Le journal de Pok

25 janvier 2020

Circa Waves à l'Olympia (Paris) en première partie de Two Door Cinema Club le jeudi 23 janvier

2020 01 23 Circa Waves Olympia (9)

20h08 :  on n'entend plus beaucoup de jeunes groupes anglais de nos jours qui s'attellent à la perpétuation de la belle tradition britannique du rock (mélodique) à guitares, ce qui fait que les 40 minutes joyeuses, dynamiques, et en tous points conformes à l'évangile selon St. Ray (Davies) et St. Paul (qui d’autre ?), proposées ce soir par Circa Waves nous ont semblé une vraie cure de jouvence. Oui en 2020, on peut encore composer des chansons accrocheuses, et les jouer à fond la caisse avec deux guitares sur une rythmique très énervée. Et faire danser toute l'Olympia qui n'est même pas venue pour vous. Belle découverte donc que ce premier concert - pour nous - d'un groupe qui a déjà une solide réputation de l’autre côté du Channel, et qui se distingue franchement du lot, grâce en particulier à un batteur forcené et à son leader, Kieran, un excellent chanteur, fort sympathique en plus, ce qui ne gâche rien. Sur un tempo rapide, Circa Waves enchaîne les mélodies accrocheuses, mais varie les tonalités, parfois plus pop, parfois plus agressives, toujours convaincantes. A noter le nouveau single, Jacqueline, particulièrement efficace… Il est temps que ce groupe trouve en France la reconnaissance qu’il mérite !

 

 

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24 janvier 2020

"Giri / Haji" de Joe Barton : Londres / Tokyo

Giri Haji affiche

De temps en temps, et peut-être même de plus en plus souvent, la politique de l'arrosage tout azimut de Netflix porte ses fruits, et "Giri / Haji", série britannique sous très, très forte influence nippone peut être considérée comme une véritable réussite, pour peu que l'on ferme les yeux sur quelques invraisemblances scénaristiques et quelques afféteries formelles inutiles. Pas grand-chose en fait par rapport à la puissance émotionnelle d'une très belle histoire policière, écartelée entre deux lieux (Londres et Tokyo), qui vire rapidement à la tragédie familiale, un peu à la manière des grands films de James Gray, si l'on veut...

Bien sûr, la recette est des plus risquées, qui jongle avec les décalages culturels, générateurs de malentendus et de conflits (souvent amusants, d'ailleurs...) autant qu'avec les genres (du film de yakuzas avec ses codes réjouissants au drame sentimental, en passant même - lors d'une pré-conclusion littéralement sidérante - par le film de ballet !). Pour faire tenir le tout debout, et nous faire avaler de redoutables ruptures de rythme, puisqu'après un démarrage pétaradant et un très beau quatrième épisode en flashback, la série choisit la quasi-immobilité jusqu'à un final assez culotté dans ses tonalités dépressives, il faut une sacrée combinaison de talents : des acteurs superlatifs (Yôsuke Kubozoka dégage un charisme renversant, clé de la crédibilité d'une histoire qui tourne seulement autour de lui, Kelly MacDonald est une nouvelle fois bouleversante, Will Sharpe est constamment drôle et poignant en prostitué flamboyant,... mais il faudrait citer chaque acteur, tant tous les seconds rôles sont soignés...), une réalisation impeccable, magnifiant aussi bien les gun flights que les moments atmosphériques ou sentimentaux, et surtout un scénario qui ménage suffisamment de surprises pour accrocher le téléspectateur sans pour autant tomber dans le twist à outrance, ou bien la liquidation systématique de personnages importants (... même si ...).

Alors oui, certaines audaces formelles, comme les passages dessinés - malheureusement trop vite réservés à la récapitulation en début d'épisode -, ou le split screen (multiple, horizontal) - qui n'apporte pas grand-chose -, ou encore le changement de format d'écran et le passage au Noir et Blanc - pas forcement cohérents en termes de temporalité - s'avèrent soit gratuites, soit sous-utilisées, nourrissant des regrets quant à une forme encore plus sophistiquée qui aurait aidé "Giri / Haji" à sortir encore plus du lot.

En l'état, nous voilà déjà devant un mélange de genres assez inattendu, oscillant entre rires, tension et larmes, sans prôner une efficacité systématique qui risquerait de le déshumaniser : une réussite, dont on espère même qu'elle aura une suite...

PS : A noter le titre curieux - car son lien avec le scénario est des plus ténus - de la série : "Giri / Haji" met en opposition deux termes réputés pour être intraduisibles car recouvrant des concepts excessivement japonais. Ce sens du devoir ("Giri") qui devient une obligation génératrice d'humiliation, et cette honte ("Haji") que l'on ressent en public sont deux marqueurs indiscutables du fossé culturel entre l'Occident et l'Empire du Soleil Levant, et sont probablement brandis par la série comme symboles de ce grand écart douloureux qu'effectuent ici les personnages principaux, et qui mène tout droit à la tragédie.

 

 

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23 janvier 2020

"A l'Aube" de Philippe Djian : les promesses de l'aube

A l Aube

Depuis le temps qu'on lit et qu'on aime Djian, et compte tenu de son rythme de production stakhanoviste, il est difficile de prétendre que nous avons été bluffés, voire même surpris par "A l'aube", où il réutilise sans encore les remettre en question les outils formels qu'il a lentement développés au cours de la dernière décennie : intégration des dialogues dans le flux narratif, simplification radicale de la ponctuation, ellipses sauvages évidant le récit de certaines de ses scènes-clé, etc. Le novice sera évidemment désorienté et furieusement secoué, tandis que l'habitué se retrouvera en terrain connu, et selon son humeur, pourra s'irriter de ce qui tourne parfois au gimmick manipulateur ou bien se réjouir de l'efficacité indéniable de ce "style" si particulier.

Djian transporte cette fois ses habituels conflits brutaux mélangeant famille, sexe et délitement sociétal dans des USA dévorés par la puissance imbécile du Commerce (vendre des vêtements aux riches bourgeoises new-yorkaises ou bien son corps à leurs maris, banquiers arrogants, c'est la même torture...), dans laquelle s'est dissoute la radicalisation politique des derniers rebelles du XXe siècle : il y perd un peu de la crédibilité de ses situations, mais réussit à générer un léger exotisme déstabilisant, qui concourt au sentiment anxiogène que tout peut arriver.

Mais c'est surtout cette fois le déroulement de la fiction qui interpelle et se révèle marquant : avec une conclusion de son intrigue principale à mi-parcours et une seconde partie qui semble floue et sans objet, "A l'aube" nous assène le coup de grâce dans ses dernières lignes aussi inattendues que parfaitement logiques.

Et Djian réussit une fois de plus son coup, tenant toutes ses promesses.

 

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22 janvier 2020

"Ghosteen" de Nick Cave : l'homme dans le labyrinthe

Ghosteen

L'album le plus marquant de 2019 est aussi celui sur lequel on a le moins envie d'écrire. Car que rajouter aux mots et aux sons que peut produire un homme qui a perdu son enfant ? Et d'autant plus quand cet homme est l'un des artistes les plus féconds, non, les plus essentiels de la musique de ces dernières décennies ?

Après le choc obscène de l'accident et de la disparition qui avait vrillé dans l'horreur son album précédent, d'une noirceur absolue, Nick Cave revient cette fois arpenter dans tous les sens les terres désolées du deuil, magnifiquement supporté par les drones et les gribouillages électroniques du fidèle - et brillant - Warren Ellis. Il cherche, cherche, comme tout père dévasté, un sens à tout cela, sachant comme tout père dévasté qu'il n'en trouvera pas. La douleur est tantôt aigüe et insupportable, tantôt sourde et anesthésiante, et il n'y a ni rédemption ni solution. Ni rime ni raison.

La première partie du disque (celle des enfants, nous dit Cave) est d'une beauté sublime, avec ces mélodies irrésistibles dont il a toujours eu le secret, et cette douleur tremblante qui éblouit presque tant elle est crue. La seconde partie (celle des parents...) est plus austère, plus sombre : labyrinthique, le trajet qu'elle propose dans une sorte de forêt primaire de la conscience doit permettre à l'artiste de retrouver une forme de vie possible alors que tout est mort. Les dernières notes, les derniers mots de "Ghosteen" n'apportent néanmoins rien qui ressemble ni à une libération, ni à un renoncement. Le labyrinthe n'a pas de sortie.

'Ghosteen", qu'on n'a pas forcément l'envie ni le courage d'écouter en boucle, est sans doute un nouveau sommet dans la carrière stupéfiante de Nick Cave, tant de par sa forme parfois assez radicale (mots parlés et chant primal, électronique reduite à sa plus simple expression) que de par sa suprême, sa bouleversante honnêteté.

Maintenant, à partir de là, où aller ? Comment continuer ?

 

 

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21 janvier 2020

Le dernier des Top 10 de 2019 : mes 10 BDs préférées dans celles que j'ai lues...

Le Dieu Vagabond

Et voilà enfin le bilan d'une très belle année BDs :

1. Le Dieu Vagabond de Fabrizio Dori (image)

2. Karoo de Bézian et Tesich

3. Un Destin de Trouveur de Gess

4. Les Cahiers d'Esther T4 - Histoires de les 13 ans de Riad Sattouf

5. Ada de Barbara Baldi

6. Saccage de Frederik Peeters

7. Open Bar de Fabcaro

8. Ô Joséphine de Jason

9. Tom Thomson, esquisses d'un printemps de Sandrine Revel

10. Aspirine T2 - Un Vrai Bain de Sang de Joann Sfar

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20 janvier 2020

"L'Au-delà" de Double Date with Death : la séduction de la langue française

l au dela

Puisque l’on s’extasie régulièrement sur la vitalité du garage rock, sans aucun doute le genre musical (dans le périmètre du Rock, hein !) le plus universellement pratiqué de nos jours, profitons d’une autre bonne nouvelle de ce début d’année venue de l’autre côté de l’Atlantique, de la très dynamique scène montréalaise… Voilà donc Double Date with Death (soit un joli nom de groupe !), un quatuor québécois ayant établi sa réputation sur scène avec des sets ravageurs : il s’agit là du deuxième album des Canadiens très énervés, après un Headspace déjà notable datant déjà de 2016, et c’est l’occasion idéale pour faire entrer ce groupe dans la shortlist de nos chouchous.

Comme au Québec, on ne plaisante pas avec la défense de la langue française à jamais acculée par l’impérialisme anglophone, Double Date with Death a opté cette fois pour un album tout en français, ce qui passe comme une lettre à la poste sur les chansons les plus punks, mais désoriente un peu plus sur les (rares) morceaux moins speedés (finalement, on peut presque y retrouver des échos des débuts de nos Téléphone et Starshooter nationaux, comme sur le – presque – radio-friendly Trou Noir… ce qui n’est pas désagréable…). On sera d’accord en tous cas qu’il s’agit là d’une bonne idée, car du coup, Double Date with Death se différencie des milliers d’autres énervés pratiquant l’extrémisme sonore dans les toutes les caves de la planète.

A l’image de sa jolie pochette – qui pourrait illustrer un disque de King Gizzard -, le punk rock des québécois est désormais emprunt d’une juste dose de psychédélisme bien dans l’air du temps, comme le démontrent un Kodak ou un Fluorescent, qui explorent des ambiances plus pop, plus rêveuses même, et laissent percer quelques rais de lumière dans les sous-bois de l’impressionnante forêt millénaire de l’illustration. Mais, et c’est heureux, l’Au-delà se distingue toujours par une énergie ravageuse et un jusqu’au-boutisme rafraichissant : cette musique va vite, très vite même, au fil de riffs sauvages portés par une basse tellurique, et on se réjouit à l’avance à l’idée des pogos sauvages que susciteront immanquablement des brûlots comme l’épique introduction de Forêt, le semi-instrumental Copier-Coller, oul’irrésistible Princesse de l’au-delà. Reste que les compositions font preuve d’un véritable sens de la mélodie, qui leur permettra de séduire un public allant au-delà des forcenés du garage punk.

Finalement, L’Au-Delà n’a qu’un seul véritable défaut, sa brièveté : avec 21 minutes seulement au compteur, il nous est difficile de ne pas nous sentir frustrés quand un Jeu Funiculaire particulièrement séduisant clôt, bien trop tôt, les hostilités…

 

 

 

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19 janvier 2020

"1917" de Sam Mendes : Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

1917 affiche

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui est, dans sa logique propre, disposée à faire feu de tout bois sans se poser trop de questions pourvu que le spectateur en ait pour son argent et que le critique - de plus en plus ignare - puisse crier au film génial. Ce qui ne veut pas dire que nous, qui avons encore du respect pour cet Art plus que centenaire, devions accepter qu'on puisse raconter n'importe quoi en utilisant n'importe quel procédé.

"1917" est un film efficace, spectaculaire, fascinant, fort émotionnellement mais qui pose un sacré problème. Oui, le même que celui du film de Pontecorvo (à propos duquel fut écrit le fameux texte polémique du "Travelling de Kapo"), même si le massacre de la Première Guerre mondiale n'est de toute évidence pas un sujet aussi impossible à filmer que l'Holocauste.

"1917", au final, est du même niveau que les "James Bond" que Mendes affecte désormais de snober, voire, sans pousser le bouchon bien plus loin, du même tonneau que les soupes de la maison Disney / Marvel. Du grand spectacle fait pour émoustiller le spectateur, lui faire peur, lui faire horreur, le faire verser sa larme. Avec une parfaite efficacité. Mais le faire réfléchir, lui offrir un point de vue historique, lui parler de (vraie) politique, grand dieu nom ! Dépasser les stéréotypes du sentimentalisme (la petite larme qu'on verse) pour interroger la tragédie humaine, surtout pas !

L'artisan sans âme Mendes, semble-t-il incapable de comprendre la puissance du Cinéma, commence par nous faire le coup minable de la performance technique "suprême", le (faux) plan séquence. Et passe outre le fait que ce qui fonctionne chez Cuaron, quand il nous aide à vivre une aventure purement imaginaire dans l'espace et nous convainc de sa crédibilité en jouant l'immersion totale, devient un manque de respect total vs à vis de l'épreuve insoutenable qu'on vécu nos aïeux, assimilés ici à des personnages dont on épie les faits et gestes sans aucune empathie réelle.

Comme si cela ne suffisait pas, Mendes fait ce qu'il sait le mieux faire, et recycle les clichés du blockbuster (l'avion qui s'écrase pile sur la grange, les cascades nord-américaines dans les plaines de l'Est de la France, les tunnels qui s'effondrent juste comme il faut, la musique omniprésente explicitant la "bonne" atmosphère comme une béquille permanente à la mise en scène, etc.) sans trop de soucier de logique, de topographie, de géographie, de mécanique, de vérité historique (quoi, vous plaisantez ?). Il ira même, dans l'un des pires moments du film, jusqu'à faire illuminer par son brillant chef-opérateur une belle cathédrale en flammes, une jolie ville détruite, histoire de nous en mettre plein les mirettes.

D'autres que moi, plus experts en la matière, ont aussi identifié la construction du film selon les canons du jeu vidéo, un principe immédiatement séduisant aux yeux de la partie la plus jeune du public, augmentant encore la "pénétration" de l'audience, comme le souhaitent tous les Marketers du cinéma : déroulement en niveaux, reconnaissables par des codes couleurs différents, défi à chaque niveau après l'exploration de l'espace, collection d'objets qui seront utiles pour franchir le niveau suivant...

Il faut encore en passer, malheureusement, par le chantage final aux "faits réels", bien sûr mensonger, puisque le pauvre scénario de "1917" sort de l'imagination limitée de quelque tâcheron des studios, mais autorisé par les "souvenirs d'enfance" des récits du bon grand-papa de Sam Mendes... on conviendra, il me semble, qu'on n'est pas loin du "dégueulasse" quand même.. Surtout si, comme moi, on imaginait (mais, pourquoi, je vous demande !) qu'on allait voir du CINEMA qui nous raconterait la pire des guerres avec un minimum d'empathie pour l'infinie souffrance des combattants et de respect pour l'Histoire.

Bref, on a passé un bon moment devant "1917", mieux réalisé que le dernier "Star Wars", mais on a surtout été "entertained", comme prévu, comme clairement voulu par les financiers du film. Que les jurés des prix US préfèrent récompenser ce genre de films totalement anodins et bien pensants, conçus pour ramasser un maximum d'argent, plutôt que la superbe peinture de notre déclin mental et social qu'est "Joker", est parfaitement logique.

Pour ceux d'entre nous qui veulent comprendre la Première Guerre Mondiale, ils peuvent toujours lire les livres formidables - et éprouvants - de Tardi, revoir le bouleversant "les Croix de Bois" ou le féroce "les Sentiers de la Gloire"... ou mieux encore (oui j'ose !) relire Céline. Malheureusement, une grande partie d'entre nous, faute de temps ou peut-être d'envie, se contentera de vider notre seau de popcorn au Multiplexe devant "1917", un film qui veut surtout nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

 

 

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18 janvier 2020

Séance de rattrapage : "Trois Jours et une Vie" de Nicolas Boukhrief : n'est pas Chabrol qui veut...

Trois Jours et une Vie affiche

N'est pas Chabrol qui veut.

On saisit bien ce que Boukhrief veut faire avec son "Trois Jours et une Vie", c'est-à-dire le portrait désormais convenu d'une petite communauté vivant en quasi autarcie, et enfouissant ses secrets honteux, qui finissent par condamner tout le monde à une vie sans lumière, sans joie, sans espoir. Très bien, et ce d'autant que le livre de Pierre Lemaître dont le film est tiré (Lemaître ayant par ailleurs participé à l'adaptation) a fort bonne réputation.

Et pourtant le résultat est quelconque, frôlant même occasionnellement le désolant. Des dialogues qui sonnent faux, des situations maladroites auxquelles on ne croit pas une seconde, une interprétation fluctuante (Berling est affreusement mauvais, Bonnaire à des années-lumière de son génie passé, et l'enfant jouant le rôle principal dans la première partie du film échoue à faire passer le moindre sentiment), une mise en scène qui n'arrive jamais à créer un quelconque effet "oppressant" malgré la beauté de la nature des Ardennes belges... Pas grand chose à sauver, au point que, quand la prison se referme sur le héros, qui s'aperçoit par ailleurs que son acte a déjà condamné tous ceux qu'il aime à une vie de malheur, on est plus séduits par "le concept" que par son exécution dans un film auquel on n'est jamais arrivé à croire.

Bref, de très belles idées - qui viennent du livre, donc -, en particulier autour des conséquences de la méga-tempête de 1999, mais très, très peu de cinéma digne de ce nom.

N'est pas Chabrol qui veut, ni même Granier-Deferre, et "Trois Jours et une Vie" a plus une allure de téléfilm de la défunte ORTF.

 

 

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17 janvier 2020

"Beauty Dies" de SEYES : de l'autre côté du miroir bleu du monde

SEYES Beauty Dies

La Beauté est-elle mortelle ? Oui, absolument, nous répondent Charlotte Savary (textes et chant) et Marine Thibault (machines, piano, flûte et chœurs), les deux fausses sœurs et vraies âmes-sœurs qui ont monté le duo électro (… mais pas que… !) SEYES. Et cette mortalité est à la fois une malédiction – surtout quand c’est l’homme qui détruit à bras raccourcis le monde – et une merveille, car, bien sûr, c’est dans l’éphémère que réside la plus belle émotion, notre rapport le plus pur, le plus intense avec la Beauté.

Quand on se lance dans cette belle aventure qu’est la découverte de Beauty Dies, le premier album de SEYES, on est tout de suite frappé par l’évidence, par la force de cette musique, dont on sent qu’elle n’est pas née d’hier et ne traduit rien de superficiel, rien des modes actuelles, malgré l’usage intensif de l’électronique. Bien entendu, la voix superbe – et changeante – de Charlotte évoquera facilement le timbre mémorable de l’inoubliable Beth Gibbons, ce qui, on en conviendra, n’est pas la pire des références. Mais la musique de SEYES – mot-palindrome au sens mystérieux et changeant, que l’on prononcera comme on l’entend – explore une variété de genres et d’ambiances musicales beaucoup plus large que l’unique tonalité bleue de la pochette pourrait le laisser penser. Du trip hop des origines aux influences classiques et world, les compositions de Marine font feu de tout bois, et recherchent avant tout une organicité qui peut sembler a priori antinomique par rapport à l’utilisation de machines.

C’est que nos deux musiciennes ne sont pas tombées de la dernière pluie. Elles viennent de loin, d’un passé artistique, parfois commun, qui leur a permis de se fixer un cap clair en termes de ce qu’on qualifierait presque chez elles d’éthique musical pour le projet SEYES : il s’agit ici d’affirmer une approche réellement féminine de la musique, sans tomber dans le militantisme, mais sans faire de concessions aux « règles de l’industrie » et au machisme encore si fort dans le milieu musical. Ce que traduit parfaitement Beauty Dies, depuis les premières notes de son ouverture « dream pop » de Dream in Blue, c’est la sincérité d’une démarche qui conjugue amour de la « vraie musique » (ne jamais tricher semble être l’un des crédos de Marine et Charlotte) et liberté de ton.

L’autre particularité de cet album faussement serein, c’est l’ambition des textes de Charlotte : ils peuvent s’inspirer d’Edgar Allan Poe (The Valley of Unrest), d’Arthur Rimbaud (Au son des Armes, qui part du Dormeur du Val pour retrouver une indispensable contemporanéité), ou du film Johnny Got His Gun de Trumbo (Beauty Dies), ils font avant tout écho aux grandes souffrances et aux grands combats de notre époque (guerre, désordre climatique, grandes migrations, violences faites aux femmes). C’est dire combien cet album-là est profondément engagé à nos côtés, et combien l’apaisement que peut apporter une musique aussi belle ne saurait signifier pour SEYES la tranquillité d’un cocon protégé de la violence du monde.

Le plus beau titre de Beauty Dies est pour nous le magistral Alan in September, inspiré par l’image terrible et pourtant aliénante du corps de ce petit garçon kurde noyé en Turquie : Marine et Charlotte réussissent alors à donner naissance à une sorte de seconde vie à cette pauvre victime, et la tension qui naît du morceau laisse présager pour SEYES un avenir passionnant.

Si Beauty Dies est un disque qui a des racines profondes, puisque sa gestion a commencé en 2015 dans le sillage du drame du Bataclan (évoqué dans Peace) et qu’il sort seulement aujourd’hui en 2020, et qu’il a clairement bénéficié de cette longue maturation, on peut paradoxalement avoir envie que les choses s’accélèrent pour SEYES : que la scène les révèle telles qu’elles sont vraiment, deux jeunes femmes bien de leur temps, et que leur sensibilité aiguë à leur époque se manifeste encore plus vigoureusement dans leurs prochaines compositions. C’est un pari que nous avons très envie de faire.

 

 

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"Valérie Donzelli, le Tourbillon de la Vie" de Thomas Messias et Quentin Mével : la guerre est déclarée... et pas encore perdue

Valérie Donzelli le tourbillon de la vie

D'un côté il y a cette petite collection de la maison Playlist Society, appelée "Face B" (petit format, petit nombre de pages, petit prix, mais grandes ambitions !), qui en est à son quatrième portrait de cinéastes "singuliers", après WisemanImbert et Salvadori. De l'autre, il y a Valérie Donzelli, portée aux nues pour son "la Guerre est Déclarée" puis descendue en flammes par une critique impitoyable pour "Marguerite et Julien". Et enfin largement ignorée en 2019 pour son "Notre Dame" qui méritait pourtant autre chose que cette indifférence...

La rencontre entre une collection "militante" (au sens de la défense d'un beau cinéma hors des normes et des lois du commerce) et d'une véritable auteure, expérimentant formellement avec beaucoup plus d'audace que bien des réalisateurs bien plus célèbres... et célébrés, ne pouvait que donner une centaine de pages passionnantes, excitantes, et même régulièrement terriblement émouvantes.

"Valérie Donzelli, le Tourbillon de la Vie" s'ouvre sur une analyse synthétique impeccable de la filmographie de Donzelli, proposée par Thomas Messias, qui nous donne, évidemment, envie de revoir immédiatement l'intégralité de son oeuvre. Avant d'attaquer le morceau de bravoure, un interview extrêmement exhaustif, mais surtout fin, empathique, et émotionnellement impactant de la réalisatrice. Car à travers la conversation entre Donzelli et Quentin Mevel, se dessinent peu à peu les contours d'une ambition qui, derrière la modestie des propos de l'artiste, est loin d'être banale... Et aussi le récit des épreuves qu'a dû traverser une artiste pour que sa vision puisse se matérialiser en films, courts ou longs métrages, qui puissent être vus du public.

L'intelligence et l'humilité dont fait preuve ici Donzelli contrastent douloureusement avec les difficultés rencontrées durant sa courte "carrière", narrées au fil d'anecdotes aussi souvent savoureuses que douloureuses. Et qui nous font réaliser que, oui, "Notre Dame" est bien un portrait autobiographique d'une jeune femme du XXIè siècle, affrontant une succession irrationnelle d'échecs et de brèves épiphanies, mais se relevant encore et encore, pour nous offrir ces "petites" comédies tragi-comiques et vaguement expérimentales dont nous avons, parfois sans le savoir, terriblement besoin...

... soit une forme de résistance douce mais têtue à la brutalité de la réalité.

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