Le journal de Pok

02 septembre 2015

"Be Sensational" de Jeanne Added : le charme des femmes bassistes

jeanne-added-be-sensationalLe rock (ou l'électro, personnellement, je ne fais pas vraiment de différence...) français serait-il devenu franchement féminin ? On peut l'espérer, quand on récapitule les succès artistiques et commerciaux récents de Christine & The Queens et de The Do... Jeanne Added sera-t-elle la prochaine ? "Be Sensational" est un album un peu moins facile à aimer d'office, parce qu'il souffre d'une certaine hétérogénéité de style : entre des chansons brutales, presque radicales dans leurs sonorités et l'usage systématique de répétitions dans les textes, et des incursions vers une pop plus chatoyante ou vers une musique électronique planante qui peut évoquer Björk, "Be Sensational" commence par donner l'impression de manquer de fil conducteur, comme si Jeanne Added, dont on connaît les antécédents de "musicienne sérieuse" papillonnait encore, plutôt que choisir un style qui serait vraiment le sien. Et puis, au fil des écoutes, on tombe sous le charme de cette voix puissante - qui tranche agréablement avec le timbre de tant de chanteuses françaises limitées - et de ces chansons aux mélodies accrocheuses. On notera la fermeté avec laquelle la Rémoise tient sa basse - comment résister aux charmes des femmes bassistes, je vous le demande - mais également l'inventivité des claviers rajoutés par l'ami Dan (de The Do, justement), deux éléments qui contribuent à élever "Be Sensational" au delà de son statut de premier album au style encore incertain. Jeanne Added porte maintenant beaucoup de nos espoirs.

Posté par Excessif à 13:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


01 septembre 2015

Kasabian à Rock en Seine le Vendredi 28 Août

2015 08 Kasabian Rock en Seine (1)Kasabian a été programmé pour clôturer cette première journée, alors qu’il s’agit quand même d’un groupe pas si célèbre que cela en France, et il y a une certaine incertitude quant à leur capacité à relever le défi…

Alors que nous avons réussi à nous placer sans aucune difficulté au premier rang, sur la droite de l’immense Grande Scène, devant la sono, Kasabian déboule à 23h00, avec cinq minutes d’avance sur le programme, sur des chants aux sonorités africaines : Tom Meighan et Sergio Pizzorno sont visiblement pressés d’en découdre, et de prouver qu’ils sont bien désormais au sommet. Tom a son look habituel de laddie très casual, mais il est impossible de ne pas noter les kilos en plus et les cheveux en moins : petite barbe et lunettes noires, Tom reste toutefois égal à lui-même, même s’il nous a paru nettement, mais nettement moins arrogant qu’auparavant. Au contraire, l’une des caractéristiques les plus agréables de ce set de près de 1h30 sera la bonne humeur et la sympathie qui se dégagera du groupe, et en particulier de l’amitié chaleureuse, évidente, entre Tom et Sergio (c’est assez rare dans un groupe bicéphale pour le signaler !). Sergio, vêtu d’une combinaison moulante noire portant un squelette stylisé, les cheveux longs pris dans un bandeau, semble lui au contraire éternellement jeune, et en tous cas bien plus forme qu’à une époque (une meilleure hygiène de vie ?) : ce sera lui ce soir qui fera vraiment le show. Sinon, comme toujours avec Kasabian, on a Ian Matthews, le batteur enrobé à la frappe colossale, pachydermique, et Jay Mehler le second guitariste virtuose qui étoffe remarquablement la musique, et est responsable de l’aspect le plus « rock » du set. Les autres musiciens sont un peu plus discrets, mais contribuent à créer cette musique désormais monstrueuse qui va soulever ce soir le public au-delà de toute attente…

2015 08 Kasabian Rock en Seine (41)Car le show de ce soir est littéralement dantesque, que cela soit en termes de niveau sonore que de beats irrésistibles, chaque chanson devenant une sorte de monstre techno / dance auquel il est impossible de résister. Le cerveau martelé par la pulsion de la basse et les assauts soniques de la batterie, tout le monde danse dans la tourmente électronique. Oui, Kasabian, bien loin désormais de ses débuts brit pop dans la foulée d’Oasis, est un groupe complètement MODERNE, offrant une version décomplexée de dance music, passée au filtre de l’éternel rock psychédélique : « LET’S GO FUCKING MENTAL !!! » clame Tom, et les dizaines de milliers de spectateurs en face de lui opinent avec enthousiasme, avant de sauter sur place comme des déments. Les hits se succèdent sans répit, nous rappelant que Kasabian a aujourd’hui derrière lui une discographie que bien des groupes plus célébrés par la critique bien-pensante peuvent lui envier : de Bumblebeee en introfracassante(extrait de l’excellent « 48:13 » mal reçu en France), à Club Foot (les débuts, il y a déjà plus de dix ans) en passant par l’inusable Shoot the Runner, la décharge électrique ne faiblit pas. Une réserve cependant, les versions technoïdes d’aujourd’hui laminent évidemment la beauté mélodique de certains morceaux…

… Mais Tom et Sergio ne sont pas tombés de la dernière pluie, et savent comment contourner l’obstacle de nos dernières réticences : voici un break pop, avec le kinksien Thick as Thieves, enchaîné avec une version réussie du People are Strange des Doors, histoire de nous rassurer… Kasabian n’a pas complètement tourné le dos à la pop psychédélique.

2015 08 Kasabian Rock en Seine (47)Nous voilà prêts pour la dernière ligne droite, et cette fois, le bonheur ne sera obscurci d’aucun nuages : Treat et Switchblade Smiles confirment la grandeur de « 48 :13 », tandis que l’inépuisable Fire fédère forcément la foule et amène des sourires sur tous les visages.

Rappel parfait : après l’excellent Stevie (pour moi le meilleur titre du dernier album), voici venu le temps de Vlad the Impaler ! C’est parfait, c’est la pleine lune ce soir, il y a un mec aux allures de vampire bien déchiré qui fait le clown sur la scène (on me dira plus tard qu’il s’agissait de Noel Fielding, un « humoriste » anglais… d’accord !), et tout le monde s’en fout, puisqu’on est tous en train de danser et de brailler. On se quitte sur LSF, et un joli moment presque intime qui voit Sergio et Tom assis sur les escaliers de la scène, se renouvelant leurs vœux d’amitié éternelle. L’arrogance des débuts effacée par l’expérience, Kasabian se distingue aujourd’hui par la force de leur « vision » d’une musique vraiment populaire brisant les barrières entre rock et électro, et par leur indiscutable talent à composer de grandes chansons.

Belle conclusion pour cette belle journée… Il ne nous reste maintenant qu’à galérer pendant une paire d’heures pour rentrer chez nous, dans l’indifférence assourdissante des transports en commun et des taxis parisiens qui ne semblent pas percuter qu’il y a des milliers d’usagers et / ou de clients perdus dans la nuit de St Cloud.

La setlist du concert de Kasabian :

Bumblebeee (48:13 – 2014)

Shoot the Runner (Empire – 2006)

Eez-Eh (48:13 – 2014)

Underdog (West Ryder Pauper Lunatic Asylum – 2009)

Days Are Forgotten (Velociraptor! – 2011)

Club Foot (Kasabian – 2004)

Re‐Wired (Velociraptor! – 2011)

Thick as Thieves (West Ryder Pauper Lunatic Asylum – 2009)

People Are Strange (The Doors cover)

Treat (48:13 – 2014)

Switchblade Smiles (Velociraptor! – 2011)

Pinch Roller (Kasabian – 2004)

Empire (Empire – 2006)

Fire (West Ryder Pauper Lunatic Asylum – 2009)

Encore:

Stevie (48:13 – 2014)

Vlad the Impaler (with Noel Fielding) (West Ryder Pauper Lunatic Asylum – 2009)

Praise You (Fatboy Slim cover)

L.S.F. (Lost Souls Forever) (Kasabian – 2004)

Posté par Excessif à 08:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

31 août 2015

Miossec à Rock en Seine le Vendredi 28 Août

2015 08 Miossec Rock en Seine (3)A la fin du set de FFS, nous nous concertons pour savoir où aller maintenant, en attendant l’heure de Kasabian, qui clora cette première journée de Rock en Seine. Miossec à la Scène de l’Industrie ou Offspring sur la Grande Scène ? Offspring paraît a priori plus prometteur, mais plus nous approchons (en pataugeant pas mal dans la boue restant du déluge qui s’est abattu sur Paris la veille), plus ce que nous entendons nous refroidit : des clichés « punk américains », du gros son caricatural, un manque flagrant d’énergie, tandis que sur les écrans géants, on est obligé d’admettre que le temps a fait son œuvre sur les musiciens. On se rabat donc sur Miossec…

… Sauf que ça sera Miossec ET Offspring en même temps, vu l’orientation inappropriée de la Scène de l’Industrie et le niveau sonore des Américains, recouvrant régulièrement le son plus maigrelet du groupe du Breton ! C’est quand même assez désolant, d’autant que, maudissant régulièrement les « vieux punks » et leurs « skates », Miossec semble s’obstiner à maintenir un climat intimiste, et ne lancera que peu son groupe à l’assaut des cimes sonores. Voici donc un contexte assez déprimant, mais ce ne sera pas le plus grave : car en fait, Miossec, que je n’ai pas revu personnellement sur scène depuis ses débuts (et une prestation assez regrettable à Strasbourg où il avait abondamment insulté les Alsaciens, ce qui n’est pas le mieux pour se mettre le public dans sa poche), reste un chanteur horriblement limité et un personnage finalement peu sympathique sur scène, avec son « humour » (??) assez pitoyable. Incapable de chanter ses propres chansons - la voix est inexistante, le ton est souvent faux, le résultat est accablant - Miossec ne peut que faire le malin en se riant (??) de Offspring ou des statues du parc (pourquoi ? j’avoue que je n’en sais rien). Curieusement, avec son feutre, son physique émacié, sa posture perpétuellement voutée, et son orchestre un poil "classique" (cordes, contrebasse), Miossec me fait penser à un Leonard Cohen, mais un Cohen à qui il manque la sagesse des années - remplacée par la brûlure des excès d'alcool ? - et, justement, la voix. Je frissonne de tristesse sur une version lamentable de Regarde Un Peu la France, un morceau que je me souviens avoir beaucoup aimé, à l’époque de "-boire-". Je dois par contre reconnaître, par honnêteté, qu’il y a eu au cours du set quelques moments intéressants, comme A l’Attaque, morceau pendant lequel Miossec réussit enfin à nous faire passer quelque chose de sa rage, de son malaise. J’ai toutefois eu l’impression que le set fut écourté, sans doute du fait de l’impossibilité de rivaliser avec Offspring, et nous n’eûmes droit qu’à une seule chanson en rappel, Brest, qui aura sans doute contenté les nombreux Bretons présents. Personnellement, je me serai déjà rabattu sur mon sandwich à la raclette (pas très bon non plus).

Posté par Excessif à 08:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

30 août 2015

FFS à Rock en Seine le Vendredi 28 Août

2015 08 FFS Rock en Seine (107)Me voici donc quasi au premier rang devant la Scène de la Cascade pour assister au concert qui a vraiment motivé ma présence aujourd'hui : FFS. Et disons le tout de suite, devant un public conquis et enthousiaste, Franz Ferdinand et les Sparks vont donner un concert parfaitement jubilatoire (qui restera a priori le grand moment de cette première journée de Rock en Scène !), bien supérieur à celui du Bataclan il y a quelques semaines. On sent le « groupe » beaucoup plus rôdé, tandis que l’enthousiasme et la joie qui éclataient sur scène au Bataclan sont plus présents que jamais ; mais c’est sans doute le public, qui semblait connaître mieux l’album, et qui était (logiquement) massivement fan de Franz Ferdinand, qui fait la différence, portant le set à un niveau d’incandescence qui est la marque des grands événements. La set list également fonctionnait idéalement : un peu plus courte, dépouillée des titres (légèrement) plus faibles de l’album, et incluant un « classique » supplémentaire de chaque groupe (Achoo de Sparks dans une version « turbo » qui aurait ravi Tony Visconti, et Walk Away de Franz Ferdinand, forcément impeccable), soit de quoi donc satisfaire tout le monde… sauf un excité derrière moi qui a passé tout le concert à réclamer à grands cris Jacqueline, preuve qu’il ne manque pas de gens pour encore penser assister à un set classique de Franz Ferdinand, malgré les avertissements – et en français – de Alex Kapranos en début de concert.

Impossible cette fois de souligner les points forts du concert, tant l’excellence a régné tout au long de la courte heure du set : même le moment théâtral et fantaisiste de Collaborations don’t Work est passé comme une lettre à la poste, grâce à la bonne humeur générale ! When Do I get to Sing My Way a été par contre partiellement gâché par une poignée de pogoteurs fous assez déplacés à ce moment-là, qui ont semé le chaos et un début de panique au milieu de la foule, mais globalement l’ambiance est restée festive de bout en bout, jusqu’à l’explosion finale de Take Me Out – tout le monde changé en petits pois mexicains – et le bonheur de hurler ensemble « Piss Off ! » au monde entier, tandis que Nick McCarthy effectuait son traditionnel mais impressionnant crowd surfing sans manquer un seul accord. Sinon, je signalerai aux vrais amateurs de Sparks que le « Ron Moment » du jour - sur le final de l'irrésistible Number One Song In Heaven, tandis que le groupe tout entier se déchaine aux percussions - a été particulièrement jouissif, Ron ayant – pour une fois – lui-même beaucoup de mal à conserver son sérieux. Bref, pour reprendre les propos d’une très jeune fille littéralement en larmes à la fin, nous étions tellement, mais tellement heureux d’avoir vu ça !

Posté par Excessif à 20:46 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

29 août 2015

Benjamin Clementine à Rock en Seine le Vendredi 28 Août

2015 08 Benjamin Clementine Rock en Seine (49)Rock en Seine est indubitablement un grand festival, où il vaut mieux ne pas trop se focaliser sur les artistes un peu intimistes... comme Benjamin Clementine par exemple. En plein jour (il est un peu plus de 18 heures quand j'arrive à la Scène de la Cascade, ralenti par la fouille à l'entrée du Parc, et Clementine, qui a débuté son set officiellement depuis une petite dizaine de minutes, est en train de terminer le superbe Condolence), et devant un public pas forcément concerné, il est difficile pour notre grand et beau black préféré de 2015 de communiquer pleinement la magie - pourtant indiscutable - de sa musique. Le fait qu'il soit assis pendant la totalité de son set au piano n'aide pas non plus à créer une vraie communication avec le public, avouons-le. Les chansons s’enchainent dans le plus grand calme, et la voix impressionne… sans vraiment séduire. Bien que conservant leur durée pas très raisonnable, les titres ont même l'air un peu bâclés (je pense par exemple à un London départi cet après-midi de sa "facilité tubesque") : est-ce la liberté que Clementine prend avec le matériau de base, ou bien est-ce que, réellement, cette musique n'est pas faite pour un tel cadre ? Est-ce le soleil, le public clairement en dilettante, ou bien un Clementine lui-même assez "strange" (même s'il semble que cela soit sa nature...) avec son look improbable (grand manteau vert, torse nu dessous) en décalage avec l'exercice délicat de la prestation live en festival ? Toujours est-il que mon attention, comme celle de tous ceux qui m'entourent, visiblement, faiblit peu à peu, et que les applaudissements sont plus de politesse que d'enthousiasme. Pire, alors que le set n'est prévu que pour durer 50 minutes, voilà que Benjamin s'absente pendant un moment interminable, laissant son batteur achever notre patience avec un solo (!) déstructuré et assez ridicule : du grand n'importe quoi pour un concert qui va achever de se déliter sur les deux derniers titres, les moins accrocheurs (ou en tout cas les moins connus du grand public). Il faudra revoir cela dans une vraie salle, mais ça a aura été une vraie déception pour moi (... sans même mentionner la disparition de la spectaculaire coupe de cheveux Grace Jones !).

Posté par Excessif à 15:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,



28 août 2015

"The Killing (Forbrydelsen) - Saison 3" : The Killing est immense...

The Killing 3 JaquetteJ'ai très envie de dire que cette impitoyable troisième et dernière saison de "The Killing" est la meilleure des trois. C'est en tout cas grâce à sa conclusion parfaite, rageante, bouleversante, d'une noirceur inédite dans le monde des séries TV de quelque nationalité que ce soit, que "The Killing" passe définitivement à la postérité comme une sorte de modèle absolu du thriller contemporain. Les scénaristes s'y montrent particulièrement inspirés tout au long de 10 épisodes sans baisse de tension et, comme toujours, sans facilités excessives dans la manipulation du téléspectateur : la partie politique seule souffre d'un sentiment de redite par rapport aux deux premières saisons, sinon on est dans une sorte perfection en termes de complexité narrative et émotionnelle. Car cette fois, ce sont 4 courants qui s'entremêlent pour créer un récit envoûtant : la vie privée de Sarah Lund, qu'elle essaie pour la première fois de "sauver" - en vain, on s'en doute -, mais aussi le monde des affaires, avec ses joueurs franchissant la "ligne jaune" dans leur collusion avec les politiques en cette époque de crise économique, viennent enrichir en permanence un thriller construit sur la résolution de deux affaires, présente et passée, inextricablement liées. Mais c'est avant tout la terrible conclusion qui marquera les esprits : une conclusion dévastatrice, mais lucide, qui montre que les hommes de pouvoir ne sauraient échapper aux compromis, même les plus honteux. Et qui nous dit surtout que nul ne peut échapper à sa propre nature : Sarah Lund, après avoir passé 10 jours à essayer de devenir quelqu'un d'autre, commet finalement l'irréparable... et gagne du coup sa place dans notre panthéon personnel des grandes héroïnes tragiques. "The Killing" est immense.

Posté par Excessif à 08:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

27 août 2015

Relisons les classiques de la BD franco-belge : "XIII - Tome 1 : Le Jour du Soleil Noir" (1984) de Vance et Van Hamme

Le Jour du Soleil NoirCela me désole de l'écrire, mais le point de départ de l'excellente saga "XIII", la découverte de cet homme sans mémoire qui se découvrira un passé de tueur, est bien un plagiat direct de "la Mémoire dans la Peau" de Ludlum, puisque le best seller est paru en 1980, quatre ans avant ce magnifique "Jour du Soleil Noir". Magnifique parce que Van Hamme dépasse ici de toute manière la simple copie en créant des personnages passionnants (aussi bien les impayables méchants archétypaux que les bonnes âmes qui vont aider XIII au long de sa périlleuse enquête sont parfaitement croqués et crédibles) et en faisant vivre à son héros à la fascinante virginité des péripéties rocambolesques mais excitantes. Ce premier tome est donc une réussite exaltante, faisant passer son lecteur par toute une palette de sentiments (jusqu'à la compassion pour les victimes) dénotant une profondeur "adulte" vraiment inhabituelle pour une simple BD grand public. On pourra déplorer les faiblesses du dessin de Vance, plus à l'aise dans la composition d'excellents décors que dans les mouvements ou la physionomie de ses personnages, mais, curieusement, cela ne gêne jamais la lecture de ce très bel album, qui lance donc brillamment une série à succès (mérité).

Posté par Excessif à 08:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

26 août 2015

Séance (tardive) de rattrapage : "Dragons 2" (2014) de Dean DeBlois

Dragons 2 AfficheJe ne devais pas être dans l'humeur qu'il aurait fallu quand j'ai finalement vu ce "Dragons 2", reçu avec un enthousiasme exceptionnel par bien des personnes d'excellent goût. Et pourtant, au sein des productions souvent atroces de Dreamworks, "Dragons" m'avait à l'époque paru une petite réussite qui avait réchauffé mon cœur et mon imagination d'enfant. Cette fois, je n'ai vu qu'une grosse machine rutilante et sans âme, déclinant l'indiscutable savoir faire technique des Studios Dreamworks (quelle beauté dans ces images de synthèse... cette fois, même Pixar est battu !) au long d'une histoire insipide et inintéressante au possible. Impossible pour moi de ressentir la moindre empathie vis à vis de personnages réduits cette fois aux habituels clichés du genre, la moindre envie de rire devant des gags piteux, le moindre souffle épique face à l'habituel déferlement de scènes bruyantes dont l'emphase spectaculaire fatigue rapidement. Le syndrome des suites hollywoodiennes a frappé : la même chose en plus gros, en plus remuant, en plus exagéré, donc en moins intelligent et en moins... humain. Pourtant, il reste dans "Dragons 2" quelque chose qui transcende la lourdeur du blockbuster impitoyable : c'est la magie ténue qui survit encore dans certaines scènes d'envol, qui soulèvent (!) littéralement l'enthousiasme de tout amateur d'aviation, qui enchantent même au delà du raisonnable (l'apparition de la mère émergeant des nuages est un vrai moment de cinéma, qu'on ne s'attendait pas à trouver ici !). On pense alors à Miyazaki, c'est dire...

Posté par Excessif à 08:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

25 août 2015

"Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet - Tome 1 : R.I.P., Ric !" par Van Liemt et Zidrou : l'inévitable reboot...

RIP RicJ'avais abandonné Ric Hochet vers le numéro 50 de son épuisante saga, écoeuré par le ressassement mécanique d'histoires désormais ridicules auquel se livrait un Duchateau en roue libre. Du coup, je n'ai pour une fois aucune objection valable à présenter contre l'inévitable reboot qui suit la mort de Tibet. Et ce d'autant que "R.I.P. Ric" est une parfaite réussite, tant au niveau du concept - une mise en abime percutante, à la fois drôle et tendre, des "fondamentaux" de la série originelle - que du scénario - un thriller tendu qui n'épargne pas ses personnages, tournant autour d'un plan démentiel alimenté par une soif atroce de vengeance : on est donc loin des territoires pseudo fantastiques où s'était mortellement enlisé le boy scout aux horribles vestes blanches et noires ! Quel plaisir de voir Ric s'envoyer enfin cette petite allumeuse qu'est la nièce de Bourdon. Ou le même Bourdon avouer son passé de collabo au sein de la police de Pétain. Ou même simplement de reconnaître qu'une bombe, cela tue, même dans une BD ! Plus trivialement, quel bon sens de la part des auteurs que de repartir dans les années 60, juste avant "le Monstre de Noirville", quand les enquêtes de Ric Hochet étaient encore en adéquation avec une certaine réalité de leur époque, et de convoquer à bon escient nos souvenirs des tous premiers albums ! Alors, un petit chef d'oeuvre ? Eh bien malheureusement non, car tout cela est partiellement gâché par un dessin aussi mauvais techniquement (beaucoup d'erreurs dans les positions, les mouvements, beaucoup d'imprécision dans les traits inexpressifs des personnages...) que furieusement laid... Pourquoi donc ne pas poursuivre cette nouvelle série avec d'autres dessinateurs ? Le lecteur ayant retrouvé son amour d'antan pour un héros parfaitement "modernisé" en serait tellement reconnaissant !

Posté par Excessif à 08:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24 août 2015

Réécoutons les Classiques du Rock : "Heartbeat City" deThe Cars (1984)

Heartbeat CityAh ! Rick Ocasek, voilà bien un personnage étrange, inclassable, qui paye aujourd'hui le succès commercial planétaire de ses Cars en étant relégué dans la mémoire collective comme un simple faiseur de tubes des années 80, donc ringardisé par les synthés typiques d'une époque désormais méprisée. Il faut donc réécouter attentivement les bombes mélodiques de "Heartbeat City", meilleur album et plus gros triomphe des Cars, pour réhabiliter sans honte celui qui fut quand même le producteur d'Alan Vega : derrière le clinquant de la production imparable de Mutt Lange, derrière ces riffs de guitare irrésistibles qui donnèrent naissance à un nouveau genre musical, le Power Pop (embrassé par exemple cette année par ni plus ni moins que The Vaccines...), derrière ces mélodies chewing gum dont on ne s'est jamais débarrassé, il y a un coeur qui bat extraordinairement fort, il y a une sorte d'angoisse existentielle que Ocasek se doit clairement de dissimuler derrière toutes les couleurs acidulées de la pop grand public, mais que sa voix si singulière trahit. Et c'est pour cela qu'il est grand, et que les chansons "Drive" ou "Heartbeat City" nous accompagnent encore aujourd'hui. Et plutôt lors de nos désespoirs amoureux que lors de nos sorties en voiture.

Posté par Excessif à 08:56 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,