Le journal de Pok

18 février 2020

Jalons de l'histoire du cinéma de S.F. : "La Revanche des Sith" (2005)

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Le troisième et dernier (ouf !) épisode de l'épuisante "prélogie" de George Lucas, s'était avéré à sa sortie est une relativement bonne surprise. La première demi-heure est certes littéralement irregardable, avec une accumulation sans queue ni tête de péripéties improbables qui seraient suffisantes pour remplir le scénario tout entier d'un film "normal", et qui annonce la même bouillie digitale que les deux précédents épisodes d'assez sinistre mémoire. Pourtant, peu à peu, et malgré la CGI qui a cette fois dévoré la quasi totalité de l'image, donnant le sentiment qu'on est dans un jeu vidéo plutôt qu'un film, quelque chose se passe dans cette "Revanche des Sith" qui le distingue de ses prédécesseurs... même si on restera toujours assez loin de la virtuosité infantile des trois films initiaux...

Cette (relativement) bonne impression que laisse le film, et qui se confirme quand on le revoit, tient sans doute à la noirceur absolue du récit, qui nous offre une assez pertinente peinture des risques encourus par toute démocratie lorsque des politiciens ambitieux utilisent la menace de la guerre et du désordre pour se faire confier le pouvoir absolu (un mécanisme malheureusement bien connu et à nouveau d'actualité), conférant à la saga une perspective politique, certes superficielle, mais pas inintéressante. On notera que Lucas se permettait alors, alors que l'hystérie néo-con battait son plein aux USA, de mettre dans la bouche des Sith la fameuse phrase "Qui n'est pas avec nous est contre nous", signant clairement son appartenance politique.

La direction d'acteurs reste ici le plus gros point faible de George Lucas, qui n'a jamais rien eu d'un véritable réalisateur, et, sans doute du fait de l'incroyable incompétence de Hayden Christensen, on n'arrive pas à croire une seconde au fameux basculement vers le "côté obscur de la Force" qui transformera Annakin Skywalker en Darth Vador.

Sans doute qu'au final, ce qui emporte notre adhésion - réticente, mais quand même - au projet, une fois digérée la scène quasi hallucinatoire du combat sur un fleuve de lave (scène qui risque de rendre fous ou aveugles les plus fragiles d'entre nous...), c'est le grand moment d'émotion que représente la "naissance" de Darth Vader, et la manière impeccable dont Lucas recolle les morceaux de sa saga pour relier les deux trilogies. Voilà, là au moins, surtout si l'on considère le grand n'importe quoi que représentera le scénario de la troisième trilogie, du travail sérieux.

 

 


17 février 2020

"Un Divan à Tunis" de Manèle Labidi : Conte d'après-Printemps

Un Divan à Tunis Affiche

On imagine bien, depuis le confort de nos sièges de cinéma parisiens, qu'il n'est pas si simple de parler de son pays quand on est (franco-)tunisienne, et que ce pays continue à subir les soubresauts de l'après-"Printemps Arabes", avec une société qui hésite toujours entre liberté et dictature, avec les fanatiques religieux en embuscade, la corruption et la bureaucratie qui ne sont guère améliorées, et la tentation de la dictature toujours bien présente... Et que de ce fait, le choix de la comédie est souvent le meilleur, pourvu que l'on sache respecter ses personnages, avec lesquels on va rire, souvent pour ne pas pleurer.

Bien sûr, l'excellente idée de Manèle Labidi pour son premier long-métrage, c'est de conjuguer la perspective d'une immigrée rentrant au pays pour y retrouver ses racines (même si bien entendu, rien n'est aussi simple...), en laquelle on imagine que la réalisatrice se reconnaît, avec le cadre extrêmement strict de la pratique psychanalytique, qui sera donc à la fois sujet et outil dans "Un Divan à Tunis". En respectant les règles de la psychanalyse - évitant donc ainsi les grossièretés soi-disant humoristiques qui parsèment la grande majorité des films sur ce sujet - et en transformant la distance du psychanalyste en "juste distance" du regard du cinéaste, Labidi peut se permettre de nous proposer un échantillon certes cocasse, mais que l'on sent très représentatif des tourments de la société tunisienne : refus de l'homosexualité qui revient en force dans les rêves, terreur quasi-psychotique devant l'espionnage policier et sa violence, perte des repères devant une religion qui se noie dans l'extrémisme, rapports de couple en déliquescence entre traditions étouffantes et machisme, etc. La souffrance tunisienne est ici infinie, et l'utilité de cette psychanalyste qui s'est littéralement parachutée là saute rapidement aux yeux, mettant à mal notre incrédulité initiale.

Tout ceci se résumerait vite à une mécanique par trop artificielle, si le scénario n'avait l'intelligence d'aller, à mi-film, confronter les certitudes de la jeune femme trop installée dans sa science (Golshifteh Farahani, comme toujours fascinante de par sa manière rêveuse de dévorer chaque plan... même si l'on peut regretter que Labidi n'ait pas fait confiance à une véritable actrice tunisienne pour le rôle...) avec la réalité du fonctionnement de la Tunisie : malmenée entre une fonctionnaire ayant abandonné toute velléité de faire son métier et un jeune policier croyant encore à la nécessité de la Loi, notre héroïne devra faire descendre son "cabinet" dans la rue, et affronter elle-même la violence sociétale. Ce n'est pas rien, et même si le film se clôt sur la possibilité d'une vie future, encore seulement rêvée, on aura compris ce qu'il en coûte.

Dernière trouvaille de ce film beaucoup plus intelligent qu'on l'aurait imaginé a priori, la référence à la figure fondatrice de Freud, coiffé d'une chéchia en "patron juif" ou conducteur silencieux et autoritaire d'une sombre limousine dans la nuit : c'est d'abord en le respectant, puis en le maudissant, et enfin en laissant grâce à lui couler enfin ses larmes, que notre héroïne se construira au long de "Un Divan à Tunis", qui conjugue ainsi réflexion et empathie.

 

 

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16 février 2020

Petrol Girls au Point Ephémère (Paris) le vendredi 14 février

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21h30 : On change donc d’atmosphère avec Petrol Girls : à peine montée sur scène, Ren Aldridge nous explique franco que le groupe jouant plutôt “heavy”, et militant pour la cause des femmes et des LGBT, elle demandera aux hommes non homosexuels de quitter le devant de la fosse pour laisser la place aux femmes et aux trans, s’il y en a dans la salle. Bon ! Je dois dire que c’est la première fois que nous entendons un discours ostracisant de ce type dans un concert de Rock, et même si, prévoyant le coup, nous nous étions placés sur le côté, il y a quand même un certain malaise…

Du côté positif, disons que c’est une expérience éducative que de se voir ainsi rejeté pour son sexe – le genre de choses que dans de nombreux pays, les femmes sont obligées de supporter chaque jour – et que cela permet de comprendre à quel point ce genre de situation est insupportable. D’un autre, c’est assez ridicule, voire bêtement contre-productif de tenir ce genre de discours dans une salle de rock d’une ville comme Paris, où l’on peut quand même imaginer que l’immense majorité des mâles présents ce soir supportent le discours politique de Ren… Il faut aussi bien reconnaître qu’aucun homme ne quittera pour autant le premier rang : soit tout le monde était gay, soit personne ne parlait anglais… soit plus vraisemblablement nul n’imaginait que Ren irait chercher la confrontation avec les réfractaires…

Musicalement, nos pétroleuses (puisque nos héroïnes parisiennes de la Commune sont à l’origine du nom du groupe) – qui sont en fait deux filles, dont une nouvelle bassiste, et deux garçons – proposent un punk hardcore façon années 80 – 90 dans les règles de l’Art. Jouant dans une quasi obscurité ce soir, et déployant un jeu de scène minimal, même si Ren a une bonne présence scénique et un headbanging spectaculaire, c’est clairement dans sa posture militante et dans les textes de ses chansons que se niche le plus grand intérêt du groupe… Des textes mélangeant agressivité des déclarations politiques et sensibilité exacerbée, comme dans l’excellent Monstrous : « This is not all of me / I choose the parts you see / All my weakness bottled up / And left to tremble on a shelf »… Car les hommes qui trouvent grâce aux yeux de Ren sont ceux qui laissent paraître leur fragilité, elle nous l’expliquera clairement dans un de ses longs speeches entre deux chansons…

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Tout au long de l’heure du concert, nous serons également tenus informés de l’avancement du procès opposant des musiciennes à un “harceleur” de l’industrie musicale, de l’avortement que Ren a choisi parce qu’elle ne voulait pas de bébé, de la résistance des combattantes kurdes au fascisme d’Erdogan (enregistrement sonore à l’appui…)… bref de plein de choses sur lesquelles nous sympathisons totalement avec Ren, ses convictions et ses combats. Reste qu’on n’a pas forcément envie de recevoir autant de leçons en aussi peu de temps. Et finalement, ce sont peut-être ces admonestations répétées qui empêchent le set de décoller vraiment : même si le public du Point Ephémère, largement féminin, crie son approbation aux discours de Ren et danse joyeusement, nous n’aurons pas eu ce soir de véritable pogo, ni de moments de vrai laisser-aller punk. Musicalement, Petrol Girls tiennent la route, même si les vocaux du guitariste manquent de… finesse, et leur rage est évidemment perceptible. Pourtant, le set de ce soir ne sera jamais un grand set…

Arrive la dernière ligne droite, avec le redoutable Touch Me Again, sans doute le titre le plus irrésistible du groupe : « It’s my body / My fucking choice / My lips my thighs my wrists my mind / My hips my neck my tongue my mind / Touch me again / And I'll fucking kill you »… Et le moment unique où toute celle colère deviendra littéralement la nôtre...

Un dernier titre en rappel, et c’est fini.

Et si ce set avait surtout démontré que, oui le Rock engagé fait parfaitement sens, en particulier dans un monde aussi malade que le nôtre, mais que l’engagement pur et dur est relativement stérile ? Oui, en sortant du Point Ephémère, nous nous disions que les thèmes de cette soirée n’étaient pas si différents de ceux que véhiculent IDLES par exemple : la différence résidait dans le fait que Petrol Girls manquent un peu trop de générosité et d’humour pour vraiment convaincre… 

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15 février 2020

"Le Prince Oublié" de Michel Hazanavicius : un métier !

Le Prince Oublié Affiche

Le cinéma "high concept" est un métier... Un métier que les Studios Pixar maîtrisent parfaitement, puisque c'est devenu leur caractéristique la plus notable : de la vie des jouets de "Toy Story" à la mécanique du cerveau de "Vice Versa, en passant par l'organisation des cauchemars dans "Monstres & Cie", combien de réussites formidables dans le genre ? Et un métier que l'équipe de scénaristes du dernier film de Michel Hazanavicius a eu le grand tort de sous-estimer, puisque construire un film un tant soit peu crédible, cohérent ou même simplement divertissant était impossible à partir d'un salmigondis d'idées aussi peu abouties que ce qu'ils proposent ici.

Voici donc un monde des "contes" où se déroule une histoire "parallèle" à la réalité, qui louche sans aucune imagination sur les productions américaines les plus stéréotypées - comme si c'était la seule référence possible, alors que ces fameux contes sont quand même nés d'un imaginaire européen fécond -, et qui surtout ne parvient jamais à dire quoi que ce soit d'intéressant sur cette réalité. Au point que, à force de se demander pourquoi telle situation "réelle" correspond à telle péripétie dans le monde "parallèle" des histoires, le spectateur n'a plus qu'à jeter l'éponge et suivre tout cela avec une indifférence polie mais grandissante. Jusqu'à une conclusion bêta et feel good / larmoyante qui ressasse encore une fois la rassurante illusion de la transmission via les grands-parents d'une certaine imagination affective. Pitoyable !

Pitoyable, mais pas autant que l'interprétation à la ramasse d'un Omar Sy qui ne sait visiblement que faire au milieu de ce désastre, et d'une Bérénice Béjo surjouant la joie de vivre avec une artificialité insupportable. Pitoyable, mais pas autant que l'accumulation de clichés usés sur la pré-adolescence, traitée ici sans aucune finesse, ni surtout aucune empathie vis à vis de ces enfants qui n'en sont déjà plus.

Bref, "le Prince Oublié" est un naufrage, un film au merveilleux outrageusement laid et "cheap" et au pseudo-réalisme ridiculement creux. Un film qui ne fera même pas rire les enfants, et consternera les pères venus au cinéma avec leur fille à laquelle ils ne racontent plus d'histoires aussi ridicules que celles du film depuis très très longtemps.

En fait, faire des films tout court est un métier.

 

 

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14 février 2020

"The Gentlemen" de Guy Ritchie : le deuxième souffle

The Gentlemen affiche

Si l'on avait - comme à peu près tout le monde - apprécié les deux premiers films de Guy Ritchie ("Lock, stock and two smoking barrels" et surtout "Snatch", avec une performance mémorable de Brad Pitt), il faut bien reconnaître que la suite de la carrière de l'ex- mari de Madonna avait dépassé en grotesque à peu près tout ce qui se fait dans le cinéma commercial anglo-saxon, plus ou moins au niveau d'un Emmerich ou d'un Bay. C'était donc avec circonspection que l'on décidait d'aller voir ce "The Gentlemen", retour annoncé aux origines. Et pourtant, deux heures plus tard, on sortait ravis de l'une de nos meilleures expériences en ce sinistre début 2020...

Car voilà à nouveau la conjonction réussie d'un scénario malin et complexe (un peu trop, sans doute, mais bon...) avec une direction d'acteurs aux petits oignons, et quelques astuces de narration post-modernes faisant le sel d'un bidule qui ne se prend jamais au sérieux. Soit, dans la catégorie divertissement grand public, une sorte de Rolls pour rester dans le domaine d'expertise des Britanniques pré-Brexit.

Le début est certes un peu lourd sur l'estomac, Ritchie choisissant de faire confiance à un narrateur pour nous raconter littéralement tout ce que nous devons savoir pour comprendre la suite : ça pourrait être insupportable, mais comme le narrateur est un Hugh Grant déchaîné qui trouve là ce qui restera probablement l'un de ses plus beaux rôles, comment faire la fine bouche ?

En choisissant, comme pour "Snatch", de laisser une grande partie de la violence hors champ et de se concentrer sur les machinations et les affrontements verbaux de ses criminels flamboyants, Ritchie fait clairement le bon choix, celui d'exciter les méninges et les zygomatiques de son spectateur plutôt que de flatter ses bas instincts, ce qui est quand même une forme d'honneur en notre époque d'exhibition forcenée.

Il vaut mieux ne rien raconter de l'intrigue de "The Gentlemen" pour ne pas gâcher le plaisir de la découverte : nous nous contenterons de noter avec satisfaction que l'équipe locale (FarrellGrantDockery) mène largement aux points face aux Américains (McConaugheyHunnam), moins à l'aise dans le registre si britannique de la distanciation non-sensique.

Il nous reste à espérer que Ritchie persiste dans cette veine... même si nous n'y croyons pas beaucoup.

 

 


13 février 2020

The Murder Capital au Café de la Danse (Paris) le lundi 10 février

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21h10 : Peut-être que pour apprécier The Murder Capital, il faut avoir accepté que les références, pourtant évidentes, à Joy Division soient en fait à côté de la plaque, et que les Dublinois, qui affirment haut et fort n’avoir pas écouté la bande à Ian Curtis, n'ont pas pour ambition de jouer du post punk selon les règles du genre… mais plutôt de nous offrir un tour de montagnes russes émotionnelles au fil de morceaux largement atmosphériques ? En tout cas, ce soir les 50 trop brèves minutes de leur set (9 chansons et puis c’est tout, pas de rappel comme d’habitude) auront été enfin convaincantes, pour nous qui avions toujours été un peu réfractaires à ce jeune groupe, régulièrement considéré par la presse comme l'un des tous meilleurs de notre époque.

Alors, what’s the crack?

Le set commence ce soir avec More is Less (« More ! More ! More !) et avec les musiciens faisant un peu étalage de leurs muscles, comme une sorte d'échauffement sur l’un des morceaux les plus… directs du répertoire de The Murder Capital. Gabriel Paschal, le bassiste, tourne comme un fauve en cage, percute ses compagnons, et menace l'intégrité physique du premier rang avec le manche de sa basse. Les deux guitaristes bidouillent déjà plutôt pas mal, mais c’est la batterie qui impressionnera vraiment sur Green & Blue, l’un des morceaux qui évoquent quand même le plus le fantôme de Joy D : impossible de ne pas penser à Stephen Morris et à ses rythmiques mécaniquement imparables. On est impressionnés par le travail de Diarmuid ! James, quant à lui, a l'air d'un peu s'ennuyer : dès le premier morceau, il est descendu dans la fosse, et puis ensuite il va chercher une clope en coulisses pour fumer tranquillement…

On entre alors, déjà, dans la partie contemplative du set, pendant laquelle il est permis aux hérétiques comme nous de trouver çà et là le temps un tout petit peu long. Sans doute parce que la majesté recherchée s’effiloche un peu trop Heureusement, le final de Slow Dance II, avec ses deux guitares stridentes nous réconforte. Nous emballe même… Bien sûr, il nous manque la conclusion parfaite du violoncelle qui clôt parfaitement la chanson sur l’album, mais bon…

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Suit alors une interprétation poignante de On Twisted Ground, hommage à un ami très cher décédé : « Oh, my dearest friend / How it came to this / With your searing end / Into the abyss / In my experience / Of any permanence / You could've watched it all… »… Le silence dans le Café de la Danse revêt alors une impressionnante densité, et la mélodie, toute simple et si belle, fonctionne parfaitement, comme un apaisement temporaire, forcément temporaire, de nos deuils ineffables : oui, à ce moment-là, James, qui n’est pas Ian, souvenons-nous en, chante vraiment bien. Oui, et à ce moment-là, l'accompagnement de Gabriel Paschal sur les cordes aigües de sa basse est juste parfait de sobriété. Oui, et à ce moment-là, le maître mot d’EMPATHIE que James a brandit juste avant prend tout son sens.

« I am the underworld, the one you want to leave / A frail democracy, benign treaty, courageously foreseen, dreamed »…

Le brûlant For Everything relance la machine infernale, avec son final bouleversant : « For Nothing, for everything… » que tout le monde dans la salle hurle alors que le moshpit s’élargit, s’élargit et englobe tout le parterre du Café de la Danse. C’est donc là que le set bascule, que l’hystérie et le chaos déferlent, que The Murder Capital devient, enfin, GRAND. Que tout nos souvenirs de la soirée se perdent dans le pogo général, dans cet oubli bienfaisant que procure la Musique quand elle touche à l’essentiel.

« They now are lapsed 'round you and me / And it kept us all together / La, la, la-la, la, la-la »… Feeling Fades et son final hystérique est donc une parfaite conclusion, même si chacun d’entre nous a du mal à accepter que cela soit là une conclusion, après seulement trois gros quart d’heure. Alors justement que nous avions trouvé cette extase dont nous savons que seule la Musique, la grande, la belle, la vraie peut procurer.

Si les chansons de The Murder Capital ne sont pas les meilleures jamais écrites dans le genre, il est impossible de nier que la sincérité du groupe, sa capacité à générer une profonde émotion, et de basculer d’un coup dans la frénésie et l’abandon, distingue clairement nos Dublinois de leurs contemporains.

Nous attendons maintenant avec impatience de voir si ce genre de phénomène peut se reproduite dans une grande salle comme le Zénith. Et oui, The Murder Capital ouvriront pour Foals le 27 avril prochain, et nous serons là, croisant les doigts et serrant les poings.

« La, la, la-la, la, la-la »

 

 

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12 février 2020

Les Nuits de l'Alligator à la Maroquinerie, le dimanche 9 février : King Khan's Louder than Death

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22h00 : Qui n'a jamais vu King Khan en chair et en os peut s'attendre à un petit choc en voyant débouler sur scène, annoncé par un quadra américain débonnaire qui s'avérera être Sean Wood, leader des Spits (on l’appelle donc Sean Spits !), un indien bedonnant vêtu seulement d'un slip moulant, d'un gilet en jean et d'une casquette de flic américain. Punk ! Ah oui, on allait oublier les inévitables lunettes noires et le plus original collier de dents !

King Khan – en fait un Canadien de Montréal, qui parle donc bien le Français - se produit en ce moment sous le joli nom de Louder than Death, originellement un projet commun avec Sean et d’autres musiciens, mais qui est perpétué désormais avec l’aide du redoutable combo bordelais Magnetix, qui va se révéler particulièrement efficace ce soir… Et spectaculaire, ce qui ne gâche rien ! Après quelques ennuis 'mécaniques" avec ses fils et sa sangle, Fred Bourdil (ex-Shrines, le groupe précédent du Khan…) nous offrira, sans jamais cesser de sourire, un festival de basse, assorti de poses rock'n'roll immortelles. A la batterie, Agnès maintiendra le tempo forcené qu'il faut, tandis que Stéphane, avec un faux air de Captain Sensible avec son béret, fera pleuvoir sur nous un déluge de distorsion...

Ce n'est pas pour rien que le nom du membre des Damned surgit ici, car Louder than Death évoque franchement les débuts du punk anglais original circa 77 : un esprit potache réjouissant, des morceaux courts au rythme furieux, des paroles engagées, des vocaux vociférés et des mélodies accrocheuses s'appuyant sur des refrains-slogans facilement mémorisables que le public peut reprendre en chœur même si c'est la première fois qu'il entend la chanson (meilleur moment de la soirée pour nous, gueuler « Narcissists, they don't exist » sur une chanson moquant les accros à l'image !)... le tout dans une ambiance de franche pagaille et de bonne rigolade (la sodomie d’une marionnette, d’entrée de jeu, montre qu’on ne se prend pas trop au sérieux sur scène !). Bon, pas de glaviots, c'est vrai, la mode est passé, mais une (gentille quand même) provocation du public, accusé d'être trop sage... surtout dans ses premiers rangs.

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Car King Khan, outre son impressionnante présence physique, est très drôle, qu'il s'agisse de ses commentaires d'introduction des chansons ("celle-ci est sponsorisée par le coronavirus et Air B'n'B") ou de ses interactions avec le public (il aura ainsi décidé que notre ami Robert est un échappé du Cirque fu Soleil !), et le côté bon enfant du set équilibre allègrement la virulence punk.

Sean est convoqué pour chanter quelques morceaux des Spits, ce qui est quand même très élégant, et bien dans l'esprit de King Khan, qui aidera aussi Diego, un enfant d'une douzaine d'années à réaliser un beau slamming ! Après nous avoir accusés de ne pas avoir l'esprit assez ouvert parce que nous sommes réticents à applaudir les "merveilleux nouveaux fascistes qui montent partout", King Khan termine son set d'une heure dix en nous laissant sur les rotules, transpirants et aspergés comme il se doit de liquides divers et variés.

Punk's not dead !... comme on le répète comme un mantra tous les jours, et c'était bien réconfortant de voir ainsi réactivées les vérités profondes d'une rébellion joyeuse qui reste plus que jamais nécessaire.

 

 

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11 février 2020

Les Nuits de l'Alligator à la Maroquinerie, le dimanche 9 février : Daddy Long Legs

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20h55 : On traverse l'Atlantique pour aller aux sources du rock'n'roll avec Daddy Long Legs de Brooklyn (à ne pas confondre avec pas mal d’autres groupes qui ont choisi le nom de cette araignée aux longues pattes…) : à nouveau un trio, mais qui joue cette fois une ultra traditionnelle, entre boogie, blues et country. Brian Hurd a un look de croque-morts délicieux, mais une voix étonnante, et il joue de l'harmonica comme un dieu. Le batteur est un showman complet, régulièrement hilarant derrière ses cheveux longs, ses lunettes noires, et son kit minimaliste, qu’il frappe à l’aide d’une baguette et d’un seul maraca ! Le guitariste fait lui dans la sobriété et la retenue, c'est bien simple on dirait un… bassiste ! Le répertoire de Daddy Long Legs pourrait avoir été composé et joué à la fin des années 50... sauf que ce n'est pas certain qu'on jouait aussi énervé et aussi fort à l'époque ! Quand Brian s’empare lui aussi d’une guitare, ça se met même à déchirer les oreilles bien comme on aime. Bon, on est tellement dans les standards du Rock qu’il n’est nul besoin de connaître les morceaux pour chanter et danser… Et même démarrer un petit pogo des familles sur cette musique qui ne s'y prête pas forcément !  45 minutes de plaisir faussement simple, mais qui claironne bien fort la vitalité de cette musique de pionniers, qui sonne aussi jeune et fraîche 60 ans plus tard...

 

 

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10 février 2020

Les Nuits de l'Alligator à la Maroquinerie, le dimanche 9 février : Gliz

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20h : on attaque la soirée du côté du Jura, avec cette vraie première parisienne pour le trio de Gliz, qui a bien évolué depuis ses débuts. Moins axée sur les (excellentes) mélodies de “Cydalima”, plus rentre-dedans et agressive, leur prestation live prouve que le groupe en a sous le pied. Dès In Limbo, la mayonnaise prend et le public de la Maro - heureusement déjà bien remplie - répond à l'énergie du groupe. Jeu scénique nerveux - entre la batterie spectaculaire de Julien et le tuba de Thomas qui permet une mise en scène inhabituelle, il y a de quoi se régaler -, Florent qui descend dans le public faire monter la pression, il y a le juste relai visuel pour les chansons qui sonnent, logiquement, plus brut, plus raides. Bref, un beau set qui se termine sur une version bien énervée du Lion et devrait gagner au groupe de nouveaux fans.

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09 février 2020

"Occupied - Saison 2" de Erik Skjoldbjaerg et Karianne Lund : LOL !

Occupied S2 affiche

Le visionnage - tardif il est vrai - de la seconde saison de la série franco-norvégienne "Occupied" m'a fait pour une fois changer complètement d'avis, et réaliser que ses "défauts" pointés par la majorité des téléspectateurs, et que j'avais "relativisés" en 2017, constituent un problème majeur, qui empêchent bel et bien la série de fonctionner. Car je me suis assez horriblement ennuyé devant les huit épisodes aussi frénétiques que littéralement interminables de cette seconde saison, qui échoue tristement à provoquer la moindre émulation.

Bien entendu, c'est le sujet même de "Occupied" qui est au cœur du problème. L'idée de départ, due à notre très cher Jo Nesbo, d'une prise de contrôle d'une Norvège riche en énergie par la Russie, et ce à la demande de l'Union Européenne inquiète du chantage exercé par un gouvernement norvégien "vert", était amusante... Encore aurait-il fallu que ses répercussions et son évolution soient construites avec un minimum de rigueur "politique", sans même parler de pure et simple "logique" : or, le "scénario" (et ça écorche la bouche d'utiliser ce terme pour parler de ce que l'équipe de Erik Skjoldbjaerg et Karianne Lund nous a pondu ici) échoue à tous les niveaux !

Si les Français accepteront sans doute l'idée d'un commissaire européen corrompu faisant passer ses intérêt financiers avant son poste (Hippolyte Girardot, qui rame en vain pour donner à son rôle un peu de consistance...), il sera plus difficile d'admettre ces images ridicules de jeunes manifestants dans les rues de Paris, bien loin de la réalité de nos "gilets jaunes"... ce qui fait qu'on n'ose penser ce qu'un Norvégien ira penser de l'extrapolation proposée ici de la situation de son pays ! Incapable donc d'adhérer, et donc de s'intéresser à l'histoire, le téléspectateur en est réduit à se contenter d'un vague thriller mal rythmé - avec un enchaînement absurdement rapide de situations qui naissent et se résolvent sans que l'on se sente aucunement impliqué, et de rebondissements absurdes (pensez seulement à la mort de l'oligarche russe, hilarante !) -, filmé comme un téléfilm moyen des années 90, et surtout terriblement mal interprété. On imagine bien d'ailleurs la souffrance que le tournage de "Occupied" a dû être pour ses acteurs, laissés à l'abandon avec une seule directive : réciter des textes sans intérêt en arborant EXACTEMENT la même expression durant l'intégralité des huit épisodes !

Quant au coup de théâtre obligé du dernier épisode, il n'a évidemment ni queue ni tête, ce qui nous laisse déprimés quant à la perspective d'une troisième saison...

 

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