Le journal de Pok

29 juillet 2016

Flashback nostalgie : "X Live in Los Angeles" (2005)

X Live in Los Angeles

X est un drôle de truc en 2005, un phénomène dont on est bien en peine de dire ce qu'on en pense, à part qu'il nous peine un peu, justement. L'ex-meilleur groupe de la scène punk angelena est aujourd'hui une sorte de "tribute band" qui joue les grandes chansons de X à l'identique, note pour note, et ce, d'autant mieux que ce "tribute band"-là, plus fort que les autres, est composé des vrais membres originels du vrai groupe... Bon, j'exagère un peu, et l'excitation peut il est vrai resurgir ça et là, à la faveur d'une phrase un peu plus abrasive ou d'une accélération bien sentie ("Los Angeles", "Year One", "We're Desperate",... l'énergie incroyable et la beauté convulsive des chansons est toujours là...). Mais quand même, quelle drôle de sensation d'être ainsi témoin de la fossilisation d'une musique qui fut, il y a plus de deux décennies, l'une des plus vivantes qui soit. Ce sentiment - évidemment décevant pour un fan absolu du groupe - de fossilisation est d'ailleurs encore plus vivace devant les images du concert, puisqu'on est confronté à l'image du vieillissement normal des corps et des relations (on sait que Exene et John ne sont plus un couple depuis très longtemps...), alors que nous est donnée en spectacle une illusion que tout est toujours "comme avant" : Billy Zoom mouline ses riffs rockabilly avec son habituel rictus figé, John Doe est une locomotive que rien ne semble ralentir, les voix s'emmêlent et se répondent pour notre plus grand plaisir, les chansons nous parlent de nos éternelles difficultés de couples, et le punk rock est la meilleure réponse à l'injustice obscène du monde. Soit un vaste mensonge. Qui fait plaisir mais n'en reste pas moins un mensonge.

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28 juillet 2016

"La Femme Insecte" de Tezuka : Monster...

La Femme Insecte

La lecture de n'importe quel livre du grand Tezuka, quelle que soit sa place dans la hiérarchie qualitative de sa bibliographie, réserve au lecteur son lot de surprises et d'émerveillements. Avec "la Femme-Insecte", c'est l'audace et l'originalité du thème qui sidèrent tout d'abord, et ce d'autant que notre culture occidentale associe mal un dessin rond et "enfantin" avec un sujet aussi complexe et sombre : une femme, génialement manipulatrice et capable d'absorber l'essence même de ses partenaires (sexuels), réussit une ascension sociale sidérante, non sans voler littéralement le travail de des victimes ! Et bien entendu, le talent de Tezuka est de rendre cette femme monstrueuse aussi attirante physiquement (beaucoup de scènes de sexe, évidemment soft) que touchante émotionnellement, grâce à un mélange complexe de vulnérabilité (elle est facilement victime - au moins dans un premier temps - des hommes / prédateurs de la société japonaise), de confusion mentale (son repli embryonnaire dans le foyer maternel, assez semblable à celui du "héros" de "Profit") et de froide détermination (sidérant moment quand elle incendie ce fameux foyer-refuge pour conquérir une nouvelle liberté). Tezuka nous ballade en outre dans le monde de l'art, de la littérature, de la pègre et de l'anarchisme, pour finir avec celui des affaires, évidemment le plus cruel de tous, et nous montre que, aussi dérangée que soit son héroïne, il lui en reste toujours à apprendre de ses semblables en matière de vilenie et de perversité. Les amoureux de la belle forme se raviront également devant la construction souvent aussi magnifique qu'efficace des cases et des pages, qui permettent à Tezuka de varier à l'extrême les points de vue qu'il offre sur ses personnages et les situations, avec un sens de la narration impressionnant.

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27 juillet 2016

Séance (tardive) de rattrapage : "Love & Mercy" de Bill Polhad (2014)

Love and Mercy affiche

Bien sûr, je suis comme vous, j'en ai marre des biopics hollywoodiens ou autres... Mais on parle quand même ici de Brian Wilson, nom de Zeus ! Alors, après bien des tergiversations (de bonnes critiques ça et là, un metteur en scene débutant,...), je me suis lancé... et n'ai pas regretté de l'avoir fait, malgré un indéniable délitement du film sur la longueur : la dernière partie, celle de la libération des griffes de l'abominable Dr. Landy (que Giamatti peut être bon quand on lui donne un personnage intéressant à incarner !) est quand même assez convenue et inintéressante. Car "Love & Mercy" est une petite réussite, grâce en particulier à des choix scénaristiques et narratifs originaux : seulement deux "chapitres" de la vie de Brian Wilson, disons la chute et la résurrection, la première - la meilleure - parlant du Génie et de la Musique, alors que la seconde traite de la Survie d'un homme une fois que génie et musique s'en sont allés, mais ces deux chapitres sont montés en parallèle. Grâce aussi à une excellente idée de Bill Polhad, nous faire vivre - si une telle chose est possible - le calvaire du jeune Brian, cette cacophonie sonore dans sa tête, entre fragments de musique sublime et éclats de voix qui le torturent. Mais bon, je l'avoue, s'il y a une chose qui rend la vision de "Love & Mercy" IMPERATIVE à toute personne amoureuse (ou même simplement intéressée par le sujet) de la Musique, ce sont les merveilleuses scènes de construction en studio des chefs d'oeuvre des Beach Boys : elles sont à pleurer, et elles démontrent que Polhad a saisi quelque chose d'important sur Brian Wilson et sur la musique en général.

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26 juillet 2016

Revoyons les classiques du cinéma : "Miami Vice" de Michael Mann (2006)

Miami Vice

L'enthousiasme que j'ai ressenti à revoir "Miami Vice", qui me pousse aujourd'hui à réévaluer encore le film - le mettre au niveau de "Collateral", sans doute -, vient du sentiment profondément réjouissant d'assister à l'adéquation parfaite d'une technique hors pair (Michael Mann est sans doute aujourd'hui, à égalité avec Wong Kar-Waï, le réalisateur le plus "plastiquement" brillant du cinéma) avec son sujet, c'est à dire la transformation du monde en terrain de jeu virtuel et glacé. Lorsque plus rien n'a de sens, le pouvoir et l'argent ayant anihilé la moindre bribe d'humanité d'une société croulant sous la richesse, la corruption et les abus divers (ceci suggéré par Mann sans la moindre trace de morale, heureusement, on n'est pas ici pour prendre des leçons), le cinéma peut-il faire autre chose que nous montrer de brillantes et vaines trajectoires (de balles, de bateaux, de corps) dans la nuit ? On sort de "Miami Vice" à la fois accablés (une sorte de gueule de bois) et profondément ravis.

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25 juillet 2016

"Les Enquêtes du département V : Miséricorde" de Mikkel Norgaard : les charmes du polar danois...

Misericorde

Mon addiction pour les polars (au cinéma) scandinaves ne date - évidemment - pas des médiocres adaptations cinématographiques ou télévisuelles de l'incontournable "Millenium", mais bien plutôt du double choc des séries "The Killing" et "The Bridge". Depuis, je cherche les mêmes sensations, ces sentiments de douloureuse fatalité, d'obsessions bornées, de brutalité absurde, le tout empaqueté dans la lumière blafarde d'un perpétuel hiver nordique. Et, ça, admettons-le, sans être un film génial, "Miséricorde" le fait plus plutôt bien : correctement filmé et dirigé, avec quelques beaux instants de sombre magie dans une ambiance morose d'éternel purgatoire, de vies gâchées et de désespoir qu'on tait, voici un thriller qui combine une déclinaison plaisante des clichés du genre (le flic obsessif et brutal, les deux partenaires que tout oppose mais qui se complètent bien, la réouverture d'affaires closes, etc.) et un beau sujet pas si habituel que ça (une vengeance terrible, plutôt originale, même si "Old Boy" avait déjà exploré un territoire similaire). "Miséricorde" n'est pas un très bon film, juste un polar honorable, devant lequel on passera une excellente soirée, pourvu qu'on soit, comme moi, sensible aux charmes austère d'un Danemark paraissant littéralement exsangue, épuisé. Ah, il paraît que le livre de Jussi Adler-Olsen est bien supérieur au film : il faudra donc aller voir…

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24 juillet 2016

"Pour en finir avec le cinéma" de Blutch : cinéphilie terminale

Pour en finir avec le cinéma

D'abord, un avertissement : ce livre (remarquable, à mon humble avis) de Blutch est exclusivement réservé aux cinéphiles compulsifs, et sans doute vaut-il mieux avoir dépassé la cinquantaine pour pouvoir réellement "se l'approprier". Les autres s'ennuieront probablement profondément devant ce qu'ils qualifieront d'histoires incohérentes pleines de références obscures, même s'ils prendront logiquement plaisir devant un dessin magnifique (mention spéciale aux délicieuses jeunes femmes peu vêtues qui parsèment "Pour en Finir avec le Cinéma" d'images excitantes...). Maintenant, si l'on est fan de "La Horde Sauvage", de Burt Lancaster ou de Michel Piccoli, si l'on a passé une bonne partie de sa vie à ennuyer à mort sa compagne à force de rabâcher des considérations profondes sur le Cinéma, à se fâcher avec ses amis et se ridiculiser en société parce qu'on admet mal l'inculture cinématographique générale, ce livre est bel et bien un délice. Et une souffrance aussi. Car tout ici est VRAI : le génie des réalisateurs, des acteurs, des films célébrés dans des planches reprenant souvent magistralement des scènes célèbres, mais aussi notre bêtise terminale à disserter éternellement sur ces sujets qui n'intéressent que nous, et, pire, à vouloir toujours avoir raison. Et finalement à foutre notre vie en l'air. Oui, Blutch a raison, sans doute vaudrait-il mieux en finir une bonne fois pour toute avec le Cinéma !

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23 juillet 2016

Séance de rattrapage : "Crimson Peak" de Guillermo del Toro

Crimson Peak Affiche

Je crois qu'il faudra bien un jour que je l'admette : à mon âge avancé (oui, oui), je ne fais déjà plus tout à fait partie du monde. Enfin du monde où Guillermo del Toro est un "réalisateur" adulé (même si j'adore "Le Labyrinthe de Pan", bien sûr !) et où une vaste majorité de spectateurs fort fréquentables trouvent que les images de "Crimson Peak" sont... belles. Car moi, je n'ai vu qu'une croûte affreusement mal mise en scène où la forme a définitivement pris le pouvoir au détriment du scénario (évident et banal au point d'en être risible) et, ne rêvons pas, de la moindre idée de "substance" (Argento et Bava, même dans leurs mauvais films - il y en a - finissaient par nous dire quelque chose de l'âme humaine : rien de tout cela dans "Crimson Peak"). Mais le pire, c'est que la forme, justement, est hideuse : des effets digitaux qui enlèvent tout mystère aux "fameux" fantômes, des décors surchargés jusqu'à l'écoeurement, et à la topographie desquels on ne croit pas une seconde, et surtout ce vermillon crasseux - argile ou sang, on a bien compris que pour Del Toro, c'était pareil - dont l'image est badigeonnée, et qui redouble encore l'artificialité totale du film. "Crimson Peak" est laid, mortifère à force d'en avoir évacué toute crédibilité, pire, tout sentiment humain. Et au final, terriblement ennuyeux. Alors, s'il reste une seule petite raison à quelqu'un comme moi, tellement âgé qu'il ne se sent plus de ce monde, de perdre deux heures devant la dernière croûte de Guillermo, disons que ça sera la beauté du couple Chastain-Hiddleston, qui surnage au milieu de ce brouet infâme qu'on veut nous faire ingurgiter en parlant une fois encore (une fois de trop) d'exercice de style et de passion pour le genre. Cette beauté - là, pour quelqu'un comme moi, c'est - enfin - du Cinéma.

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22 juillet 2016

"Station 16" de Hermann et Yves H. : un nouveau ratage sur un thème pourtant remarquable

Station 16

Il est quand même peu probable qu'après tant de tentatives ratées, un scénario d'Yves H. arrive à nous surprendre positivement, mais notre fidélité au dessin de papa Hermann est telle que nous sommes régulièrement prêts à affronter une nouvelle frustration. En fait, "Station 16" commence de manière passionnante, entre une ambiance digne du "The Thing" de Carpenter, et un contexte historique littéralement extraordinaire (les essais nucléaires gigantesques effectués par Staline dans un îlot perdu nord de l'Union Soviétique), et on se dit qu'on tient ENFIN un livre d'Hermann au niveau de ses œuvres de son lointain passé. Et ce d'autant que, si les personnages sont un peu indifférenciés, le traitement des couleurs est encore plus magistral qu'à l'habitude (ah ! Cette page avec l'aurore boréale !)… Malheureusement, une fois que le principe du labyrinthe temporel est établi, et qu'on a compris que le récit se boucle (plusieurs fois) sur lui-même, Yves H. lâche les commandes de son scénario, et se met à raconter à peu près n'importe quoi, sans se soucier de cohérence (puisqu'on est dans des allers-retours continuels dans le temps, pourquoi même se fatiguer, hein Yves ?) : toute tension s'évanouit, puisque n'importe quoi - sans logique aucune - peut advenir, et on en est réduits, encore une fois, à admirer les dessins en attendant la fin de l'histoire. Une fin qui frôle le grand n'importe quoi, mais a au moins le mérite d'être amusante, sorte de clin d'œil aux films d'horreur de série B (ou Z ?). Bref, à partir d'un thème remarquable, dont on s'étonne même qu'il n'ait jamais encore été traité, la famille Hermann a produit encore une fois un livre qui n'est ni fait, ni à faire, principalement à cause du manque de sérieux du travail scénaristique : c'est parfaitement rageant, vu le potentiel de "Station 16"

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21 juillet 2016

"Diamant Noir" de Arthur Harari : l'oeil et la main...

Diamant Noir affiche

Main coupée faisant écho à l’étymologie du mot Antwerp, œil attaqué par un abcès (ou de simples larmes) mettant en danger la capacité essentielle de saisir la lumière, diffraction de cette même lumière au sein du diamant comme la fiction elle-même se diffracte au fil des retournements de l'âme du héros vengeur de "Diamant Noir", épilepsie cristallisant la malédiction familiale, boxe thaï comme unique expression du désir comme de la révolte, multiplication des figures paternelles comme autant de facettes d'une pierre taillée… on ne peut pas dire que le jeune Arthur Harari y aille avec le dos de la cuillère quand il s'agit de construire "Diamant Noir" ! Et pourtant, ça fonctionne parfaitement, grâce à une mise en scène vigoureuse, parfois maladroite mais souvent épatante, grâce à un récit qui enfourche le cheval sauvage de la grande Tragédie (on a le droit d'évoquer ici James Gray, c'est dire le niveau), et grâce à des acteurs excellents, et en premier lieu Niels Schneider, blessé et pourtant lumineux à l'écran comme peu savent l'être. Mais c'est sans doute l'intelligence avec laquelle Harari construit ses personnages, avec laquelle il nous les dévoile patiemment, nous révélant comme par inadvertance que la vérité n'est jamais tout-à-fait ce qu'on pense, ou bien peut-être qu'elle est absolument indécidable, relativisant ainsi nos haines, nos colères comme nos désirs, qui élève "Diamant Noir" au niveau des grandes réussites de l'année 2016.

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20 juillet 2016

"Les Intrus" d'Adrian Tomine : les Vaincus de la Vie

Les Intrus

"Les Intrus" est mon premier Tomine, auteur américain (mais métis d'origine japonaise...) de "romans graphiques", comme on dit pompeusement là-bas pour distinguer la BD un peu adulte du commun des comic books pour ados. Au bout de quelques pages des "Intrus" (le titre original de "Killing and Dying" n'est pourtant pas mal...), impossible de ne pas penser au génial Chris Ware (la minutie elliptique des dessins, superbes...) et à Daniel Clowes (la peinture terriblement dépressive d'une Amérique moyenne, citadine, aux espoirs et aspirations inévitablement déçus...). Au fil des pages de six de ce qu'on pourra qualifier de "nouvelles", qui n'ont d'ailleurs que peu de points communs (Tomine effectuant en outre des variations graphiques et narratives de l'une à l'autre), quelque chose de singulier s'impose néanmoins, une "petite musique" qui se révélera sans doute (il me faudra le confirmer avec d'autres livres...) "tominienne" : une sorte d'empathie, voire de tendresse envers ses personnages de blessés, voire de vaincus par la vie, se dessine discrètement derrière l'humour de certaines situations. Malgré les comportements légèrement déviants, ou simplement erratiques, des "héros" ordinaires des "Intrus", comportements qui sont souvent des stratégies d'évitement du désespoir une fois que tout s'est effondré, on reconnaît dans la douce prison de ces cases bien ordonnées par un Tomine qui, en bon "japonais", ne sacrifie jamais aux facilités du débordement demonstratif d'émotion, nos frères, nos soeurs de souffrance. "Les intrus" est un livre captivant, fascinant, plus complexe qu'il ne pourrait sembler de prime abord (même si Tominene joue jamais "au malin" comme Ware par exemple), un chef d'oeuvre en mode mineur. 

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