistible, stellaire, du dernier album, avec son riff cuivré. Un futur Fire ? Un crowd pleaser en tous cas ! Vlad the Impaler, c’est du pur plaisir, comme à chaque fois, mais peut-être mieux qu’à chaque fois. Sur la scène, Noel Fielding, comme en 2015 à Rock en Seine, joue le rôle du vampire des Carpathes, et Sergio est extatique. On termine avec l’inévitable Fire, pure joie régressive : Tom ne chante même plus sur le refrain, nous sommes suffisamment nombreux à gueuler à sa place.

Et c’est fini, après une heure cinquante-cinq minutes mémorables. Les musiciens rechignent à quitter la scène, c’est vraiment la fête. La hargne qui m’avait envahie pour Slaves m’a quitté. Je retrouve l’ami Xavier qui était lui aussi au premier rang mais que je n’avais pas réussi à rejoindre, et il est aussi ravi que moi par le beau cadeau que Kasabian nous a offert ce soir. Je suis aphone et sourd, avec des débuts de courbatures qui me feront souffrir demain, je le pressens. Mais, sachez-le, c’est ça, le fuckin’ rock’nroll…

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