Le journal de Pok

30 juillet 2014

"The Grand Budapest Hotel" de Wes Anderson : extraordinaire...

The Grand Budapest Hotel affiche

Surprise quand même que cet extraordinaire "Grand Budapest Hotel", véritable rupture dans l'oeuvre de Wes Anderson derrière son apparence d'aboutissement stylistique : en abandonnant son terrain thématique habituel (la famille, le père perdu et retrouvé, etc.) et en délaissant ici toute illusion de réalité, Anderson va dans la direction opposée de ce que son "Moonrise Kingdom" pouvait laisser entendre, et paradoxalement, réalise son chef d'oeuvre à date. Complètement conceptuel, puisqu'il s'agit ni plus ni moins que de transposer la thématique "Zweiguienne" (l'évanouissement de la grande civilisation européenne dans la barbarie du fascisme) dans un univers très BD (on pense tour à tour à Tintin et aux Pieds Nickelés) - figuré brillamment par cette image carrée que les personnages traversent ou dans laquelle ils s'agitent -, mais également merveilleusement sucré (la métaphore délicieuse des gâteaux que l'on s'offre, même entre ennemis), "The Grand Budapest Hotel" nous entraîne sur un manège emballé d'images géniales, aussi raffinées que puissamment évocatrices. Le Grand Art de Wes Anderson est de ne jamais nous perdre, en dépit de l'enchassement des époques, de la frénésie de la narration-course poursuite haletante, et de réussir à nous faire pousser des cris d'admiration enfantins à chaque plan : quand, au final, la mélancolie envahit le film, nous nous retrouvons aussi émus qu'émerveillés devant la puissance inattendue de ce cinéma pourtant tellement singulier.

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29 juillet 2014

Revoyons les classiques de la série TV : "The Sopranos - Saison 3"

Sopranos 3 jaquette

Vu avec le recul des années, c'est avec cette troisième saison - magnifique - que David Chase fait atteindre aux "Soprano" cette excellence qui va en faire la référence du genre pour bien des années : en focalisant (un peu) moins son récit sur le problèmes "psy" de Tony Soprano, en ouvrant la fiction à nombre de personnages plus ou moins périphériques (on pense en particulier à l'étonnant Ralph, brillamment incarné par Joe Pantaliano...), Chase éloigne sa série de ses racines cinématographiques dont il a désormais fait le tour (la "critique" du "Parrain"), pour la transformer en une "grande fresque américaine" passionnante, drôlissime mais aussi souvent touchante. On aime de plus en plus ces personnages risibles mais terriblement proches de nous (... et on en hait certains, heureusement), on se délecte des brefs - mais saisissants - irruptions de violence, et on savoure surtout certains épisodes qui atteignent une grandeur étonnante : le sommet de toute la série est peut être atteint ici avec "Pine Barrens", dirigé d'ailleurs par Steve Buscemi, chef d'oeuvre de bouffonnerie angoissante.

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28 juillet 2014

"Bad Words" de Jason Bateman : quelques scènes joliment offensantes...

Bad Words affiche

"Bad Words" a le mérite insigne d'être, au moins durant sa première heure, un drôle d'objet, indéfinissable et parfois même assez malaisant. Jason Bateman, a priori très engagé dans le projet puisqu'il signe aussi la réalisation (assez ordinaire, et à l'efficacité parfois discutable, ce qui plombe évidemment le côté "comique" du film), semble porter une charge électrique de haine brute, dégommant avec une belle méchanceté tout ce qui tente d'interférer avec lui, et crée chez le spectateur un véritable trouble, qui permet de dépasser la question - finalement assez périphérique - de l'enigme qui se dissimule derrière son attitude. La résolution de la dite énigme s'avérera tout sauf passionnante (il est facile de voir assez tôt vers quoi s'oriente le film, qui laboure sans grande subtilité les terres bien épuisées désormais du "cinéma de la paternité"...), et on n'échappera pas - malheureusement - à la dernière demi heure de réconciliation, ici autour d'un jeune surdoué indien beaucoup trop mignon pour ne pas desservir le propos du film. Bref, plus aucune surprise dans le programme de cette toute petite comédie, malheureusement, mais on aura quand même apprécié auparavant quelques scènes joliment "offensantes", générant une sorte d'indécision féconde.

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27 juillet 2014

"Love Letters" de Metronomy : "Et maintenant, qu'est-ce qu'on peut bien faire ?"

love letters

"Et maintenant, qu'est-ce qu'on peut bien faire ?", je suis prêt à parier que cette question a hanté Joseph Mount lorsqu'il lui a fallu se remettre au travail après le succès artistique et commercial de "The English Riviera", album immense - que je considère personnellement comme l'un des sommets de la pop moderne. Là où bien des artistes se sont épuisés à courir éternellement derrière leur chef d'oeuvre, à jamais indépassable, Mount a eu l'humilité d'admettre qu'il ne ferait sans doute pas mieux, et s'est employé à replier la voilure de son splendide vaisseau Metronomy : "Love Letters", disque touchant, humain, bancal, sensible, clairement imparfait, est le résultat d'un doux retour au port d'attache après l'ivresse du grand large. Metronomy n'a plus besoin de se confronter à l'avant garde la plus ambitieuse de l'electro contemporaine, il lui suffit désormais de composer de la "pop music" (de la vraie pop, pas celle des grosses stars internationales) en s'amusant avec tous les codes de ces dernières quarante années, en papillonnant d'un genre à l'autre sans plus vouloir révolutionner quoi que ce soit. Les chansons de "Love Letters" sont donc tout sauf des chefs d'oeuvre, et se présentent plutôt comme des ébauches volontairement instables de "propositions pop" : on peut néanmoins les chanter sous la douche, les siffloter dans la rue, et même les chérir au fond de son coeur, ce qui semble être tout ce que Joseph Mount recherche désormais.

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26 juillet 2014

"Black Coal" de Diao Yi'nan : sidération...

Black Coal affiche

Impossible bien sûr de ne pas penser à Zang Ke et son "Touch of Sin" en voyant ce "Black Coal" : évacuons tout de suite les similitudes (deux chroniques noires et violentes de la nouvelle aliénation chinoise) et les différences (d'un côté le génie immense de Zang Ke, déjà l'un des plus grands cinéastes vivants, de l'autre la formidable créativité d'un jeune réalisateur formulant de nouvelles propositions formelles... enthousiasmantes). Parlons plutôt de cet incroyable retravail des codes du film noir auquel se livre Diao Yi'nan : intrigue alambiquée qu'il n'est pas forcément nécessaire de comprendre (même si, ici, elle fonctionne parfaitement), femme fatale, atmosphère sombre et glauque... grâce à une image splendidement travaillée (on peut penser à Wong Kar Wai), et à cette mise en scène exemplaire qui joue constamment avec les nerfs du spectateur,  créant des pics de sensations vertigineux au milieu de passages faussement placides. On peut regretter qu'à la première vision, le spectateur soit sans doute trop partagé entre le désir de comprendre le film malgré les embûches narratives - excessives - semées par Diao, et le bonheur de cette sidération qui ne peut que le saisir devant des scènes inouïes (l'explosion brutale de la violence du début, le vol de la moto dans la neige, les patins à glace, la grande roue... et le final au lyrisme superbement "contenu")... mais devrait-on se plaindre qu'il y ait des films qui nécessitent (et méritent) d'être vus plus d'une fois ?

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25 juillet 2014

"L'Origine du Monde - Le Roi des Mouches T. 2" : un peu plus loin...

Origine du monde

Le second volet du "Roi des Mouches" permet à Mezzo et Pirus de pousser un peu plus loin leur chronique noire de la déprime post-adolescente "ordinaire" : cette fois, les personnages de "l'Origine du Monde" n'ont droit à aucune rédemption par l'amour, et la descente en enfer du héros à tête de mouche s'accélère. Si cette dégradation somme toute logique de l'univers banlieusard cauchemardesque du "Roi des Mouches" fait clairement partie du programme, puisque le livre travaille sur la part masochiste (sans parler de la lâcheté) de chacun, le conduisant à prendre systématiquement la mauvaise décision, en toute conscience de cause et même avec une indéniable jouissance, on regrettera que les auteurs s'égarent occasionnellement avec la description de l'errance entre réalité et au-delà des personnages décédés, ainsi que le manque de crédibilité de l'épisode "Moi Tuer Pour Vivre" : lorsqu'il s'éloigne du réalisme, "le Roi des Mouches" perd de sa pertinence et de son impact (c'est d'ailleurs là une différence de taille avec le travail de Burns, qui sait mieux intégrer l'onirisme et le fantastique dans ses fictions...). Petit bémol donc à une oeuvre qui reste exceptionnelle. 

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24 juillet 2014

Séance de rattrapage : "Snowpiercer" de Bong Joon-Ho

Snowpiercer affiche

Une vraie déception que cette adaptation par Bong Joon-Ho, sans doute le meilleur réalisateur coréen, du classique de la BD made in France, "le Transperceneige" : après un départ assez entraînant, qui laisse bien augurer de ce parcours horizontal des strates d'une société futuriste survivant à bord d'un train lancé à pleine vitesse au coeur d'un monde gelé, où Bong sublime l'ambiance crasseuse de la BD et laisse espérer un puissant travelling illustrant l'éternelle lutte des classes, régulièrement percuté par des scènes de violence dont les Coréens possèdent le secret, le film se perd peu à peu. Le choix d'une illustration baroque (limite on est chez Besson, c'est dire) des wagons-classes sociales, le manque de conviction - voire d'intelligence, un comble chez Bong - du filmage de l'action, le choix d'un burlesque grinçant qui, malheureusement, ne fonctionne pas dans ce contexte (alors que dans "The Host", l'humour désespéré transcendait le sujet), toute ces fautes font que Bong n'arrive jamais à dépasser les limitations d'un budget visiblement insuffisant pour recréer la vision démentielle de Lob et Rochette au cinéma. Même si, et heureusement, "Snowpiercer" ne tombe jamais dans la facilité du blockbuster S.F. à l'américaine, il reste l'ébauche parfois inspirée mais souvent frustrante du grand film qu'il aurait pu, non, qu'il aurait du être.

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23 juillet 2014

"La Fin du Donjon (Donjon Crépuscule niveau 111)" de Trondheim, Sfar et Mazan

La Fin du Donjon

Déroutant mais passionnant, "la Fin du Donjon" nous propose une conclusion de la saga Donjon qui se déroule en "parallèle" aux faits narrés dans "Haut Septentrion", avec des croisements réguliers entre les deux récits (apparitions de personnages et de situations de l'un dans l'autre par exemple, ce qui produit des effets troublants), mais avec une thématique et une énergie bien différentes. Alors que "Haut Septentrion" exaltait la rom com et se terminait, non sans allégresse, de manière ouverte, "la Fin du Donjon" s'avère centré sur le couple Herbert et Marvin, soit les héros originaux de la saga (ceux du "Zénith"), désormais bien fatigués et traités comme des vieillards inutiles à de nombreuses reprises... Le livre se termine - d'ailleurs superbement - par des images mélancoliques sur la vanité humaine (enfin, humaine, on se comprend !). On retrouve par contre de nouveau quelques sauts déstabilisants dans la narration, qui encouragent la relecture intégrale de la saga maintenant close, et on apprécie ici le chapitre sur le Monde des Morts qui permet de mieux réintégrer le volet "Potron Minet" dans le panorama général. Trondheim et Sfar nous ont en tout cas offert avec ce double volume (deux livres à relire ensuite en même temps, soit un exercice novateur, stimulant, et amusant...) une conclusion originale, digne d'une saga qui avait certes connu des hauts et des bas, mais était restée au fil des ans un must pour les fans d'Heroic Fantasy comme pour ceux que l'humour de Trondheim (et de Sfar) touche.

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22 juillet 2014

"Mauvais genre" de Chloé Cruchaudet : puissance et originalité du récit.

Mauvais Genre

Était-il possible de faire un mauvais livre à partir d'une aussi bonne histoire que celle qui est à la base du livre de Chloé Cruchaudet  ? La question vaut la peine d'être posée,  tant sont fortes les émotions, l'enthousiasme même que l'on ressent à la lecture de ce "Mauvais Genre" : l'histoire de ce double déserteur, abandonnant le service de la patrie pour survivre, avant d'abandonner son genre (masculin) pour mieux jouir de la vie, est forte, très forte, à la fois tragiquement humaine et superbement exemplaire. Bien entendu, au sein du débat français sur le genre, justement,  il hérissera ceux qui aiment que les individus restent à leur place, et qui, comme les juges de la BD, feignent d'ignorer l'appel enivrant de la chair. Les autres accepteront la griserie de cette liberté nouvelle offerte par la transgression... même si "Mauvais genre" aurait sans doute gagné encore de la force à être plus sexuellement explicite, à sortir de la bienséance de la BD acceptable pour le grand public. Le très beau dessin de Cruchaudet, la mise en page originale, l'utilisation pertinente du noir et blanc (... et rouge) font de "Mauvais genre" une vraie réussite esthétique, même si cette belle forme passe au second plan par rapport à la puissance et l'originalité du récit. 

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21 juillet 2014

Revoyons les classiques du cinéma : "Cría Cuervos" de Carlos Saura (1976)

Cria Cuervos

L'édition en format Blu-ray du chef d'oeuvre de Carlos Saura (oserait-on dire de son unique "bon film" ?) permet d'évaluer l'impact du temps passé - une quarantaine d'années quand même - sur une oeuvre largement politique : Carlos Saura, en nous racontant dans "Cría Cuervos" l'histoire d'une petite fille bouleversée par la mort de sa mère, voulait montrer la souffrance de l'Espagne lors des dernières années de la dictature franquiste. S'il y a fort à parier que le rôle symbolique de chacun des personnages, représentant bourreaux et victimes du système fasciste, passera désormais bien au dessus des têtes des spectateurs modernes, ces mêmes spectateurs retiendront évidemment l'incroyable présence (s'agit-il même d'une interprétation ?) de la petite Ana Torrent, ainsi que l'utilisation percutante du tube "Porque te vas". Mais Saura faisait aussi un beau travail de mise en scène pour nous guider de manière subtile, mais efficace, au coeur du labyrinthe mental de sa petite héroïne. "Cría Cuervos" nous réserve ainsi toujours de grands et beaux moments - originaux - de sensibilité, sachant suggérer l'indicible (la disparition des parents, le désir de mort et la culpabilité de l'enfant) avec une étonnante intelligence et une grande sensibilité.

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