Le journal de Pok

20 septembre 2021

"La Casa de Papel, 5ème partie – vol. 1" : c’est la guerre ! (malheureusement…)

La Casa de Papel P5 V1 affiche

Alors évidemment, la scission de la cinquième et dernière partie de la Casa de Papel en deux volumes, 5 épisodes disponibles dès maintenant et 5 autres début décembre, ressemble diablement à un désir de la part de Netflix de faire fructifier le plus longtemps possible sa série la plus populaire. Et, encore plus évidemment, il est inutile pour ceux qui détestent ou méprisent la série de lire la suite de cette chronique – sans spoilers – puisque rien n’a changé dans son principe depuis que sa première partie en en a défini les codes : beaucoup d’action spectaculaire, du suspense en permanence sans que les scénaristes se préoccupent particulièrement de la crédibilité des actions ni des comportements des protagonistes, de larges plages d’émotion où l’on se hait, on s’aime, on se fâche, on se pardonne, etc., des flashbacks réguliers qui nous permettent de comprendre le trajet des protagonistes qui les amènera au piège de ce second hold-up beaucoup moins contrôlé que le premier. Pour peu que l’on soit prêt à ce genre d’exercice pas très subtil, on rira, on versera sa larme, on tremblera,… mais plus vraisemblablement on s’irritera régulièrement devant ce qui paraît une fois sur deux une manière de ralentir le rythme, voire de tirer à la ligne pour faire durer “le plaisir”.

Pourtant, même si l’on fait partie des gens (nombreux eux aussi) que la facilité des choix scénaristiques et la grossièreté des ficelles de la Casa de Papel ne rebutent pas trop – parce qu’ils trouvent leur compte dans la vitalité des protagonistes, l’énergie infatigable qu’ils déploient, l’hystérie réjouissante qui arrive toujours à s’insérer dans les moindres rapports humains -, il faut reconnaître que ces cinq épisodes sont les moins bons depuis le début de la série en 2017.

La cause de notre déception est simple : il n’est plus question cette fois de stratagèmes diaboliques de la part du Professeur, lui-même se trouvant dans une situation critique. Cette fois, “c’est la guerre” ! Pris entre deux feux, nos « amis » cambrioleurs en sont réduits au coup de feu permanent – à l’arme lourde, à la grenade – pour pouvoir seulement espérer survivre : cinq épisodes de bruit et de fureur où des milliers de balles seront échangées – sans grands résultats d’ailleurs – au sein de la Banque d’Espagne, ce n’est pas du tout ce qu’on attend de la Casa de Papel ! Cette fois, et c’est bien le comble, on espère avec impatience les plages de repos que nous offriront les flashbacks !

Et il se pourrait bien que le meilleur de ce « volume 1 » de la cinquième partie de la Casa Papel soit le récit d’un brillant cambriolage mené par le charismatique Berlin (Pedro Alonso est toujours le meilleur acteur de la bande, remercions les flashbacks !), quelque part entre Arsène Lupin – le vrai- et Mission Impossible.

Bref, il temps que cette histoire prenne fin, et pour sortir de tout ça “par le haut”, on espère qu’Álex Pina et son équipe auront rectifié le tir et auront retrouvé un peu de la fantaisie et du sens de la surprise qu’on aimait. Rendez-vous le 3 décembre pour le verdict final.

 

 

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19 septembre 2021

Popincourt à la Dame de Canton (Paris) le vendredi 17 septembre

2021 09 17 Popincourt Dame de Canton (4)

21h25 : Olivier Popincourt, lui, entre en scène comme pour régler ses comptes avec l’existence, avec ce foutu Covid qui l’a empêché de jouer sur scène son nouvel album ! Et ça fait du bien, mais vraiment du bien, à nous comme à lui. La Dame de Canton est bien remplie maintenant, l’atmosphère est cordiale – on est un peu entre amis, ou tout au moins entre connaissances – mais c’est presque dommage, parce qu’un talent comme celui de Popincourt n’a nul besoin de notre bienveillance.

Le set commence très fort, sur A Deep Sense of Happiness, qui expose parfaitement les forces de Popincourt : mélodie lumineuse, interprétation impeccable – Olivier est entouré d’un groupe remarquable, auquel vont venir s’ajouter des invités -, approche musicale tendue, parfois même intense alors que les thèmes semblent plutôt bucoliques, qui montre un bel attachement à la tradition « rock à guitares » britannique. Un véritable ravissement pour ceux qui, comme nous, déplorent la disparition outre-Manche de ce classicisme dans le songwriting et l’interprétation : élégance, sobriété, tout ce qu’on aime.

La setlist de ce soir va se partager presque équitablement entre les nouveaux morceaux et les extraits du premier album de Popincourt et des EPs. On craque particulièrement sur l’irrésistible – et plus enlevé – The Brilliant Missing Link, et on est heureux de retrouver Olivier Rocabois, venu donner un coup de main sur Truly Yours. Mais c’est quand, sur Red Summer, Susanne Shields rejoint le groupe, à la flûte et aux voix, que la musique prend encore plus d’ampleur, ou plutôt de profondeur. The Grass of Winter Morning confirme sa juste position en ouverture du nouvel album, reprenant l’héritage de Pale Fountains et de XTC, pas moins ! (au fait, Olivier, pourquoi nous avoir privés ce soir du merveilleux Never Give All the Heart ?).

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La fine équipe sur scène – avec une mention spéciale au pianiste, Olivier Bostvironnois, aux interventions régulièrement brillantes – est encore rejointe aux vocaux par la lumineuse Gabriela Giacoman (du groupe mod parisien French Boutik) : big band, indeed ! On entre dans la dernière partie du set, quand les choses doivent s’accélérer et monter en intensité, à partir de I Found Out, et jusqu’à un splendide This Must Be Heaven, conclusion romantique parfaite.

Mais il nous reste le rappel. Et un vrai rappel, pour le coup. Olivier assume le risque d’une version intimiste de We will be Friends, piano-voix, qui fonctionne impeccablement, avant une reprise très rock et sympathique du Hook Me Up de Johnny "Guitar"Watson, mais en version Alex Chilton. Et se quittera, pour le plaisir, avec une nouvelle interprétation de The Reason Why, enrichie par la flûte enchantée de Susanne Shields.

Un vrai régal, au point qu’on est – encore une fois – obligés de se demander pourquoi Popincourt reste encore aussi confidentiel. Trop doué, trop « classe » pour notre époque ?

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18 septembre 2021

"Dark Matters" par The Stranglers : un superbe adieu à l'ami Dave...

The Stranglers Dark Matters

La première chanson que nous ayons écoutée de Dark Matters, le dix-huitième album des Stranglers, a été And If You Should See Dave…, leur adieu à l’ami Dave Greenfield, emporté par cette saloperie de Covid. Et même si la mélodie n’était pas particulièrement extraordinaire, la classe infinie de paroles dignes, surtout pas larmoyantes, ne décevait pas : « He didn’t fear death / Because he knew death was on his rounds / But no one told him, I was waiting / With a glass at the bar » (Il n’avait pas peur de la mort / Parce qu’il savait que la mort faisait partie de sa tournée / Mais personne ne le lui a dit que je l’attendais / Avec un verre au bar… ».

Ce nouvel album était – logiquement – très attendu par les fans, en manque de nouvelles compositions depuis près de 10 ans (Giants, assez moyen d’ailleurs…), et qui pouvaient avoir le sentiment que, comme pas mal d’autres groupes continuant à tourner bien des années après la fin de leur âge d’or, les Stranglers étaient devenus leur propre cover band. Mais il est difficile de ne pas se souvenir que Jean-Jacques Burnel avait promis que le groupe s’arrêterait dans le cas du… départ de l’un ou l’autre des deux seuls membres fondateurs restant. Dark Matters, sur lequel Dave joue encore sur huit des onze morceaux, est donc potentiellement le DERNIER ALBUM des Etrangleurs de Guildford. Et la très bonne nouvelle, c’est que cet album témoigne d’une ambition bien plus grande que ses prédécesseurs, qu’il va explorer d’autres territoires que ceux attendus, qu’il est tout sauf un disque de vieux ressassant leurs souvenirs d’un glorieux passé, ou de musiciens à bout de souffle refaisant un dernier tour de piste. Et que, en plus, tout ça, il le fait bien…

Dès Water, le morceau d’ouverture de Dark Matters, il est possible d’être désorienté, ce qui est le mieux que l’on puisse attendre d’un groupe en activité depuis 1976 : si l’on retrouve cette vague tentation du prog rock, assumée dès l’époque de The Raven, mais aussi l’une des forces éternelles du groupe, leur capacité à pondre des mélodies impeccables, on est dans une ambiance bien différente, et la voix (Jean-Jacques ?) est tout simplement méconnaissable. « People we thought were our enemies / Finally found their own voice / It’s spring and there’s change » (Des gens que nous pensions être nos ennemis / Enfin trouvé leur propre voix / C’est le printemps et les choses changent) : si le texte de Water est, comme souvent avec le groupe, plus poétique que littéral, on peut imaginer y lire un appel à l’ouverture vers les autres, et à une prise de conscience du changement climatique. Mais bien sûr, Burnel partira certainement d’un grand éclat de rire devant cette interprétation !

Ce qui suit est un patchwork de chansons qui partent dans pas mal de directions différentes, au détriment sans doute de cette cohérence stylistique qui a souvent été l’une des grandes qualités des meilleurs albums des Stranglers. Et qui surtout en désorientera plus d’un : Dark Matters, en dépit de ses formidables qualités mélodiques, risque de rebuter plus d’un fan de la première heure, qui n’y retrouvera pas ses marques. Ce qui ne veut pas dire que l’album n’inclue pas quelques nouveaux classiques dans le style le plus connu du groupe, comme le single This Song, enluminé par les claviers de Dave, comme le réjouissant No Man’s Land qui, avec sa basse grondante, son chant provocateur et ses chœurs enlevés, aurait pu figurer sur l’un des premiers albums, ou encore comme Payday qu’on a hâte de brailler en chœur lors de la prochaine tournée du groupe.

On osera néanmoins affirmer que les moments les plus passionnants de l’album émergent lorsque les Stranglers empruntent la voie d’une plus grande finesse, d’une sophistication mélodique et instrumentale : le très beau If Something’s Gonna Kill Me, avec ses claviers lumineux et son débarquement de cuivres, envoûte, tandis que les intimistes, presque tendres, Down et The Lines montre une facette inédite du groupe, avec un Burnel qui se risque sur The Lines à un bilan personnel, nourri de cette sagesse qu’apporte le recul des années : « There’s triumph and disgrace / In the lines on my face / These are for the smiles / When I look upon your face » (On lira le triomphe et la disgrâce / Dans les rides de mon visage / Celles-ci sont pour les sourires / Quand je regarde ton visage). The Last Men on the Moon nous offre encore un festival de claviers de Greenfield, mais est une véritable chanson pop, inspirée et… classique.

« And how could we have been so stupid / We could see the storm coming / We watched our dreams dissolving / And just prayed that it would go away / But it seems we’ll be kissing in the rain » (White Stallion) : Et comment avons-nous pu être aussi stupides ? / Nous pouvions voir l’orage venir / Nous avons regardé nos rêves se dissoudre / Et juste prié pour qu’il disparaisse / Mais il semble bien que nous allions nous devoir nous embrasser sous la pluie… On se quitte sur un magnifique White Stallion, galop lyrique mais pré-apocalyptique qui s’illumine à mi-parcours d’audacieuses vocalises, et qui nous paraît être, au moins pour le moment, le sommet de Dark Matters, puis sur la conclusion douce-amère de Breathe, qui nous exhorte à nous battre – au moins par amour – jusqu’à la fin.

Que le dernier mot soit cette fois le mot « End » n’est sans doute pas un hasard. Mais, après un si bel album, croisons les doigts pour que Jean-Jacques Burnel, secondé par le fidèle Baz Warne, décide qu’il n’est pas encore temps de rendre les armes.

 

 

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17 septembre 2021

It It Anita au Point Ephémère le mercredi 15 septembre

2021 09 15 It It Anita Point Ephémère (8)

21h55 : les Liégeois de It It Anita se distinguent tout d’abord par une organisation de la scène peu commune : le quatuor est disposé en carré, entouré par les amplis qui sont dirigés vers l’intérieur de ce carré, et non vers le public. Ils se font face deux à deux, se présentant de profil aux spectateurs : tout cela peut donner l’impression au départ d’un groupe qui joue pour lui-même, de musiciens qui préfèrent être entre eux que s’ouvrir vers l’extérieur. Mais dès qu’explose (littéralement) User Guide, on comprend que cette disposition permet avant tout aux membres du quatuor de s’appuyer les uns sur les autres, de s’entraider, de faire bloc ensemble pour que jaillisse la musique littéralement inouïe qu’ils produisent, et qu’ils nous offrent. Oui, qu’ils nous offrent, même si l’incroyable puissance qu’ils dégagent ne tolère guère de refus de notre part !

L’écoute des albums de It It Anita, et même de leur excellent Sauvé, sorti cette année, ne prépare aucunement à l’expérience scénique. Car peu de groupes que nous ayons vu jouent avec une telle intensité, une telle violence (on a dû revenir dans notre mémoire à l’interprétation live du Beaster par le Sugar de Bob Mould pour retrouver l’équivalent…) : peu importe les étiquettes qu’on colle sur leur musique – punk rock, noise, metal même parfois – elles sont absolument dépassées, ridiculisées par la furie sonique qui s’abat sur nous. L’un des qualificatifs que nous avons entendus autour de nous, au bout d’une heure cinq de musique totalement radicale, est « rouleau compresseur ». Et en effet, que l’on soit au milieu du moshpit en train de sauter dans tous les sens, ou bien accroché à scène en essayant de survivre au milieu de l’ouragan, on perd peu à peu notion du temps, on ne reconnaît plus vraiment les morceaux qu’on aime pourtant tellement, on est tout simplement laminé par cette violence démentielle que dégage It It Anita. Une violence bien entendu, c’est évident mais cela ne coûte rien de le dire, totalement positive, qui semble nous laver peu à peu de toute la saleté de notre vie quotidienne, qui nous purifie de nos angoisses, de nos tourments : ce n’est pas un hasard si l’un des amplis du groupe porte en lettres argentées le mot « LOVE » !

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On a, même si c’est injuste vis-à-vis des trois autres musiciens, envie de pointer particulièrement du jeu de batterie littéralement forcené de Bryan Hayart, incroyable moteur à explosion de la musique furieuse du groupe. C’est d’ailleurs lui qui conduit le déménagement – rituel – du groupe au milieu de la fosse, qui conclura le set : on sourit quand on le voit installer son tapis de sol, avant qu’on lui passe un à un certains éléments de son kit de batterie, mais quand le morceau (Imposter) reprend, avec la section rythmique au centre du Point Ephémère, et les deux guitaristes continuant à invoquer l’apocalypse scénique sur scène, personne n’a envie de rire. Juste de sauter en l’air en hurlant jusqu’au bout de la nuit.

Mais bien entendu, tout a une fin, et tout le monde, musiciens comme spectateurs, est bien rincé par ce traitement de choc, d’autant que la température dans la salle a été très élevée ce soir. Et nous sommes repartis dans la nuit, rentrés chez nous pour récupérer physiquement : la pluie avait cessé, nos oreilles bourdonnaient, mais nous avions les idées bien plus claires. Sauvés (… une fois encore par le Rock ‘n’Roll) !

 

 

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16 septembre 2021

"Boîte Noire" de Yann Gozlan : Secret Blow In...

Boite Noire affiche

Yann Gozlan, scénariste-réalisateur qui a démarré dans l’horror-porn ("Captifs") et que l’on a ensuite remarqué sans être réellement enthousiasmé avec ses thrillers "Un Homme Idéal" et "Burn Out", a clairement passé la vitesse supérieure avec son nouveau polar paranoïaque, "Boîte Noire", qui a le mérite de compter à son générique un Pierre Niney toujours brillant et désormais très en vogue, et… de sortir à un moment où les bons films populaires ne sont pas légion.

Autant l’avouer tout de suite pour ne pas, justement, créer de suspense, les deux heures dix du film passent haut la main l’épreuve de qualification du « bon thriller », le spectateur restant en tension permanente, sans jamais décrocher d’un scénario basé avant tout sur des considérations techniques pas forcément passionnantes. Après une fin qui réussit à être à la fois impeccablement satisfaisante et curieusement décevante, on sortira donc du film avec une légère « gueule de bois » : le plaisir a bien été là, parfois même intense, mais quelque chose a manqué pour que Gozlan atteigne le niveau de ses « modèles ».

Car des modèles, il y en a beaucoup, qui nous viennent immédiatement à l’esprit… "Boîte Noire" raconte l’enquête d’un brillant élément d’un bureau d’enquête de l’aéronautique après le crash d’un avion de ligne qui a tué tout l’équipage et les passagers, et qui va très vite soupçonner que ce qu’il entend dans la boîte noire de l’appareil ne reflète pas la vérité. Et qui du coup, va se trouver plonger dans un univers paranoïaque, parfois à la limite de la folie, jusqu’à la découverte de cette fameuse vérité, dont nul ne sortira indemne. Au-delà de la similitude du personnage central avec celui du très réussi "le Chant du Loup" d’Antonin Baudry, où François Civil était déjà une « oreille » exceptionnelle qui décryptait des sons que personne d’autre que lui n’entendait, "Boîte Noire" retrouve l’atmosphère paranoïaque des grands polars des années 70, dont "Conversation Secrète" de Coppola, également sur le son et son enregistrement, est l’un des modèles plus notables. Une autre référence, évidente, est le "Blow Out" de De Palma, où Travolta décodait dans les sons d’un enregistrement fortuit les traces d’un assassinat politique, et se trouvait dès lors en danger de mort : comme chez De Palma, dont on connaît les sujets fétiches, il s’agit ici de vérité et de mensonges, de faux semblants dissimulés derrière des images ou des sons (contrôlés par des forces toutes puissantes), qui vont tour à tour effacer et dévoiler la vérité du monde. Le rôle du héros du film est d’utiliser la technologie et son propre talent pour servir de révélateur, au milieu d’une réalité saturée d’informations, souvent mensongères. Aujourd’hui, ce genre d’approche pourrait d’ailleurs être facilement qualifiée de complotiste, mais chez De Palma, elle n’a pas de vocation politique, elle sert juste de réflexion, comme chez Hitchcock, sur le rôle et la puissance du Cinéma.

Le fait que Gozlan accumule, plus ou moins ouvertement, ces références écrasantes, n’aide pas le film à se distinguer d’une sorte d’exercice de style bien réalisé, et surtout judicieusement placé dans le monde que l’on imagine bien trouble de la construction aéronautique, où des milliards d’euros sont en jeu à chaque incident ou accident majeur. Gozlan a choisi qui plus est d’adopter ici un style froid et méthodique qui évoque inévitablement celui des derniers grands films de David Fincher, convenant parfaitement à la description d’un monde effacé derrière les signes en tout genre, glacé par les codes du capitalisme dévorant. Le problème est que ce style, justement, requiert un peu plus de talent que Gozlan n’en a encore pour transcender le sentiment d’un formalisme qui s’avère, à la longue, stérile.

Ainsi, l’effet dévastateur de l’enquête sur la vie personnelle de l’enquêteur, est certes évoqué, mais n’ouvre pas le film sur un drame émotionnel, ou simplement humain, qui aurait ramené "Boîte Noire" tout simplement vers la… vie, comme l’ont réussi Coppola dans "Conversation Secrète" et De Palma dans "Blow Out" (ah, l’idée génial du « cri final » de la femme aimée !). Plus grave peut-être, et c’est là où la fin s’avère finalement plus maladroite qu’autre chose, le scénario bien bouclé élimine toute zone d’ombre, toute ambigüité, alors que l’on sait bien que ce sont celles-ci qui font la profondeur et la fascination des fictions paranoïaques.

 

 

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15 septembre 2021

"Clickbait" de Tony Ayres et Christian White : le manque d'amour...

Clickbait affiche

Un bon père de famille se retrouve séquestré et filmé en train de s'auto accuser d'avoir harcelé des femmes et même d'en avoir tué une : en ligne sur le Net, la vidéo annonce que lorsque le seuil de 5 millions de vues sera atteint, il sera exécuté. Sa sœur se lance alors de toute ses forces dans une course contre la montre pour le retrouver.

A l'annonce de ce point de départ de la mini série "Clickbait", qui rappelle certains sujets de "Black Mirror", et en l'associant à la signature Netflix qui accompagne la plupart du temps des séries policières récupérant des sujets "dans l'air du temps" et s'avérant finalement déficientes ou même racoleuses, on est en droit d'être sceptique.

Huit épisodes plus tard, on a été conquis par le travail de Tony Ayres et Christian White : voilà un sujet plus original qu'il ne paraît, qui traite des relations virtuelles remplaçant les rencontres "IRL", avec pertinence, sans jugement moral surplombant - ce défaut tellement "babyboomer" -, avec une intégration réaliste (enfin pour ce qu'on en connaît...!) des technologies actuelles dans le déroulement de l'action. Voilà aussi un scénario magnifiquement conçu, qui, sous une fausse allure de thriller à la Harlan Coben (la découverte effarée que quelqu'un qu'on aime et qu'on pense connaître est en fait une autre personne...), retourne finalement comme un gant tous nos préjugés : les surprises s'accumulent jusqu'à la fin, renversant à chaque fois la perception que nous avons de la situation et rebattant les cartes du thriller sans que l'on sente comme si souvent les grosses ficelles de twists manipulateurs. C'est vraiment du beau boulot au niveau de l'écriture, qui nous autorise à mettre au défi les téléspectateurs les plus rompus à ce genre d'exercice de trouver l'explication du drame de la famille Brewer avant la révélation - très subtile finalement - du dernier épisode. La justesse psychologique de cette conclusion, le refus durant toute la mini série d'un manichéisme réducteur font honneur à "Clickbait".

Car, en toute sincérité, ce qui passionne le plus ici, c'est la justesse et la complexité de tous les protagonistes, le refus de leur assigner une simple fonction dans le déroulement millimétré du thriller, de les cantonner aux clichés du genre, en leur permettant de toujours nous surprendre par une réaction, une phrase, un geste inattendus. L'épouse aimante qui laisse sa foi en son mari s'éroder, le flic musulman frustré par le manque de reconnaissance qu'on lui témoigne et qui voit en l'enquête un moyen de s'affirmer, même aux dépens d'une histoire d'amour possible, le fils qui a abandonné le monde réel et va devoir l'affronter... : partout, règne un tragique manque d'amour au sein d'une société dont la richesse et le confort technologique ont sapé les bases des relations humaines.

Et le plus beau personnage de "Clickbait", qui tient finalement la crédibilité du script, est celui de Pia Brewer, incarnée par Zoé Kazan (oui, la petite fille d'Elia Kazan !), actrice au physique et à la personnalité atypiques, véritable pile électrique à la rugosité inhabituelle. Elle mériterait d'être filmée par un vrai réalisateur, qui saurait la regarder, la magnifier, plutôt que par les habituels 'professionnels de la profession" interchangeables qui œuvrent dans la série TV états-unienne.

 

 

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14 septembre 2021

"Les nouvelles aventures de Lapinot T7 : Midi à Quatorze Heures" de Trondheim : un couple se défait...

Midi à 14 heures Couverture

Un couple se forme, celui de Lapinot avec sa nouvelle amie, qui n’est pas quelqu’un de facile à vivre, on l’a découvert dans un tome précédent de la drôle de « nouvelle » saga de Lewis Trondheim, "Un Peu d'Amour", où elle harcelait notre pauvre lapin-mort vivant en le traitant de nazi ! Un couple se défait, à la surprise générale, mais derrière cet apparent désamour, se cache une histoire beaucoup plus complexe qu’il ne semble au premier abord. Et pour la découvrir, il va falloir réellement chercher "Midi à Quatorze Heures", contrairement à ce que prétend la sagesse populaire.

Avec ce… septième tome (mais où est passé le sixième ?) des "Nouvelles Aventures de Lapinot", Trondheim poursuit dans ce nouveau style qui s’est progressivement imposé au fil de ses histoires : l’humour est peu à peu abandonné, ou bien tout au moins n’est plus central, et c’est surtout à l’ineffable Richard – qui s’assagit quand même pas mal lui aussi – qu’est laissée la responsabilité de nous faire sourire ; les sujets sociaux et politiques sont au cœur de l’histoire, à part égale avec les atermoiements et les déboires sentimentaux de nos héros. Et puis, comme dans la toute dernière partie de ce "Midi à Quatorze Heures", Trondheim ne rechigne pas à instaurer une certaine tension : on n’en est pas encore au « thriller », mais ça pourrait être une piste pour l’avenir.

On sent donc encore plus clairement ici que dans "l’Apocalypse JoyeuseLewis Trondheim à la fois passionné par l’évolution de notre société, et, inévitablement – on connaît les tendances dépressives de l’auteur – raisonnablement pessimiste quant à l’évolution de nos comportements, et de nos rapports les uns avec les autres.

A la fin, le pire a été évité de justesse – ne spoilons pas trop -, et Lapinot et Richard (oui, Richard !) aussi ont un boulot. Comme a été aussi évoquée ici la possibilité de la conception d’un enfant, on attend avec une vraie impatience les prochains tomes, qui devraient permettre d’explorer des territoires encore vierges dans la série. Si l’on peut regretter la charge facile contre l’Art Moderne, un peu indigne de Trondheim, il faut admettre que, même s’il ne nous a pas fait beaucoup rire, "Midi à Quatorze Heures" nous a intrigués et même passionnés.

Espérons quand même que le grand public, qui semble l’abandonner peu à peu (et qui n’a jamais massivement suivi son travail, avouons-le) le suivra dans cette nouvelle direction. Car Trondheim reste un maître.

PS : A quand le "Lapinot" consacré au Covid19 ? Seulement rapidement évoquée ici, la situation pandémique serait un sujet parfait pour Trondheim. Serait-ce là le sujet du mystérieux Tome 6 ?

Midi à 14 heures Extrait

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13 septembre 2021

Personal Trainer au Supersonic le samedi 11 septembre

2021 09 11 Personal Trainer Supersonic (13)

22h50 : Personal Trainer nous arrivent donc d'Amsterdam avec une réputation énorme de grosse, grosse sensation du moment, sur scène. Le résultat est prévisible : un Supersonic bondé, probablement pas loin de sa jauge maxi, d'un public - en majorité féminin- bien décidé à faire la fête. Depuis peu, Personal Trainer, ex-collectif à taille variable conduit par Willem Smit, s'est stabilisé dans un format "groupe de 7 personnes", évidemment un peu à l'étroit sur la petite scène : deux guitares, deux batteries, une basse, un clavier et occasionnellement un trombone, et Willem en agitateur plutôt qu'en chanteur. Le premier morceau, leur single The Lazer, avec un Willem, très vite torse nu, qui harangue le public, arrache tout. C'est dansant, c'est fun et c'est spectaculaire.

Musicalement, on est dans des chansons combinant funk et ritournelles électro, avec des accélérations garage rock, mais il y a tellement de chaos sur scène et dans la salle que l'on ne se préoccupe pas vraiment du genre musical. La plupart des morceaux sont gais et excitants, Willem s’excuse presque lorsqu’il nous présente une chanson plus calme, il nous semble reconnaître Muscle Memory, mais de toute façon, sur scène, ce n’est pas particulièrement lent et triste non plus ! Willem perd son pantalon, mais n’ira pas plus loin et ne jouera pas son Iggy Pop : il va le remonter sagement. Il est dommage que faute de lumière - ce soir la scène du Supersonic est quasiment plongée dans le noir - il soit impossible de prendre des photos qui puissent témoigner de ce qui s'est passé ce soir, parce que ceux qui n'étaient pas là ne nous croiront jamais.

Un rappel non prévu au bout de 40 minutes épuisantes permet à Willem de faire un court crowdsurfing, ce qui est un exploit au Supersonic. Pas moyen malheureusement, comme on a envie de le faire, d’aller au merchandising acheter le EP du groupe, Gazebo, épuisé, « …ce qui est à la fois une bonne et mauvaise nouvelle », comme nous en avait prévenu Willem !

 

 

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12 septembre 2021

"Burns on the Wire" de H-Burns : Fidélité à Leonard Cohen ?

Burns on the Wire

« I remember you well in the Chelsea Hotel / You were talkin’ so brave and so sweet / Givin’ me head on the unmade bed / While the limousines wait in the street » (Je me souviens bien de toi au Chelsea Hotel / Tu parlais d’une voix tellement courageuse et douce / Me taillant une pipe sur le lit défait / Pendant que les limousines nous attendaient dans la rue). Commencer un album de reprises de Cohen par l’une de ses phrases les plus célèbres, et celle qu’il a le plus regretté d’avoir écrite, dit-on, a tout l’air d’une profession de foi de la part de H-Burns.

En 1991, les Inrocks publiaient un album de reprises de CohenI’m Your Fan, en écho au I’m Your Man du barde canadien, un disque magnifique qui l’avais remis au centre de la scène musicale moderne, un centre qu’il ne devait plus quitter jusqu’à You Want It Darker, sa dernière œuvre. I’m Your Fan était grandiose – et le restera sans doute pour la postérité – parce qu’une grande partie des admirateurs à l’œuvre étaient inattendus : PixiesNick CaveREMJohn Cale… pas des adeptes d’un folk délicat auquel ceux qui le connaissaient mal le cantonnaient encore, comme si SuzanneBird on a Wire ou Chelsea Hotel définissaient de manière monochrome une œuvre beaucoup plus complexe que ça.

 Et c’est bien là le problème que pose Burn on the Wire, celui d’en revenir à une “vision officielle” de l’Art suprême de Leonard Cohen : en faisant le choix discutable de se cantonner à ses quatre premiers albums, excellents, mais qu’il avait largement dépassés depuis longtemps, H-Burns prend le risque de faire un disque certes consensuel – espérons qu’il en vendra beaucoup, il le mérite – mais simplificateur par rapport au poète et à l’homme auquel il rend hommage.

Burns on the Wire est en fait plutôt un projet personnel de Renaud Brustlein (oui, c’est lui qui se cache derrière le pseudonyme de H-Burns), dont le dernier album, Midlife, sorti en 2019, a établi la réputation en France : Cohen, comme Neil Young ou Dylan, a été essentiel pour la construction de son identité, musicale mais pas que. Et c’est donc, logiquement, cet aspect nostalgique de son rapport à Cohen qui a nourri ce projet. S’est évidemment posée ensuite (après la sélection des chansons, celles qui lui étaient importantes) la question de la fidélité ou pas au style original, aux mélodies du maître : là encore, H-Burns a préféré dans la plupart des cas de se mettre au service de la chanson, de ne pas s’approprier les mots ni les sentiments originaux. D’où une impression de « sagesse », de prudence qui déçoit un peu : Burns on the Wire ne nous surprend jamais vraiment, il caresse notre amour de Leonard Cohen « dans le sens du poil », nous rend nous aussi mélancoliques.

 C’est pourtant quand il s’éloigne, même juste un peu, de la doxa qu’il éveille le plus notre intérêt : la traduction en français du texte de Hey, That’s No Way to Say Goodbye, réintitulée Goodbye, la saisissante apparition de Bertrand Belin – clairement la meilleure collaboration sur un album qui en compte d’autres (Kevin MorbyLou DoillonPomme) – qui effondre encore plus le désastre existentiel d’Avalanche, l’ajout de cordes et de chœurs sur le sublime Famous Blue Raincoat pour souligner le lyrisme de cette description d’une vie à la fois dévastée et sauvée, et aussi l’étonnante apparition dans l’album de Passing Through, interprétée ici dans un style country roots qui tranche avec le reste, une chanson qui n’est pas de Cohen, qui n’a pas grand-chose à voir avec son univers, et qu’il avait seulement reprise dans l’indifférence générale…

On se souvient que le plus beau joyau de I’m Your Fan était la réinterprétation de Hallelujah par John Cale (une version popularisée par son inclusion dans la BO de Shrek, et qui fut celle qui inspira Jeff Buckley) : Cale transcendait la chanson en la nourrissant de son expérience personnelle de Cohen – pas très plaisante a priori, Cale ayant raconté qu’il appela un jour l’une de ses maîtresses chez elle et que ce fut Cohen, grand « homme à femmes », qui décrocha le téléphone – pour la porter vers « autre chose » qui la sublimait. On aurait aimé que H-Burns fasse le même trajet et que, puisque Cohen a été tant important pour lui, qu’il « pervertisse » ces reprises, qu’il les « insémine » de ses propres douleurs, de sa propre expérience.

La prochaine fois, peut-être ? Pour un album de reprises de Neil Young ? On en a déjà trouvé le titre : It’s better to H-Burns than to Fade Away !

 

 

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11 septembre 2021

This Is The Kit à l'Eglise St Eustache (Paris) le jeudi 9 septembre

2021 09 09 This Is The Kit St Eustache (10)

21h05 : Kate Stables est entourée ce soir d'une superbe équipe, parmi laquelle son mari, bien entendu, mais qui bénéficie de l’addition d'un trombone qui va littéralement enchanter plusieurs titres. Le set de This Is the Kit débute d'ailleurs par une interprétation en duo (Kate et le trombone) de Slider, qui va définir le mood pour la soirée : mélancolique, rêveur et pourtant rayonnant. Quand tout le groupe se joint à la fête, c'est une vraie splendeur : le son est magnifique - au moins pour nous, devant, car Kate elle-même nous explique que, au fond, c'est plutôt « psychédélique, parfait pour les amateurs de spirales » ! On plaint les spectateurs au fond de la nef, qui ne peuvent pas bien profiter de cette beauté. Chaque morceau tiré de Off Off On prend une dimension nouvelle dans cet environnement où le public écoute dans un silence recueilli et où les musiciens semblent se concentrer plus que d'habitude pour livrer une interprétation plus dense, plus riche.

Kate plaisante avec son habituelle gaîté… mais ne trouve bientôt plus rien à dire : ce soir la Musique - même profane comme l'a qualifiée dans son introduction le responsable de la paroisse – règne en maître ici. La setlist est composée quasi uniquement d’extraits des deux derniers albums, et sera un peu moins extraverti, festif, que certaines autres prestations du groupe. La voix de Kate, du coup, nous évoquera par instants celle d’Alela Diane, en particulier sur son dernier album, Cusp. Les deux guitares accompagnant Kate font un boulot formidable, apportant une touche de puissance contenue aux morceaux (comme sur un This Is What You Did très enlevé), et on apprécie aussi les backing vocals de la bassiste, qui a elle aussi une voix impressionnante. Bref, on frôle la perfection formelle sur des morceaux comme No Such Thing ou le formidable Was Magician, nos préférés du dernier album.

Le set se termine au bout de près d’une heure dix, mais on aurait bien continué toute la nuit comme ça. A la sortie, nos amis qui étaient au fond de la nef nous confirment malheureusement que le son était plutôt mauvais : un bémol donc – en fonction du placement des spectateurs – pour cette soirée de toute beauté.

 

 

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