Le journal de Pok

24 mai 2022

"Abîmes" de Sonja Delzongle : « J’ai été emporté par une avalanche, elle a couvert mon âme… »

Abimes couverture

Un petit avion de tourisme s’écrase dans la haute montagne des Pyrénées : le couple à bord s’est suicidé pour échapper à la justice… ou pire. Le crash provoque une avalanche qui emporte un groupe d’enfants en randonnée. Tous appartiennent à un village en contrebas, et la vie des habitants bascule. 20 ans plus tard, alors que le fils du couple suicidaire revient au village comme gendarme, de menaçants bonhommes de neige font leur apparition. Et à partir de là, tout va partir en vrille, ou plutôt en dérapage incontrôlé sur la neige et la glace des Hautes Pyrénées…

Car, à chaque chapitre, ou presque, et ils sont courts et nombreux, Sonja Delzongle nous offre une mort violente : meurtres, règlements de compte, accidents, la durée de vie des très nombreux personnages de "Abîmes" n’excède parfois guère les quelques pages : à peine avons-nous eu le temps de faire leur connaissance, d’être intrigués, que les voilà passés l’arme à gauche. L’effet est assez saisissant, le sentiment de violence et de danger est omniprésent, et le lecteur tourne les pages à toute vitesse, ce qui est bien ce qu’on demande à un bon thriller, non ?

A la fin, après moult péripéties haletantes, une multitude de twists et de révélations sur les identités des uns et des autres, après que nos soupçons se sont portés tour à tour sur une dizaine de personnages au comportement suspect, les coupables sont révélés, bien sûr. On ne peut dire qu’il s’agisse d’une surprise, dans la mesure où nous les connaissons très peu (tous les protagonistes que nous avons un peu connus sont morts !), mais il faut reconnaître que, du point de vue logique et cohérence, l’histoire hyper-compliquée montée par Sonja Delzongle tient la route… Au point qu’on a presque envie de relire immédiatement "Abîmes" pour vérifier si on a bien compris toute l’architecture du drame.

"Abîmes" est donc un thriller comme le lecteur actuel en attend, et il est difficile de lui reprocher un quelconque manque d’efficacité. Mieux encore, la description de la montagne, de la neige, des avalanches, des multiples périls qui attendent dans cet univers rude le voyageur imprudent et inexpérimenté est saisissante. Et constitue sans doute le meilleur du talent d’une romancière qui sait créer un environnement fort, et transporter son lecteur en dehors de son quotidien.

Ce qui ne veut pas dire, malheureusement, que "Abîmes" ne pose pas quelques problèmes : d’abord, la vision que Delzongle a des habitants des lieux est tellement radicale qu’elle en deviendrait presque offensante : voilà un beau ramassis d’êtres incultes, brutaux, vivant quasiment dans la sauvagerie, superstitieux, accrochés aux traditions ancestrales sans évolution possible, et surtout pédophiles, violeurs, prompts à s’entretuer à la moindre occasion. On sait la liberté que l’écrivain a le droit de prendre avec la réalité pour que fonctionne sa fiction, mais on se dit aussi que trop, c’est quand même trop.

Cette tendance à l’excès – de violence, de personnages, de péripéties – est d’ailleurs la caractéristique la plus frappante chez Delzongle : "Abîmes" nous emporte, nous balaie comme le ferait une avalanche. Et il faut bien dire que cette avalanche-là nous a aussi refroidis. Glacés même.

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23 mai 2022

Parquet Courts au Trianon (Paris) le samedi 21 mai

2022 05 21 Parquet Courts Trianon (17)

21h00 : le matériel de Parquet Courts est installé complètement en retrait, au fond de la scène, ce qui traduit sans doute une certaine prudence, bien US, en ces temps de pandémie, mais nous garantit au moins de pouvoir assister au concert du premier rang sans avoir à nous tordre le cou.

A la différence d’il y a trois ans, et c’est très appréciable, le set débute avec une intensité folle, et l’ami (enfin, façon de parler, on sait que l’homme n’est pas des plus sympathiques avec le public, à la différence d’Austin et de Sean…) Andrew Savage est déchaîné depuis les premières secondes : il faut dire qu’on démarre sur Application/Apparatus, sommet sonique du dernier album.  Le déluge sonique à la guitare évoque d’ailleurs une filiation qui a toujours été sous-entendue chez Parquet Courts, celle avec Sonic Youth. Paradoxalement, l’enchaînement avec la belle chanson Human Performance se fait sans un pli, parce que l’interprétation que Parquet Courts en livre est tout simplement furieuse : il faut rappeler à ceux qui ne connaîtraient que les albums que la manière dont le groupe fait vivre ses chansons sur scène est souvent différente de la manière dont elles sonnent sur les disques. Et la formidable Dust, qui fait danser et hurler le public maintenant en transe, nous laisse penser qu’on va assister au concert idéal de Parquet Courts : inspiré, sauvage, incandescent…

Cela fait près de 25 minutes qu’on est tous à fond, quand le groupe appuie sur la touche « pause » : Sean Yeaton fait le clown comme d’habitude, Austin Brown commence à déblatérer dans son micro plein de trucs sympas et drôles – dont on n’entend pas la moitié, vu qu’il parle trop bas… et le set bascule alors dans sa partie électro-danse. Les bip-bips de Marathon of Anger marquent le début d’une longue recherche, plutôt tranquille et souriante, d’une ambiance hédoniste de dance floor : Parquet Courts n’est plus alors le même groupe. Ce virage vers autre chose est d’ailleurs ce que nous avons apprécié sur Sympathy For Life, mais il nous faut bien admettre que, sur scène, on préfère quand même la rudesse punk des débuts. Sur Just Shadows, Andrew prend de très beaux solos, et du coup, on se demande s’il n’évolue pas un peu comme Lou Reed dans la seconde partie de sa carrière, vers une musique où une certaine virtuosité à la guitare s’imposerait… Plant Life, avec son ambiance « Talking Heads – Remain in Life » nous embarque à nouveau dans un trip très décontracté, où la basse puissante de Sean fournit le meilleur ancrage à notre patience.

2022 05 21 Parquet Courts Trianon (9)

La déflagration punk de Homo Sapien fait un bien fou et le public s’embrase à nouveau : au premier rang, nos dos souffrent, frappés par les petits poings et les coudes pointus de jeunes groupies déchaînées, et on se dit d’un coup que si ce morceau est aussi accrocheur, c’est parce qu’il a un peu du Kick Out the Jams du MC5. Stoned and Starving nous fait le coup de la nostalgie, celui qui marche toujours, la nostalgie des débuts du groupe, il y a dix ans déjà (cris d’extase derrière nous !)… mais le set se terminera plus calmement sur les longs solos de guitare de Pulcinella.

Comme d’habitude, le groupe n’offrira pas de rappel, mais on se consolera en remarquant que ce set d’une heure trente minutes est bien plus long que celui de 2016. Et qu’il a été visible tout au long de la soirée que les New-Yorkais étaient heureux d’être là, avec nous, à Paris. De notre côté, les avis sont partagés, entre ceux qui sont très enthousiastes par rapport à l’intensité de certains passages, et d’autres qui ont pu s’ennuyer quand le groupe se plaisait à divaguer longuement.

Espérons en tous cas que nous n’aurons pas à attendre plus de cinq ans à nouveau pour revoir Parquet Courts sur une scène parisienne !

 

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22 mai 2022

"All Souls Hill" de The Waterboys : "Tout peut changer en un clin d'œil"

All Soul Hills

Plus classiquement rock’n’roll que son prédécesseur, Good Luck, Seeker, qui partait dans plein de directions formelles différentes, prenant parfois des risques démesurés, All Souls Hill, le dernier album de Mike Scott a plus de chances de séduire les fans traditionnels des Waterboys. Il semble amorcer un retour vers un rock ou un folk plus traditionnel, d’ailleurs ancré dans des racines américaines. Le fait qu’il soit moins « étrange » peut également s’expliquer, peut-être par le fait qu’il est le résultat d’un travail collaboratif de Mike Scott avec divers musiciens, de périodes différentes de la carrière des Waterboys, mais aussi avec Simon Dine, le producteur mancunien qui s’est illustré aux côtés de Paul Weller

Il faut d’abord admettre que la voix de Mike Scott est devenue presque méconnaissable avec l’âge, et son nouveau style parlé-chanté, allié à une intensité sombre, presque lugubre, évoque tantôt un Dylan plus lyrique, tantôt un Nick Cave plus mystique qu’hanté. Elle correspond parfaitement à l’évolution d’un homme de 64 ans qui revient sur l'inconstance et les aléas de l’existence : « Call it strange: we live, we die / All may change in the wink of an eye » (Tu peux dire que c’est étrange : nous vivons, nous mourons / Tout peut changer en un clin d'œil) – All Soul Hills

Ce qui ne signifie pas que Scott n’ait plus de commentaire à faire sur l’état du monde, et les sujets plus triviaux de la politique : ainsi, The Liar est un règlement de compte avec l’abjection trumpienne (« Conspiracy craziеs raved and howled / The shining Capitol gates were breached / … / Watching all this, the liar stood / Clad in his cloak of victimhood / He cursed and cried, blew and beseeched » - Les complotistes tarés ont déliré et hurlé / Le portail brillant du Capitole a été abattu / … / En regardant tout cela, le menteur s'est tenu debout / Vêtu de son manteau de victime / Il a maudit et pleuré, soufflé et supplié).

Blackberry Girl, peut-être le sommet de l’album, est très dylanien, et l’enthousiasme avec lequel il est joué et chanté, s’avère particulièrement réconfortant, et nous rappelle combien Mike Scott et ses Waterboys ont été épatants, entraînants, dans leur belle et lointaine jeunesse.

Les paroles de Hollywood Blues, même si elles ont été plus que probablement écrites à propos de la fragilité de la gloire hollywoodienne, peuvent sonner comme un aveu de la part d’un musicien porté au pinacle pendant les années 80 pour le force visionnaire de sa musique, et ayant perdu depuis à peu près tous les oripeaux de rock’n’roll star dont on l’avait revêtu : « I've been in this game too long to not know whеn I'm losing / Started out so fine and strong, thought by this time I'd bе cruising / I'm holding onto my sanity, man, but it's getting hard to fake It » (Je suis dans ce jeu depuis trop longtemps pour ne pas savoir quand je suis en train de perdre / J'ai commencé si bien et fort, je pensais qu’aujourd’hui je serais tranquille / Je m'accroche à ma santé mentale, mec, mais ça devient difficile de faire semblant)

In My Dreams est un amusant « speaking words » qui célèbre tout un pan de notre mythologie (commune) rock’n’roll : Iggy Pop y croise Amy Winehouse, et c’est touchant. On pense d’ailleurs un peu aux chroniques qu’Elliott Murphy publie en ce moment sur les réseaux sociaux où il décrit ses aventures Rock avec ses pairs, ses idoles, vécues pendant ses rêves ! Après tout, quand la nostalgie d’une époque plus glorieuse pour le Rock est évoquée avec cette tendresse et cet humour, il n’y a rien à redire !

Once We’re Brothers est une réécriture très émouvante, autorisée par Robbie Robertson, qui y participe d’ailleurs, de l’une de ses chansons « classique ». Et l’album se referme sur une version de quasi 10 minutes de Passing Through, un classique country des années 40, que Mike Scott s’approprie complètement avec des paroles plus politiques, et avec l’aide d’un chœur gospel qui élève la chanson vers un lyrisme plus en ligne avec le « style Waterboys ».

Le résultat est un album agréable, trouvant un juste équilibre entre d’un côté une réflexion sur le temps qui passe, l’âge qui vient, les souvenirs d’une vie qui semble parfois meilleure, et de l’autre la nécessité de ne pas baisser la garde, et de continuer à brandir la bannière des idéaux du Rock, fut-il désormais « classique ».

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21 mai 2022

Mattiel à la Maroquinerie (Paris) le mercredi 18 mai

2022 05 18 Mattiel Maroquinerie (1)

Il est 21 heures, et Mattiel et Jonah s’installent sur une scène éclairée uniquement de rouge (et qui le restera à peu près toute la soirée), devant un écran sur lequel seront projetées des vidéos décalées mais fascinantes, qui vont clairement ajouter une atmosphère intéressante aux chansons. Car il n’y a cette fois aucun autre musicien pour soutenir le duo, qui s’appuie sur une rythmique préenregistrée pour interpréter une vingtaine de chansons extraites principalement de leurs deux derniers albums : lui est à la guitare – la plupart du temps très distordue – et elle est au chant, comme toujours très assuré, presque vindicatif (nous revient à l’esprit la comparaison avec Patti Smith, faite par un ami, qui n’est pas si absurde que ça…).

On attaque par la fantastique chanson Jeff Goldblum – un Goldblum que l’on voit évoluer en parallèle à l’écran, principalement dans le cheesy Earth Girls Are Easy avec Geena Davis – et on se rend compte immédiatement que le format de la soirée va priver les chansons d’une partie de leur richesse : réduites à un format folk-rock électrique, parfois assez forcené dans son interprétation, elles s’avèrent assez loin de l’ambiance « gothique » et parodique du dernier album. De plus, le son n’est pas excellent, avec, suivant la place qu’on occupe dans la salle, des difficultés à entendre soit la voix de Mattiel, soit la guitare de Jonah… Ce qui est un peu difficile à comprendre quand il n’y a que de deux personnes sur scène…

Du coup, on a un peu de mal à pénétrer dans le set, et ce d’autant que les chansons sont presque toutes réduites à leur simple partie chantée – soutenue par la guitare -, sans bénéficier de l’ampleur d’une interprétation plus riche. Et qu’elles sont également enchaînées à un rythme infernal qui ne nous laisse guère le temps de respirer. Mais, heureusement, les choses se mettent en place après 5 ou 6 morceaux, l’intensité monte clairement d’un cran : You Can Have It All (très pattismithien, pour le coup…), How It Ends (sommet de la soirée pour nous) et Blood in the Yolk (littéralement majestueux) font un effet terrible, et le public suit avec enthousiasme. Il n'y a pas de doute, Mattiel a une voix superbe, et ses chansons sont toutes très bonnes : c’est juste qu’elles méritent l’énergie, la complexité d’un groupe pour être écoutées à leur juste valeur.

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Et puis, il faut bien reconnaître que Mattiel n’est pas la plus communicative des artistes, que ses efforts – souvent visibles – pour interagir avec son public sonnent régulièrement faux. Elle laisse donc au bien plus chaleureux Jonah le job de dire des gentillesses au public ! Jonah nous explique donc qu’il aime particulièrement la France, sa femme, présente ce soir dans la salle, étant française…

Au bout d’un peu plus d’une heure, on passe au rappel, qui sera plus classiquement acoustique, avec le country On the Run, et l’entraînant Keep the Change, et fonctionnera finalement très bien.

Il est difficile de se plaindre d’un set qui aura eu plusieurs beaux moments, et qui aura confirmé le talent de Mattiel et de Jonah. Reste que l’on attend désormais beaucoup plus, beaucoup mieux de ces deux-là : on était heureux de les voir à Paris après l’interruption de la pandémie, et on espère surtout les revoir bien vite, en pleine puissance.

 

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20 mai 2022

"Suis-moi, je te fuis" de Kôji Fukada : “Arrête-toi si tu peux !”

Suis Moi Affiche

Réputé en France pour des films aussi singuliers et passionnants que Harmonium et l’InfirmièreKôji Fukada a adapté en une série télévisée de 10 épisodes un manga de Mochiru Hoshisato. La version cinématographique de cette série, faisant près de 4 heures, aurait dû être présentée au Festival de Cannes de 2020, annulé du fait de la pandémie, sous le titre The Real Thing… et sort sur les écrans français en deux parties, intitulées astucieusement Suis-moi, je te fuis et Fuis-moi, je te suis. Ces informations sont importantes à prendre en compte, dans la mesure où, bien évidemment, l’origine (le manga) et la forme « réelle » du film (le feuilleton, comme on disait avant…) déterminent en grande partie d’expérience cinématographique, tant du point de vue narratif (un foisonnement d’événements, une course en avant qui semble de plus en plus frénétique) que formel (une image très simple, peu soignée, qui semble résulter d’un budget restreint)…

Et pourtant, le cinéphile français va se trouver tout naturellement porté à retrouver dans Suis-moi, je te fuis (en attendant le deuxième volet) des références qui lui sont familières, voire chères : RohmerTruffaut ou Rivette nous viennent tout naturellement à l’esprit devant ce « conte moral » (dont on attendra de connaître la fin pour en formuler la morale, justement…) qui raconte une drôle d’histoire d’amour (le « Boy Meets Girl » de la Nouvelle Vague) qui prend la forme d’un jeu mâtiné de thriller psychologique pervers. Le filmage très ligne claire, l’absence totale de musique (qui traduit une formidable hygiène cinématographique), l’inscription continuelle du récit dans la réalité quotidienne de la vie tokyoïte, tout cela contribue à nous y faire sentir « bien chez nous ». Pourtant, bien évidemment, l’étroitesse des appartements où vivent les personnages, l’étrange organisation du travail – le héros étant employé dans une entreprise de distribution de jouets et de feux d’artifices, qui semble bien peu professionnelle -, sans même parler de certaines références culturelles proéminentes, comme le fait que l’expression verbale de l’amour semble prohibée, font que le dépaysement est également garanti.

Il est important de ne pas connaître à l’avance trop de détails du scénario assez stupéfiant de Suis-moi, je te fuis, afin d’accompagner de découverte en révélation le personnage principal, Tsuji (Win Morisaki, parfait en candide aux motivations troubles), dont la vie va peut à peu basculer dans le chaos à la suite d’une rencontre nocturne avec une jeune femme dans l’un de ces c-stores essentiels à la vie du tokyoïte. On peut qualifier ça de comédie romantique, sauf que, même si on rit beaucoup, c’est souvent nerveusement, voire d’incrédulité, et pour le romantisme, on repassera : la vie amoureuse de Tsuji est très paradoxale, on pourrait dire « compartimentalisée », avant sa rencontre avec Uyiko, qui va tout faire exploser autour de lui. Cette suite de déflagrations imprévisibles, aussi hilarantes que profondément accablantes, va dépasser rapidement nos attentes… et c’est bien là que nait le furieux plaisir qu’on prend devant un film à la fois aussi « sage » formellement, et aussi « radical » thématiquement.

Ah, on oubliait : comme dans tout film japonais réaliste, il y a des scènes de beuveries dans des bars à hôtesses, et comme dans tout thriller local, il y a des yakuzas, dont le comportement complexe évoque assez ceux des films de Kitano.

On attendra bien entendu d’avoir vu la seconde partie de The Real Thing avant d’émettre un jugement définitif, mais il faut bien avouer que, en dépit d’une quinzaine de minutes qu’on aurait pu aisément couper dans le film, on a littéralement adoré suivre Tsuji qui suivant Uyiko qui le fuyait (ou pas ?).

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19 mai 2022

Jonathan Bree à Petit Bain (Paris) le mardi 17 mai

2022 05 17 Jonathan Bree Petit Bain (6)

21h30 : Jonathan Bree est accompagné de trois musiciens – guitariste, bassiste et batteur -, tous trois installés tout au fond de la scène, devant un écran sur lequel seront projetés en permanence des films grisâtres inquiétants illustrant les chansons. Il a aussi avec lui deux danseuses, qui seront responsable de la quasi-totalité du jeu de scène, ni Bree ni ses musiciens n’esquissant aucun mouvement particulier. Et pendant une heure pile, le set se déroulera avec peu de lumières, principalement bleues et roses. Ah, j’oubliais le plus important, tout ce joli monde est masqué, ganté, sans qu’aucun millimètre de peau ne dépasse. Alors que les deux filles portent des masques lisses disposant de minces fentes pour les yeux (elles dansent, il faut quand même qu’elles voient ce qu’elles font et où elles vont), les garçons sont quant à eux littéralement privés de regard, avec leurs cagoules et leurs masques blancs intégraux, et éventuellement leurs lunettes noires. On comprend que les déplacements soient limités par prudence, mais aussi que le set ne dure qu’une heure, on a du mal à saisir comment ils font pour respirer… Bree porte aussi son affreuse perruque noire par-dessus son visage de mannequin, et l’effet est 1) d’abord amusant 2) assez rapidement oppressant.

Ce concert, reporté deux fois du fait de la pandémie, ce qui explique aussi que Petit Bain n’est pas loin d’être complet ce soir, en dépit de la popularité quand même limitée du chanteur néo-zélandais, est consacré à la promotion – décalée – de After the Curtains Close, le dernier album datant de 2020. A priori (car aucune setlist ne figure sur scène), on a droit aussi à quelques reprises de l’album précédent (Sleepwalking), d’un tout nouveau single, You Are the Man, sorti il y a peu, et, évidemment, en conclusion au morceau sans doute le plus attendu par les fans, le fameux Primrose Path. Mais il faut bien reconnaître, et c’est sans doute la limite de la musique de Jonathan Bree, en dépit de mélodies qui sont souvent très, très belles, et immédiatement mémorisables pour celles qu’on ne connaîtrait pas, il règne une certaine uniformité entre les titres : la musique de Jonathan est une sorte de pop sophistiquée et subtile interprétée dans un style très eighties – avec prépondérance de claviers et de rythmes synthétiques – et chantée de sa très belle voix de crooner « classique » (mais légèrement « dévitalisée »).

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La voix de Jonathan évoque Scott Walker – ainsi que son goût pour l’abstraction – mais peut rappeler dans ses moments les plus « humains » celle du Jim Morrison de la dernière période. Sa musique, dont on sait qu’elle prend sa source dans cette des Modern Lovers, fait régulièrement écho aux tentatives synthétiquement froides d’un Gary Numan (avec un bien plus beau chant, on l’a dit). Le fait que tous les claviers soient préenregistrés est un peu décevant, vu leur prépondérance, et le concert aurait certainement bénéficié de la présence d’un musicien supplémentaires pour une véritable recréation live des chansons.

Le parti pris de la froideur, de la distance – à l’exception d’un duo avec l’une des danseuses, et d’un jet de pétales de roses sur Valentine – empêche aussi la propagation de ces émotions fortes qu’on espère toujours en live, et on a parfois l’impression – sans doute voulue – d’assister à un beau concert pop se déroulant derrière la vitrine d’un grand magasin investie par des mannequins. Ce qui est frustrant, quand même. Et puis, il y a le « problème » des danseuses, qui s’avèrent à la fois très envahissantes, accaparant les regards, et même vaguement dérangeantes dans le déploiement d’une drôle d’image de sexualité cheap et artificielle (un ami disait que ça lui rappelait la femme scène d’orgie de Eyes Wide Shut, un autre les vieux pornos de Marc Dorcel…). Bref, on comprend la démarche de Jonathan Bree, mais tout ça s’avère malaisant, à la longue. 

Evidemment, You’re So Cool, le plus gros succès de Brie, recueille de gros applaudissements, mais c’est la tétanisante interprétation finale de Primrose Path, avec ses cris dérangés et sa conclusion effrayante qui montre ce que le concert aurait pu être en poussant plus les curseurs vers la pure et simple folie : « I'll be good to you on the primrose path / And we'll forget I am a sociopath / I will buy you things / Cryin' Lion King / And I'll try not break your sweet neck / Angel » (Je serai gentil avec toi sur le chemin de la primevère / Et nous oublierons que je suis un sociopathe / Je t'achèterai des choses / Un Roi Lyon qui pleure / Et j'essaierai de ne pas te briser le cou / Mon ange…).

On se quitte sur Elvis Presley chantant Can’t Help Falling in Love, parce qu’il n’y aura évidemment pas de rappel.

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18 mai 2022

"Dropout Boogie" par The Black Keys : le syndrome stonien

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Si les critiques de Pitchfork nous font régulièrement bien rire, il faut reconnaître que, de temps en temps, elles font mouche : ainsi, nous offrir une comparaison entre la situation des Black Keys en 2022 et celle des Rolling Stones au début des années 80 fait vraiment sens. Ecouter "Dropout Boogie", c’est exactement comme écouter un des albums des Stones postérieurs à "Goat’s Head Soup"… C’est écouter un groupe qui n’a plus rien à offrir, et vit désormais sur une sorte de rente qui leur permettra de boucler leurs fins de mois sans problèmes… Et ce n’est évidemment pas une bonne nouvelle.

Dès la première chanson, efficace et clairement surproduite et sur-orchestrée, avec ce son de guitare vraiment (trop) déformé, "Wild Child", il est clair qu’on est avec "Dropout Boogie" en plein milieu d’un territoire bien balisé par Auerbach et Carney depuis le succès planétaire de "El Camino", et que rien ne va plus changer dans la formule bien établie qui a amené les Black Keys à la gloire et la fortune. Et le fait que leurs trois albums précédents n’aient pas été des réussites artistiques notables ne changera visiblement plus rien à l’affaire.

Se pose alors au chroniqueur la question la plus délicate : que va-t-il bien pouvoir dire d’un album, ni bon ni mauvais comme ce "Dropout Boogie", puisque chacun y trouvera exactement ce qu’il cherche, sans surprise ? Et donc sans frustration ni ravissement particuliers. Exactement comme les fans des Stones ont continué pendant des décennies à se contenter de chaque nouvel album sans grand intérêt des Glimmer Twins, sans s’en réjouir ni s’en plaindre.

On évitera de parles des nombreuses collaborations qui ont permis à cet album d’exister – avec des musiciens qui nous intéressent un peu comme Billy F Gibbons, qui intervient de manière pertinente avec sa guitare incendiaire sur "Good Love", et d’autres beaucoup moins, comme le producteur - compositeur Angelo Petraglia (qui ?)… Parce que, de toute manière, ça n’affecte en rien le « produit final ». On ne pourra guère non plus se rabattre sur les paroles des chansons, vu que, au long de toute leur carrière, les Black Keys n’ont probablement jamais écrit un texte de chanson qui présente réellement de l’intérêt, qui sorte des clichés bien usés du Rock ou du Blues. De « You are a sweet dream / With a tender heart and a beautiful smile / But things aren't what they seem » (Tu es un doux rêve / Avec un cœur tendre et un beau sourire / Mais les choses ne sont pas ce qu'elles semblent être) sur "Wild Child" (en ouverture de l’album) , à « You may not be believe me, baby / 'Cause I didn't always treat you right / Might have deceived you, lady / Maybe I stayed out late at night / But didn't I love you? » (Tu ne me crois peut-être pas, bébé / Parce que je ne t'ai pas toujours bien traitée / Peut-être que je t’ai trompée, madame / Peut-être que je suis resté dehors tard le soir / Mais ne t'ai-je pas aimé ?) sur la conclusion de "Didn’t I Love You", on parcourt assez rapidement le territoire de thématiques que l’on pourrait qualifier de dépassées, voire même de symptomatiques d’une masculinité toxique qui n’a plus sa place en 2022.

Et ce n’est pas la chanson de supporters de foot (américain) qui frôle l’idiotie, "Your Team Is Looking Good", qui va attiser beaucoup notre sympathie : « Your team is lookin' good, but not as good as ours / Ashes to ashes, dust to dust / You beat everybody, but you won't beat us » (Votre équipe a l'air bien, mais pas aussi bien que la nôtre / Les cendres retournent aux cendres, la poussière à la poussière / Vous battez tout le monde, mais vous ne nous battrez pas) : c’est à peu près à ce moment-là qu’on décide d’oublier qu’on comprend l’anglais et de se concentrer sur les riffs de guitare !

Cette chronique peut sembler pleine de méchanceté vis-à-vis d’un duo que de toute manière les critiques n’atteignent plus depuis longtemps, mais elle traduit une déception : il y a 20 ans, quand leur premier album est sorti, Auerbach et Carney paraissaient des puristes incorruptibles et j’menfoutistes : en 2022, ils en sont réduits à surjouer sur leur pochette bien léchée l’Amérique prolétaire que leur musique prétend représenter. Ils nous montrent que le modèle « stonien » des stars dont le talent a été épuisé par le succès et la facilité reste toujours pertinent.

Alors disons que ce sera le dernier album des Black Keys que nous écouterons et n’en parlons plus.

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17 mai 2022

Wet Leg au Point Ephémère (Paris) le samedi 14 mai

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21h35 : bien protégées des regards dans la série obscurité et la brume du Point Éphémère, Rhian et Hester paraissent dès leur entrée beaucoup plus à l'aise. Et, bien heureusement, le son est bon, avec la belle voix de Rhian correctement audible. Ce n'est guère que lorsque Hester chante - sur deux morceaux uniquement, dont Convincing, l’un des deux titres rajoutés à la setlist par rapport à hier, que sa voix n'émerge pas du maelström sonore.

Miracle de la bienveillance du public, Rhian sort de sa réserve pour nous jeter un bref « bonsoir » - en français - et même un « je t'aime » en réponse à une fan. Encore plus étonnant, son regard, la plupart du temps flottant dans le vide (chaque fois qu’elle n’est pas en train de plaisanter avec Hester…), ira au moins à deux reprises à la rencontre de ceux des spectateurs ! Waouh ! Ça ne paraît rien, mais pour Wet Leg, ça change pas mal de choses... Bon, soyons justes, très vite, la bulle étanche à l'intérieur de laquelle Hester et Rhian évoluent se referme, excluant le monde extérieur : leur psychothérapeute a encore un gros travail à faire sur ces deux-là ! Finalement, il est inutile de se plaindre de ce que la musique de Wet Leg soit aussi lisse, aussi distante. C'est sans doute qu'en l'état des choses, il ne peut en être autrement. Peut-être d'ailleurs que cette barrière entre elles et le monde réel est essentielle à leur Art, et il faudra voir comment leur musique évolue, et même si elle peut survivre à la surexposition et au succès : le second album sera une étape clé pour Wet Leg, encore plus que pour n’importe quel groupe…

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En attendant, prenons notre plaisir où nous pouvons, dans les meilleures chansons de l'album : les Wet Dream, Oh No, Ur Mum, Angelina (enfin beaucoup de bruit !)… et puis Chaise Longue en rituelle célébration finale : on l'aimerait peut-être plus tranchante, mais c'est du détail… Pas de rappel, bien entendu, une cinquantaine de minutes de Wet Leg, c'est la dose maximale.

Ajoutons que la première phrase chantée du concert étant « I need a lie down / Only just got up » (J’ai besoin de m’étendre / Je viens juste de me lever) sur Being In Love, et la dernière « On the chaise longue, all day long, on the chaise longue » (Sur la chaise longue, toute la journée…), on doit reconnaître que les filles ne font aucun mystère de leurs difficultés à affronter l’existence.

Ah, et puis, un commentaire personnel, totalement stupide sans doute : on a toujours qualifié les trois musiciens accompagnant les filles de « hobbits » - leur taille, leurs cheveux, leurs barbes, bref on les croirait sortis de la trilogie de Peter Jackson… Et d’un coup, alors que résonnait la musique enregistrée qui sert d’intro au concert, on a réalisé que c’était peut-être bien un morceau de Howard Shore, Concerning Hobbits

Bon après tout ça, on sort sur le quai qui bourré de gens profitant un verre à la main de ce beau mois de mai pré-estival, et on devise entre nous sur ce drôle de groupe. Les pronostics sont lancés quant à la suite, et on n’est pas forcément très optimistes… mais on a été heureux d'être là, au Point Éphémère, ce soir.

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16 mai 2022

"Moon Knight" de Jeremy Slater : un schizophrène en Egypte

Moon Knight affiche

Nous n’aurions jamais pensé dire un jour franchement du bien, sans aucune arrière-pensée, d’une production Marvel, mais il faut bien reconnaître que, en dépit de quelques défauts occasionnels, sur lesquels nous reviendront, Moon Knight est, et de loin ce que Disney / Marvel ont fait de mieux à date, tous formats – films et séries TV – confondus.

"Moon Knight" raconte l’histoire ébouriffante de Steven, passionné d’archéologie et d’Egypte ancienne, qui en est réduit à vendre des jouets dans la boutique d’un musée, tourmenté et humilié par son horrible patronne. Pire, ses nuits sont des cauchemars, puisqu’il est somnambule et doit s’attacher à son lit pour gérer ce problème… ce qui n’empêche pas son existence de prendre un virage improbable et désastreux quand il rencontre enfin son alter ego : il comprend qu’il s’agit de celui qui s’empare de son corps à son insu afin de mener un combat contre une secte religieuse bien décidée à ressusciter une divinité égyptienne aux ambitions justicières largement fascisantes !

Un drôle de sujet, qui donne l’occasion au showrunner Jeremy Slater de nous offrir une drôle de série TV en 6 épisodes qui ne ressemble pas à grand-chose de connu, et encore moins chez Disney / Marvel. On commence par un premier épisode absolument délicieux de loufoquerie, qui permet au brillant Oscar Isaac de s’imposer pour la premier fois dans un rôle franchement comique, avant d’aller dans une direction très « à la Indiana Jones » (le meilleur, celui des Aventuriers de l’Arche Perdue), mais avec une différence de détail : le metteur en scène est le jeune auteur égyptien Mohamed Diab (remarqué pour son "les Femmes du bus 678") ! Et il a visiblement essayé de rendre crédible toute la partie égyptienne du film, et qui porte l’histoire à bout de bras, même lorsque le scénario accuse d’occasionnels coups de mou, grâce à un excellent rythme et une vraie intelligence des plans, qui sort des tics habituels du cinéma d’entertainment hollywoodien.

Mais, mieux encore que le plaisir de se plonger dans la mythologie égyptienne, avec des dieux au look très réussi (grâce à des effets numériques plutôt corrects), le point fort de Moon Knight est son thème central du dédoublement de personnalité – qui permet d’ailleurs à Oscar Isaac d’exceller doublement, passant pour notre plus grand plaisir de Steven, le frêle intellectuel anglais attachant à Marc, le mercenaire US implacable : au lieu de simplement reprendre le thème, habituel dans l’univers des super héros, de l’homme ordinaire changeant de personnalité pour devenir un justicier, "Moon Knight" aborde franchement l’aspect clinique de ce dédoublement, et fait de "Moon Knight" une grande série sur la schizophrénie… et même la psychanalyse ! Le cinquième épisode est impressionnant, plein de subtilité et d’intelligence, et dévoile de manière originale les origines de la psychose ayant créé le double Marc-Steven : il ne faut pas en dire plus, tant Moon Knight joue formidablement bien sur la perte des repères du téléspectateurs, accompagnant le héros dans son introspection, et son retour sur son passé, comme sur le divan d’un psychanalyste (on notera quand même que c’est le « méchant » sociopathe, délicieusement incarné par un Ethan Hawke froid et répugnant, à qui incombe le rôle du psychiatre… !).

Après une telle virtuosité narrative, le dernier épisode reste plus convenu, sacrifiant pour la première fois aux codes habituels des combats de super-héros à la Marvel, mais trouvant une belle sortie à l’occasion de la question posée par un enfant à Layla, l’héroïne féminine de "Moon Knight" : « alors tu es une super-héroïne égyptienne ? ».

Pour la petite histoire, on notera que le combat tutélaire entre le dieu Konshu (de droite car avocat acharné de la peine de mort pour les criminels) et la déesse Ammit (franchement d’extrême droite car prônant l’extermination préalable de tous ceux susceptibles d’être un jour des criminels) ne nous laisse initialement que peu d’espoirs… jusqu’à ce que dans une conclusion réjouissante, "Moon Knight" ne choisisse pas entre ces deux options, mais préfère accorder à ses ennemis une grâce généreuse : serait-ce à dire que Moon Knight est une fiction de gauche ? Nous n’irons pas jusque-là, mais nous apprécierons en tout cas la résolution bienveillante d’un dilemme impossible.

Bien entendu, "Moon Knight" souffre occasionnellement de défauts chroniques des séries actuelles : des passages plus faibles à mi-parcours, quelques dialogues explicatifs dont on se serait bien passés… mais c’est bien peu de choses devant l’intelligence et la fantaisie déployée durant ces 6 épisodes.

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15 mai 2022

Balthazar au Cirque d'Hiver Bouglione (Paris) le vendredi 13 mai

2022 05 13 Balthazar Cirque d Hiver (1)

22h15 : un peu trop d'attente après Wet Leg, au-delà du temps normal d’installation du matériel du groupe, avant que Balthazar, un groupe dont on n’espérait plus grand chose, n’investisse la scène. Ils vont pourtant rattraper à eux seuls cette soirée bien mal engagée. En nous offrant une heure d'un concert extrêmement professionnel - trop peut-être même, parce qu'on n’est jamais vraiment contents - et dispensateur de plaisirs raffinés, suaves même… Ces 10 chansons impeccables qu'on doit leurs reconnaître, toutes interprétées avec beaucoup de soin, sont souvent étirées pour le plaisir immédiat de la répétition et de la danse, bénéficient de ce supplément d'âme qu'on attend du live : on apprécie les mélodies superbes (Grapefruit, le bouleversant Bunker), les vocaux magistraux, non seulement de Jinte et Maarten mais de tous les musiciens, et l’orchestration toujours sensible et pertinente (avec mention spéciale au trombone de Tijs !). Par contre, on doit constater que Balthazar a fait une croix sur le Rock et délivre désormais un set purement soul tout en subtilité et en retenue. Même le formidable Fever qui mettra le feu au cirque, ne décolle plus comme il le faisait autrefois. Balthazar évolue, on peut aimer ou non leur nouvelle orientation, mais ils étaient hier soir synonymes de plaisir.

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