Le journal de Pok

21 février 2017

Célébrons éternellement le génie d'Hergé : "Tintin T10 - l'Etoile Mystérieuse"

L Etoile Mysterieuse

Je garde depuis ma tendre enfance, et ma première lecture de "l'Etoile Mystérieuse", une tendresse particulière pour cet album qui n'apparaît pourtant pas - en général - dans le Top 5 des meilleurs "Tintin" établi par les experts de tout poil. C'est que l'ambiance angoissante qui règne dans les quelques dix premières pages du livre (la fin du monde proche, le dérèglement du quotidien sous la chaleur grandissante, la folie qui contamine les personnages, puis la délivrance du tremblement de terre) n'a pas d'équivalent me semble-t-il dans l’œuvre de Hergé, et a marqué durablement mon inconscient. Si l'on ajoute la toute dernière partie du livre, quand l'effet du métal extraterrestre sur la nature se traduit en visions délirantes de champignons géants explosifs et d'insectes cauchemardesques, on se rend compte combien "l'Etoile Mystérieuse" est un livre singulier, qui marque d'ailleurs l'apparition d'une touche fantastique chez Hergé (que l'on retrouvera bien entendu dans "les 7 Boules de Cristal"). La partie centrale, décrivant - signe des temps puisque le livre date de 1942 - une course maritime entre un navire affrété par l'Europe de l'Axe (les bons) et un autre, américain, financé par un juif au nez crochu (les méchants, prêts à toutes les fourberies pour triompher) est la plus faible... sans même vouloir reparler du dérapage politique de Hergé, vite corrigé certes mais qui entachera durablement son image ! Tout cela reste toutefois très amusant grâce à l'accumulation de gags très "slapsticks" (chutes, chocs, etc.), à un Milou ne suivant que son estomac, et à un Capitaine Haddock à l'alcoolisme joyeux, célébré cette fois avec une allégresse bien éloignée du politiquement correct actuel.

PS 1 : Il est intéressant de relever un détail qui achève de distinguer stylistiquement "l'Etoile Mystérieuse" des autres "Tintin", la présence d'ombres portées dans les pages 6, 7 et 8, qui accentuent le caractère expressionniste de ces scènes angoissantes.

PS 2 : "L'Etoile Mystérieuse" fut le premier "Tintin" à être publié originellement en couleurs, et bénéficie de teintes ocres plus douces que celles de la palette habituelle des albums de Hergé, ce qui ajoute un certain charme aux scènes maritimes et à l'exploration de l’aérolithe.

 

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20 février 2017

"Loving" de Jeff Nichols : scènes de la vie conjugale

Loving affiche"Loving" est ce que les journalistes snobs et pas très anglophones appellent un film "déceptif", c'est-à-dire trompeur, et pas décevant... même si les fans hardcore de l'aimable Jeff Nichols ressentiront probablement un pincement de déception en constatant que leur idole s'éloigne cette fois de son chemin indie / fantastique pour aller patauger, en apparence du moins, dans le marigot du politiquement correct édifiant de Hollywood. Pas de panique quand même, malgré l'abus, très hollywoodien en effet, de musique visant à souligner avec lourdeur ce que l'image suggère avec grâce : "Loving" n'est pas vraiment un film pamphlet sur l'Amérique réactionnaire qui refusa si longtemps le droit aux "nègres" d'être traités en être humains à part entière, et qui plus est aux blancs de les considérer en tant que tels. Ce n'est pas non plus le récit d'un combat juridique, ici livré en coulisses par des avocats à la fois bien tendres et un peu benêts. Non, contre toute attente, "Loving" est bel et bien une nième peinture très "nicholsienne" de la famille comme cellule essentielle, en résistance contre le monde extérieur : malgré une forme hyper classique, qui traduit une sorte d'apaisement loin des combats du monde, Nichols nous parle encore et toujours de la même chose : comment l'Amour est, comme il survit, comment il résiste, entre un homme et une femme, entre un père et ses fils. Et c'est très beau, filmé ainsi comme une évidence lumineuse, mais une évidence têtue, bornée, à l'image du personnage principal, un homme simple, voire limité, et littéralement habité par cet acteur lui aussi terriblement limité qu'est Joel Edgerton, pour une fois formidablement bien utilisé et dirigé. "Loving" nous murmure une vérité autre, presque un mystère, loin des clichés habituels du genre : le film peut déconcerter, ennuyer peut-être du fait de son rythme ténu et de son refus d'un pathos qui ne demande pourtant qu'à s'épancher. Pas de tragédie ici, pas de révolte, juste la splendeur humble de la vie qui passe, malgré tout. La plus belle scène du film, qui décrit effectivement la démarche de Nichols, est la visite du photographe de LIFE (Michael Shannon, précieux comme souvent) qui observe, en retrait, et saisit quelques instants suspendus d'un bonheur conjugal qu'on voit rarement à l'écran.

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19 février 2017

"Seuls" de David Moreau : encore un échec !

Seuls afficheN'ayant pas (encore) lu la BD très populaire de Gazzotti et Vehlmann, j'ai abordé ce "Seuls" au pitch classique mais intriguant avec une certaine impatience, tant la recherche d'un cinéma "de genre" français s'est toujours avérée décevante, et que toute tentative ambitieuse dans ce domaine est donc précieuse. Malheureusement, cinq minutes de film suffisent à comprendre que le film de David Moreau va vite rejoindre ses prédécesseurs dans le placard poussiéreux des semi-navets : le sieur Moreau manque tellement de talent, voire même de simple technique, en tant que metteur en scène, qu'il rend une bonne partie de son film littéralement insupportable. Piètre directeur d'acteurs en sus, il nous inflige un nombre invraisemblable de scènes ridicules entre ses protagonistes adolescents, sans jamais réussir à faire fonctionner la moindre alchimie entre eux, et donc sans pouvoir crédibiliser ses personnages, ce qui est, rappelons-le, le minimum quand on veut par ailleurs emmener son spectateur vers des horizons fantastiques qui nécessitent la fameuse "suspension consentie de l'incrédulité". Le pire est néanmoins la résolution criminellement stupide de "l'énigme", puisque Moreau et ses scénaristes sortent le joker le plus usé du monde de leur manche, la fameuse explication à la "Lost" qui me rend personnellement fou de rage. Par pure bonté d'âme, on sauvera quelques scènes d'angoisse qui fonctionnent, et puis le joli dernier plan, qui suggère que, au Paradis, Dieu n'est qu'un psychopathe fascisant : joli ! Reste à espérer maintenant qu'il n'y aura jamais de suite à "Seuls".

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18 février 2017

The xx au Zénith le mercredi 15 février

2017 02 15 The xx Zénith (64)21h07, c’est avec quelques minutes de retard sur le programme que Romy, Oliver et Jamie pénètrent sur une scène agencée de manière assez impressionnante : elle est entourée de colonnes pivotantes métalliques, et recouverte du sol au plafond – qui s’abaissera d’ailleurs plus tard pour jouer un rôle de gigantesque miroir – de plaques réfléchissantes, à l’image donc du boîtier du nouvel album, “I See You”. Au centre, surélevées, les machines de Jamie, au milieu desquelles le membre le plus réservé de The xx va trôner tout au long du set. Plus curieux peut-être, et un peu préocupant a priori, pas d’amplis derrière Romy et Oliver, ni de retours devant eux ! Mais mon inquiétude ne dure pas, car dès le premier morceau, l’accrocheur – et un peu facile – Say Something Loving, le son est parfait, avec la guitare de Romy, juste en face de nous, et la basse d’Oliver, sur la droite, toutes deux parfaitement audibles… et avec le plus important, les voix superbes des deux chanteurs extraordinairement bien sonorisées. Crystalised et Islands, deux extraits du fameux premier album, enfoncent le clou : cette musique est tout simplement magnifique ! Et j’ai envie de dire magique, si je n’avais moi-même tendance à utiliser cet adjectif à tort et à travers !

Il y a quelque chose d’assez inexplicable dans l’alchimie des deux voix de Romy et Olivier, chacun d’un côté de la scène, qui se répondent, se jaugent, s’affrontent, se complètent, et construisent de mini cathédrales émotionnelles, dont les albums ne donnent qu’un aperçu très limité. La sensation de beauté, d’élévation qui se dégage des chansons est étonnante : tout autour de nous, le public semble aussi fasciné que nous, il y a une sorte de suspension miraculeuse de la réalité qui est la marque des grands événements musicaux.

2017 02 15 The xx Zénith (118)Ni Romy ni Oliver n’ont la beauté des “stars” de rock plus classiques, ce sont deux jeunes anglais ordinaires, mais il se dégage d’eux une chaleur, une tendresse, une humanité qui tranche avec le commun des groupes de Rock. Bon, régulièrement, Oliver se lance quand même dans une chorégraphie de bassiste, son instrument rasant le sol, et vient chercher le contact avec Romy. La complicité qui les unit est clairement l’épine dorsale, et la chair aussi, de la musique de The xx. Derrière eux, Jamie est l’architecte sonore, qui construit une sorte de paysage sonique fluide, mais dont, au fond, on pourrait se passer : d’ailleurs quand Romy nous fait une chanson en solo – elle annonce être très nerveuse de se livrer à ce type d’exercice -, la beauté est toujours là : « It is a performance, I do it all so you won’t see me hurting, when my heart it breaks… I’ll put on a brave face. » Et c’est saisissant, bouleversant. Finalement, plus la musique de The xx est dénudée, réduite à l’essentiel – deux voix magnifiques, quelques arpèges de guitare et une basse qui swingue -, plus elle nous touche.

Un peu plus tard, c’est au tour d’Oliver de nous serrer le cœur avec le magnifique A Violent Noise, LA chanson qui m’a fait vraiment entrer dans le monde de The xx. Le public est maintenant extatique, et comme dans tout grand concert, ce bonheur vient se réverbérer sur scène, poussant le groupe à l’excellence. Romy et Oliver irradient de plaisir, ils répètent combien ils sont heureux que Paris les aime autant. Plus le set avance, plus les lumières deviennent superbes, et le basculement du plafond réfléchissant ajoute une indéniable magie au set. Dangerous, le morceau le plus accrocheur du dernier album provoque une ovation. Quand Romy et Oliver essaient de prendre la parole, les applaudissements continus du public ne leurs laissent pas la possibilité de le faire. Le set se termine sur un morceau de Jamie xx, infra basses et baston de nightclubbing. Cela fait à peine une heure dix qu’ils jouent… Trop court !

Ils reviennent heureusement pour un rappel entamé par le titre le plus commercial de “I See You”, le très commercial et chatoyant On Hold, avant que le célébrissime – mais pas encore usé pour autant – Intro ne nous rappelle que oui, The xx est aussi, et toujours un groupe de Rock.

Un grand groupe, un concert littéralement enchanté. The xx comptent donc désormais un fan de plus.

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17 février 2017

"Ty Segall" de Ty Segall : Rock'n'Roll !

Ty_SegallAlors que le monde entier a les yeux tournés vers une poignée de (soi-disant) stars médiatiques dont la "musique" ravit autant les masses dociles que les publicitaires avides de "vecteurs" pour vendre leur m..., il est de plus en plus facile de passer à côté de véritables artistes majeurs, qui en des temps plus aimables, auraient déjà émergé de l'anonymat de leur "garage". Ty Segall est peut-être bien de la trempe des plus grands rockers du passé (en tous cas, ça se discute...), mais a-t-il pour autant aujourd'hui la visibilité qu'il mérite dans un monde où la disponibilité apparente de la musique dilue l'attention de tous ? Il faut avouer que Ty lui-même, publiant trop de disques irréguliers aux styles dissemblables, ne facilite certainement pas la tâche au grand public : la bonne nouvelle, c'est que ce second album éponyme - une manière de remettre les compteurs à zéro, on imagine - est extraordinairement accessible, varié, divertissant... bienveillant même vis à vis de novices qui y découvriraient le rock échevelé et fougueux de Ty Segall ! Car on y trouve un peu tout, des brûlots punks, des riffs heavy qui donnent envie de "headbanguer" gentiment adossé au bar, des jams de guitares qui nous renvoient aux 70's flamboyantes, des chansons simples aux accents country faciles à mémoriser. Par moments, cette musique semble complètement intemporelle - certains diront "datée" -, tandis qu'à d'autres Ty Segall fait clairement écho au travail très moderne d'un Josh Homme et son robot rock lyrique et impliqué. Dans tous les cas, "Ty Segall", l'album, est une formidable réserve de plaisir pour quiconque n'a pas encore abandonné l'espoir de voir un jour le rock'n'roll "sauver nos vies". Merci à Ty Segall pour toute cette énergie et cette joie !

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16 février 2017

"Occupied - Saison 1" de Erik Skjoldbjærg, Karianne Lund et Jo Nesbø : politique-fiction

Occupied 1 JaquetteOn peut facilement se gausser des prémisses de "Occupied", justifiant (?) la mise sous tutelle russe des installations pétrolières norvégiennes, et le début du bras de fer entre le Premier Ministre norvégien et les autorités russes de plus en plus "envahissantes", prémisses dont les incohérences et invraisemblances sont nombreuses. Si l'on fait l'impasse sur ses réserves qui n'ont finalement que peu d'importance, alors il faut bien reconnaître que "Occupied" est une jolie petite réussite : empruntant au meilleur du polar scandinave (Jo Nesbo est à l'origine du projet), soit ses personnages complexes, son manque de manichéisme simpliste et de sentimentalisme, et une sorte de noirceur atone qui en fait souvent le sel, "Occupied" dépasse le niveau du thriller habituel pour générer de passionnantes interrogations. Il n'est pas si difficile que cela en effet de repenser au comportement de la France de Vichy collaborant ardemment - ou au niveau des individus, de manière totalement intéressée financièrement - avec l'envahisseur, et aux balbutiement de la Résistance française, bien évidemment qualifiée de "terroriste" (n'oublions jamais alors que nous avons ce mot à la bouche 24 heures sur 24 heures, que les opposants aux régimes installés sont toujours qualifiés de terroristes...). Plus près de nous, les tactiques et manipulations diverses mises en place par la Russie pour gagner le contrôle de la Norvège sont tout-à-fait comparables à ce que nous avons vu - dans la "vraie vie" comme on dit - déployé en Crimée et en Ukraine en général : cette politique-fiction-là, aussi fragile soit-elle, s'avère quand même un formidable écho à notre réalité et nos angoisses contemporaines. Bref, "Occupied" divertit grâce à son rythme implacable, aux surprises de son scénario bien troussé qui ne ménage pas ses personnages, mais fait surtout beaucoup réfléchir pourvu qu'on accepte de jouer ce jeu fascinant du "et si..., et si...". Du coup on attend la seconde saison avec impatience.

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15 février 2017

"Jackie" de Pablo Larrain : Camelot.

Jackie afficheCeux qui comme moi étaient enfants à l'époque de l'assassinat de JFK se souviennent de l'admiration générale qui se manifesta alors envers Jackie, qui assuma pendant les quelques semaines critiques suivant la mort de son mari une position de "First Lady" qui frappa l'imagination des gens à travers le monde. L'intelligence de Pablo Larrain est de concentrer son film sur ces quelques jours, avec seulement quelques flashbacks sur la Jackie "d'avant", qui dilapidait avec insouciance l'argent du gouvernement fédéral pour remeubler la Maison Blanche. Aidé dans son approche par une Natalie Portman visiblement très impliquée dans un jeu de mimétisme absolu (un peu lourd parfois, néanmoins), Larrain nous peint le portrait assez radical - la musique stridente participant à un certain inconfort du spectateur - d'une femme qui vit simultanément un séisme émotionnel et "son moment de grandeur" face à l'Histoire : on peut penser qu'elle fait ce qu'elle fait pour elle-même plus que pour l'héritage de JFK, et la ridicule imagerie d'un Camelot de comédie musicale de pacotille. "Jackie" dénote donc une approche passionnante, et est construit avec une volonté paradoxale de ne pas caresser son spectateur dans le sens du poil... Sauf qu'il le fait si bien que le spectateur s'ennuie assez affreusement devant un film qui ne lui accorde jamais sa place, qui lui refuse toute empathie avec des personnages psychorigides et peu aimables. Bref, un beau projet, mais un film dont on se passerait facilement.

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14 février 2017

"A Ta Merci" de Fishbach : c'est comme ça...

A_Ta_MerciOn dirait bien que depuis le succès quasi stellaire (et justifié, à mon sens) de Christine & The Queens, la recherche de jeunes femmes sexuellement troublantes ou décalées, jouant de la musique que l'on pourrait estampiller 80's, et chantant des textes ambitieux ou au moins sombres sur le trouble d'identité, bat son plein en France. On avait aimé Jeanne Added l'année dernière, on suit donc le mouvement - mené bien entendu par les hipsters des Inrocks - en écoutant Flora Fischback (dite Fishbach) en ce début 2017. Ce joli album qu'est "A Ta Merci" a été lancé sur les rails du succès par la locomotive assez irrésistible qu'est "Un Autre que Moi", mais on ne peut pas dire qu'il regorge de nombreuses merveilles du même niveau. Au contraire, la première impression que laisse l'album est plutôt de fadeur, de platitude : là où le passé (soi-disant) "punk" de la demoiselle, ainsi que les échos de Catherine Ringer dans sa voix sensuelle pouvaient laisser espérer une approche un tant soit peu peu rêche, on a quand même droit à une ambiance gentiment consensuelle, pour ne pas dire très radio friendly. Et c'est dommage car lorsque Flora lâche un peu les rênes, qu'elle se laisse aller à une sorte de lyrisme menaçant, comme dans "On Me Dit Tu", sans nul doute le meilleur titre de l'album, on touche quelque chose d'intéressant. De la même manière, les touches un peu vulgaires, "à la Rita Mitsouko" ça et là laissent espérer un peu plus de désordre dans ce disque beaucoup trop sage. La prochaine fois peut-être ?

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13 février 2017

Séance de rattrapage : "Comancheria" de David MacKenzie

Comancheria afficheL'Amérique reste un beau sujet, un sujet que le cinéma n'a toujours pas épuisé, après toutes ces années de westerns ou de thrillers, plus ou moins réussis, interrogeant à travers les codes du genre les "racines du mal". "Comancheria", en prenant tout son temps pour peindre à petites touches le désespoir profond d'une Amérique ruinée par la crise des subprimes, aux mains des banques qui se livrent à un nouveau pillage en règle (ici mis audacieusement en parallèle avec l'expropriation des terres indiennes par les blancs... pourquoi pas ?), touche juste : en plein coeur. Mais la grande habileté de David MacKenzie, c'est de jouer en toute sincérité l'empathie avec "les deux côtés" - truands et marshalls sont aussi émouvants les uns que les autres, et le film ne nous sommes jamais de choisir notre bord... Jusqu'à la dernière ligne droite du film quand une balle bien placée met fin à nos illusions : "Comancheria" n'était pas (que) une sympathique comédie "sociale" recyclant les clichés habituels sur l'Amérique profonde (sexisme, racisme, bibine et big guns...), et la tragédie s'est invitée sans crier gare. On ne sort donc pas de la mouise, de la crise, sans verser de sang, sans courir le risque de voir son âme devenir "noire". La conclusion du film, intelligemment suspendue mais implacablement pessimiste, achève de classer "Comancheria" dans les grands films, politiques ou non... Sinon, on peut célébrer la perfection de la mise en scène, de la photographie, de la direction d'acteurs (Ben Foster est particulièrement éblouissant), de la musique (Cave et Ellis ont encore frappé !), mais ce n'est guère nécessaire par rapport à la pertinence et la force du sujet de "Comancheria".

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12 février 2017

Revoyons les classiques du cinéma français : "Le Petit Soldat" de Jean-Luc Godard (1960)

le petit Soldat"Le Petit Soldat" est le second film de Jean-Luc Godard, qui vient immédiatement après le triomphe artistique de "A Bout de Souffle". C'est aujourd'hui un film un peu oublié, souvent considéré comme mineur au sein de l'impressionnante filmographie de (celui qui n'était pas encore...) l'ermite de Rolle. Pourtant en 1960, Godard y décrit de manière claire, agressive même, le combat sordide de l'extrême droite contre les agents du FLN en France et en Suisse. Il y montre les pratiques de tortures et d'assassinats qui fleurissaient. Et surtout il y explique que la France ne pourra jamais gagner cette guerre injuste. Du coup, "le Petit Soldat" subira un temps les foudres de la censure. Stylistiquement, le film est moins révolutionnaire que son illustre prédécesseur, même si la mise en scène de Godard, souvent très inspirée, tranche radicalement avec les pratiques de l'époque, et si la fougue de la jeunesse irradie encore le film. Bien sûr, Subor n'a pas le dixième du charisme de Belmondo (qui aurait changé la face du cinéma s'il avait seulement tourné plus régulièrement avec Godard !), et la post-synchronisation laxiste déréalise complètement des scènes qui auraient gagné à exprimer plus de tension. Heureusement, le film restera dans les mémoires grâce à deux scènes magiques, godardiennes en diable : la séance de shooting avec une Anna Karina dont on tombe instantanément amoureux, quitte à payer 50 dollars, et un superbe monologue de Subor qui permet pour la première fois (?) à Godard de faire preuve, non sans pugnacité, de cette virtuosité avec le langage et avec les concepts qui deviendra sa signature.

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