Le journal de Pok

06 avril 2020

"Star Trek : Picard" de Alex Kurtzman, Michael Chabon, Akiva Goldsman : les charmes de la Picardie

Star Trek Picard affiche

Ne le nions pas, l'accès à "Star Trek : Picard" pour un néophyte, ou tout au moins quelqu'un qui n'a pas suivi l'interminable saga de la série TV originale et des films (les "originaux", pas le reboot, beaucoup plus gentiment spectaculaire et "viewer-friendly"), est mal aisé. Avouons même qu'on ne comprend pas grand chose à ces histoires vraiment compliquées de Romulans et de Borgs, et que du coup on s'ennuie gentiment, en pouffant occasionnellement de rire devant la vision de ce soi-disant propriétaire récoltant français - incapable bien sûr de prononcer correctement le moindre mot de sa "langue natale" - se promenant dans ses vignes du Bordelais dans une lumière publicitaire sans aucune vergogne (bon, les producteurs de Médoc et de Saint-Emilion remercieront Amazon pour ce coup de pouce à leurs ventes...).

Et puis, peu à peu, il faut bien dire que quelque chose se met en place, pourvu qu'on ait la patience de suivre une intrigue ni très crédible, ni très efficace : la multiplication de lieux, de personnages et d'actions est sans doute excessive, témoignant sans doute de la crainte des scénaristes de tomber dans le travers habituel des séries actuelles, généralement trop étirées par rapport à la faiblesse de leurs intrigues; Ici, ça foisonne sec, les décors changent, les conflits se multiplient, et même si tout n'est pas bon, même si tout ne fonctionne pas, on se laisser emporter avec plaisir dans cet univers baroque, un peu kitsch, où même les créatures les plus exotiques ne sont guère que des humains avec quelques accessoires digitaux. Ce qui fait évidemment du bien, c'est que, en dépit d'un budget que l'on imagine confortable, "Picard" ne nous assomme pas d'action, et que l'on reste la plupart du temps entre gens de bonne compagnie en train de discuter le bout de gras, ou en train de se prendre la tête à propos de dilemmes politiques et moraux.

Car "Picard" se veut avant tout une réflexion - à l'américaine, quand même, donc pas trop compliquée - sur des sujets "contemporains", voire "à la mode" : la peur de l'humanité devant le développement de l'Intelligence Artificielle, la responsabilité des organisations globales comme les Nations Unies vis à vis des populations victimes de conflits, le rôle des politiques dans la préservation de la démocratie face à la résurgence des traditions, religieuses en particulier, etc. Il y a donc du grain à moudre, et la vision du monde supportée par le personnage (de "vieux sage") de Picard, – conférant à la série une ambiance « crépusculaire » de recueillement, voire de deuil -, est clairement opposée aux idéologies trumpienne ou macroniste de notre époque : "Star Trek" place "l'humain" au centre de sa fiction, et rappelle que la responsabilité de l'état est de protéger les siens... même si, en bonne série américaine, elle n'oublie jamais non plus de nous remémorer, en particulier dans une conclusion grandiloquente et plus discutable, que chacun reste totalement libre de ses choix et responsable de ses décisions et donc de son destin.

Car les deux derniers épisodes sont sans nul doute ceux qui justifient le visionnage de cette série, car ils conjuguent plutôt habilement une montée finale de la tension - avec une résolution à la mode "WTF", mais qu'importe finalement - et réflexion rêveuse sur la nature de l'humanité, joliment associée à sa mortalité, à son statut éphémère. Si l'on se serait bien passé des dix dernières minutes en forme de happy end réconciliateur, avec hommage discret et un peu putassier à la communauté LGBT, il faut bien reconnaître que ce climat de bienveillance que finit par promouvoir cette série peu banale nous fait beaucoup de bien.

 

 



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05 avril 2020

"El Hoyo (la Plateforme)" de Galder Gaztelu-Urrutia : la théorie du ruissellement

El Hoyo affiche

"El Hoyo" (soit "le trou") est un film vraiment passionnant, mais c'est aussi un film qui ne rencontrera probablement pas son vrai public, la plupart des abonnés à Netflix attendant - et on ne peut pas les en blâmer - leur content de SF, de surprises scénaristiques et de mindfucks : le fait que des comparaisons aient pu fleurir avec des machins simplistes du genre de "Cube" montre d'ailleurs le problème de l'ambitieux premier long-métrage de Galder Gaztelu-Urrutia. Car nous sommes bien ici devant un rejeton un peu bâtard du "Metropolis" de Fritz Lang, c'est-à-dire, à l'image aussi de la littérature conceptuelle de SF des années 60 et 70, une tentative de représentation symbolique d'un système social "d'anticipation", qui s'avère bien entendu tout-à-fait comparable au nôtre.

En accumulant sur une période de temps très courte des situations qui permettent d'inverser les rôles - de (plus ou moins) dominant à (totalement) dominé - attribués à son personnage central d'intellectuel idéaliste, Galder Gaztelu-Urrutia maximise l'usage de son astucieuse construction théorique d'une société verticale jusqu'au vertige. De victime consentante à "messie" inacceptable, Goreng va pouvoir expérimenter "physiquement" toutes les hypothèses possibles, jusqu'aux plus extrêmes, ce qui nous vaudra certaines scènes "gore" qui dévalorisent un peu le projet, mais restent tout-à-fait "acceptables" dans la mesure où elles génèrent, heureusement, plus d'horreur que de fascination.

"El Hoyo" réussit donc impeccablement à nous "mettre le nez dans notre propre caca" (au sens propre parfois) et à nous interroger sur ce que nous ferions nous-mêmes pour "grimper" dans l'échelle sociale si notre survie physique en dépendait. Ce mélange de questionnement moral (presque intime) et de parabole politique - puisque comme dans toute dictature, le peuple est complètement complice du système oppresseur - confère à "The Hoyo" une pertinence vraiment rare pour ce genre de film.

Critique directe (et implacable) du capitalisme actuel construit sur l'égoïsme de tous, cette représentation terriblement anxiogène d'une sorte d'univers-test s'avère finalement un message très clair (et qui n'est pas "le message de la panna cotta" ou "le message de l'enfant" que souhaitent envoyer à ceux qui régissent le monde nos deux rebelles...) : puisque les ressources (de notre monde) sont par définition limitées, ce n'est qu'en nous unissant et nous organisant que nous pourrons assurer la survie de la totalité de l'humanité. Mais il semble que nous soyons tous trop individualistes, trop égoïstes pour ça...

Le fait même de se tenir avec un admirable entêtement dans le domaine de la métaphore, de ne jamais nous offrir de réponse "rationnelle", ou même simplement "logique", attisera la rage de nombre de spectateurs frustrés, mais confère au film une sorte de pureté théorique, ainsi que de cruauté radicale, qui le distinguent clairement du lot des films de genre.

"El Hoyo" est certes une expérience incontestablement éprouvante, mais aussi une étonnante source de réflexion.

 

 

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04 avril 2020

Classiques et nouveautés de l'Anime : "Nausicaa de la Vallée du Vent" de Hayao Miyazaki (1984)

nausicaa

A sa re-sortie en salles en 2006, "Nausicaä de la Vallée du Vent" m'avait moins franchement séduit que les films postérieurs de Miyazaki, mais la parution en DVD de la première oeuvre du "vieux génie" de l'animation pour ses nouveaux studios (Ghibli) m'avait permis une analyse plus précise de ce qui fonctionnait et de ce qui laissait encore à désirer dans ce que l'on peut, sans être péjoratif, qualifier de "coup d'essai". Le revoir en 2020, surtout après avoir lu la belle analyse offerte par l'ouvrage sur les Studios Ghibli publié par Playlist Society, offre l'opportunité de reprendre à zéro une critique complète de "Nausicaä"...

Le plus convaincant ici est sans nul doute la réflexion "écologique" du film, qui anticipe celle de "Princesse Mononoké", mais par de nombreux aspects s'avère plus profonde. Sur notre planète dévastée par la pollution créée par l'humanité, les survivants, regroupés en groupes plus ou moins "féodaux" qui se livrent régulièrement bataille, sont menacés par la progression d'une forêt toxique, défendue par des insectes géants. Or, ce que la princesse Nausicaä va comprendre - et c'est ce trajet vers la "sagesse" qui constitue le cœur du film -, c'est que la forêt a au contraire un rôle fondamental de nettoyage planétaire, rôle que les insectes protègent, et que sa "toxicité" est causée ni plus ni moins par les restes de la pollution humaine. Face à cet auto-nettoyage de la planète, l'être humain perdure dans son incompréhension et son auto-destruction par un recours systématique à la violence. Il s'agit-là, on en conviendra, d'une vision radicalement pessimiste de l'humanité et de son devenir, et même si l'on peut considérer la fin comme positive puisque Nausicaä réussit à faire entendre sa voix, on ne peut pas dire que l'avenir des personnages soit particulièrement lumineux !

Pour animer cette fiction complexe (peut-être un peu trop même pour deux heures de film), Miyazaki a adopté un graphisme très proche de celui de "Moebius", en particulier dans la représentation des machines volantes (une similarité démontrée dans une exposition Moebius - Miyazaki réalisée il y a pas mal d'années au Musée de la Monnaie...). On notera en outre que la poésie magistrale des scènes aériennes se retrouvera développée plus tard dans "le Château dans le Ciel" et surtout dans le sublime "Porco Rosso". La farouche détermination de cette première "héroïne miyazakienne" à assumer son destin, jusqu'au meurtre si nécessaire, ouvre la voie à l'un des thèmes les plus importants de la future oeuvre de Miyazaki.

Finalement, ce qui empêche "Nausicaä" d'atteindre la même grandeur que les films suivants, ce n'est peut-être que le fait d'avoir eu à raconter autant de péripéties (tirées d'un manga-fleuve du maître...), ce qui l'a conduit à élaguer les scènes de contemplation qui constitueront ensuite l'apogée de son style : on sent que quelque chose pourrait émerger lors du séjour de Nausicaä sous la forêt, mais non... la magie de Miyazaki ne fonctionne pas encore.

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03 avril 2020

"I am not a Dog on a Leash" de Morrissey : le temps n'est pas son ami

Morrissey_-_I_Am_Not_a_Dog_on_a_Chain

Il y a de quoi hurler de rire, ou au moins, si l’on n’est pas d’humeur, s’étonner lorsque retentissent les premières notes de "Jim Jim Falls", l’introduction de "I am Not a Dog on a Chain", le nouvel album de Morrissey : c’est bien un beat électronique et des synthétiseurs qu’on entend, avant que le Moz attaque l’une de ces habituelles mélodies qu’il nous recycle systématiquement depuis la séparation des Smiths. Qu’est-il donc arrivé à « Hang the DJ ! » ? Plus sérieusement, cette orchestration surprenante indique surtout que, face à son effacement progressif, mais inéluctable depuis le temps qu’il est engagé, de la liste des artistes pertinents, Moz et ses producteurs réagissent de la manière la plus ridicule qui soit, en actualisant un son qui n’en a jamais eu besoin : on a toujours attendu du Moz plus de subtilité que ses agressions rockab’, et il persiste à nous répondre en augmentant la démesure de sa production. Cet aspect « bigger than life » fonctionnait d’ailleurs sur "Low in High School", qui bénéficiait de plusieurs chansons brillantes, mais il n’est pas sûr que ce "I am Not a Dog on a Chain" s’avère avec le temps aussi attachant… Même si les fans qui n’ont pas lâché la rampe ne pourront pas se plaindre, s’ils arrivent à ignorer les étrangetés – les maladresses, dirons-nous, même de la production : le crooning du Moz reste efficace, voire superbe par moments quand il monte en intensité, certains textes restent hilarants, et il y a une moitié de chansons plutôt bien écrites (la première moitié de l’album, qui s’effondre assez dramatiquement dans sa seconde partie).

Il faut toutefois parler de « l’éléphant dans la pièce », c’est-à-dire les opinions politiques détestables de Morrissey, soutenant désormais l’extrême-droite et multipliant son soutien à la frange la plus raciste de la Grande-Bretagne. Considérant l’importance que les Smiths eurent sur et la psyché et les opinions de tant de jeunes personnes de leur génération, cet effondrement moral de Morrissey est vécu par tous comme une trahison déplorable de tout ce qu’il a pu jamais représenter… Et justifie complètement que beaucoup d’entre nous, qui l’avons tant aimé, boycottions désormais ses concerts. Faut-il donc écouter "I am Not a Dog on a Chain" ? Vous pouvez être à peu près rassurés, point de propos nauséabonds ici, même si l’on peut toujours avoir une lecture « anti-politiquement correcte » des affirmations / provocations de la chanson-titre : « I am not a dog on a chain / I use my own brain / I can turn the conversation off / I’m too clever to be robbed / … / raise my voice, I have no choice / I raise my hand, I hammer twice / I see no point in being nice » ("I am not a dog on a chain").

Car provocateur, le Moz l’est toujours, et pas seulement dans ses orchestrations baroques, mais surtout dans ses textes qui peuvent faire grincer quelques dents : « If you’re gonna jump, then jump / Don’t think about it / If you’re gonna run home and cry / Then don’t waste my time / If you’re gonna kill yourself / Then to save face / Get on with it », le refrain de "Jim Jim Falls" ne fait pas particulièrement preuve d’empathie… Remarquez, il se rattrape tout de suite après avec "Love is on its way out" – peut-être la meilleures chanson du disque – et son magistral : « Did you see the headlines? / Did you see the grablines? / Did you see the nerve-gassed children crying ? / Did you see the sad rich / Hunting down, shooting down elephants and lions? »… Et c’est bien ça le malheur avec Morrissey, d’une chanson à l’autre on peut l’aimer de nouveau, et puis, trois minutes plus tard, le trouver tellement lourd, tellement pénible !

Prenons la conclusion de cet album bancal : "The Secret of Music" est un looong moment d’expérimentation qui n’a pour lui que le fait même d’être… expérimental, ce qui est franchement une nouveauté chez Morrissey, et dont on sait tout de suite qu’on le sautera systématiquement à chaque écoute de l’album. Mais la dernière chanson, "My Hurling Days are Done", est la première où quelque chose de la vérité de Morrissey s’exprime… enfin : « Mama, mama and teddy bear / Were the first full firm spectrum of time / Now my hurling days are done / And there’s no one to tell and there’s nowhere to run / …/ Oh, Time, No friend of mine ! ». L’émotion est là. Enfin. Trop tard.

 

 

 

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02 avril 2020

"Un Monde Parfait selon Ghibli" d'Alexandre Mathis : Sirocco

Un monde parfait selon Ghibli

« Chihiro, assise dans un train, voit le paysage défiler. Elle est accompagnée du Sans-Visage, de Bô et de Kashira. Le train roule sur l’eau. Il ne se passe rien. Pourtant cette scène a marqué toute une génération. Elle résume Chihiro, Miyzaki et, par extension Ghibli… »

En 2020, on n'en est plus, et c'est une bénédiction, à devoir convaincre qui que ce soit de l'importance artistique de Hayao Miyazaki et de son Studio Ghibli, non seulement dans le cinéma d'animation, mais dans l'histoire du Cinéma (avec un "C" majuscule) tout court. La mise en ligne récente par Netflix de l'intégralité des films du studio a d'ailleurs confirmé que le triomphe "populaire" de ces films à nuls autres pareils égale, voire même dépasse leur reconnaissance critique. Il est donc d'autant plus dommage de constater qu'à date, peu d'ouvrages théoriques aient été encore consacrés à cette oeuvre colossale : du coup, pourquoi ne pas relire l'excellent "Un Monde Parfait selon Ghibli", publié fin 2018 par Playlist Society dans leur belle collection de réflexion sur les arts populaires (séries TV, rock, etc.), épuisé en librairie et qui vient d'être réimprimé en février ?

Passant assez rapidement sur l'histoire du studio, ne niant pas par contre les craintes que l'on peut avoir quant à son avenir suite au décès de Takahata et du fait du grand âge de Miyazaki, surtout si l'on assume que nul héritier digne des deux maîtres ne s'est encore manifesté au sein de l'équipe des plus jeunes réalisateurs, Alexandre Mathis consacre la plus grande partie de son livre à l'identification et l'analyse des thèmes-clé des films du studio : en premier lieu, bien sûr, leur féminisme combatif, sinon militant, mais également leur ancrage dans les contes, les légendes, mais aussi les croyances du monde entier, et leur réflexion extrêmement profonde, et non manichéenne, sur les rapports entre l'homme et la Nature. C'est la conjugaison de ces trois flux qui confère à ces œuvres une modernité à ce jour insurpassable, unique sans doute dans l'animation : l'intégration des traditions culturelles - et pas seulement seulement japonaises, c'est important de le souligner - dans une réflexion très en avance sur son époque sur la place prépondérante de la femme dans la société et sur la nécessité d'un équilibre, aussi difficile soit-il à atteindre, entre les ambitions de la race humaine et le respect de la planète, tout cela confère à ces films une pertinence qui ne se dément toujours pas, année après année.

Bien entendu, "Un Monde Parfait selon Ghibli" travaille en profondeur la passion de Miyazaki pour le vol et les machines volantes, qui lui a permis de créer les plus beaux moments de son cinéma, ainsi que son attachement à un monde imaginaire en interaction constante avec la réalité telle que nous la percevons. Le chapitre sur les divinités et autres créatures légendaires japonaises permettra en particulier au lecteur de comprendre mieux l'invraisemblable richesse du "Voyage de Chihiro", sans doute le film de Myazaki le plus fascinant.

Si les films de Miyazaki sont logiquement au cœur de l'analyse d'Alexandre Mathis, son livre ne néglige pas pour autant le travail colossal réalisé par l'insaisissable Isao Takahata, dont chaque film adopte un style graphique différent, et qui a choisi une approche beaucoup plus "réaliste", ancrée dans la "vie quotidienne" de ses héros, même si cette existence est confrontée à des défis extrêmes. Les quelques pages sur Takahata - un auteur qui n'est quant à lui pas encore reconnu à sa juste valeur - sont ainsi parmi les plus éclairantes de "Un Monde Parfait selon Ghibli".

Dans l'ombre immense portée par les deux géants, il y donc peu d'autres films du studio qui gagnent leur juste place dans ces trop courtes 160 pages : Mathis s'intéresse pourtant à certaines réussites, comme "Souvenirs Goutte à Goutte", "Souvenirs de Marnie" et surtout "Pompoko", trois films où se retrouvent largement les thèmes caractéristiques du studio, et qu'on aura forcément envie de découvrir ou de re-découvrir.

Finalement, il faut bien reconnaître que l'on ressent une légère frustration en refermant "Un Monde Parfait selon Ghibli", aussi plaisant soit-il : une impression de "trop peu", le sentiment que l'on n'a pour l'instant fait que rester en surface de la "montagne Ghibli", et qu'il va falloir bien d'autres analyses, bien d'autres réflexions, pour qu'elle nous livre tous ses secrets.

En attendant, le sirocco (le nom français donné au vent du désert que les italiens nomment ghibli) n'a pas fini de souffler, et de nous emporter avec lui.

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01 avril 2020

"Gigaton" de Pearl Jam : Classic Rock ou épuisement ?

Gigaton

Alors que Pearl Jam vient de sortir son onzième album, et son premier depuis 7 ans, le débat est lancé : mais pourquoi écouterions-nous "Gigaton" ?

Tu dis que tu aimes beaucoup le dernier Pearl Jam, est-ce que tu peux m’expliquer pourquoi, parce que moi, je suis assez sceptique, je te l’avoue…

Parce que Pearl Jam, c’est quand même l’ultime survivant important du mouvement « grunge » de Seattle, qui fut sans doute l’ultime révolution formelle vraiment globale, et populaire, que le Rock ait connue !

Oui, certes, mais soyons honnêtes avec nous-mêmes, en dehors de Nirvana qui transcenda le genre en conjuguant malaise existentiel aigu et mélodies pop classiques, qu’est-ce que le grunge aura vraiment été, au-delà d’un look vestimentaire négligé facile à copier par tout le monde, et une banalisation pas trop subtile de l’énergie punk pour la transformer en « Rock Américain » un peu beauf’, destiné à un public de stade gorgé au Coca et aux burgers ? Et puis, peut-on vraiment parler de « survivants » d’une époque de pionniers marginaux quand on est devenu une telle… institution ?

Parce que Pearl Jam, avec cet album, a essayé de se renouveler, voire de se rajeunir, et que c’est quand même une démarche stimulante !

C’est bien vrai que "Dance of the Clairvoyants" a surpris, en bien ou en mal, et tranchait avec ce qu’on attendait de Pearl Jam. Mais en fait, ça ressemblait quand même plus à du Talking Heads – en plus mou -, ou à du David Byrne en solo, qu’à une musique totalement nouvelle en 2020. Et puis, au sein de l’album, cette chanson reste quand même une exception, et il y a une large majorité des titres qui restent prudemment sur un territoire déjà bien arpenté par le groupe.

Parce que "Gigaton", c’est le Classic Rock de demain !

C’est bien possible, car le pire est toujours possible, on le sait bien. Il faut quand même rappeler que parmi les groupes des années 60 / 70, la plupart ne sont pas devenus du « Classic Rock », mais ont été complètement ridiculisés par les vagues musicales suivantes, qui les ont rendus obsolètes, persuadés qu’ils étaient que la virtuosité technique et une production maniaque, obsessionnelle et envahissante leur garantiraient la postérité. Ce qui inquiète, c’est que Pearl Jam a l’air de prendre le même chemin : des mois et des mois pour construire leurs titres et ce nouvel album, du travail fait couche par couche – Vedder rajoutant a priori ses textes a posteriori sur certains morceaux -, les atmosphères rutilantes et ultrasophistiquées servant surtout à cacher une panne désormais persistante d’inspiration. Plutôt que du classicisme, j’ai bien peur qu’on doive parler d’épuisement…

Parce que "Gigaton", qui aligne 12 chansons en près d’une heure de durée, c’est un album super généreux que le groupe offre là à ses fans !

Oui, bon, mais ce n’est parce que c’est long que c’en est meilleur pour autant ! Il y a certaines chansons qui dépassent même leur propre "durée naturelle", et qui s’essoufflent en route, comme "Who Ever Said", qui atteint les cinq minutes à force de breaks, de ponts, de changements de rythme. Pour un "Superblood Wolfmoon", lui aussi déjà sorti en single, qui sonne en effet comme du Pearl Jam millésimé, et qui enchantera les fans, il y a pas mal de "Never Destination" ou de "Take the Long Way" qui semblent tourner en rond…

Parce qu’Eddie Vedder, c’est l’une des voix les plus prenantes que l’on puisse encore entendre dans le Rock !

Oui, ça c’est indéniable, et il faut en effet reconnaître que les moments qui tiennent le mieux la route sur "Gigaton" lui sont totalement dus : le bougre reste inspiré, passionné, et arrive même de temps en temps à être vraiment touchant. En fait, il représente à lui seul ce Pearl Jam conserve de part d’humanité au sein d’une musique qui ne n’est plus (… humaine !)… Mais bon, ce n’est pas non plus Nick Cave, hein ?

Parce que, pour une "institution", comme tu dis, c’est quand même un groupe qui n’a pas dévié de ses positions politiques ! Voilà un album destiné au grand public, américain d’abord, et qui parle écologie – regarde la pochette avec ce glacier qui fond -, et qui ne ménage pas Trump !

C’est clair qu’on ne peut pas accuser Vedder d’être un traître à ses idéaux. Et qu’il faut reconnaître qu’il sait toujours écrire de belles choses, comme "River Cross", la jolie conclusion de l’album : « While the government thrives on discontent / And there's no such thing as clear / Proselytizing and profiting / As our will all but just disappears / Folded over, forced in a choke hold / Outnumbered and held down / And all these talk of rapture / Look around at the promise now… », c’est intelligent et c’est sensible… Mais d’un autre côté, c’est un peu comme U2, on a quand même du mal à prendre ça très au sérieux, surtout que les déclarations politiques ne sont pas d’une virulence ou d’un extrémisme particulièrement impressionnant. Alors, oui, c’est forcément sympathique comme démarche, mais Vedder a tendance désormais à prêcher auprès des convaincus, donc sans prendre trop de risques quand même !

En fait, ce que tu reproches à l’album dans le fond, c’est de ne pas être aussi enragé qu’un disque de jeunes de 20 ans ? Mais tu sais bien que c’est chose impossible après 30 ans de carrière et à l’âge qu’ont les musiciens aujourd’hui : Pearl Jam a connu son apogée dans les années 90, et on est en 2020 !

Tu sais, il y a des gens plus vieux que Vedder et sa bande et qui ont toujours la rage, prend par exemple Neil Young, avec lequel ils ont d’ailleurs joué… Mais je vais te surprendre, je trouve au contraire que là où l’album garde une vraie classe, c’est quand Pearl Jam ne fait pas semblant que rien n’a changé. Je crois que ce sont les morceaux moins Rock, plus lents aussi, comme "Comes Then Goes", "Alright" ou "Seven O’Clock", qui sont les plus convaincants cette fois : on est un peu du côté de Springsteen, je trouve, dans les meilleurs moments de "Gigaton".

Bon, alors, on est condamnés à ne pas être d’accord sur ce disque ?

On dirait bien que oui !

 

 

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31 mars 2020

"Narcos Mexico - Saison 1" de Doug Miro, Carlo Bernard et Chris Brancato : cold turkey !

Narcos Mexico S1 affiche

Pour qui a apprécié l'assez extraordinaire série "Narcos" sur l'histoire de la drogue en Colombie, le spin off de 2018 sur la situation mexicaine a tout du "cold turkey", tant on ne retrouve presque rien de ce qui assura notre addiction au travail de Carlo Bernard et Jose Padilha (les deux apparaissant pourtant toujours au générique .). En deux mots, "Narcos : Mexico" est mal écrit, superficiel, et surtout mal "casté", ce qui nous garantit un résultat tout juste au niveau des séries lambda qui prolifèrent désormais sur toutes les plateformes. Explication...

Là où l'on avait droit dans "Narcos" à un travail précis sur la situation politique et sociale de la Colombie, qui permettait de comprendre et les enjeux géopolitiques globaux et l'inscription des cartels dans l'histoire du pays, on se voit réduits dans cette première saison de "Narcos : Mexico," a une caricature sans nuance - et très peu documentée - de la corruption politique mexicaine, contre laquelle se battent, naturellement, les courageux américains. Exit quasi totalement les images d'actualité, on est en pleine fiction simplificatrice et vaguement raciste, très typique du regard méprisant que jettent les Américains sur leur voisin du Sud.

L'absence totale de profondeur des personnages, réduits à des clichés et dont nous ne saurons rien véritablement au-delà de leurs actes "professionnels" de trafiquants ou de policiers, tranche violemment avec les portraits complexes et ambigus que proposait la 'série mère", et les problèmes d'écriture des personnages rendent incompréhensibles, voire absurdes, nombre d'événements et de comportements : la découverte "surprenante' de la vie extra-conjugale de Felix Gallardo en plein milieu de la saison, totalement inattendue et sur laquelle on ne reviendra pas, est un exemple particulièrement "WTF" du n'importe quoi scénaristique qui règne ici, mais de tels exemples fourmillent au long des 10 épisodes de la première saison.

Mais le pire, indéniablement, et ce qui cloue la série au sol, c'est son casting. D'un côté Michael Peña, crédible mais aussi expressif qu'une tranche, échoue à générer la moindre empathie pour son personnage, et empêche la toute dernière partie de la saison, sans aucun doute la meilleure, d'avoir l'impact recherché sur le téléspectateur. De l'autre, et dans le rôle principal, nous avons Diego Luna, littéralement ridicule à chacune de ses apparitions : entre son Espagnol marmonné et improbable (ce type ne peut pas être véritablement mexicain !), son manque prestance absurde qui décrédibilise toralement son rôle de super-caid de la drogue et de brillant cerveau, et la fausseté systématique de son jeu, on a droit à la totale, et nulle série ne peur se remettre d'avoir pour pivot un acteur autant à côté de la plaque... Son face-à-face de dix minutes avec le génial Wagner Moura, réapparaissant dans son rôle iconique de Pablo Escobar, s'avère d'ailleurs particulièrement cruel.

 

 

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30 mars 2020

Revoyons les classiques du Cinéma : "Le Mécano de la Générale" de Buster Keaton (1926)

Le_Mecano_de_la_General affiche

Eh oui, je n'ai vu le "Mécano de la Général" pour la première fois qu'à l'approche de la cinquantaine, ce qui est carrément une faute pour un cinéphile qui se targue, comme moi, d'aimer le cinéma muet ! Mais j'ai eu la chance de le découvrir en 2004 dans une version magnifiquement restaurée, soutenue par une composition originale - et superbe - de Joe Hisaishi, et ça a été un très grand bonheur.

Je commencerai par les réserves d'usage : "The General" est moins drôle que la plupart des autres grands films de Keaton, qui a voulu cette fois réaliser un grand film d'action, qui plus est basé sur des faits historiques (quand même retravaillés par Keaton et son collaborateur Clyde Bruckman), et réalisé avec un maximum de réalisme, puisque le film a été tourné sur les lieux des événements, puisque l'effondrement du pont et la bataille sont reconstitués sans "effets spéciaux"... Il y manque également un peu de cette "touche poétique" émanant du flegme paradoxal de Buster, qui rend certains de ses films plus "intimistes" absolument magiques.

Néanmoins, ces "critiques" n'ont en fait que peu d'importance par rapport aux immenses qualités de "The General" : il s'agit là en effet de l'un des plus grands films d'action jamais tournés, tout en étant l'un des premiers et des plus chers aussi. Mais il s'agit surtout de l'un des moments les plus intensément physiques du Cinéma, où le travail burlesque de l'acteur se démenant sur et autour de la machine (je pense en particulier à la nécessité constante, même au milieu du danger, des combats, d'alimenter la chaudière) génère une rare fascination.

Mais au-delà de son efficacité "spectaculaire", "The General" est, comme tous les grands films, une mine de réflexion, c'est un film qui se prête à des dizaines de visionnages et à encore plus d'analyses : la linéarité puissante - et éminemment cinématographique - de son scénario en forme d'aller-retour (il m'a semblé d'un coup que George Miller s'était largement inspiré de ce film séminal pour ses "Mad Max", le dernier volet reprenant d'ailleurs ce même principe d'aller-retour), la réflexion, non dénuée d'ironie, sur le héros américain, sur ce qui le motive et sur la réalité de ses exploits, la perspective du spectateur qui voit ce que le héros - distrait ou trop occupé - ne voit pas, etc.

Symphonie mécanique absurde où l'homme-objet reste porteur d'espoir malgré tout, "le Mécano de la Général" est aussi, et restera toujours on l'espère, un spectacle total qui fait naître les cris et les rires des enfants en 2020 comme il le faisait il y a... un siècle déjà !

 

 

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29 mars 2020

"Day Break" de Brian Ralph : la BD dont "Je" suis le héros...

Daybreak

Alors que nous sommes tous parfaitement habitués à ce que les livres nous placent à la place du protagoniste principal en utilisant le "je" dans la narration, la transcription de cette méthode classique d'identification au "héros" a toujours posé un problème quasi insoluble lorsqu'il s'agit de représenter une histoire "en images". Bien sûr, la solution la plus habituelle au cinéma est d'utiliser la "voix off" qui reprend d'une manière littérale le texte à la première personne, bien peu de réalisateurs s'étant risqués à utiliser systématiquement - au-delà de quelques courtes scènes - la caméra subjective, qui correspond pourtant directement au "je" transposé à l'écran : on se souvient que le premier film entièrement réalisé de cette manière fut "la Dame du Lac" de Robert Montgomery en 1947, un film noir par ailleurs oubliable, et on admettra - à la rigueur - que le principe des films en "found footage", où l'un des personnages tient une caméra vidéo filmant l'action, peut d'une certaine manière être une tentative de narration à la première personne. Mais tout le monde conviendra aisément que le procédé s'avère sur toute la durée d'un long métrage fastidieux, et même physiquement éprouvant, résultant donc a contrario en un "décrochage" du spectateur plutôt qu'à une plus grande identification.

Cette longue introduction pour dire simplement que dans le domaine de la BD, l'équivalent de la "caméra subjective" a été encore moins - à notre connaissance - utilisé, et que le grand intérêt de "Daybreak", graphic novel de Brian Ralph, par ailleurs professeur de bande dessinée à Savanah, est cette narration systématique à la première personne : jamais, au long des 160 pages de ce récit post-apocalyptique a priori assez classique, puisqu'on y trouve quelques humains essayer de survivre après un cataclysme indéfini à des attaques de zombies, on ne verra donc le personnage principale de l'histoire, qu'on suivra uniquement à travers ses yeux. Plus étonnant - et cela ne sera pas expliqué - ce "je" invisible ne prononcera pas un mot, et n'interviendra jamais véritablement dans l'action : lorsqu'il le fera, cette intervention sera de fait "hors champ", on n'en verra que le résultat. Le tout est évidemment intéressant, mais aussi très déstabilisant, et au final, comme au cinéma devant un film en "caméra subjective", on ressent rapidement une sorte de fatigue étrange à la lecture de "Daybreak"... Ce qui nous fait dire que le "professeur Ralph" nous a proposé là un exercice conceptuel passionnant, mais une BD devant laquelle on aura du mal à s'enthousiasmer...

... Et ce d'autant que le récit en lui-même ne sort guère des codes désormais bien établis par la série "The Walking Dead" : l'homme est un loup pour l'homme, les zombies peuvent surgir à n'importe quel moment de n'importe où, etc. Cependant, on doit reconnaître que la noirceur de "Daybreak" est absolument radicale - entre un univers réduit à un océan de décombres sans fin mais également sans horizon, sans perspective, et une fin très oppressante - et place le livre dans un "au-delà" audacieux par rapport aux fictions du genre, beaucoup plus confortables, dont nous nous repaissons en ce moment.

Bref, "Daybreak" s'approche de l'expérience extrême, et fait qu'on doit en recommander la lecture, tout en avertissant le futur lecteur que son plaisir sera compté.

PS : Il semblerait que Netflix ait le projet d'adapter "Daybreak" en série, il sera intéressant de voir si le parti pris de la "caméra subjective" est conservé !

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28 mars 2020

Classiques et nouveautés de l'Anime : "Porco Rosso" de Hayao Miyazaki (1992)

Porco Rosso

"Porco Rosso" est mon Miyazaki préféré. Chaque fois que je le revois, j'ai les larmes aux yeux, je sens le vent de l'Adriatique me remplir l'âme d'émotions, je redeviens le jeune garçon romantique que j'étais à 15 ans : ça ne loupe jamais.

Car, quelque part entre le lyrisme à la fois archaïque et post-moderne de Corto Maltese - le plus grand héros de mon adolescence - et les souvenirs de Saint Exupéry (que mon père me forçait à lire alors que je n'avais pas encore l'âge de le comprendre), Hayao Miyazaki a inventé "Porco Rosso", l'aviateur émérite au groin de porc, qui écume les cieux sublimes de l'Italie, autant à la recherche de l'aventure qu'en fuite devant son passé (sa malédiction est d'être amoureux de la femme de son meilleur ami, mort en combat aérien contre l'aviation allemande), mais également devant le présent : car le fascisme monte dans l'Italie sinistrée de l'après Première Guerre Mondiale, et il n'est pas sûr qu'il suffise pour y échapper de se réfugier sur une île perdue entourée de falaises.

Le film de Miyazaki est un chef d’œuvre - encore un - d'émotion retenue, de non-dit (au risque de la frustration du spectateur : voir l'incroyable fin en pointillés, défiant toutes les règles de la narration classique), mais aussi d'images sublimes : car comment ce diable d'homme réussit-il à créer des combats aériens aussi magistraux tout en défendant un credo de non-violence absolue ? Et pourquoi ce monde-là est-il si beau, pourquoi emplit-il notre cœur de nostalgie pour des lieux, des gens, des sensations que nous n'avons jamais connues, que nous ne connaîtrons jamais ?

"Porco Rosso" est très différent du reste de l'oeuvre de Miyazaki - tout au moins jusqu'au "Vente se Lève" : d'abord parce qu'il n'a pas pour héros une femme - même si bien sûr, les deux personnages féminins de l'histoire sont ceux qui tiennent véritablement "les commandes" de la fiction (l'une, Gina, possède le cœur de Marco, l'autre, Fio, construit son avion, l'avion parfait dont il rêvait...). Ensuite parce qu'il est beaucoup plus ancré dans une réalité historique, celle de l'Europe de l'entre-deux-guerres, et dans une culture non japonaise... même si, bien entendu, la fantaisie et les codes de l'anime distordent régulièrement cet univers "étranger". Pourtant, en dépit de ces spécificités, on retrouve à chaque instant le refus habituel chez Miyazaki de tout simplisme dans la description des personnages : les pirates sont adorables, mais restent des pirates sans foi ni loi, tandis que Curtis, l'Américain, antipathique à force d'être fat et arrogant, demeure un véritable héros, et vivra (au moins en partie) ses rêves de gloire.

Il y a en outre, au milieu d'une multitude de scènes éblouissantes, deux moments inoubliables dans "Porco Rosso" : d'abord la scène bouleversante de l'envol vers les cieux des aviateurs morts au combat, d'une beauté suffocante ; et ensuite cette étonnante conclusion qui n'en est pas vraiment une, et qui demandera au spectateur d'être très attentif aux dernières images du film pour comprendre si Miyazaki a voulu ou non réserver à ses personnages la possibilité du bonheur.

Finalement, "Porco Rosso" a un seul véritable défaut, il est beaucoup, beaucoup trop court.

 

 

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