Le journal de Pok

26 février 2015

"At Least For Now" de Benjamin Clementine : Grace...

At_Least_For_NowLorsque "At Least For Now" est entré dans ma vie, j'ai eu cette petite sensation, si intrigante et frustrante à la fois, de "déjà vu". Pourtant, la musique, les mots, le chant de Benjamin Clementine ne ressemblaient pas à grand' chose de connu, ni dans le Rock (Anthony & The Johnsons, Nick Cave par brefs instants), ni même dans la chanson française qui sert pourtant d'alibi à son exil à Paris (Ferré ?)... Et puis j'ai trouvé... "At Least For Now", c'est le même tsunami émotionnel que celui qu'avait déclenché à l'époque le "Grace" de Jeff Buckley : l'expression de sentiments très purs, très vrais, très simples aussi, de manière radicalement extérieure aux codes de la musique, à travers une voix hors du commun, mais surtout d'un chant qui atteint une sorte de spiritualité tout en nous restant extrêmement proche. Un grand écart unique, pas forcément répétable avec le temps, pas forcément reproduisible non plus sur scène (il faudra voir) à cause du risque de la performance, de l'excès. Le "plus" ici, par rapport à "Grace", c'est la justesse de l'orchestration - piano et cordes classiques, plus quelques touches baroques, finalement souriantes, de fantaisie pour colorer le tout -, mais surtout la force des textes, autobiographiques, assez littéraires (on a évoqué Zaddie Smith, et c'est une piste intéressante). Déjà le disque de l'année 2015 ?

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24 février 2015

"Le Grand Mort - Tome 1: Larmes d'Abeille" : un début...

GrandMortLe1Que penser de ces "Larmes d'Abeille", premier volume d'une nouvelle saga signée Loisel ? Pas grand chose, malheureusement, si ce n'est qu'il s'agit d'un début, ni plus ni moins, et qu'on est bien incapable en refermant ce livre de deviner si l'on a affaire à un futur "Peter Pan", un nouvel "Oiseau du Temps", ou à un autre flop comme la BD franco-belge, surtout de tendance "fantasy", nous en fourgue plus que de raison. Déjà, on peut s'irriter du fait qu'un scénario de Loisel implique systématiquement que le dessinateur copie le "style Loisel", alors qu'on aimerait un peu plus d'audace, justement. Ensuite, on est surpris - agréablement cette fois - par le sujet de "Larmes d'Abeille", la rencontre conflictuelle et (probablement) amoureuse entre une chieuse obsédée par ses études et un gros lourd (a priori bien monté, l'animal !) : une comédie Hawksienne ? Pas tout-à-fait malheureusement, mais il y a de l'idée... Par contre, la partie "fantasy", elle, passe à la trappe : un univers parallèle à la fois conventionnel et pas assez (pas encore ?) développé, une suite de scènes peu vraisemblables (il me semble que le scénario se prend les pieds dans les deux temporalités non synchrones, mais il faudra voir la suite...), des comportements des personnages superficiels, pas de quoi s'émerveiller, donc !. Du coup, alors que ce premier tome se termine sans qu'il se soit passé grand chose, l'indécision règne : donnera-t-on sa chance au "Grand Mort" ? Lira-t-on même le second tome ?

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22 février 2015

Séances de rattrapage : "Deux Jours, Une Nuit" de Jean-Pierre et Luc Dardenne

deux-jours-une-nuit affichePar rapport à la production habituelle des Dardenne brothers, "Deux Jours Une Nuit" bénéficie d'une certaine légèreté - eh, oui !- qui lui permet d'échapper avec élégance au pathos de son sujet plombé et plombant : est-ce le soleil de l'été qui irradie cette chronique d'un weekend d'épreuve (se frotter à la misère des autres pour éviter de sombrer, et essayer de retrouver un sens à sa vie...) ? Est-ce la grâce de Marion Cotillard, qui incarne une dépression aussi réaliste que touchante (on pouvait compter sur les Dardenne pour éviter tout surjeu "à l'américaine" dans un film qui s'y prêtait largement !) ? Toujours est-il que "Deux Jours, Une Nuit" devient un modèle de sobriété élégante, et transcende facilement une certaine évidence de son discours de gauche bien pensante : si les émigrés semblent être ici ceux pour qui la solidarité est la plus évidente, si la femme est surtout égoïste quand elle est sous l'emprise de son mari, si Sandra apprend la leçon de l'honneur dans une conclusion à la fois logique - oh ! ce retournement du piège contre elle, quelle belle idée - et libératrice... s'il est facile d'accuser le film de simplifier à outrance les dilemmes sociaux quotidiens dont nous sommes témoins, il y a dans "Deux Jours, Une Nuit" une dignité, une franchise, une vérité aussi, qui imposent indéniablement le respect.

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21 février 2015

"Mauvaise Etoile" de R. J. Ellory : simple... ou simpliste ?

Mauvaise Etoile"Mauvaise Étoile" est certainement à date le roman le plus simple - voire simpliste - d'Ellory, auteur de polar curieusement surestimé, et dont j'attends à chaque fois un sursaut qui justifierait la bonne réputation dont il bénéficie. Roman noir plus que thriller, reprenant les codes désormais fatigués du "road movie" standard, avec le périple parallèle de deux frères que le roman oppose de manière un peu caricaturale (le serial killer et l'innocent, celui qui viole et celui qui rencontre l'amour pur, etc.), finalement réunis de manière fort improbable pour une conclusion certes à haute tension, mais terriblement prévisible... sans même parler d'un happy end incongru dont Ellory aurait pu faire l'économie. L'une des pires faiblesses de "Mauvaise Étoile", au delà des poncifs qu'il brade généreusement, c'est la transparence de la partie purement policière de l'histoire, entre agents fédéraux désincarnés et shérif sympathique mais inutile, responsable des moments les plus frustrants pour le lecteur. Curieusement, s'il y a quelque chose qui sauve "Mauvaise Étoile", sans doute le moins bon livre d'Ellory, ce sont ces courts portraits bien croqués des victimes du parcours sanglant d'Elliott, seuls moments où un peu de vraie littérature vient trouver sa place au milieu du programme bien bouclé de la fiction.

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20 février 2015

"Imitation Game" de Morten Tyldum : film baudruche

Imitation Game AfficheQuelle histoire extraordinaire que celle de "Imitation Game" ! Du vécu, entre petite (l'homosexualité du génie des maths que fut Alan Turing, à l'origine de l'invention de l'ordinateur) et grande histoire (le travail des casseurs de code anglais qui brisèrent Enigma, et changèrent le cours de la seconde guerre mondiale, ni plus ni moins !), des espions, des traumas, du mystère, de la politique, etc. Et Cumberbatch, l'un des jeunes acteurs les plus excitants du moment... Que de talent a-t-il donc fallu à Tyldum et à son équipe (car à ce niveau là, il n'a pas pu y arriver tout seul...) pour réduire ce formidable potentiel à quasiment rien : un film-baudruche qui parle de tout et de rien avec une superficialité stupéfiante, un numéro d'acteur éminemment oscarisable, mais sans l'intensité qui semblait pourtant essentielle, un scénario mal construit avec ses allers-retours entre 3 époques, un léché de l'image dans la bonne et épuisante tradition du film historique anglais, des scènes de guerre digitales aussi laides que factices... et on pourrait poursuivre cette liste d'échecs artistiques pendant des pages. Si l'on tient quand même le coup pendant tout le film, malgré le manque d'intérêt manifesté par le scénario envers ce qui aurait du compter - la logique de fonctionnement de la machine, la dynamique de création au sein de l'équipe de chercheurs, l'homosexualité comme révélateur de l'humanité de Turing - et non comme sale petit secret -, etc. -, c'est que, décidément, le sujet résiste à la maladresse générale : le moment de la résolution de l'énigme, pourtant fort convenu, enthousiasme, tandis que la complexité des enjeux moraux et des jeux d'espion qui s'ensuivent étourdit. C'est bien peu quand même, quand on pense au grand film qu'un Fincher, magnifique cinéaste de l'intelligence, aurait su réaliser sur ce sujet en or.

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18 février 2015

"Papa ou Maman" de Martin Bourboulon : on attend toujours notre Billy Wilder !

papa ou maman afficheOn connaît la difficulté que rencontre la comédie française pour exister au delà des grossièretés grand public et de l'humour télévisuel, et on ne peut qu'apprécier dans "Papa ou Maman" les efforts du réalisateur (Bourboulon, encore inconnu au bataillon) pour soigner sa mise en scène - plutôt convaincante - et travailler dans un registre moins simpliste : en opposant la folie furieuse potentielle d'un scénario type "guerre nucléaire au sein d'un couple en phase de divorce", avec un traitement soigné des circonstances sociales (en particulier le monde du travail, en contrepoint du désastre familial), en faisant jouer ses acteurs - Lafitte et Foïs, sympathiques mais un peu en deçà de nos attentes - dans un registre feutré, légèrement décalé, alors que les situations appellent typiquement de la démesure, de l'excès, Bourboulon vise la subtilité, voire une certaine élégance. Las ! Ce qu'il sacrifie dans ce petit jeu-là, c'est ni plus ni moins que le rire, puisque "Papa ou Maman" nous fera au mieux sourire, à quelques rares occasions. Comme quoi l'équilibre parfait entre intelligence et drôlerie relève plus de l'art que du savoir-faire, et on attend toujours notre Billy Wilder qui nous parlera de la société française du XIXème siècle tout en nous faisant rire aux éclats...

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17 février 2015

"Chassé Croisé - Largo Winch Tome 19" de Francq et Van Hamme : une légèreté bien venue !

ChasséCroisé

Après une petite pause de 4 ans qui m'aura fait perdre (pour l'instant) la conclusion du diptyque "Mer Noire / Colère Rouge", retour à Largo Winch avec ce "Chassé Croisé" qui emprunte avec plus de légèreté que de coutume les chemins du vaudeville (tout le monde couche ou a envie de coucher) et de comédie des masques (personne n'est qui l'ont croit) - soit une variation plutôt sympathique par rapport aux thèmes habituels de la série. Entorse à la règle des "premiers tomes", on assiste même à l'apparente résolution de l'un des fils narratifs du scénario, tandis que la sempiternelle conspiration contre Largo et son groupe n'atteint pas la tension "habituelle". Si l'introduction du thème jihadiste montre que Van Hamme tient toujours l'actualité, on peut se demander s'il n'est pas trop "facile" (SPOILER) de faire aussi rapidement des principaux acteurs du complot terroriste des marionnettes ou des agents de la CIA, sans parler même du risque - identifié par Van Hamme, c'est vrai - de rejoindre les délires conspirationnistes. Mais bon, l'accumulation des couches de double jeu (le chassé croisé du titre) a aussi un aspect ludique, exagéré, qui fait largement le charme du livre. Signalons aussi la persistance avec laquelle Van Hamme dédouane son beau héros des dérives capitalistes en insistant - non sans naïveté parfois - sur ses préoccupations sociales et son intérêt pour les énergies nouvelles, créant ainsi un indéniable manichéisme là où plus d'ambiguïté rendrait les aventures de Largo Winch plus adultes et sans doute plus fascinantes. A suivre avec "20 secondes" l'année prochaine.

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16 février 2015

"Dernière Nuit à Twisted River" de John Irving : toujours le même livre...

Twisted_RiverOn sait bien que John Irving, comme d'ailleurs une bonne partie des "vrais" artistes, qui ne produisent guère que ce que leurs obsessions les laissent produire, écrit toujours le même livre, l'histoire d'une vie d'homme marquée par des femmes (en général massives, puissantes, pas très féminines au sens conventionnel du terme), par l'absence du père (absence réelle ou non, la n'est pas la question - ici, le Cuisinier n'est pas un père au sens propre du terme pour Danny, ce serait plutôt le magnifique et paradoxal personnage de Ketchum qui joue ce rôle), et par une crainte perpétuelle pour la vie de ses enfants. C'est tout? Oui, mais c'est quand même pas mal, car une bonne partie de l'humanité peut se sentir concernée, d'où les bonnes ventes régulières des livres de Irving. Il y a aussi régulièrement des ours ("check") et des interrogations sur la création artistique ("check"), voire de séjours en Europe (... ici, non !)... Malheureusement, Irving a désormais tendance à s'étendre sur des pages et des pages, diluant ses histoires dans une multitude de péripéties pas forcément palpitantes, et abusant également des mêmes ressorts narratifs... même s'ils nous avaient fait beaucoup d'effet les premières fois (ce truc, répété deux fois ici, de faire disparaître un personnage de la narration et de ne nous révéler que plus tard ce qui lui est arrivé). Bon, d'un autre côté, malgré son suspense inutilement étiré (le shérif de Twisted River poursuivra-t-il sa vengeance ? Et accessoirement, Danny retrouvera-t-il Tombe du Ciel ?), "Dernière Nuit à Twisted River" nous parle de la rude vie des bûcherons dans le nord des Etats Unis, et de la cuisine, deux sujets qui permettent à Irving de remplir nombre de pages informatives que, personnellement, j'ai préféré à celles sur l'orgue et le tatouage dans son précédent ouvrage. Au final, sans doute est-il plus sage de laisser un certain intervalle de temps entre deux "Irvings", pour ne pas trop souffrir de cette impression de répétition. Ceci dit, l'écriture de Irving reste excellente, magnifique même souvent, et aide indéniablement à traverser certains tunnels au cœur de "Dernière Nuit à Twisted River", un livre agréable si pas vraiment indispensable.

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15 février 2015

"Jupiter" des Wachowski : une déception, forcément...

Jupiter Affiche

On avait tant aimé "Speed Racer" et même "Cloud Atlas", on attendait avec tant d'impatience le retour des Wachowski à la SciFi grand public - "Jupiter Ascending", 15 ans après le triomphe artistique et public de "Matrix", nous faisait rêver - que la déception est forcément forte. Au delà d'un scénario très, très faible, mais surtout curieusement démissionnaire pour les Wachowski (le rêve de Jupiter, reine de la terre, est de retourner vivre avec sa famille, faire des ménages et avoir une jolie histoire d'amour romantique), on a envie de pleurer devant le sacrifice de la mise en scène au canons du blockbuster hollywoodien, surtout dans une dernière partie épuisante de bruit, de violence et d'illisibilité. De plus, la grande laideur de nombreux décors, et la faiblesse générale de l'interprétation (Kunis et Tatum ne sont que l'ombre d'eux mêmes, visiblement absolument pas dirigés par les Wacho) ne rattrapent rien. On réalise quand même par instants qu'on n'est pas dans une production lambda, lorsque, d'un coup, on se sent saisi par la grâce d'un mouvement, ou par la poésie naïve mais indéniable d'une scène de combat ou de vol dans l'espace. C'est peu, beaucoup trop peu, mais ça nous aide à ne pas perdre la foi en ces deux tarés hors normes que sont Lana et Andy. On attend donc de pied ferme leur prochain délire... avec un peu moins d'illusions !

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14 février 2015

"I Origins" de Mike Cahill: nauséabond !

I+ORIGINS affiche

Comment, pourquoi même parler des qualités - ou des défauts - techniques, formels, d'un film comme "I Origins" ? Aucun intérêt, puisque l'important c'est bien son sujet idéologique nauséabond, brossant l'Amérique réactionnaire, anti-Darwinienne, dans le sens du poil. Avançant masqué comme le récit d'une découverte scientifique démontrant l'absence de Dieu dans la création, "I Origins" manipule ses spectateurs jusqu'au retournement "spirituel" de toute dernière minute, qui doit amener les plus simples d'entre eux à croire aux esprits, à la réincarnation, à tout un tas de fadaises qu'il nous présente comme vérifiables par les scientifiques les plus rigoureux. Film profondément rétrograde autant que mensonger, "I Origins" nous fait en outre honte d'avoir tant aimé naguère Michael Pitt, visiblement très impliqué dans le projet. 

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