Le journal de Pok

24 mai 2016

"Mariachi Plaza" de Michael Connelly : la pièce en feu...

Mariachi Plaza

"The Burning Room" (en français "Mariachi Plaza", ce qui est amusant puisque le livre traite de deux cas en parallèle et que le titre français se réfère à un cas différent du titre original...) est ce qu'il faut bien qualifier de "un Harry Bosch standard", c'est à dire loin des grandes réussites de la série, mais aussi bien aussi de récents livres deConnelly plutôt décevants. Le principal problème est le démarrage extrêmement lent et ennuyeux du livre - globalement trop long - puisqu'il faut bien dire que les cent premières pages risquent d'en décourager plus d'un. Mais le lecteur persévérant sera récompensé puisque le suspens s'intensifie progressivement jusqu'à un double final à la fois réaliste (pas de happy end, au contraire !) et malin (les deux résolutions des "cold cases" sont très bien troussées, il faut le reconnaître). "Mariachi Plaza" se clôt sur ce que l'on peut imaginer comme le départ définitif de Bosch du LAPD, mais le livre a pu aussi être une sorte de passage de témoin aux deux jeunes femmes de l'histoire, l'inspecteur Soto et la fille même de Bosch. Bref, Connelly, lui, n'a pas l'air prêt à prendre sa retraite...

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23 mai 2016

Séance tardive) de rattrapage : "La France" de Serge Bozon (2007)

la-france affiche

Le film de Bozon, dont on avait pas mal parlé à l'époque suite à son moyen métrage "Mods", a pour lui une belle singularité, qui fait qu'il mérite qu'on s'y intéresse... même s'il n'emportera pas forcément l'adhésion de tous. La syntaxe est en effet ici celle de l'aile la plus "intello" (comme on dit trop péjorativement de nos jours) de la Nouvelle Vague, disons celle de Rivette : sécheresse et élégance de la mise en scène, une mise en scène qui privilégie toujours le sens plutôt que l'affect... et cela fait du bien de regarder du cinéma aussi intelligent ! L'originalité de "la France" est de mettre ce style particulier au service d'un scénario bien loin des habituelles préoccupations amoureuses de cette Nouvelle Vague, puisqu'il décrit les parcours un temps liés d'une femme aimante à la recherche de son mari et d'un groupe de déserteurs durant les combats de la Guerre de 14-18. Malgré des moyens limités, Bozon recrée remarquablement les moments de violence, de tension, et les épreuves très physiques par lesquels passera la petite troupe. Bien sûr, il y a des choses qui "marchent" (le superbe monologue de François Négret, les irruptions de violence brute) et d'autres moins : même si l'on comprend le concept de faire chanter les acteurs de manière non-réaliste comme Hollywood le faisait à ses débuts, l'effet de cette irruption d'une musique pop sucrée et anachronique n'est pas trop réussi ; plus grave, le final (happy end ?) avec l'apparition (certes magnifiquement filmée) d'un Guillaume Depardieu décalé est plus que frustrante, et fait perdre in extremis beaucoup de force au propos du film. 

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22 mai 2016

"Human Performance" de ParquetCourts : from the Big Apple...

human performance

Nostalgique de l'époque où le rock de la Big Apple était la référence ultime pour tous les gens de goût de la planète, où il semblait que toute la créativité et l'élégance musicale s'épanouissaient là au milieu des ordures et des crimes d'une métropole encore dangereuse ? Du Velvet, des Ramones, du Richard Hell de la "Blank Generation", des Talking Heads de "77", du Television de "Marquee Moon", du rock garage et gai des Fleshtones, etc., de la rencontre tumultueuse entre l'intelligence et les pulsions... ? Eh bien, "Human Performance" est l'album idéal pour vous, la parfaite madeleine de Proust : sans pour autant franchir la limite honteuse du plagiat, ni même de l'hommage compassé, les Texans de Parquet Courts laissent parler leur amour pour une musique élégante, vive, et pourtant artistiquement intransigeante, comme New York nous en a tant offert des 60's au début des 80's. Et en profitent pour nous pondre leur meilleur album à date, qui les voit ajouter une profondeur supplémentaire et bienvenue à leurs chansons, sans qu'elles perdent leur morgue ou leur énergie. Par moments, à l'écoute de ce "Human Performance" presque réussi de bout en bout, on pense aux meilleurs moments d'un autre groupe qui sut ainsi faire en toute liberté la synthèse de multiples courants musicaux passionnants, Pavement. Dans ma bouche, c'est un vrai compliment !

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21 mai 2016

Séance de rattrapage : "Real" de Kyoshi Kurosawa

Real affiche

Je crois que pour comprendre ce qui cloche fondamentalement dans ce "Real" assez terriblement raté, du pourtant estimable Kyoshi Kurosawa, il faut intégrer à quel point ce film reflète et illustre la culture manga pour adolescents (shonen) ou pour jeunes adultes (seinen) dont il est issu : ce scénario à la fois sommaire et malin (trop, sans doute) alimenté par des concepts technoïdes, des personnages caricaturaux (l'équipe médicale, hallucinante de fausseté !) ayant entre eux des relations plus théoriques qu'émotionnelles (la froideur maladroite de la plupart des scènes d'interaction entre les personnages), cette histoire d'amour à l'eau de rose, tout cela transpire le manga standard... Et noie l'habituelle force narrative de Kurosawa, et pire, encore, son talent à créer des ambiances poétiques fortes : après une première heure, très convaincante avec les parcours labyrinthiques du héros entre la réalité et le monde de la conscience de son amie comateuse, régulièrement sublimée par des trouvailles visuelles superbes et même parfois fascinantes, "Real" se plante à la faveur d'un retournement de situation qui louche vers les ficelles des blockbusters hollywoodiens, avant de perdre toute crédibilité en nous révélant l'origine des traumas, d'une banalité ridicule (bien typique de la littérature adolescente, donc), puis en se terminant par des scènes de genre assez désastreuses. Finalement, plus que l'intelligence et la virtuosité de Kyoshi Kurosawa, ce qui est pris en défaut ici, c'est l'inanité du matériau de base, dont il aurait sans doute fallu se détacher plus franchement.

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20 mai 2016

La culture des navets à Cuba : "Buena Vista Social Club" de Wim Wenders (1999)

Buena_Vista_Social_Club Affiche

Oublions un peu la Musique - formidable, on le sait - des vétérans cubains du "Buena Vista Social Club" et parlons ici de... Cinéma, car c'est bien de cela qu'il s'agit, après tout, non ? On sait que Wenders - cinéaste que nous portions aux nues dans les années 80 et 90 - s'aventurait à l'époque régulièrement dans le genre documentaire, avec des résultats pour le moins variables. Pourtant, rien de cette "pratique" ne transparaît vraiment dans ce "BVSC - le film", qui s'avère une sorte de degré zéro du documentaire ! Car qu'avons-nous vraiment ici ? Des images - nouvelles à l'époque, il est vrai - d'une La Havane décrépite, réduite à néant par des années de stupidité communiste ; des conversations superficielles avec d'anciens héros de la géniale musique cubaine, que Wenders prend bien soin d'arrêter avant que l'on attaque vraiment les sujets qui fâchent - politiques, sociaux - sans doute (espérons-le...) pour ne pas causer du tort aux musiciens, et qu'il filme comme le ferait un Lelouch, avec une caméra qui n'arrête pas de tourner et de virevolter ; un concert - en Europe - filmé de manière totalement académique, sans que jamais la chaleur et l'émotion si caractéristiques de cette musique ne transparaissent à l'écran. La lacune la plus criante du film est, et c'est un paradoxe douloureux, l'absence complète d'une réflexion sur le FOND (les thèmes, les sujets, les origines, fondamentalement la RAISON D'ÊTRE...) de la musique soit disant célébrée ici ! Bref, Wenders prouve ici : 1) qu'il ne sait pas regarder - 2) qu'il ne sait pas écouter - 3) qu'il n'a pas compris le Sens derrière la Musique. Si l'on ajoute que les plus chicaneurs d'entre nous trouveraient facilement un certain "colonialisme" dans le regard jeté sur le projet BVSC, que ce soit à travers le rôle "central" de Ry Cooder et son fils, ou même dans la commisération avec laquelle Wenders filme les pauvres vies des musiciens, on a un film certes commercialement porteur - et qui a connu un beau succès - mais sans aucune validité intellectuelle ni artistique.

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19 mai 2016

Promenade à travers la discographie de Bowie : "Never Let Me Down" (1987)

Never Let Me Down

Etape obligée d'une revisite de la discographie complète de David Jones, dit Bowie, les albums "maudits" (haïs par la planète entière) de la fin des années 80, que, à l'époque, sans doute mû par mon goût un peu stupide pour la provocation, j'avais défendu contre leurs détracteurs. Et en particulier ce "Never Let Me Down", supposé nadir absolu de la carrière de notre génie adoré. Bon, je me souviens que, en dépit de l'atroce mauvais goût de la tournée Glass Spider qui avait suivi (et était passée par la Courneuve, pour un concert finalement plutôt mémorable...), je l'avais écouté une demi-douzaine de fois sans déplaisir, grâce en particulier à un "Time Will Crawl" dont la mélodie maligne et très "bowienne" (oui...) m'avait scotché, à un "Never Let Me Down" au texte joli et au parfum "romcom" parfait pour les câlins, à un "Bang Bang" bien sympathique pour clore le tout, clin d’œil amical à l'Iguane : la bonne nouvelle est que ces titres fonctionnent encore aujourd'hui, et transcendent la lourde couche de maquillage / production "eighties" appliquée là-dessus à la truelle. Le problème vient par contre de certaines chansons sans saveur ni intelligence - un comble pour Bowie - qui semblent tout droit sorties d'une machine à pondre des hits sans âme, des chansons qui auraient pu être chantées à la même époque par Mick Jagger ouTina Turner, sans que cela fasse la moindre différence : les "Day-In Day-Out", les "Beat of Your Drum", les "New York's In Love" qui s'enchaînent vainement sans éveiller aucune réaction en nous... Ou alors de quelques moments de pur désastre industriel, qui, eux, oui, sont indignes : le ridicule "Zeroes" avec son psychédélisme mal régurgité, l'introduction de "Glass Spider" façon poésie d'école primaire débitée avec une conviction désolante par Bowie, Mickey Rourke qui rappe sur le pourtant plaisant "Shining Star", l'affreux "Too Dizzy" d'ailleurs disparu des rééditions postérieures de l'album... Il faut pourtant admettre que réécouter "Never Let Me Down" en 2016, est loin d'être l'épreuve promise par ses détracteurs : il est en effet saisissant de sentir combien Bowie paraît heureux, presque gai, sur la plupart de ces chansons, et cette euphorie un peu bêta se communique doucement à l'auditeur, pourvu que celui-ci réussisse à baisser un tant soit peu la garde. Finalement, sans doute est-ce cela que le monde n'a pas pardonné à Bowie : alors que toute son oeuvre est construite, succès commerciaux y compris, sur l’ambiguïté, la souffrance, la schizophrénie, l'angoisse de ne pas être "celui qui changera tout", le vertige du... génie, le voilà qui nous proposait en 1987 un album innocent, agréable, souvent joyeux. Gageons donc qu'un jour, et peut-être rapidement, alors que le manque créé par l'absence de Bowie sera devenu trop douloureux, quelqu'un ré-évaluera "Never Let Me Down". Et nombreux seront ceux qui ne comprendront pas pourquoi ils l'avaient tant détesté. 

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18 mai 2016

Relisons les classiques de la BD franco-belge : "Masquerouge - Tome 1" de Cothias et Juillard (1984)

Masquerouge T1

Lire "Masquerouge" après la magnifique saga des "7 vies de l'épervier" est évidemment se condamner à la déception (un peu comme lire, toutes proportion gardée "Bilbo le Hobbit" après "le Seigneur des Anneaux"...). Le format de mini histoires en 10 pages - exigé à l'époque par Pif Gadget où ces histoires furent publiées - empêche tout développement "sérieux" du contexte historique (le règne de l'encore jeune Louis XIII et la puissance du Cardinal de Richelieu, soit une époque fascinante et pas si connue que cela, en fait, malgré "les Trois Mousquetaires" etDumas, une référence qui s'impose évidemment), des intrigues comme des personnages, qui restent relativement opaques dans ce premier tome de compilation. On pourra néanmoins trouver surprenant le fait que Cothias ne laisse rapidement aucun doute sur l'identité de Masquerouge, dégonflant de lui-même le mystère de la résurrection du "héros du peuple" : un choix incohérent par rapport au format court et "feuilletonnant", puisque pour se justifier il aurait fallu pouvoir entrer plus profondément dans la psychologie et l'histoire des personnages. On notera aussi que le dessin d'un Juillard débutant est - logiquement - encore très loin de la beauté formelle qu'il atteindra quelques années plus tard. Reste que, objectivement, le plaisir pris "au premier degré" devant ces mini-aventures picaresques reste indiscutable.

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17 mai 2016

"Angry Birds" des Studios Sony : crétins d'oiseaux et salopiauds de cochons verts

Angry Birds affiche

Ayant suffisamment perdu moi-même mon temps sur mon iPad avec ces "Angry Birds" (c'était avant que je débranche toutes ces m... de ma vie), je n'avais pas forcément envie de retrouver ces crétins d'oiseaux et ces salopiauds de cochons verts dans un film d'animation, mais être père d'une adorable petite fille de 5 ans suppose des sacrifices. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un film tout-à-fait correct, en tous cas bien supérieur à la quasi totalité des films d'animation vus récemment ! Le plaisir naît d'une très bonne caractérisation des personnages, entre Red le caractériel, Chuck le drogué de vitesse, etc. et - surtout - le savoureux personnage de l'Aigle impérial, retraité régressif, qui fait que l'on s'attache rapidement à eux et à leurs aventures, et que finalement, quelque chose dans "Angry Birds" nous touche et nous importe. Oublions pour une fois les lectures politiques toujours possibles - les étrangers qui débarquent ont forcément de mauvaises intentions à notre égard, et la réponse à leurs exactions est inévitablement un bombardement qui doit raser complètement leur civilisation -, ainsi que l'animation pas aussi avancée que celle des studios concurrents, et réjouissons-nous de ce tout petit film aimable et finalement assez drôle.

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16 mai 2016

Ma discothèque bancale : "The Big Express" de XTC (1984)

The Big Express

J'ai beaucoup, mais alors beaucoup écouté "The Big Express" en 1984, et je me suis rendu compte que 32 ans plus tard, chacune des 11 chansons qui le composent est restée parfaitement gravée dans ma mémoire. Comme pour un album des Beatles en fait. C'est dire le niveau où Partridge et Moulding planent, en cette année 1984, où, ayant abandonné toute velléité de faire de la scène, et leur groupe réduit désormais à un trio, ils peuvent consacrer toute leur énergie à atteindre la perfection pop dans la construction et l'orchestration de leurs morceaux. Pourtant, en dépit de sa complexité et de sa richesse, "The Big Express" marque un retour net de XTC vers les ambiances décalées, énergiques et agressives de "Drums and Wires", peut-être dans un effort de regagner les faveurs d'un public qui commençait à prendre ses distances par rapport au groupe. Parfois dur, pessimiste, l'album n'est finalement pas si aimable que cela, et ses sommets (le sublime "This World Over", le jazzy "I remember the sun") sont même plutôt noirs, même si les chansons festives ou plus légères ne manquent heureusement pas (comme le réjouissant "All You Pretty Girls", qui a tout de la chanson à boire de folklore traditionnel...). A posteriori, on peut affirmer que "The Big Express" est un indiscutable sommet de la discographie de XTC, et par là-même un album indispensable à quiconque prétend aimer la pop music.

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15 mai 2016

Gloire au cinéma nippon : "Herbes Flottantes" (1959) de Yasujirô Ozu

Herbes Flottantes

"Herbes Flottantes" (dans sa version de 1959, puisque Ozu faisait là le remake en couleurs de l'un de ses films antérieurs) est une belle preuve de plus de l'imparable réussite de la "méthode Ozu". Soit une heure et quelques de construction patiente, vaguement indolente, d'un mélodrame à mèche longue, qui ne détonnera que dans la dernière demi-heure, magnifique, terrassante... irrésistible. Beauté des actrices - sublimes -, magnificence de tous les plans - parfaitement agencés -, perfection du rythme et de la narration, complexité des sentiments exprimés, oui, toute la majesté pourtant tellement humble du cinéma de Ozu se retrouve ici, avec le paradoxe d'un personnage central haïssable (assez inhabituel chez Ozu...) : mauvais père, coureur de jupons, maître intraitable pour sa petite troupe de théâtre, frappant allègrement les femmes qui s'opposent à lui, voici un personnage "in-sauvable" à qui "Herbes Flottantes" donne quand même une autre chance, à travers l'amour de sa maîtresse un temps délaissée, dans une ultime scène douce-amère et ambiguë. Encore un chef d'oeuvre.

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