Le journal de Pok

13 août 2020

Promenade sur les traces d'un géant, Neil Young : "This Note's For You" (1988)

This_Note's_for_You

Et on arrive en 1988 : les "années Geffen" prennent fin, dans la douleur et la haine, puisqu'un procès honteux oppose Neil Young à sa maison de disques (temporaire), qui lui reproche de n'avoir livré aucune oeuvre "représentative" de son style musical. Instinctivement, on est tous du côté de l'artiste à qui les méchants capitalistes veulent imposer un certain "genre musical", mais il faut également bien connaître que de "Trans" à "Life" - deux albums quand même corrects, voire même plutôt bons -, en passant par le désastreux "Landing on Water", le Loner a joué la carte de la provocation maximale !

Et comme par hasard, de retour chez les amis de Reprise, Neil Young nous livre un "This Note's For You" marquant un net retour à la qualité des compositions. Mais comme il y a toujours un prix à payer quand on a dépassé les bornes comme l'a fait Neil, son public s'est détourné de lui, et n'accordera pas à ce nouvel album l'attention qu'il méritait largement !

Il faut admettre qu'en adoptant cette fois un genre "blues" (façon Blues Brothers), voire jazzy par moments, avec abondance de cuivres qui noient souvent les interventions pourtant brillantes de la guitare électrique, Neil a découragé à l'avance ses fans, qui après une première écoute incrédule, ont voué cet album aux gémonies. Il faut aussi reconnaître que le titre mis en avant, "This Note's for You", s'il est sympathique de par son agressivité vis à vis des sponsors envahissants des tournées musicales ("Ain't singin' for Pepsi / Ain't singin' for Coke / I don't sing for nobody / Makes me look like a joke / This note's for you."), est particulièrement mauvais ! (On ne pourra néanmoins qu'aimer sa vidéo vraiment méchante, initialement bannie par MTV car offensante pour Michael Jackson dont les cheveux s'enflamment - comme ils l'ont fait dans la réalité - sous le sponsoring de Pepsi... avant d'être choisie parmi les meilleures de l'année 88 !)

Et pourtant, sur les 10 titres de l'album, il y a bien 7 qui sont très bons, et qui résistent bien derrière le traitement j'm'enfoutiste et grossier auxquels ils sont soumis. Et parmi ces 7, il y a deux chansons magnifiques, chacune concluant une face : "Twilight" est une superbe ballade à la nostalgie amoureuse très cinématographique, qui fera naître en nous une foule d'images, tandis que le bouleversant "One Thing", constatation peinée de la dégradation d'une relation sentimentale, s'avère même une grande, grande chanson, clôturant l'album dans une inhabituelle - même pour le Loner - tonalité dépressive.

On aimerait donc que ceux qui ont condamné cet album, souvent sans vraiment l'écouter, lui redonnent sa chance. Mais ne le feraient-ils pas qu'ils pourraient toujours tomber amoureux de "Blue Note Café", le splendide live de la tournée qui s'ensuivit avec les Bluenotes.

 

 

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12 août 2020

"The Climb" de Michael Angelo Covino : la côte en danseuse

The Climb affiche

Décidément, c’est une vraie tendance du cinéma d’auteur que de réaliser d’abord un court métrage, pour ensuite, en fonction du succès critique de celui-ci, de l’étendre à un long. Il y a peu, on a pu applaudir le traitement audacieux appliqué par Sorogoyen à son "Madre", on sera beaucoup plus circonspects vis-à-vis de ce "The Climb", court de 2018 transformé par ses auteurs Michael Angelo Covino (réalisateur, scénariste, acteur) et Kyle Martin (scénariste, acteur). Célébré dans les festivals, très bien reçu par les critiques, "The Climb" peut se résumer à une formule assez simple : la chronique à travers le temps d’une bromance toxique, filmée dans cette tonalité indie US qui est devenue la marque – quasi-caricaturale – du Sundance Festival.

Ceci posé, à quoi avons-nous affaire ici ? On commence, comme pour "Madre", par le court métrage, une petite dizaine de minutes originales et drôles qui nous embarquent impeccablement, en « danseuse » sur les routes françaises au-dessus de Nice. On se retrouve pour le second chapitre un an plus tard, aux USA, pour une scène tragi-comique filmée dans le même esprit, qui se conclut par un étonnant « clip musical gospel ». Et on passe au troisième chapitre, qui confirme le mécanisme… qui vire très vite au procédé. Kyle, le bon mec sympa que tout le monde aime et Mike, le pervers toxique qui devient de plus en plus détestable au fur et à mesure du film s’aiment, se haïssent, se séparent, se réconcilient. Poids et pilosités varient d’un chapitre à l’autre, suggérant qu’un laps de temps s’est également écoulé entre chaque filmage. Autour de Kyle et Mike, le ballet familial habituel, avec la mère possessive, le père dépassé, les sœurs méchantes, et surtout l’amoureuse / fiancée / épouse / ex- qui ne saura, évidemment, jamais aimer comme aime le copain. Et chaque chapitre se centre sur un événement burlesque ou dramatique, censé nous faire rire en nous horrifiant en même temps. Avant de se conclure en musique, dans des registres différents, mais toujours relativement… ringards, le sommet étant atteint avec les insupportables chansons de variétés françaises.

Plus "The Climb" avance, plus on décroche, voire s’ennuie, plus on s’irrite devant un couple de personnages principaux finalement assez détestables, et devant des procédés humoristiques qui sont toujours à la limite de l’ironie surplombante, en particulier vis-à-vis des femmes : la conclusion, à vélo à nouveau, entre mecs bien entendu, confirme nos pires attentes vis-à-vis d’une bromance aussi prévisible qu’une autre, indie ou pas. Bien sûr, on aura bien ri, on aura apprécié le rythme original, la recherche du temps réel dans chaque scène alors que la caméra virevolte en plans séquences autour d’un dispositif finalement très théâtral.

C’est néanmoins le côté « européen », voire « français » du film, qui le distingue notablement d’une comédie américaine beaucoup plus « efficace », qu’on aimera retenir, et qui fera qu’on attendra quand même avec intérêt le prochain film de Michael Angelo Covino, surtout une fois débarrassé du « poids » d’une certaine autobiographie.

 

 

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11 août 2020

"Tout Autre Nom" de Craig Johnson : drôle de shérif !

« Vous êtes bien chez les Longmire, nous ne pouvons vous répondre pour le moment, parce que nous sommes en train de courir après des méchants ou d’essayer de nouveaux chapeaux blancs… »

Tout Autre Nom

En France, on connaît peu Craig Johnson, auteur de romans policiers américain renommé outre-Atlantique, peut-être parce qu’il est trop… « américain » ? Parce qu’il est une sorte de caricature du cow-boy du Wyoming, portant toujours un chapeau à larges bords, et que ses polars ressemblent finalement plus à des westerns classiques avec duels au revolver, traque ancestrale – les pisteurs indiens à l’œuvre – des criminels dans la sauvage nature des Rocheuses ? En tous cas, et c’est évident à la lecture de sa série de livres consacrés aux enquêtes du Shérif Walt Longmire, éternel héros américain à la gâchette facile et à l’acharnement surhumain, Craig Johnson sait de quoi il parle. Loin du travail de l’écrivain « qui a fait des recherches sérieuses sur son sujet », on sent ici le vécu : Craig Johnson a fait tous les métiers, de cow-boy bien entendu à professeur d’université et conducteur de camions, en passant par ramasseur de fraises ! Il fréquente les tribus Crow et Cheyenne près de son ranch, et ses livres sont empreints de culture indienne, sans même parler du superbe personnage amérindien de Henry Standing Bear, qui joue un rôle central dans nombre d’intrigues.

« L’observer était une entreprise qu’il fallait mener avec délicatesse, l’objet était volatile, comme la nitroglycérine. »

Bref, se plonger dans "Any Other Name" ("Tout Autre Nom" en français), onzième volume de la série Walt Longmire, qui date de 2014 mais n’a été publié en format poche en traduction française qu’en 2020 (preuve s’il en est que Craig Johnson n’est guère à la mode chez nous…), c’est s’assurer de prendre un sacré bol d’oxygène, de vivre une expérience de dépaysement radical… C’est faire le coup de poing dans les bars avec des types brutaux qui deviendront ensuite de bons copains, c’est pister un tueur dans la neige jusqu’au milieu d’un troupeau de bisons blancs, c’est apprendre comment fonctionne le chargement d’un train de charbon, c’est cent choses passionnantes qui nous sortent des rituels désormais bien convenus du thriller conventionnel.

« Je transpirais comme une bouteille de bière dans un bar de motards »

Car si les enquêtes de Longmire n’ont pas cette complexité diabolique qu’on apprécie de nos jours, elles sont surtout l’occasion de rencontrer des personnages originaux, parfois farfelus, souvent touchants, dont la vérité ne fait aucun doute. Et aussi, donc, d’apprendre plein de choses nouvelles, Walt Longmire ayant l’intéressante caractéristique d’avoir une mémoire photographique, qui lui permet de nous expliquer la prépondérance de la caste des Patel dans la gestion des motels aux USA ou l’histoire des statues géantes, tronçonneuses à la main, qui décorent l’entrée de tant de petites villes américaines !

« Grouille-toi, ces tarés sont en train de me rendre dingue. On dirait que personne dans l’histoire des vagins n’a jamais mis un bébé au monde ! »

Et "Tout Autre Nom" se conclut par une succession de scènes très physiques, à fort taux de suspense même s’il n’est pas toujours facile de visualiser la topographie des lieux décrits, qui font qu’on se dit que cette histoire ferait un bien beau film, quelque part entre les Frères Coen – pour l’attention portée aux petites gens et à leur étrangeté comique – et Tommy Lee Jones – pour l’amour des grands espaces et de la richesse de la diversité culturelle… Avant de découvrir qu’il existe une série TV, "Longmire", que nous devrions explorer un de ces jours !

Mais nous avons gardé pour la fin de cette chronique le plus important, sans doute la principale raison pour laquelle c’est un délice de lire Craig Johnson : son sens de l’humour dévastateur. Et comme il est vraiment rare de rire autant en lisant un polar aussi noir (on part ici d’un suicide particulièrement éprouvant pour arriver à la découverte d’un trafic bien sordide…), pourquoi donc se priver d’un tel plaisir ?

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10 août 2020

TH da Freak sur la terrasse du Trabendo le samedi 8 août

2020 08 08 TH da Freak Supersonic @ Trabendo (0)

21 heures, la Terrasse du Trabendo est vraiment bien remplie ce soir, preuve de la renommée croissante de Thoineau, et c’est très bien comme ça. TH da Freak est accompagné de quatre musiciens (deux autres guitares, une basse et une batterie) qui vont s’avérer, dans les trop courtes trente-cinq minutes du set qui va suivre, un groupe absolument formidable. D’ailleurs TH présente l’un comme « Steve Vai » et l’autre comme « Dave Grohl » : on plaisante, on plaisante, mais TH da Freak est un p… de groupe de rock’n’roll, et non plus seulement un slacker bordelais aux idées cool et à l’inspiration délirante ! Et si les cheveux de TH sont bleus en ce moment, au lieu de leur fameux vert, on arrête rapidement de se préoccuper de son style capillaire pour profiter pleinement d’un set aussi créatif – quelles mélodies ! – qu’explosif (preuve en sera la version parfaite et puissante de Surrender !).

On attaque par un impeccable Peeling the Onion psychédélique et moelleux : « What is the problem with me ? » nous demande Thoineau, on est tous d’accord ce soir au Trabendo pour lui répondre qu’il n’y a vraiment aucun problème avec lui ! La preuve, les sept morceaux qui suivront ne feront preuve d’aucune faute de goût, pourvu qu’on apprécie l’imagination, la fantaisie et l’auto-dérision… Car ces mecs, indubitablement de musiciens sérieux, sont très drôles : la palme de la sympathie revient toutefois à Sylvain, le bassiste, qui arbore désormais une superbe paire de moustaches aux pointes soignées, et ne manque aucune occasion de nous faire sourire. Old Lady of the Blocks permet à TH da Freak de sonner heavy – à trois guitaristes, ça le fait ! – tout en alternant chœurs aériens et sucrés et solo de guitare abrasif. Du nanan !

A noter un petit break jazzy amusant pendant le remplacement d’un câble défectueux, qui là encore, prouve l’admirable capacité “tout-terrain” du groupe… et leur approche décontractée de la musique.

Mars Attacks ressemble à du Ariel Pink avec de meilleures mélodies, et c’est un compliment : on a tous envie de chanter avec TH ! On nous présente un robuste nouveau morceau, qui figurera peut-être sur le prochain album, avant de monter en pression avec une version bien grunge de Hospital, puis un superbe Surrender, où le groupe se fait vraiment violent, sommet d’excitation du concert.

2020 08 08 TH da Freak Supersonic @ Trabendo (19)

On frappe tous dans les mains sur l’introduction de I don’t understand, qui sera la trop rapide conclusion du set : Sylvain nous fait son Katerine et nous garantit que c’est cool d’être ringards (« On s’en bat les couilles d’être ringards ! »).  « Ça sent le poisson ! », rappe TH ! Et en effet, de l’un des food trucks se dégage une indiscutable odeur de cuisson. Et voilà cette phrase intégrée dans la chanson : « I'm anxious to tell you my stuff / That's why I make songs and I puff / I kill your lovers in my dreams / Hey hey it seems that / I don't understand », ou comment faire du mal-être existentiel un argument de fête. « Ça sent le poisson, I don’t understand ! ».

Mais pourquoi est-ce que c’est déjà fini ? Ah non, ce n’est pas fini, Sylvain reste sur scène nous chanter une version plutôt strange de Douce nuit, conclusion drôle et finalement touchante d’un concert hors du commun, balancé avec un mélange précieux de classe folle et de (fausse) négligence par un groupe qui, reconnaissons-le, n’est pas loin de ce qui peut se faire de mieux en ce moment dans un hexagone confiné / déconfiné / reconfiné.

Le public est aux anges, il ne reste plus à chacun d’entre nous qu’à disséminer la bonne parole, et à poser aux absents la question inévitable : « Mais qu’aviez-vous donc de mieux à faire ce samedi soir que d’assister au concert de TH da Freak ? ».

 

 

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09 août 2020

Blackfeet Revolution et Blackbird Hill en soirée Take Me (A)out le vendredi 8 août

2020 08 07 Blackbird Hill Supersonic @ Trabendo (10)

Bon, comme le nom des deux groupes jouant aujourd’hui l’indique clairement – tous deux commençant pas “black”, on est en droit de s’attendre à un festival Blues Rock ! Et, suite au fiasco des horaires de la veille, l’équipe du Supersonic a prévu un démarrage des hostilités trente minutes plus tôt, une décision intelligente et bienvenue…

… mais qui explique peut-être qu’à 19h45, quand le duo de Blackbird Hill entre sur la petite scène, le public soit encore bien clairsemé. Et c’est bien dommage pour ce groupe, qui va nous offrir une première partie inspirée, voire parfois magnifique. Blackbird Hill joue un blues rock (oui !) aussi traditionnel qu’occasionnellement sonique, cette note bruitiste montrant que nos deux Bordelais n’ont pas uniquement l’œil et l’oreille rivés sur l’Amérique sauvage et romantique du passé.

Bon, Ils ne sont que deux sur scène, mais ils sonnent comme un groupe complet, tant techniquement on a affaire ici à deux musiciens accomplis. Bonus incontestable, la voix de Maxime, haut placée, surprend de prime abord, avant de séduire durablement. Intro puissante qui capte immédiatement l'attention, jusqu'à un quatrième morceau plus heavy avec mélodie accrocheuse (Close Call, on imagine…), et... clac ! Comme hier, panne de courant ! Même problème a priori d'ailleurs. vite résolu, mais l'élan est rompu. Blackbird Hill reprend dans un autre registre, avec des morceaux plus lents, plus complexes, et, paradoxalement remporte l'adhésion du public sur ce pari-là, peu évident. Du coup c'est gagné, autour de nous tout le monde apprécie. Le set, de 40 minutes, sera un peu écourté - d'une chanson a priori - pour ne pas reproduire le problème d’horaire d'hier, mais le final sera violent comme il faut. Un beau groupe, qu’il faudra suivre…

20h47 : On s’était quand même dit que ce n’était pas forcément une bonne idée de construire une affiche sur deux duos aux styles musicaux aussi proches, mais l’entrée furieuse de Blackfeet Revolution avec un Run extatique nous rassure : on n’est pas dans le même état d’esprit que la première partie. Moins stylée sans doute, moins brillante techniquement, mais plus Rock’n’Roll, plus pop aussi, plus immédiatement jouissive, la musique de Fred et Benoît frappe directement au plexus ! On est ici dans un registre proche des Black Keys, ou plutôt, pour citer un autre grand groupe plus proche de nous, de Black Box Revelation : énergie et fun avant tout. Et le plaisir de jouer des deux musiciens est évident, sans doute partiellement dû au sentiment de libération procuré par une soirée “post-Covid” (même si pas si “post” que ça…) : reste que ce bonheur intense, cet enthousiasme formidable du duo permet au set de s’élever vers les cimes. Nous nous regardons entre nous, au premier rang, et partageons clairement ce même sentiment : « Oui, oui, c’est ça, c’est exactement ça qu’on attendait : une guitare qui décape, des mélodies accrocheuses et simples à chanter, et ce p… de bonheur que donne le Rock’n’Roll quand il est joué par des gens qui s’y consacrent cœur et âme… ». Un seul mot nous vient à l’esprit : formidable !

2020 08 07 Blackfeet Revolution Supersonic @ Trabendo (9)

On en arrive alors au moment, euh… difficile : Benoît annonce, avec une pointe d’inquiétude, que le duo va maintenant jouer ses nouvelles chansons, qui seront sur le prochain album prévu pour octobre… en FRANÇAIS ! Il est indiscutable que l’abandon de la langue anglaise est risqué alors que les racines de la musique de Blackfeet Revolution sont aussi américaines. Et de fait, ça grince un peu sur Mon âme : le texte est très bien, il est clair que le groupe a des choses à dire en cette époque troublée, mais il y a quand même un décalage entre le phrasé un peu emphatique qu’adopte maintenant Benoît, qui semble même du coup, chanter moins bien, et la musique. Bref, le pari est intéressant, il crée une singularité qui est bénéfique au groupe, mais… on est presque soulagé quand le groupe retourne à l’anglais. Désolé, les amis !

La dernière partie du set d’une heure sera plus purement Rock’n’Roll que Blues Rock, ou disons plutôt qu’on sera plus les terres de ZZ Top avec Mexico et avec Little Suzie, ce qui nous va bien évidemment très bien aussi !

Il est 21h45, mission accomplie : on a eu notre double shot de Rock ce soir, la séance de cinéma voisine de 22 heures ne sera pas perturbée, et les deux groupes ont eu droit à plus de temps.

 

 

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08 août 2020

You Said Strange en soirée Take Me (A)out le jeudi 7 août

2020 08 06 You Said Strange Supersonic @ Trabendo (21)

Il est déjà presque 21h30 – au lieu de 21h15 tel qu’initialement prévu - quand les Normands de You Said Strange peuvent enfin débuter leur concert, du fait des petits retards accumulés, entre un démarrage initial de la soirée décalé, le pépin technique ayant interrompu le set de Nyght, et un changement de matériel un peu long. Et ça, c’est un problème, car à 22 heures, le concert doit être terminé, du fait d’une projection de film en plein air dans le Parc de la Villette, à quelques encablures de là…

You Said Strange, on les avait déjà jugés impressionnants en première partie de l’Epée à la Cigale fin 2019, et ce soir, malgré un set douloureusement écourté, on les a trouvés encore meilleurs. Le niveau sonore a monté d’un cran par rapport à Nyght, ce qui fait vraiment, mais vraiment plaisir, et surtout on sent qu’on est à un niveau de professionnalisme, non, de maturité bien différent. Il n’est toujours pas aisé de définir le genre musical du quatuor normand, alors on répètera ce qu’on avait pensé la dernière fois, voilà une sorte de shoegaze psychédélique à forte coloration pop qui… ne ressemble ma foi pas à grand-chose d’autre, et c’est absolument parfait comme ça. Et ce d’autant que les compositions sont réellement excellentes, parfaitement accrocheuses dès la première écoute !

La nuit est maintenant tombée, les lumières sont rares, les photos ne seront pas faciles, mais qu’importe : voilà du Rock de fort belle facture, qui s’est définitivement démarqué de l’héritage Dandy Warhols / Warlocks revendiqué lors de la parution de leur premier album, “Salvation Prayer”… Un album dont il nous semble qu’ils ne joueront pas grand-chose ce soir, consacrant le set à de nouveaux morceaux, comme le magnifique – et agressif – Mediterranean, plus beau moment de cette première soirée Take Me (A)oût. L’autre grande force de You Said Strange, au-delà des compos et des guitares qui font du beau bruit comme on aime, c’est la qualité des vocaux, partagés entre les deux frères Eliot et Martin, chacun dans une tonalité différente.

Bref, et même si ce sera la frustration qui triomphera ce soir du fait de l’arrêt précipité du set, alors que le groupe avait encore tant à nous offrir, nous tenons là un autre excellent groupe français, qui fera plus que nous aider à tenir le coup en ces temps de fermeture des frontières et donc d’impossibilité pour les groupes étrangers de venir jouer chez nous.

On notera aussi qu’Eliot, en ôtant son pull (oui, il portait un pull par 35 degrés, est-ce que ce n’est pas cool, ça ?), dévoilera un t-shit “Liban” des plus sympathiques en cette journée où nous sommes tous consternés par la dramatique destruction d’une partie de Beyrouth. Un beau geste !

 

 

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07 août 2020

Coriky par Coriky : Le retour de la virulence et de l'intégrité

Coriky Album

« She reached out a cup / When the next she showed up / Replacement asking what’s been going on / She says “Not very much” / But she’s seen a lot of action / Oh the terrible things she’s seen / On her screen / It’s a clean kill / It’s a clean kill / It’s a clean kill / But it’s not clean… »

Imaginez votre journée au bureau, la pause à la machine à café, les bavardages avec les collègues, et le retour à votre station de travail où vous pilotez un drôle et envoyez une bordée de missiles sur une école coranique quelque part en Afghanistan. Coriky a fait avec son "Clean Kill" une chanson pour vous, réjouissez-vous, et sur le malaise qui vous envahit parfois quand vous rentrez chez vous le soir, et que le sentiment d’avoir bien fait le boulot aujourd’hui s’estompe.

Mais sur "Coricky", l’album, vous entendrez aussi une chanson sur le copain de votre fils à l’école qui est venu l’autre jour en classe avec un fusil mitrailleur acheté chez Walmart pour nettoyer le collège (« Packed into a vacuum / All sucked up / Killed inside the classroom /All blown up / So empty » – "Jack Says"). Et sur ce beau pays, l’Amérique, si grande qu’il lui faut toujours être en guerre, mais qui a toujours raison de l’être : « It’s in our hands / It’s in your constitution / It’s in our house, it’s in our hands / It’s in our eye, it’s in our blood / It’s in our DNA » ("Have a Cup of Tea")… c’est du brutal, non ?

Peut-être vous rappellerez-vous alors quand vous n’aviez pas encore 20 ans, au début des années 90, que vous habitiez encore Washington, et que vous aviez assisté à un concert de Fugazi, ce drôle de groupe punk hardcore qui avait arrêté de jouer du punk hardcore, et professait une rébellion intelligente, cultivée, contre l’establishment politique américain, contre le capitalisme prédateur, contre le sexisme et le racisme endémiques dans la société US. Le tout sans violence, sans drogues, sans alcool. Un groupe qui divisait, à l’époque, trop expérimental, trop cérébral, trop sérieux. Un groupe qui donna naissance à lui seul à un mouvement, le straight edge. Pas des rigolos, les mecs de Fugazi, c’est vrai, mais aujourd’hui, vu de 2020, qu’est-ce qu’ils avaient vu juste, comme ils avaient raison, pensez-vous au fond de vous…

Vous n’êtes pas surpris de retrouver dans Coriky deux anciens membres de FugaziIan MacKaye, à la guitare et au chant, et Joe Lally à la basse, en plus de Amy Farina, la femme de Ian, à la batterie et au chant. Vous avez reconnu le même talent mélodique avec ces petits hooks qui s’inscrivent directement dans le cortex, dès la première écoute, mais surtout ces rythmes élastiques qui, même une fois la furie électrique un peu calmée – on n’a plus 20 ans ! -, mettent toujours aussi facilement le feu aux jambes. Et la voix, incisive au point d’en paraître même intimidante parfois, d’un Ian qui débite méthodiquement votre sacrée fierté d’être américain en tranches, qui en fait de la purée sanglante. Et même la voix joueuse, taquine d’Amy agit comme de l’huile sur ce sacré feu. Et la basse de Joe qui donne toujours autant envie de danser…

Tiens, ce disque de Coriky, vous allez l’acheter chez le petit disquaire au centre-ville, le seul qui résiste encore à Amazon. Et vous le cacherez de tout le monde – des fois qu’on vous prenne pour un dangereux activiste. Vous l’écouterez à fond la caisse quand vous serez tout seul dans votre p… de SUV que votre femme vous a forcé à acheter. Et que vous pourrez enlever ce p… de masque qu’il faut maintenant porter partout et tout le temps. Et vous laisserez enfin la colère vous envahir. Et, même à votre âge, vous changerez de job.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire.

 

 

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06 août 2020

"The Terror - Infamy" de Max Borenstein et Alexander Woo : mauvaise histoire de fantôme japonais...

The Terror S2 Affiche

Il est très difficile d’admettre comment, même pour une série TV qui se veut donc, visiblement, une série d’anthologie mêlant faits historiques réels et fantastique / horreur, on peut passer d’un récit d’explorateurs britanniques du XIXème siècle perdus dans les glaces polaires à une chronique des tourments infligés par le gouvernement américain à ses ressortissants d’origine japonaise pendant la seconde guerre mondiale. Et d’ailleurs, le manque d’intérêt général envers "The Terror", qui se positionne pourtant comme une série « de prestige », conjuguant moyens financiers importants pour reconstituer le cadre historique de son récit, et interprétation et mise en scène beaucoup plus soignées et ambitieuses que la moyenne du genre, confirme bien le flou funeste dans lequel le travail de Max Borenstein et Alexander Woo s’enlise.

Oublions donc l’existence d’une première saison, que nous avions d’ailleurs appréciée, et traitons ce "The Terror – Infamy" comme une mini-série à part. Le destin terrible que connurent les Américains (et les Canadiens, d’ailleurs) issus de l’immigration japonaise, depuis l’attaque de Pearl Harbor jusqu’à Hiroshima, est une histoire qui n’a pas été suffisamment contée à l’écran, et la série fait honneur à ces victimes d’une injustice d’Etat : tout ce qu’elle nous raconte de l’horreur de leur situation, de la haine et du mépris racistes dont ils furent victimes de la part de leurs citoyens américains, d’un enfermement qui durera plus de 3 ans dans des camps de concentration, de la privation de tous leurs droits tant civiques que simplement humains, de l’obligation pour les jeunes hommes de se comporter en martyres au combat pour leur « nouvelle nation » qui leur déniait la moindre parcelle d’humanité (ce qui nous vaut d’ailleurs quelques scènes saisissantes dans l’enfer des combats dans les îles du Pacifique)… oui, tout cela est passionnant, narré avec force et avec pudeur, avec un juste mélange de compassion et d’empathie. Nous rappelant qu’aucune culture n’est inférieure à une autre, qu’aucun être humain ne peut être catégorisé en fonction de critères aussi simplistes que son origine raciale ou géographique. Bref, un travail salutaire à une époque où les camps pour migrants fleurissent partout dans l’indifférence, voire la haine générale.

Si elle ne racontait que cela, l’histoire de cette… infamie, et jusqu’à la tragédie du massacre criminel d’Hiroshima, "The Terror – Infamy" serait une série indispensable. Venir greffer là-dessus une histoire de fantôme japonais est pire qu’une maladresse, c’est une faute ! Même si l’énigme familiale qui a donné naissance à la haine et au désir de vengeance du yurei (le fantôme traditionnel japonais, redevenu à la mode avec des films comme la série "Ring"…) est astucieuse, et nous vaut deux ou trois « coups de théâtre » bien vus et bien amenés, les scènes d’horreur proprement dites, la plupart du temps très gore mais pas vraiment cohérentes, rabaissent la série vers le genre très médiocre du shocker pour adolescents, créant une dichotomie entre les ambitions du thème politique et les effets effrayants bas de gamme des scènes fantastiques. Rajoutons le gloubi-boulga de l’amalgame entre rituels japonais et exorcisme mexicain, et on ne pourra sauver du massacre, à la limite, que les passages dans l’au-delà, conceptuellement malins, et surtout générateurs d’un vrai malaise…

C’était déjà d’ailleurs le problème de la première saison de "The Terror", finalement, ce monstre un peu cheap qui s’incrustait dans une ambiance qui aurait été plus oppressante sans lui, mais c’est encore plus criant ici. Et si la série finit très bien, dégageant une belle émotion lors d’une splendide scène de photographies familiales, on restera quand même avec le sentiment d’un triste gâchis.

 

 

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05 août 2020

"Le Dernier Atlas - Tome 2" de Vehlmann / Tanquerelle : Mediterranean Rim, la suite !

Le Dernier Atlas T2 Couverture

Le Tome 1 du "Dernier Atlas" se clôturait sur une combinaison de suspenses insoutenables, on était impatients d’enchaîner avec le second, et on n’est pas déçus… En tous point égal en qualité au premier volume, le Tome 2 poursuit tous les arcs narratifs du premier sans s’embrouiller ni négliger aucun des personnages de cette épopée de plus en plus… dantesque. Bien sûr, c’est le périple du « George Sand », les conflits entre les membres de son équipage, les jeux politiques autour de son voyage depuis l’Inde jusqu’à l’Algérie et son affrontement avec l’UMO, qui constitue la part la plus importante de ces deux cents nouvelles pages, et nous serions tous frustrés si ce n’était pas le cas.

Bien sûr, nous sommes tous un peu désorientés par la rapidité, la facilité du dénouement d’un affrontement que l’on imaginait dantesque, mais nous nous doutons bien que ce n’est qu’un piège que nous tendent Vehlmann et De Bonneval, et que quelque chose de terrible va se passer du côté de la centrale nucléaire de Tricastel ! Mais pour savoir quoi, il nous faut maintenant attendre le Tome 3, de ce Dernier Atlas qui pourrait bien s’avérer un nouvel incontournable de la BD franco-belge !

Le Dernier Atlas T2 Extrait

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04 août 2020

"A Hero's Death" de Fontaines D.C. : leaving Dublin...

A Hero's Death

Nous nous étions sentis très seuls devant l’enthousiasme général qui avait accueilli "Dogrel", le premier disque des jeunes « gens de Dublin » de Fontaines D.C., alors que nous n’avions pas été convaincus ni par les citations post-punks vraiment lourdes de l’album, ni par la posture emblématique vis-à-vis de leur origine irlandaise de Grian Chatten et sa bande. Nous attendions donc la parution de ce second album avec encore plus d’impatience que les fans du groupe, intrigués que nous étions par le chemin que prendrai ce groupe sur lequel reposent tant d’espoirs.

Le titre de l’album, "a Hero’s Death", et sa pochette, représentant la statue de Cú Chulainn, demi-dieu de la mythologie irlandaise, laissent craindre que les bonnes intentions annoncées d’aller « voir ailleurs » ce qui s’y passe, de quitter de Dublin et de ne pas se confiner à l’irlandicité, à la fierté d’être irlandais, ne soient que de vains mots. Mais une première écoute de l’album nous rassure immédiatement : Fontaines D.C. a bel et bien accompli un pas de côté par rapport aux traditions post punk et indie rock britanniques qui influençaient largement leur musique. Les fameuses références aux Beach Boys – annoncées et passant pour une simple préoccupation – font du sens (à condition qu’on pense plutôt aux Beach Boys de la maturité, loin du soleil californien, du surf et des filles !) si l’on considère que l’album se compose de plusieurs ballades mélodiques, parfois très posées, dénotant une maturité bien éloignée de l’humeur juvénile de "Dogrel".

Car, et c’est sans doute, ce qui s’avère le plus séduisant, ou plutôt envoûtant, Fontaines D.C. se dépouille dès ce second album des oripeaux du lourd héritage du rock de la fin des années 70 et du début des années 80, et met sa musique totalement au service des textes et de la voix d’un Grian Chatten, qui cite désormais des modèles bien plus « classiques » de Leonard Cohen ("Love Is the Main Thing") ou Lee Hazelwood. Cela n’empêche heureusement pas les guitares de tonner çà et là, mais dans des tonalités plus atmosphériques que belliqueuses. Mais cela permet aussi de remarquer que le chant de Grian a pris de l’ampleur, de la profondeur, et même s’il ne sera sans doute jamais un grand chanteur, il devient de plus en plus intéressant.

Bien entendu, les amoureux transis du premier album pourront se sentir, eux, frustrés devant cette sagesse, cette mesure nouvelles. Rassurons-les : même s’ils sont moins propres à être repris en chœur, même s’ils comportent moins de phrases que l’on se répétera en boucle, les morceaux acides à la The Fall continuent à fleurir à l’occasion ("A Lucid Dream"). Et le single "A Hero’s Death", avec la répétition obstinée de la phrase « "Life ain’t always empty" », histoire de bien s’en convaincre, est une déclaration d’intention qui vaut bien celles de "Dogrel". "I Was not Born" a la méchanceté obsessionnelle d’un titre de Suicide, et la brutalité potentielle de "Living In America" pourra bien faire naître d’autres pogos homériques lorsque ce genre de plaisir sera de nouveau autorisé !

Ce sont néanmoins clairement les chansons lentes, sensibles, presque pop, comme "You Said" ou encore le magnifique "Oh Such a Spring", sommet incontestable du disque, qui retiennent le plus l’attention. Et ce d’autant que derrière leur fragile beauté, l’on ressent toujours cette tension menaçante, ce potentiel à enfler, à s’envoler, voire à se transformer en ouragan.

Oui, "A Hero’s Death" est un très bel album, celui que l’on espérait d’un groupe trop vite survendu, trop aveuglément célébré à son apparition, et qui prouve maintenant qu’il a du coffre, de la matière.

 



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