Le journal de Pok

22 juillet 2014

"Mauvais genre" de Chloé Cruchaudet : puissance et originalité du récit.

Mauvais Genre

Était-il possible de faire un mauvais livre à partir d'une aussi bonne histoire que celle qui est à la base du livre de Chloé Cruchaudet  ? La question vaut la peine d'être posée,  tant sont fortes les émotions, l'enthousiasme même que l'on ressent à la lecture de ce "Mauvais Genre" : l'histoire de ce double déserteur, abandonnant le service de la patrie pour survivre, avant d'abandonner son genre (masculin) pour mieux jouir de la vie, est forte, très forte, à la fois tragiquement humaine et superbement exemplaire. Bien entendu, au sein du débat français sur le genre, justement,  il hérissera ceux qui aiment que les individus restent à leur place, et qui, comme les juges de la BD, feignent d'ignorer l'appel enivrant de la chair. Les autres accepteront la griserie de cette liberté nouvelle offerte par la transgression... même si "Mauvais genre" aurait sans doute gagné encore de la force à être plus sexuellement explicite, à sortir de la bienséance de la BD acceptable pour le grand public. Le très beau dessin de Cruchaudet, la mise en page originale, l'utilisation pertinente du noir et blanc (... et rouge) font de "Mauvais genre" une vraie réussite esthétique, même si cette belle forme passe au second plan par rapport à la puissance et l'originalité du récit. 

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21 juillet 2014

Revoyons les classiques du cinéma : "Cría Cuervos" de Carlos Saura (1976)

Cria Cuervos

L'édition en format Blu-ray du chef d'oeuvre de Carlos Saura (oserait-on dire de son unique "bon film" ?) permet d'évaluer l'impact du temps passé - une quarantaine d'années quand même - sur une oeuvre largement politique : Carlos Saura, en nous racontant dans "Cría Cuervos" l'histoire d'une petite fille bouleversée par la mort de sa mère, voulait montrer la souffrance de l'Espagne lors des dernières années de la dictature franquiste. S'il y a fort à parier que le rôle symbolique de chacun des personnages, représentant bourreaux et victimes du système fasciste, passera désormais bien au dessus des têtes des spectateurs modernes, ces mêmes spectateurs retiendront évidemment l'incroyable présence (s'agit-il même d'une interprétation ?) de la petite Ana Torrent, ainsi que l'utilisation percutante du tube "Porque te vas". Mais Saura faisait aussi un beau travail de mise en scène pour nous guider de manière subtile, mais efficace, au coeur du labyrinthe mental de sa petite héroïne. "Cría Cuervos" nous réserve ainsi toujours de grands et beaux moments - originaux - de sensibilité, sachant suggérer l'indicible (la disparition des parents, le désir de mort et la culpabilité de l'enfant) avec une étonnante intelligence et une grande sensibilité.

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20 juillet 2014

"Indie Cindy" de Pixies : oubliez les préjugés !

Indie Cindy

Il n'y avait rien à attendre de ce retour discographique du groupe le plus important du début des 90's, enième exemple d'une reformation dont nous n'avions surtout, surtout pas besoin (pensez aux Stooges... tristesse !). Du coup, "Indie Cindy" semble être passé à la trappe, entre critiques plutôt tièdes et désintérêt général bordé de mauvaise foi (du genre, "ce n'est qu'une compil des derniers EP du groupe, dont tout le monde se foutait, d'ailleurs..."). Et pourtant, après plusieurs écoutes plutôt enthousiasmantes, le doute me vient : si cet album n'était pas signé "Pixies", mais avait été produit par un jeune groupe inconnu, n'aurions nous pas eu droit à des critiques dithyrambiques un peu partout ?  Car, à condition de ne pas s'attendre à un nouveau "Surfer Rosa", ni même à une suite de "Trompe le Monde", comment ne pas se laisser envahir par le plaisir que procurent ces chansons ? Une belle écriture, de bonnes mélodies - comme si le talent de Frank Black était réellement ravivé par sa complicité avec les Pixies -, toujours cette originalité permanente, quelques poussées d'adrénaline qui font du bien aux nerfs... oui, un bien bel album, différent certes, avec la voix de Frank lissée, polie, vaporeuse, avec moins, beaucoup moins de brutalité... avec le GÉNIE en moins, d'accord. Mais quand même un p... de bon album, rock, intelligent, vif. Oubliez les préjugés, ouvrez les oreilles !

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19 juillet 2014

"Hallorave - le Roi des Mouches T. 1" : un grand livre, sous l'influence (?) de Charles Burns...

roidesmouches01

Rentré dans le Roi des Mouches avec l'envie d'y trouver une sorte de disciple européen du génial Charles Burns - le dessin et les contes horrifiques d'une adolescence malade -, j'ai été surpris et plutôt positivement de trouver une sorte de série TV - multiplication des personnages et des points de vue, fictions proliférantes - qui réussit peu à peu à s'arracher de sa malédiction originelle (le premier épisode, Hallorave, hallucination et traumatisme, est le plus "Burnsien") pour trouver un semblant d'espoir, ou tout au moins de lumière : découverte de l'amour pour Eric, l'ado à tête de mouche, et surtout étrange transcendance - paradoxale - du personnage de Ringo, le roi du bowling aux dons parapsychologiques et à la générosité inattendus. "Hallorave" est un grand livre, qui, en s'affranchissant de l'influence de Charles Burns, définit son propre territoire fictionnel, à la fois trivial et inquiétant. Magistral.

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18 juillet 2014

A la recherche du restaurant indien parfait : le "New Jawad" propose un cadre des plus agréable et des plats soignés...

New Jawad

Situé au coeur des beaux quartiers du 7ème, le "New Jawad" est un restaurant - récemment re-lifté - au cadre moderne, élégant, tranchant vivement avec l'esthétique plutôt ringarde de 90% des restaurants indiens ou pakistanais. Se présentant comme un lieu de gastronomie, le "New Jawad" propose finalement plus ou moins la même chose que le commun des restaurants indiens, sans touche "gastronomique" particulière, mais offre une qualité d'exécution tout à fait correcte. On n'atteint certes pas l'excellence que l'on rencontre couramment outre Manche, mais on se régale sans arrière pensée quant à la qualité des ingrédients et à la propreté des lieux, ce qui n'est pas si mal pour Paris. Samosas aux légumes particulièrement savoureux, Poulet Jalfrezi plutôt subtil, on regrettera quand même le choix très "français" de ne mettre quasiment aucun épice fort dans le Tikka Massala ou le Jalfrezi, ce qui se révèle quand même des plus frustrants pour les amateurs de "piquant". Notons aussi que l'apéritif et le digestif sont offerts,  mais que les serveurs - efficaces il est vrai - sont peu aimables. Par contre, l'addition - très, très raisonnable pour le standing du restaurant et sa localisation - est une surprise des plus agréables (moins de 100 euros pour deux). Du coup, on ne peut s'empêcher de le recommander...

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17 juillet 2014

"Ultraviolence" de Lana Del Rey : déjà la fin ?

lana_del_rey_ultraviolence

J'étais tombé sous le charme de "Born to Die", malgré sa production assez discutable, grâce à une petite poignée de chansons intéressantes, bien servies par la voix superbe de Lana Del Rey, et j'avoue ne m'être pas beaucoup préoccupé de l'image (les mythes US éternels, le look retro, etc.) que se construisait peu à peu la demoiselle : après tout, pourquoi pas ne pas contrôler elle-même son propre Marketing, comme l'ont d'ailleurs fait avant elle bien des groupes de Rock qui n'en ont pas été critiqués pour autant ? Le problème fut pour moi que "Paradise" témoignait d'un épuisement précoce d'inspiration, et que, sur scène, la belle s'avéra tout simplement pitoyable ! Et ce n'est pas cet "Ultraviolence" tout en langueur fade qui va me réconcilier avec Lana Del Rey : si beaucoup de gens citent "Lynch" (ou plutôt Angelo Badalamenti / Julee Cruise...), Lana est quand même loin de créer le même trouble puissant que cette musique d'outre-tombe, on a plutôt l'impression qu'elle en utilise les codes (atmosphère vaporeuse, écho, etc.) pour essayer de conférer de la substance à des chansons qui n'en ont guère. Pire encore, l'utilisation - intéressante - de sonorités rock pour l'accompagner est complètement anihilée par une sur-production désespérément lisse : au lieu d'être mise en danger, Lana a préféré retrouver un écrin soyeux bien confortable. Mais le plus gros problème de "Ultraviolence" reste la faiblesse des chansons, certes assez agréables, mais très rapidement oubliables. Déjà la fin ?

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16 juillet 2014

"La Ritournelle" de Marc Fitoussi : sans surprise...

La ritournelle affiche

Si à l'étranger, on caricature facilement le cinéma français à travers ses incontournables histoires d'adultères, ce n'est pas "la Ritournelle" qui fera changer d'avis les moqueurs ! Son scénario pour le moins léger a même le défaut de n'ouvrir aucune autre piste que celle, bien rebattue, de l'adultère comme occasion de relancer le couple en perte de vitesse, usé par le quotidien ! Les touches sociologiques bien venues - le métier de nos héros est éleveurs de bétail, et ils sont normands, ce qui change agréablement des bobos parisiens - s'avèrent rapidement une fausse piste, et il ne reste plus alors qu'à se raccrocher à la jolie sensibilité dont font preuves les acteurs, Huppert en tête, sans surprise, pour essayer de passer quand même un bon moment devant cette éternelle comédie du remariage certes bien enlevée, mais aussi bien usée.

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15 juillet 2014

"L'Arabe du Futur - 1. Une jeunesse au Moyen-Orient (1978-1984)" de Riad Sattouf : gros malaise...

L Arabe du Futur

Gros malaise à la fin de la lecture de "l'Arabe du Futur", le pavé de Riad Sattouf dévoré pourtant en deux heures : écrit par un autre (en particulier un "Gaulois"), on serait prêt à parier que ce livre passerait pour un pamphlet du FN ! La description de la société libyenne est déjà sévère, même si ce sont les travers d'une dictature socialiste qui y sont pointés avant tout... Par contre les chapitres sur la vie en Syrie, décrivant un mode de vie primitif jusqu'au dysfonctionnement, où nul sentiment "humain" ne vient jamais illuminer les rapports familiaux qui ne traduisent que haine, jalousie, racisme primaire et bigotisme, s'avèrent d'une lecture quasi désagréable, à peine temporisée par l'humour - comme toujours - efficace de Sattouf. On comprend que le très jeune Sattouf ait vécu un véritable enfer de tristesse au cours de ces années, et on souffre avec lui et pour lui, mais il est finalement difficile d'accepter la noirceur absolue de ces souvenirs, d'autant que, à la différence de "Persepolis" - l'évident modèle du genre - la perspective politique est ici assez sommaire. On me rétorquera sans doute que la vision d'une Bretagne arriérée et superstitieuse prouve que Sattouf a la dent aussi dure avec les Français qu'avec les Arabes, sauf que le déséquilibre est flagrant, et qu'on ne sent aucune tendresse envers cette société syrienne littéralement inhumaine, et que "l'Arabe du Futur" s'apparente du coup plus à un pamphlet politique anti-arabe et anti-musulman qu'à la chronique d'une enfance difficile. Pour illustrer ou concrétiser ce rejet absolu, il suffit de voir combien la figure du père est omniprésente ici, un père lâche, infantile, irresponsable et incohérent dans ses choix politiques comme ses décisions familiales, assez rapidement haïssable, figure un peu caricaturale du pseudo intellectuel arabe qui n'a pas réussit à évoluer aussi loin qu'il le pense de ses origines. On comprend mal face à lui l'inexistence complète de la mère, qui semble éternellement subir sans un mot de protestation ou de reproche le mode de vie humiliant que son mari lui impose. Tout cela fait que, malgré les grands sourires que nous arrache ça et là Sattouf, "l'Arabe du Futur" est un livre aussi déplaisant qu'indiscutablement efficace dans sa narration et ses dessins.

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14 juillet 2014

"Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" de Philippe Chauveron : certes pas un bon film, mais...

Qu est ce qu on a fait affiche

Dans la France de 2014 gangrenée par le FN surfant sur les questions identitaires, "Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ?" est peut être bien l'un des films le plus importants de l'année, quelles que soient par ailleurs ses qualités intrinsèques (bien faibles, malheureusement... ), et son triomphe populaire en est la confirmation indéniable. Mal écrit, mal interprété et mal dirigé,  pas vraiment drôle ni vraiment malin, voici pourtant un film qui parle à la France, et parle DE la France, au delà (à moins que ça ne soit à cause) de sa vision caricaturale des cultures et des sociétés bien forcées de se rencontrer, de s'intégrer dans notre société "mondialisée" : c'est que, inévitablement, les clichés ressassés sur les autres sont à la fois parfaitement stupides et complètement exacts, mais sont surtout les meilleurs expressions possibles sur la "différence" et la vision de "l'étranger". Ce serait donc facile, mais ce serait aussi une erreur de condamner "Qu'est-ce qu'on a fait..." pour son abus de clichés, puisque jamais il ne les utilise pour rire de la victime du cliché, mais au contraire de celui qui l'utilise. Le film, loin des thèses racistes sur l'incompatibilité des cultures, pointe joliment le succès de l'intégration française (la parabole du capuccino contre celle de l'huile et de l'eau), même si c'est - signe des temps - à travers le business, et, inévitablement, avec une sorte de démagogie franchouillarde (on se réconcilie autour de la bouffe et de l'alcool...) sans doute inévitable dans ce "genre" de cinéma.

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13 juillet 2014

A la recherche du restaurant indien parfait : le "Shiva" dans le douziéme arrondissement de Paris

Shiva

Même en sachant que les recommandations sur le net sont souvent le fait d'amis, voire du propriétaire ou du personnel du restaurant, il était difficile de s'attendre à un tel désastre en dînant l'autre soir au "Shiva", à deux pas de la Place Daumesnil... même si la salle déserte en cette belle soirée d'été aurait du nous mettre la puce à l'oreille ! Du sheesh kebab au goût indéfinissable et assez répugnant au Poulet Tikka Massala insipide, en passant par un curry certes très épicé - ce qui nous ravit, nous les masochistes - mais sans aucun parfum, il n'y avait pas grand chose à sauver au cours de ce repas... qui aura même réussi à me dégoûter (au moins pour quelques jours) de la cuisine indienne. Même si le patron est absolument charmant, ce qui n'est pas si courant malheureusement dans les restaurants indiens où le service est souvent assez "sec", le "Shiva" est un endroit à éviter à tout prix pour peu qu'on ait quelques notions de ce que la gastronomie indienne signifie.

4 Rue de Tahiti - 75012 Paris - Tel : +33 1 44 73 98 25

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