Le journal de Pok

20 octobre 2014

"Oh...", certainement pas l'un des meilleurs livres de Philippe Djian !

Oh

Derrière son titre à l'originalité un peu "marketing" - à moins qu'il ne s' agisse d'une forme d'humour décalé de la part de Djian, ce "Oh..." - qui est le dernier mot du livre - étant en outre assez ambigu - "Oh..." semble avant tout un défi que l'auteur s'est lancé : suis-je capable de revisiter mes habituelles fictions de traumatismes familiaux et de violence burlesque d'un point de vue féminin ? "Je" peut-il être une femme ? Défi simple mais pas trivial pour autant, puisque autant la forme (de la pensée, de l'expression du personnage principal) que le fond (une perspective sur le monde et les autres) se doivent de refléter ce changement de genre : au final, il y a peu d'écrivains qui ont réussi à être crédible en prêtant leur voix à l'autre sexe... Verdict ? Eh bien, le jury est divisé ! Si l'on apprécie la manière dont Djian a littéralement adouci son style habituel, abandonnant son bagout bien masculin (mais plutôt amusant, on le sait...) pour un flux continu de pensées et de préoccupations qui peuvent caractériser (caricature ?) un mode de fonctionnement plus féminin, on a plus de mal avec le "fond" du livre : cette femme qui se laisse entraîner à des jeux sexuels extrêmes avec son violeur paraît plus relever du fantasme malsain que d'autre chose, et le livre se trouve vite plombé par la difficulté qu'on a de croire au personnage, sans même parler d'empathie, évidemment. Bref, si l'on ajoute que, en plus, le "style" de Djian est nettement moins excitant, nettement plus "piéton" que d'habitude, on ne classera certainement pas "Oh..." parmi nos livres préférés de l'auteur !

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19 octobre 2014

Séance de rattrapage : "Edge of Tomorrow" de Doug Liman : Un Jour sans Fin pour les Starship Troopers

Edge of Tomorrow Affiche

Le principe de "Un Jour sans Fin" continue à fasciner les scénaristes qui régulièrement s'essayent à l'adapter dans des contextes différents : après "Source Code" (réussi), "Edge of Tomorrow" est une nouvelle tentative de reboot du concept (plus ou moins) volontaire dans un film SF, ici toutefois plus film de guerre façon "Starship Troopers" que thriller. Le contexte - et l'esthétique - très Shoot'em All du film sert clairement le sujet en le faisant muter de la fable conceptuelle vers le vidéo game, tout en lui conférant une crédibilité - certes paradoxale, mais - accrue. Bien sûr, la répétition qui sert de base au perfectionnement de la stratégie comme de l'exécution du plan "anti-Omega" de Tom Cruise et Emily Blunt se révèle aussi un défi pour les scénaristes, puisqu'il leur faut toujours trouver un moyen de ne pas ennuyer le spectateur avec l'infinie répétition des mêmes situations : "Edge of Tomorrow" joue habilement avec notre patience en nous déplaçant du point de vue du héros (qui sait où il en est) à celui des autres personnages (pour qui c'est toujours la première fois). S'il y a pourtant une faiblesse dans le film, au delà de son happy end lâche et improbable (mais on est habitué à ce genre de "démission" finale dans les blockbusters hollywoodiens), c'est dans la représentation impossible d'aliens tentaculaires et speedés, qui déréalise les scènes de combat et leur enlève toute crédibilité et par là, toute tension et tout pathos : il est patent que Liman, réalisateur honorable qui fait plutôt bien son boulot ici (je pense au rythme général du film), baisse les bras quand il s'agit de filmer les scènes de guerre, et ne nous livre qu'une bouillie confuse et informe...

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16 octobre 2014

Revoyons les classiques du cinéma : "Match Point" de Woody Allen (2005)

Match Point

On sait en 2014 que "Match Point" n'aura été au final qu'un accident heureux, une anomalie dans la filmographie de Woody Allen, ce dernier ayant rapidement retrouvé "ses marques" fantaisistes en Europe… "Match Point", film charnel, sombre, presque désespéré, semblait marquer en 2005 une réelle révolution dans l'oeuvre que l'on croyait bouclée de Woody Allen, dont le style pourtant si caractéristique était à peu près méconnaissable ici. Il est vrai néanmoins que "Match Point" travaillait en profondeur certains des grands thèmes Alleniens : l'infidélité, la passion, l'horreur des crimes sans châtiments (Dostoïevski en référence claire), mais Allen y ajoutait, d'une manière plus surprenante, une vision acerbe du système anglais de castes, et construisait un environnement "politique" plus pertinent que son habituel petit monde New Yorkais. Mais ce qui frappe toujours dans "Match Point", c'est la manière redoutable dont Allen, à travers une mise en scène (trop ?) classique mais sèche, rapide et précise, construit la logique implacable de son récit, et fait culminer la tension dans une série de scènes tour à tour déchirantes et malaisantes... Juste avant le dernier coup du sort, abolissant sans aucune pitié toute notion de justice, et nous abandonnant avec une vision terriblement pessimiste, voir tragique (au sens "classique" du terme) du destin des hommes..

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15 octobre 2014

"Conquête de l'Est - Klezmer Tome 1" de Johann Sfar : la musique ashkénaze en BD !

Klezmer 1

Au sein de l'oeuvre pléthorique de Sfar, on a pris l'habitude distinguer - un peu arbitrairement - l'indispensable ("le Chat du Rabbin", "le Donjon" avec Trondheim, ou "Grand Vampire") du simplement sympathique ("l'Ancien Temps", par exemple), afin de n'être pas noyé sous sa production. "Klezmer", à cause d'un dessin moins "soigné" qu'à l'habitude, m'avait semblé faire partie de ses oeuvres plus confidentielles, auxquelles je jetterais seulement un oeil lorsque l'occasion s'en présenterait. Quelle erreur ! Car, s'il est vrai que les très belles aquarelles de "Klezmer" sacrifient - quelque fois même assez radicalement - le dessin (on est presque parfois chez Reiser, ici... ce qui n'est pas une critique de ma part, loin de là !), le souffle de la fiction, exotique (... car que connaît-on de la vie errante des juifs ukrainiens ?), souvent romantique, parfois brutale, régulièrement enivrante pour tout dire, emporte tout sur son passage, plaçant clairement "Klezmer" là haut, tout au sommet, du travail de Sfar. Mais, au delà de l'énergie finalement joyeuse, et souvent drôle, qui se dégage de ce récit plein d'espiéglerie de la création d'un "Klezmer Band" dans un monde plus qu'hostile, il est passionnant de voir comment Sfar essaye de relever le défi énorme qu'il s'est lancé : créer une version "BD" de la musique des juifs ashkénazes. Dans l'impossibilité frustrante de nous faire entendre cette musique de vie et de passion, c'est le rythme tout entier du récit, emballé, irrespectueux, au flux brisé par des dissertations farfelues, qui en retranscrit la vitalité. Et c'est magnifique.

PS: A noter aussi une postface remarquable d'intelligence et d'audace, qui prouve que Sfar, au delà de son statut d'auteur de BD déjà reconnu, est aussi un "honnête homme", dont on savourera chaque propos, prolongeant ainsi la magie du livre par une réflexion pertinente sur la judaïté.

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14 octobre 2014

Séance de rattrapage : "X-Men : Days of Future Past" de Bryan Singer

X Men Days of Future Past Affiche

Il m'a fallu le nom de Bryan Singer, un réalisateur assez singulier au sein de l'industrie d'entertainment hollywoodien, et la "marque X-Men" pour me faire revenir - au moins pour un film - sur mon aversion de plus en plus profonde pour les films de "super-héros", ultime effondrement d'un cinéma qui semble de plus en plus oublieux de sa valeur comme de son passé. Mais bon, il me faut convenir que "Days Of Future Past" est en effet un bon film de divertissement. Non pas pour son scénario comme on l'a lu - ou dit - trop souvent, puisqu'on a droit à une simple recopie du sujet des deux premiers "Terminator", avec en plus un embrouillaminis pas très sérieux sur les voyages temporels. Pas non plus pour son impressionnante brochette d'excellents acteurs (Lawrence, Fassbender, McAvoy, McKellen, Dinklage, quand même...), la plupart en faisant ici le strict minimum syndical, comme on dit. Mais pour l'indiscutable intérêt que l'on ressent devant l'utilisation "professionnelle" des "pouvoirs" des mutants, qui sont une source féconde d'idées nouvelles de mise en scène pour un Bryan Singer qui ne s'en prive évidemment pas : tout le monde a justement souligné le plaisir ressenti au cours de la scène qui voit Quicksilver ré-arranger négligemment mais efficacement les éléments figés d'un tableau vivant pour sauver ses amis, et je dois bien dire que ces quelques minutes-là de cinéma rachètent bien des outrances (le kitsch de certains personnages et de certaines scènes en particulier) et bien des discours convenus sur le destin et le devoir qui plombent le film par instants.

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13 octobre 2014

Revoyons les classiques du cinéma : "Assaut" (1976) de John Carpenter

Assaut

"Assaut" s'est révélé avec le temps un film absolument inusable, par la pure simplicité de son thème, inspiré directement de "Rio Bravo", on le sait, mais actualisé à travers la référence aux gangs de L.A. et grâce à sa connotation fantastique, les agresseurs étant réduits à de simples abstractions, sans parler de la sobre beauté de sa mise en scène. Le budget limité dont il disposait n'avait pas empêché Carpenter de travailler en Scope - avec un résultat régulièrement magnifique -, mais avait clairement imposé une discrétion de bon aloi dans tout ce qui est scène de violence, un peu comme c'était le cas à l'époque de la "vraie" Série B, dont "Assaut" retrouve l'élégance (N'oublions pas non plus la musique, composée par Carpenter lui-même, menaçante à souhait, qui participe de manière souveraine à la construction de la tension). Mais, aujourd'hui, on sera peut être encore plus frappés par la manière assez visionnaire dont Carpenter dépeint ce monde monstrueux et amoral qui est devenu le nôtre, et, plus positivement (?) indique la voix d'une résistance, qui, comme souvent dans ses films, passe par l'alliance incongrue de ce que la société considère généralement comme ses déchets ou du moins, ses marginaux. "Assaut" double donc son imparable leçon de cinéma par une leçon de (sur)vie qui n'a pas vieilli. Oui, Carpenter nous manque en 2014 !

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12 octobre 2014

"Sourire Suivant - Le Roi des Mouches T3" : en quatrième vitesse...

Sourire Suivant

Il est terriblement dommage que dans la première moitié de ce "Sourire Suivant", le troisième et dernier tome du "Roi des Mouches", Pirus ait fait le choix de l'onirisme à fond, du délire complet : certes justifiées par l'état mental et l'abus de drogues des personnages (qui sont passés à l'engrais comme drogue dure...), ces pages sont surtout inutilement confuses, portées par un texte hallucinatoire qui a certes ses moments, mais qui sent surtout le tour de force. Bref, Pirus n'est malheureusement pas Lautréamont (... mais qui l'est, de nos jours ?), et honnêtement,on frise parfois le ridicule, et surtout, on s'ennuie un peu pendant de longues, longues pages qui ne font finalement pas avancer la fiction pourtant passionnante du "Roides Mouches". Heureusement, à mi parcours, tout cela se dresse et on s'engage dans une sorte de sprint final qui nous emmène vers une résolution diablement satisfaisante des nombreuses fictions entremêlées, mais - et c'est un soulagement - vers aucun happy end forcé. La dernière page, extraordinaire, est sans doute la plus forte et la plus juste conclusion que les auteurs pouvaient apporter à leur oeuvre maîtresse : on ne change pas, jamais, on ne fait que refaire les mêmes erreurs idiotes, avec à chaque fois des conséquences plus dramatiques.

PS: Tiens, j'aimerais bien savoir si la quille contenue dans le fameux sac est une référence au "En Quatrième Vitesse" de Robert Aldrich ? En tout cas, j'ai voulu y croire, et j'ai aimé le clin d'oeil.

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11 octobre 2014

"48:13" de Kasabian : plaisir !

KASABIAN-48-13

A force d'aimer autant Kasabian, et de les suivre fidèlement à chaque étape de leur irrésistible ascension vers des sommets de plus en plus mégalos, il y avait un risque d'épuisement de notre part, et de redite de la leur. Souvenons-nous comment Oasis a rapidement tourné en "eau de boudin" après la merveille que fut "Morning Glory"... eh bien, les lads de Kasabian sont sans doute (beaucoup) plus malins que les frères sourcilleux, parce que ce "48:13" ne sera pas encore - pour moi, au moins - l'album du décrochage. La recette ici, au delà de l'idée amusante de la pochette et des titres ? Beaucoup, mais alors beaucoup plus d'électro, ce qui nous sauve de la répétition adlib des plans psychédéliques piqués aux Beatles - même si la belle conclusion de "S.P.S." prouve que la formule marche toujours -, tout en distingant nettement Kasabian de la concurrence. Et cette électro souvent furieuse, si elle nous prive quelque peu des habituelles subtilités mélodiques de Pizzorno, a le mérite de positionner le groupe comme 100% fun, 100% dance, comme en dehors de la course incessante des groupes Rock anglais vers la consécration suprême. Bref, si "48:13" déborde de moments épiques, portés par des beats imparables et par les exhortations incessantes de Tom Meighan, et offre en outre de passionnants moments plus expérimentaux, il est aussi l'album où Kasabian semble le moins se mettre la pression : ici, la musique est avant tout affaire de plaisir, le nôtre comme celui de Kasabian. On les aime encore plus pour ça !

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10 octobre 2014

"Gone Girl" de David Fincher : d'ores et déjà l'un des meilleurs Fincher...

Gone Girl Affiche

Voici un moment que Fincher s'est imposé comme l'un des réalisateurs les plus doués de sa génération, mettant la suprême intelligence de sa mise en scène au service de matériels divers et variés, pour le meilleur ("The Social Network" avec le brillant Sorkin) ou le moins bon ("Millenium", qui tournait à vide). "Gone Girl", adaptation patiente, ultra-précise mais impressionnante d'un autre thriller, appartient déjà au meilleur de la filmographie de Fincher. On connaissait déjà le style distancié, faussement froid de Fincher, on découvre ici une direction d'acteurs supérieure, qui lui permet de créer l'un des plus beaux personnages de psychopathe que l'on ait vu depuis longtemps, et qui marque durablement : il suffit de voir la tête des couples - en particulier - sortant de la salle ! Admirable aussi la manière dont Fincher (un peu comme Kubrick avec Cruise dans "Eyes Wide Shut") a su utiliser en faveur du film le manque de crédibilité endémique de Ben Affleck, pour la transposer dans son personnage de mari douteux, harcelé par les medias impitoyables (et stupides... jolie critique, soit dit en passant). On appréciera évidemment que le film ne sacrifie pas à la tentation du happy end, et du bouclage bien serré de son scénario policier, pour nous offrir une fin en forme d'infinie torture, et, à peine remis du choc, on pourra toujours réfléchir sur la vision terriblement pessimiste du couple offerte par "Gone Girl".

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09 octobre 2014

"Pascal Brutal Quattro" de Riad Sattouf : transcendance...

pascal-brutal-quattro

Autant j’ai “intellectuellement” du mal avec le Ryad Sattouf de “la Vie Secrète des Jeunes" ou de "l’Arabe du Futur", qui me semblent trahir par leur pessimisme une vision "sans empathie" d’une humanité bornée, sans avenir, autant Sattouf me semble exploser complètement ces réserves avec sa brillante série "Pascal Brutal", et démontrer a contrario qu’il est plus que capable de transcender la simple observation satirique de la bêtise pour atteindre à la fois des sommets comiques et une plus grande finesse dans son analyse politique (voire sociologique). Et ce qui est fantastique, c’est qu’au quatrième album des aventures bestiales du plus grand héros français (quelqu’un se souvient du SuperDupont de Gotlib et Lob ? Le principe est a priori le même, mais la réussite de Sattouf beaucoup plus évidente), la veine semble toujours inépuisable : l’idée géniale de ce « Quattro », c’est de faire endosser à Pascal les oripeaux des modèles (ou anti-modèles, selon le cas) masculins de notre époque, du rappeur au footballeur, en passant par le stand up comedian ou le fils à papa dégénéré, et de pousser ainsi jusqu’au bout la logique « du spectacle » en exagérant les stéréotypes qui la nourrissent. Sattouf développe ainsi une véritable parole politique autour des thèmes les plus sensibles de la société française, tout en n’oubliant pas de munir son héros de « failles » qui le rendent sympathique au delà du ridicule des situations : la tendance homosexuelle de Pascal, qui revient régulièrement et humanise le personnage, en est bien sûr le plus bel exemple. On peut aussi reconnaître ici, en mois poussé il est vrai, une poésie de l’absurde qui évoque le meilleur de Pierre La Police. Et bien sûr, répétons-le, le tout est incroyablement drôle !

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