Le journal de Pok

04 décembre 2016

"Preacher - Une Famille d'Enfer" (épisodes 8, 9 et 10) de Ennis et Dillon : White Trash !

Preacher Une Famille d enfer

"Une Famille d'Enfer", regroupant les fascicules 8, 9 et 10 de la série "Preacher" présente un progrès notable par rapport aux précédents épisodes : en resserrant l'action sur les relations terribles du Révérend Custer avec son atroce famille, Ennis nous offre 70 pages beaucoup plus cohérentes que les 150 qui ont précédé, et qui hésitaient par trop entre western, polar, fantastique, etc. Ici, on est dans la tradition bien malsaine du récit horrifique centré sur la culture White Trash du Deep South - un genre qui nous a quand même donné des œuvres aussi délicates que "Massacre à la Tronçonneuse" ou plus récemment "Blue Ruin", par exemple -, et du coup, on se régale parce que les excès de violence et de cruauté qui sont la marque de "Preacher" s'inscrive parfaitement dans la logique implacable de cette famille de dégénéré vénérant autant le Bon Dieu que leurs armes. Formellement, on peit déplorer que le dessin de Dillon paraisse parfois un peu moins bon qu'au début de la série (un peu de relâchement) et que les couvertures de Fabry n'aient plus la même puissance, mais on est de toute façon emportés par l'urgence du récit. Un cliffhanger de la mort à la fin de l'épisode 10, et nous voilà séduits !

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03 décembre 2016

Revoyons les classiques du cinéma US : "Mr. Smith au Sénat" de Frank Capra (1939)

mr-smith-au-senat

Le sénat (et le congrès?) américain est largement corrompu, ou, tout au moins, contrôlé par le lobbying d'hommes d'affaires puissants qui lui dictent des décisions favorables à leurs intérêts financiers, ces magnats du grand Capital possédant en outre une grande partie des médias, ce qui leur permet de manipuler l'opinion publique. Nous sommes en 2016, au début de l'ère Trump ? Non, en 1939, et c'est le spectre de la guerre contre les Nazis qui se profile à l'horizon, et qui va exiger des USA un effort colossal, alors que les principes mêmes de la Constitution sont foulés aux pieds au détriment des intérêts particuliers. Frank Capra, l'idéaliste de gauche, monte au créneau avec son "Mr. Smith au Sénat", montrant l'impossibilité pour un politicien "honnête" d'exister face à une machine qui fera tout pour le broyer... même si un happy end dans les deux dernières minutes du film est toujours possible... "Mr. Smith au Sénat" fit grand bruit, et souleva de nombreuses critiques (logiques...) de la part du monde politique US : mais le message de Capra passa, et, plus étonnant, reste absolument valide 75 ans plus tard. Bien sûr, son scénario, qui voit le héros de la jeunesse, génialement incarné par le toujours parfait James Stewart, s'appuyer sur les boy scouts américains, n'est pas exempt de simplification naïve, mais les rebondissements de l'histoire, et le suspense magnifiquement géré par Capra, font rapidement oublier cette faiblesse. Le charme de "Mr. Smith au Sénat" vient également du charisme de Jean Arthur - quelle voix ! - ainsi que de la crédibilité et de la complexité humaine du personnage du politicien incarné par Claure Rains, lui aussi impeccable.

PS : On remarquera que Sorkin reprit brillamment le principe du "filibustering" exploité par Jeff Smith dans un bel épisode de son "The West Wing".

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02 décembre 2016

"Show Me a Hero" de David Simon et Paul Haggis : No More Heroes !

Show me a Hero jaquetteOn attend évidemment chaque nouvelle œuvre de David Simon avec intérêt, sinon impatience, depuis la parfaite réussite de son "The Wire", et cette mini-série de 6 épisodes, mise en scène par le très discutable Paul Haggis (réalisateur ultra hollywoodien régulièrement tenté par les grosses ficelles du mélodrame), nous permet de retrouver l'excellence de son travail quasi didactique sur les grands "phénomènes" sociaux et politiques des États Unis. Avec pour sujet - un sujet non glamour (et d'ailleurs tout le monde ne sera pas forcément passionné...) - les défis de l'urbanisme et les enjeux politiques locaux liés à la mixité sociale, "Show Me A Hero" est encore une belle réussite de HBO. Nous assistons donc de manière assez minutieuse, même si la longue chronologie du processus est judicieusement relayée par la narration, brillante, de Simon, à la planification, la construction puis l'ouverture d'habitations réservés aux classes sociales les plus basses au milieu d'un tissu urbain blanc et favorisé, et à la descente aux enfers du jeune maire - interprété très joliment par Oscar Isaac - dont la carrière sera broyée par des jeux politiques auxquels sa naïveté et son manque d'expérience ne l'auront pas préparé. Il faut néanmoins avouer que le trajet du "héros" (titre fitzgeraldien trompeur, voire maladroit, de la série) est loin d'être le plus passionnant ici, et qu'on s'attache beaucoup plus aux personnages féminins, tous justes et poignants, quelle que soit leur origine ethnique et sociale. On pourra regretter aussi que la "tendance Haggis" l'emporte finalement lors d'une conclusion émotionnellement trop chargée, qui n'est pas à la hauteur du récit rigoureux qui l'a précédée. Un défaut mineur par rapport à la qualité de l'ensemble.

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01 décembre 2016

Célébrons éternellement le génie d'Hergé : "Tintin T5 - le Lotus Bleu"

Le Lotus BleuJe n'ai pas un rapport facile avec "le Lotus Bleu", souvent pourtant considéré comme l'un des tous meilleurs Hergé (et apparemment classé - en France - à la 18ème position des meilleurs livres du XXème siècle) : je me souviens que, enfant, j'avais été surpris en le découvrant par le graphisme "originel" qui n'avait pas été modernisé (mis à part pour les toutes premières pages, ce qui créait un effet de rupture déstabilisant) et tranchait avec le reste de mes "Tintin"... Mais j'avais surtout été "choqué" par le réalisme de nombreuses scènes (la guerre d'invasion des Japonais, les inondations meurtrières, et même la menace répétée de voir le cou de Tintin tranché !), sans même parler de la personnalité de Tintin, très extraverti - ces sourires, ces explosions d'émotion, cette violence dans les combats (hors champs) à mains nues...

Évidemment nombre de ces "défauts" constituent la singularité de ce "Lotus Bleu" et concourent à en faire aujourd'hui l'un des livres les plus respectés d'Hergé : bien documenté quant à la situation chinoise - Hergé ayant souhaité rompre avec la vision simpliste des civilisations "autres" qui était la sienne jusqu'alors -, mais surtout prenant fermement parti (contre les idées généralement défendues en Occident à l'époque...) des victimes chinoises du racisme européen comme de l'impérialisme nippon, "le Lotus Bleu" est clairement la première étape conduisant à la maturité d'une Bande Dessinée qui va devenir au cours des années suivantes l'une des œuvres majeures du XXème siècle. Du point de vue narration, Hergé développe pour la première fois un grand récit "policier" cohérent - même si pas exempt d'invraisemblances - et relègue l'humour à sa portion congrue (les rudes Dupontd étant à eux seuls chargés d'incarner la part grotesque de ce récit plutôt sombre, voire souvent cruel...).

Finalement, le problème qui demeure aujourd'hui avec ce "Lotus Bleu", une fois qu'on a intégré la part historique et aussi la part auto-biographique du récit (l'amitié avec Chang, qui deviendra, tout le monde le sait, le cœur du fameux "Tintin au Tibet", bien des années plus tard...), on peut quand même se sentir un peu perdus en suivant tous ces allers et retours effrénés de Tintin, qui semble passer son temps ballotté entre les nombreux personnages - bons ou méchants - de cette intrigue complexe, et faisant paradoxalement du surplace jusqu'au dénouement assez surprenant. Finalement, la vraie faiblesse du "Lotus Bleu", c'est que Hergé manque encore de savoir faire dans la construction de ses scénarios, une faiblesse qui sera rapidement corrigée dans les tomes suivants.

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30 novembre 2016

"Mademoiselle" de Park Chan-Wook : Young Girl(s)!

mademoiselle affichePark Chan-Wook est un réalisateur aussi adulé par beaucoup que méprisé par d'autres, presque aussi nombreux, et ce pour - peu ou prou - les mêmes raisons : sa virtuosité technique incomparable, son goût pour la perversité et la provocation potache. Avec "Mademoiselle", Park donne l'impression qu'il a voulu (ou du moins a réussi à) synthétiser totalement son cinéma : on peut donc affirmer avec confiance qu'il a réalisé là son chef d’œuvre, un film aussi totalement époustouflant que grossièrement frustrant, la perfection absolue (de la première partie, parmi les plus belles choses jamais vues sur un écran durant une vie entière de cinéphile) et la crapulerie ludique (de la troisième partie, enchaînement de scènes caricaturales) étant finalement les deux faces de la même pièce de monnaie. "Mademoiselle" fait parfaitement écho à "Mulholland Drive" (amours saphiques et contamination de la forme même du film par son sujet) comme à "Eyes Wide Shut" (goût pervers des mâles pour les mises en scène sadiennes et affirmation finale de la supériorité absolue de la femme), c'est dire à quel niveau il se situe, celui de Lynch et Kubrick, pas moins ! A partir de là, chacun d'entre nous va se sentir obligé de gloser à l'envi sur chaque détail de ce film monstrueux de 2h30, Park nous autorisant à penser tout et son contraire, et ce sera bien là l'un des plus grands bonheurs de cette année de cinéma 2016 : en sortant de la salle de cinéma, j'ai senti que j'emmenais avec moi, en moi, les personnages et l'histoire de "Mademoiselle", et nombre de ses scènes somptueuses et étourdissantes. Et que tout cela allait grandir en moi, et m'occuper pendant pas mal de temps. Merci à Park Chan-Wook pour ce précieux cadeau.

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29 novembre 2016

"Preacher - Mort ou Vif" (épisodes 1 à 7) de Ennis et Dillon : Dead or Alive !

Preacher1Bénéficiant d'une réputation sulfureuse, porté au pinacle par de nombreux fans qui retrouvent dans ses pages un écho malin à leurs pires désirs de transgression, "Preacher" est un drôle de livre... Comic book à l'américaine, avec tout ce que cela comporte de codes adorés par les uns, honnis par les autres, il est réalisé par deux britanniques (un anglais et un irlandais), ce qui était sans doute la seule manière d'aller aussi loin dans la provocation, en particulier anti-religieuse. Cet mauvais esprit, que l'on qualifierait facilement de punk, s'exerce en effet à longueur de pages aux dépends de tous les codes habituels, s'acharnant particulièrement sur la bêtise crasse de l'Amérique profonde, arriérée et fascisante... ce qui réjouit finalement à bon compte les Européens que nous sommes, certains de notre supériorité morale sur ces péquenots obsédés par les armes et une morale d'un autre temps (encore que...). Mais tout cela ne serait pas grand chose, en tous cas ne serait pas très sympathique finalement, si Ennis et Dillon ne nous offraient surtout un grand délire mélangeant violence "tarantinesque", science fiction et ésotérismes goguenards (les anges qui gèrent le monde parce que Dieu s'est fait la malle...), et fantastique déjanté (encore un beau retour du mythe éternel du vampire...). Bref, on ne sait jamais ce qu'on est en train de lire, et c'est tant mieux, d'autant qu'on rit aussi beaucoup aux vannes méchantes qui volent, un peu aux dépends de toute le monde (le monde du Rock en prend ça et là pour son grade, aussi...). Ainsi, si chacun des épisodes (six, je crois, mais je ne suis pas sûr) qui composent ce premier recueil, "Mort ou Vif", fonctionne admirablement, grâce en particulier à un graphisme simple mais efficace, on ne peut pas en dire autant de l'ensemble de l’œuvre, tant il semble que Ennis se perde un peu en route, abandonne son sujet initial pour aller explorer des chemins de traverse (l'histoire du serial killer new yorkais) qui diluent un peu notre intérêt. Il faudra donc voir comment se poursuit la série pour vraiment statuer sur son importance et sa qualité. A souligner aussi les remarquables couvertures de Glenn Farby, auxquelles cette édition rend un hommage justifié... même si le travail de Farby est quand même assez éloigné des personnages de Dillon !

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28 novembre 2016

Découvrons les classiques du cinéma italien : "Théorème" de Pier Paolo Pasolini (1969)

Theoreme afficheEn 2016, il n'est pas facile de regarder, et encore moins d'aimer "Théorème", un célèbre film de Pasolini qui paraît plus aujourd'hui un marqueur de sa turbulente époque qu'une véritable pierre blanche dans l'histoire du Cinéma (majuscule, forcément quand on parle "d'auteurs" comme Pasolini, même si dans son cas, c'est souvent pour la mauvaise raison du scandale qu'on parle de lui...). Non pas qu'on ne puisse prendre un peu de plaisir devant cet objet bâtard qui hésite entre le pamphlet politique et l'écriture libre de la poésie avant gardiste : il y a ici un bon nombre de scènes - baignées dans l'éblouissante lumière de l'été italien - qui font merveille, que cela soit par la grâce de cadrages saisissants ou bien par la liberté folle de mouvement, typique de ce cinéma qu'on qualifia de "moderne" et qui passa pourtant très vite (trop vite ?) à la trappe de l'Histoire... Mais la brève fascination que l'on peut ressentir devant la beauté de Terence Stamp, ou même devant le parcours halluciné de ceux qu'il a "libérés" et qui peuvent alors "s'accomplir" ou s'auto-détruire, laisse vite place à l'irritation devant la démonstration idéologique (le théorème...) et surtout l'étonnant amalgame pasolinien entre sexe et religion (qui fit grand bruit en 1968 au sein de la communauté catholique divisée !). On admet bien sûr le discours de Pasolini (disons trivialement : "je te baise, je te possède, je te remplis de l'essence divine"), mais je doute qu'on le trouve encore pertinent, ou même simplement intéressant, près d'un demi siècle plus tard.

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27 novembre 2016

Célébrons éternellement le génie d'Hergé : "Tintin T4 - les Cigares du Pharaon"

Les Cigares du Pharaon"Les Cigares du Pharaon", dans la version redessinée et coloriée, fut certainement durant une bonne partie de mon enfance mon "Tintin et Milou" préféré, tant ces aventures rocambolesques au rythme trépidant me semblèrent une sorte de parangon du genre : mêlant sans complexes la malédiction de Toutankhamon, Lawrence d'Arabie, les enquêtes d'Albert Londres sur le trafic d'opium, Henry de Monfreid (... dont je rappelle qu'un feuilleton mémorable de l'ORTF célébrait la vie dans les années 60, feuilleton qui me faisait également rêver...), Hergé poursuit sa peinture d'un monde encore inconnu, incroyablement périlleux, mais également joyeusement déréglé.. où tout est possible à son héros, même ceinturer un tigre féroce et l'enrouler dans une camisole de force, à mains nues, même parler aux éléphants à l'aide d'une trompette taillée dans un arbre, etc.! Le pouvoir de fascination des "Cigares du Pharaon", en dépit de l'invraisemblance totale de nombreuses situations, et de l'incohérence d'une intrigue soumise aux seules lois du coup de force, reste aujourd'hui tout-à-fait intact : bien supérieur aux précédentes tentatives d'Hergé, qui s'enlisaient comme on le sait dans la simplification politique ou même raciste, "les Cigares du Pharaon" nous raconte un monde fondamentalement mystérieux où s'affrontent pour notre plus grande joie maharadjahs, politiciens, savants fous, crapules capitalistes, fakirs, sectes encapuchonnées, tribus enturbannées. Un monde où tout était encore possible, aventure de rêve ou cauchemar, folie ou raison... mais où l'on peut désormais lire les prémisses de la part la plus obscure du XXème siècle : intolérance, obscurantisme, superstition, peur de l'autre, racisme, cupidité, nationalisme... Même si d'aucuns font aujourd'hui la fine bouche sur une technique narrative encore balbutiante, sur des personnages aux personnalités encore mal définies, ce livre puissant prouve qu'Hergé avait déjà la capacité de synthétiser mille faits d'actualité, de s'inspirer de mille personnages réels ou légendaires, et de construire un parfait objet de plaisir, mais également une véritable légende du siècle.

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26 novembre 2016

Revoyons les classiques du cinéma US : "Bonnie and Clyde" d'Arthur Penn (1967)

BonnieandclydeOubliez les réflexions des cinéphiles sur l'avènement proche du Nouvel Hollywood : certes, Arthur Penn filme le sang (ici, beaucoup) et le sexe (ouverture culottée de "Bonnie and Clyde" sur Faye Dunaway nue) frontalement, de manière "anti-hollywoodienne"... mais n'a pas quand même grand chose à voir avec Coppola, Spielberg ou De Palma. Oubliez même les préoccupations politiques, certes sincères, à l'unisson d'une époque profondément contestataire : "Dans "Bonnie and Clyde", l’individu découvre l’humiliation économique, sociale, morale, que lui fait subir la société. Que font Bonnie et Clyde ? Ils font la guerre à cet état de fait, pour trouver leur identité." commentait alors Penn, tandis que son film défrayait la chronique et récoltait un véritable triomphe auprès de la jeunesse... Mais ce n'est pas cet aspect de "Bonnie and Clyde" qui survit en 2016, et en fait un objet toujours brûlant, dangereux. Non, "Bonnie and Clyde" est un film PUNK, au sens où le furent les Pistols et les Clash : la tentation de l'anarchisme, certes, mais surtout la rage de vivre vite et de mourir jeune, en ayant le meilleur look possible (regardez les photos du couple terrible, armes à la main, impeccables de classe !). "Bonnie and Clyde" est un film qui glorifie le chaos, qui le rend sublime, à coup de caméra brutale, de montage sauvage, d'images accélérées, de dérapages incontrôlés. "Bonnie and Clyde" est un film laid sur la laideur terrible de notre monde, qui montre deux personnages sublimes (Faye Dunaway est dans ce film l'une des plus belles jeunes femmes jamais filmées !). Mais l'intelligence absolue de Penn, c'est de ne jamais rendre cette dérive romantique : non, comme dans tout bon film PUNK, les héros sont aussi stupides, vides ("We're so pretty vacant, and we don't care..." !) que l'univers minable dans lequel ils se débattent : la famille est un enfer de bêtise (le frère et sa femme, terrifiants) ou de lâcheté (la trahison finale), le sexe se réduit à la frustration (Beatty, magnifique en amant paradoxalement impuissant), la solidarité sociale n'existe pas et la révolte des opprimés se réduit à briser les vitres de sa propre maison. Ne reste que la rage.

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25 novembre 2016

Pixies au Zénith (Paris) le mercredi 23 novembre 2016

2016 11 23 Pixies Zenith (3)Installation rapide du matériel des Pixies, et à 20h30 précise, Frank Black, Joey Santiago, David Lovering et… Paz Lenchantin (désormais remplaçante officielle et permanente de Kim Deal) déboulent avec… Where is My Mind?... soit quand même un début furieusement culoté, puisqu’il y a sans doute une partie raisonnable du Zénith – désormais comble – qui est venue avant tout pour entendre le seul tube (à mèche longue, le tube) des Pixies !  Frank semble avoir repris un peu de poids, même s’il est élégamment vêtu de noir, et il a des petites lunettes qui lui confèrent un air docte : pour le moment, son chant est… normal, dirons-nous, on va devoir attendre un peu pour entendre les fameux cris de goret égorgé, alternant avec les rugissements de fauve extra-terrestre. Joey paraît parfaitement normal, presque classe, et il est assez difficile d’imaginer que notre ami sort juste d’une cure de désintoxication, dont l’annonce en septembre dernier avait – légitimement - inquiété les nombreux fans des Pixies. David est l’habituel ”pilier” derrière ses fûts, l’homme ordinaire qui ne sortira de sa réserve, comme d’habitude, que pour chanter le jovial La La Love You, principal (seul ?) moment de légèreté dans un set qui visera la majeure partie du temps à l’incandescence. Quant à la petite nouvelle, l’Argentine Paz, elle est clairement complètement à sa place dans le groupe, aussi bien musicalement – excellents vocaux décalés et un peu faux, comme on les attend – qu’humainement : il semble en effet régner sur scène une sorte d’harmonie entre les musiciens, voire une bonne humeur qu’on n’avait jamais constatée auparavant… Même s’il ne faut clairement toujours pas espérer beaucoup d’exubérance… ni même le moindre mot envers le public durant l’heure et quarante minutes du set !

2016 11 23 Pixies Zenith (11)Bon, alors, une fois Where Is My Mind?... derrière nous, on peut se consacrer aux choses sérieuses : Frank Black fait monter doucement la pression – voir la belle reprise ”classique” du Winterlong de Neil Young – mais on débouche quand même très vite l’enivrante fiole aux élixirs à fort degré d’alcool : « You are the son of a… MOTHER FUCKER ! », tout le monde se retrouve à hurler sur l’épique Nimrod’s Son, et c’est le signe que j’attendais, qu’on attendait depuis l’improbable reformation en 2004 : les Pixies sont de retour. La guitare de l’impeccable Joey Santiago nous cisaille les nerfs et nous taraude les tympans – oui, ce soir, le son était FORT au Zénith -, et le gros Francis se remet à couiner au lieu de chanter. La pression dans mon dos augmente, là où quelques minutes plus tôt, on se plaignait presque d’être à un concert civilisé avec trop de vieux dans la salle. Car le fait d’être broyés contre la barrière par un public en furie, alors qu’on a la tête qui vibre et les oreilles qui vrombissent sous l’assaut sonique, c’est la vraie expérience Rock’n’Roll d’un set des Pixies, non ?

La setlist, forcément brillante, de plus de trente morceaux, enchaînés quasiment sans pause comme à la grande époque, jusqu’à l’épuisement sensoriel, est principalement centrée sur ”Doolittle” – joué en intégralité, me semble-t-il, y compris le merveilleux Tame avec cette hystérie qui fait basculer le morceau vers l’abandon total de toute raison -, et sur le dernier album, ”Head Carrier” fort honorable, avec de beaux moments pop (Oona, The Tenement Song) : il y a aussi, et heureusement, les inévitables brûlots des débuts, de ”Come On Pilgrim” et de ”Surfer Rosa”… Rien de ”Indie Cindy”, et peu de choses de ”Bossanova” et de ”Trompe le Monde”. Et pas de Planet of Sounds (pourquoi, mon dieu, pourquoi ? C’est mon morceau favori !), pas de Gigantic non plus, comme quoi la plaie Kim Deal n’est pas aussi refermée que Frank Black le prétend…

2016 11 23 Pixies Zenith (43)Le principe du set est un va et vient entre les pics furieux des morceaux les plus extrémistes (l’enchaînement de Crackity Jones, Baal's Back, Tame et Hey par exemple ne laissera personne indemne…) et les vallées plus accueillantes des chansons mélodiques. Evidemment, pendant les moments d’intensité incontrôlable, la situation s’avère physiquement difficile : à un moment, j’ai cru voir ma voisine verser une larme à ma droite, mais je me suis rendu compte que c’était de pure joie ! A ma gauche, mon voisin – armoire à glace - dégageait les envahisseurs, qui manifestaient des velléités de nous déloger de notre place privilégiée, en entamant un pogo brutal. Quant à moi, arrimé à la barrière, je me laissais complètement aller à savourer cette incroyable madeleine de Proust au piment rouge et à la tequila : les Pixies étaient à nouveau là… certes moins absurdement méchants, moins radicaux, mais quand même toujours à l’avant-garde de l’extrémisme alternatif. (Bon comme les Pixies sont toujours les Pixies, ils arrivent toujours à faire des fausses notes, à jouer et à chanter approximativement, voire même à foirer complètement le début d’une chanson, comme lorsqu’ils abandonneront l’intro de Um Chaga Lagga… mais honnêtement, ça fait partie du deal, et je ne pense pas que ça pose un problème à qui que ce soit !)

Le set se clôt à 22h00 pile, par le doublé parfait de Debaser (« I am un chien andalou-cia… ») et U-Mass (« It’s educational », adlib…). Les oreilles sifflent, le bonheur brille dans les regards épuisés : Pixies !

Puis ils reviennent, très vite, pour Vamos et l’habituelle démonstration à la guitare de Joey Santiago (bon, il ne se roulera plus par terre…) : « Estaba pensando sobre viviendo con mi sister en New Jersey, Ella me dijo que es una vida buena alla, Bien rica, bien chevere, Y voy! Puñeta! ». Et comme c’est une manière trop festive de nous dire au revoir, ils préfèrent nous noyer dans la fumée et dans les lumières blanches pour une excellente version de grand, du très grand morceau abstrait qu’est Into the White, sur lequel Paz Lenchantin fait mieux qu’évoquer le spectre bizarre de Kim Deal : « Deeper than your sleepy head, ain’t nothing to see, ain’t nothing in sight, into the white! ».

Ça devrait être mon dernier concert de l’année 2016, et honnêtement, après la révolution Girl Band il y a seulement quelques jours, comment mieux finir une année aussi déprimante qu’en célébrant à nouveau l’extrémisme sonique des Pixies ?

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