Le journal de Pok

26 mai 2018

"Tranquility Base Hotel + Casino" de Arctic Monkeys : Dark Side of the Moon

tranquility-base-hotel-casino-arctic-monkeysNous nous plaignons trop des groupes et des artistes qui répètent ad lib la même formule pour venir nous lamenter aujourd'hui lorsqu'une icône planétaire du rock indie comme Alex Turner sort de son chapeau un album aussi surprenant que ce "Tranquility Base Hotel + Casino", surtout après avoir déjà baladé ses Arctic Monkeys sur les pistes poussiéreuses derrière l'ami Josh Homme, et ensuite exploré un rock-soul élastique finalement assez loin des bases anglaises du groupe. Imaginez un peu : un concept album (!) sur la colonisation lunaire - offrant l'occasion à Turner d'évoquer les dérives de notre société -, composé au piano et dépourvu de riffs accrocheurs. Un album plutôt sous influence Scott Walker et Bowie, pour faire simple, donc plus du côté de The Last Shadow Puppets. Peut-être plus une sorte d'album solo, sans beaucoup de guitares, qu'un disque de groupe, même si la toujours excellente section rythmique des Monkeys est mise à contribution.

Une fois la première surprise passée, une fois la déception de ne pas identifier ici les habituels titres listener-friendly du groupe, on peut enfin se concentrer sur le chant de plus en plus maîtrisé d'Alex, et bien sûr sur ses textes toujours aussi ambitieux. Et intelligents. Sauf qu'on est loin désormais de cette poésie quotidienne, de cette nostalgie très british, qui était toujours à même d'impliquer émotionnellement le "fan" du groupe : on explore désormais une sorte de réalité virtuelle vaguement absurde - à l'image de la maquette figurant sur la pochette -, on se perd dans des réflexion que l'on pourrait aisément qualifier de "cryptiques", mais qui semblent surtout un peu flottantes, sur les travers bien connus de notre époque (l'hystérie de consommation, le culte de la célébrité, etc. etc.). Avec heureusement assez de fulgurances pour satisfaire les amoureux de lyrics malins, du genre : "I launch my fragrance called Integrity / I sell the fact that I can’t be bought."...

Reste le gros problème de l'album : la faiblesse coupable des mélodies. Soit un défaut qu'on trouve aussi régulièrement chez les Last Shadow Puppets, et qui fait qu'on appréciera plus l'atmosphère générale de "Tranquility Base Hotel + Casino" que ses chansons pas facilement mémorisables.

Voilà en tous cas un album, il faut l'admettre, très décevant, mais auquel il convient de donner sa chance sur le long terme, et qui pourrait s'avérer être ce que les Anglais appellent un "grower"...

Ou pas.

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25 mai 2018

"En Guerre" de Stéphane Brizé : à l'Ouest, rien de nouveau...

en_guerre_afficheA l'Ouest Rien de Nouveau : nous tombons tous, à chacun notre tour, sous les balles du capitalisme financier, entraînant avec nous nos familles, nos enfants, leur futur, et accessoirement celui de la planète. En face de nous, les médias nous filment, nous enregistrent, et nous faisons brièvement la une de BFM lorsque notre colère est trop forte. Une chemise déchirée, une voiture retournée, quelle révolte dérisoire ! Mais la punition est rapide, la Justice intraitable, nous sommes des criminels, tandis que les actionnaires conduisent leurs SUV rutilants en riant jusqu'à la banque (expression anglais adorable, je trouve, et tellement prémonitoire). Notre voisin est un traître, il accepte de se taire et de faire le sale boulot pour garder son pauvre job, il répète les mots qu'il a si bien appris, la loi du marché, la compétitivité, la productivité, la rentabilité, il espère juste s'en sortir avant que toute la p... de structure explose. Les syndicats, les politiciens ne peuvent plus rien pour nous, ils ont déjà du mal à sauver leur propre peau. Et bien sûr, plus personne ne parle pour nous, alors que nous sommes les 99 et quelques % de la population mondiale : nous sommes invisibles. De temps en temps, il y a un film, comme "La Loi du Marché", justement, ou comme ce "En Guerre" où le tandem Brizé - Lindon récidive, et essaie d'allumer pendant quelques minutes une petite flamme d'indignation en nous, entre deux poignées de pop corn et une gorgée de Coca-Cola. Sauf que le (tout petit) miracle du succès - incompréhensible, ont dit les médias - de "La Loi du Marché" ne se reproduira pas : à Cannes, on a pris soin de ne pas parler de ce film, ou alors pour critiquer une fin que l'on juge maladroite, stupide même. Les défenseurs du bon goût cinématographique - dont nous faisons nous aussi partie, attention ! - regrettent le recentrage du collectif vers l'individuel, le resurgissement de la fiction au milieu de la réalité, et ce qu'on perçoit parfois comme un happy end sacrificiel. C'est vrai que le film a ce tort de ne pas oser foutre le feu aux vrais coupables. A moins qu'il n'ait raison parce que les vrais coupables sont insaisissables, intangibles : d'ailleurs nous sommes nous-mêmes totalement responsables de ce qui nous arrive. Nous savions que les choses allaient mal tourner, mais nous n'avons pas voulu regarder la vérité en face. A l'Ouest, rien de nouveau.

Pour le moment.

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24 mai 2018

"La Casa de Papel" de Álex Pina : pot de Nutella

la-casa-de-papel cartelBon, soyons lucides : "La Casa de Papel", c'est vraiment n'importe quoi, et il est si facile de faire des "trous dedans" que ce n'est même pas amusant : n'importe qui dont le cerveau n'a pas encore été détruit par les drogues de divertissement ou par l'abus de réseaux sociaux ne pourra qu'être consterné par l'incohérence de la plupart des personnages, l'invraisemblable complète des situations, le franc n'importe quoi des scènes de mitraillage général, le ridicule consommé des scènes amoureuses qui s'accumulent en dépit du bon sens. Et la mauvaise qualité de l'interprétation de plusieurs rôles-clé (le "professeur", la flic, la fille de l'ambassadeur, les victimes du fameux syndrome de Stockholm...) fait grincer des dents fréquemment devant des scènes désamorcées par le manque de crédibilité des acteurs. Et je ne parle même pas des cliffhangers putassiers immédiatement désamorcés au début de l'épisode suivant ! Donc, objectivement, "la Casa de Papel" est un autre truc médiocre signé Netflix. Et dont on peut même avoir un peu honte, comme lorsque naguère on aimait les exploits absurdes de Jack Bauer...

Sauf que, comme "24 Heures Chrono" justement, on est ici devant un objet irrémédiablement addictif, jouissif, incitant au binge watching le plus régressif : il est finalement impossible de ne pas se prendre au jeu, de ne pas poser son cerveau sur la table du salon à côté des chips pour passer une nuit complète à faire tourner la planche à billets avec Tokyo et les autres, et monter des manipulations absurdes avec le "Professeur"... C'est tout simplement trop bon, comme un pot de Nutella, ce truc dégueulasse et pas éthique qu'on engloutit malgré tout.

Comme j'aime après coup rationaliser mes erreurs, je dirai que tout amoureux de l'Espagne ne peut de toute manière que craquer devant l'usage pétaradant - et tellement juste - du langage populaire (à voir en VO, pour ne pas passer à côté de cette superbe vulgarité). Que les personnages de Berlin et surtout de Nairobi (la gitane hilarante et bouleversante) sont magnifiques et rattrapent largement le reste, et que le soupçon de politique - qui aurait gagné à être plus affirmé - ("Ciao Bella Ciao" et tout le toutim...) colore joliment la série de tonalités contemporaines.

Ouf ! Ce ne sera donc pas trop la honte...

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23 mai 2018

"Tell Me How You Really Feel" de Courtney Barnett : Ni mère, ni pute, mais rockeuse

Courtney-Barnett-Tell-Me-How-You-Really-Feel-2018Même si le premier album de la jeune Australienne Courtney Barnett avait été bien accueilli par la critique et avait reçu une certaine reconnaissance commerciale, il n'était pas facile d'ignorer les voix qui s'élevaient çà et là pour déplorer que l'attitude "slacker" de la demoiselle dépouille ses chansons de leur intensité et réduise son rock à un simple accompagnement de textes autobiographiques bien troussés. La légèreté frôlant l'inconsistance de son duo aimable avec Kurt Vile n'était d'ailleurs guère rassurante. Il suffisait néanmoins d'avoir vu Courtney se débattre sur scène avec l'héritage du grunge pour suspecter plus de profondeur (plus de souffrance ?) derrière l'efficacité détendue de sa musique...

Tell Me How You Really Feel est bien heureusement le second album qu'il fallait pour nous rassurer. Dès sa magnifique intro, le sombre et puissant Hopefulessness (joli titre absurde qui pose bien le décor doux-amer), il se passe quelque chose d'inédit chez Courtney : la guitare électrique gronde et tonne, les nuages noirs semblent s'être accumulés au-dessus de sa tête, on sent que le temps de faire la maline est passé. Ce n'est pas encore PJ Harvey (celle des débuts, écorchée et brutale), mais quand même... Et si tout l'album n'est – malheureusement - pas de ce niveau, et que quelques chansons retrouvent parfois ce sentiment délétère de distanciation frisant le "foutage de gueule" - qui plaira à certains, n'en doutons pas -, Tell Me... a globalement une consistance et une force inédites.

Et comme Courtney sait toujours habilement nous raconter son quotidien, mêlant franchise et auto-ironie de manière intelligente, qu'elle arrive à pondre ces petites mélodies toutes simples qui rendent ses chansons accrocheuses, et facilement mémorisables, voilà une jolie réussite qui impose Courtney comme une artiste avec laquelle il faudra désormais compter.

Suggérons-lui quand même - pour la prochaine fois - de laisser un peu plus parler la poudre : avec plus de titres sanglants et directs du genre de l'excellent I'm not your Mother, I'm not your Bitch, la planète pourrait bien tomber amoureuse d’elle… ce qui est certainement la dernière chose dont Courtney a envie !

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22 mai 2018

"Tout est à sa place dans ce chaos exponentiel", le huitième tome des "Petits Riens" de Trondheim

Tout_est_a_sa_place_dans_ce_chaos_exponentiel_Les_petits_rieArrivés au huitième tome des "Petits Riens" de Lewis Trondheim, que nous reste-t-il encore à découvrir, et qui plus est à commenter à propos de ce "Tout est à sa place dans ce chaos exponentiel" ? Qu'est-ce qui peut faire que ce livre sera, sinon meilleur puisque l'une des caractéristiques de ce carnet de bord de la vie de Trondheim, c'est la continuité, mais du moins plus (ou moins) intéressant que son prédécesseur, ce "Un Arbre en Furie" datant déjà de 2015, et qui nous avait à l'époque laissés dubitatifs ?

Eh bien rien n'a en effet changé dans ces chroniques légères et, bien entendu, légèrement angoissées et dépressives, puisque se succèdent au fil des pages des anecdotes sur la vie familiale, sur la vie professionnelle, et sur les voyages autour du monde de Lewis et Brigitte, occasionnellement enrichies de quelques dessins soignés de paysages (donnant lieu ici à une série de belles cartes postales offertes avec l'album...). A peine peut-on noter que, alors que les années passent depuis qu'ont commencé ces chroniques (12 ans déjà depuis la parution de la "Malédiction du Parapluie" !), Lewis semble moins torturé, moins mal dans sa peau, tout en adoptant de temps à autre une position qui est désormais plus celle d'un homme mûr, qui a fondamentalement accepté que la vie soit absurde et le monde incompréhensible. Sans doute serait-il exagéré de parler d'apaisement, mais la douleur est sans doute moins vive que 10 ans plus tôt, ce qui entraîne un risque plus grand encore d'insignifiance, ou au moins d'anodin.

On peut pourtant tiquer sur le fait que le chaos politique et sociétal actuel ne semble jamais avoir le moindre impact sur la vie quotidienne de Lewis, et que, plus curieusement sans doute, ses tendances dépressives n'englobent jamais la menace terroriste qui a pourtant pesé particulièrement lourd au cours des dernières années sur la psyché des Français. Si l'on comprend qu'il s'agit-là d'un refus de tenir un discours politique quelconque, il me semble que tout "honnête homme" (au sens classique du terme) peut difficilement faire l'impasse sur le massacre du 13 novembre, sur l'attentat de Nice, sur les menaces que font peser sur la démocratie la montée du populisme et du fascisme, etc. etc. Cette décision "artistique" de Trondheim, que l'on se doit de respecter bien sûr, le marginalise si l'on compare son travail aux remarquables et touchantes réflexions de son contemporain Sfar, et l'on pourra en tant que lecteur de ce "... chaos exponentiel" trouver que laisser ainsi ce fameux "chaos" hors-champ pose un vrai problème.

Admettons toutefois que l'on rira pas mal cette fois, et que c'est comme souvent le décalage culturel entre le Français ordinaire (sinon moyen), comme Trondheim aime à se représenter, et les us et coutumes des pays et territoires visités (Colombie, USA, Réunion, ...) qui offre les moments les plus savoureux du livre, et qui fait que ces 120 et quelques pages se dévorent avec un plaisir indéniable. Sauf que là-encore, on remarque que le regard de Trondheim se fait moins bienveillant, et qu'il est proche parfois de franchir la ligne jaune, comme lorsqu'il se permet une blague grossière sur le surpoids des Américains.

Bref, malgré la beauté de ce livre - graphisme et couleurs impeccables - et ses aspects divertissants indiscutables, de sérieuses réserves viennent entacher notre enthousiasme de fan historique du travail de Trondheim.

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21 mai 2018

Baxter Dury au Casino de Paris le 17 mai

2018 05 17 Baxter Dury Casino de Paris (27)21h45 : Le public a commencé à manifester bruyamment son impatience, et je me dis que le set de Baxter Dury sera forcément court, puisqu’il ne reste guère que 1h15 jusqu’aux 23 heures. Le personnage qui déboule alors sur scène ne correspond pas tout-à-fait à l’image de dandy décavé que je me faisais jusqu’alors de lui : certes, Baxter a revêtu le costume-cravate de circonstance, certes il porte une barbe de plusieurs jours, mais son attitude semble directement héritée de 1977, soit l’époque où son papa triomphait dans les charts. Oui, ce mélange d’ennui, d’arrogance, de provocation minable – les bisous  bruyants, la bouteille de vin rouge, qui sera vite torchée, et le verre à la main, l’indifférence envers le public, les poses ravagées et excessives au micro : punk’s not dead ! Et la manière rageuse, avec une électricité un peu mauvaise, dont les titres – magnifiques – de “Happy Soup” sont balancés d’entrée de jeu, on est quand même assez loin du crooner cynique qui remonte la dune brûlante de la vie que “Prince of Tears” avait imposé. Et vous savez ? C’est très bien comme ça ! Je me prends au jeu, et je caresse un rêve étrange : et si Baxter nous offrait un petit hommage filial et sa version à lui de Sex and Drugs and Rock’n’Roll, ça aurait de la gueule, non ?

Pendant que Baxter écluse sa bouteille de rouge, tantôt au verre, tantôt au goulot, jetons un coup d’œil au groupe qui l’accompagne : dans le fond, à gauche un jeune guitariste dont le jeu flamboyant va littéralement illuminer les morceaux les plus nerveux ; au centre, le plus vieux pote de Baxter, à la batterie (combien d’années d’amitié, déjà ? Baxter nous l’a dit mais je ne m’en souviens plus…) ; à droite, un autre jeune en costard, grand échalas qui vient juste de se marier, apprenons-nous. Devant, trois claviers, Baxter étant entouré de deux jeunes et jolies créatures, dont Madelaine Hart, juste devant moi : elles sont surtout chargées d’assurer l’importante contribution vocale féminine aux chansons de Baxter. Et sur le brillant et hypnotique Porcelain, nous avons même droit à l’apparition au micro de Rose Elinor Dougall : « Porcelain boy / You're just a lonely motherfucker / Porcelain boy / I don't give a shit about you… »

2018 05 17 Baxter Dury Casino de Paris (86)Porcelain, justement, marque le début de l’interprétation intégrale de “Prince of Tears”, forcément le gros morceau de la soirée, qui ravit évidemment le public (même si le balcon du Casino de Paris est à demi vide, la fosse est bien pleine, complète paraît-il…)… et qui marque un basculement du concert pas forcément bénéfique. Car les petites vignettes absurdes, cruelles et drolatiques de l’album s’avèrent assez frustrantes sur scène : moins rock, trop courtes, faisant définitivement moins de sens, ces chansons aux mélodies pourtant bien troussées emportent le set vers un autre univers, moins rock, moins intense… même si Letter Bomb marque une tentative de Baxter de relancer la machine… euh infernale.

Au bout d’une heure à peine, le set principal est bâclé, et Baxter a abandonné la pose punk depuis un moment, et se révèle désormais affable et souriant… à mois que cela ne soit l’influence de la bouteille de vin rouge éclusée ? Aurait-il le vin joyeux, l’ami Baxter ? Toujours est-il qu’on aurait bien aimé que Miami, en conclusion, soit porté par une vraie rage… Car « I'm the turgid fucked-up little goat / Pissing on your fucking hill / And you can't shit me out / 'Cos you can't catch me / 'Cos you're so fat / So fuck ya / I'm Miami ! », accompagné de quelques glaviots bien gras millésimés 77, ça aurait quand même eu de la gueule, non ?

Le rappel commence bien, avec un Cocaine Man nerveux, mais se conclut trop vite avec Prince of Tears, bien trop évident et sans grande âme. Il est 23 heures, et la petite troupe plie bagages, alors qu’il me semble qu’un second rappel moins formel aurait permis de conclure la soirée sur une plus high note.

Bref, même si tout cela était loin d’être mauvais, une légère frustration nous envahit au moment de quitter la salle. Et un doute : Baxter serait-il plus un artiste à savourer sur disque qu’en live ?

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20 mai 2018

"Place Publique" d'Agnès Jaoui : à l'arrière des berlines...

place-publique-afficheLes nostalgiques invétérés et ceux qui portent des lunettes roses font grand cas des films passés du duo Bacri-Jaoui, sur le mode : c'était mieux avant ! Faux : Bacri -Jaoui, ça a toujours la même bouillie tiède et fade, célébrée par le beauf éduqué qui croit qu'être cynique remplace l'intelligence. Un temps sauvés par leur partenariat avec le génial Resnais qui réussit à faire de beaux films joueurs à partir de leurs cauchemars neurasthéniques, Bacri-Jaoui reviennent à leur consternante médiocrité avec ce triste "Place Publique", machin informe, sans idées, sans rythme, sans direction d'acteurs et surtout sans "cojones" : la manière incroyablement lâche dont le film suggère, puis évite un basculement vers la violence, qui aurait eu le mérite de le faire sortir de son chemin bien pensant tout tracé, est tout simplement honteuse. Honteux, l'est tout autant le mépris envers la jeunesse qui n'est pas "fils de..." que distille nombre de scénettes clouant au pilori des personnages caricaturaux littéralement indignes.

Si "Place Publique" échappe finalement à son destin de film détestable, c'est bien parce qu'il est impossible de haïr Bacri lorsqu'il fait du Bacri, et aussi parce que Lea Drucker réussit, elle, à faire vivre son personnage au delà des clichés. Et bien sûr parce que les trois dernières minutes - alors que défile déjà le générique de fin - sont absolument magiques : l'évocation intense du superbe "Osez Joséphine" de Bashung nous lave les oreilles après tant de variété sirupeuse (sans même parler de l'imitation de l'insupportable Yves Montand !), et nous fait regretter d'un coup le film que Jaoui aurait pu faire, en filmant simplement Bacri ainsi, loin de toute prétention à vouloir nous parler de je ne sais quoi quant à l'état de notre société.

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19 mai 2018

Matt Maltese en première partie de Baxter Dury au Casino de Paris le 17 mai

2018 05 17 Matt Maltese Casino de Paris (21)20h03 : un jeune homme sage et poli s'installe devant un clavier, accompagné par un batteur et un bassiste, et nous régalera 30 minutes durant de chansons mid tempo pas très captivantes, et surtout chantée d'une voix qui est tout sauf convaincante. J’ai un flashback : mais oui, mais c’est bien sûr, j’ai déjà vu ce petit gars tout gentil, en solo, au Point Ephémère, il y a un peu plus d’un an de cela… et j’avais alors bien apprécié son set intimiste et plein d’émotions. Mais ce soir, Matt Maltese a vraiment du mal à placer sa voix (même si cela s’améliorera vers la fin…), et on pourrait même dire qu’il chante mal, ce qui est rédhibitoire pour un genre de pop douce, un peu soul parfois, basée sur des textes et des ambiances... suaves et sophistiquées. Si la fin du set voit une amélioration au niveau des compositions et de l’interprétation, et que le dernier morceau est enfin séduisant, on ne peut s’empêcher de penser que tout cela est vaguement anodin et dispensable. Une petite déception par rapport à ce que j’attendais de Matt.

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18 mai 2018

"Black Mirror - Saison 3" de Charlie Brooker : de l'autre côté de l'Atlantique

Black Mirror S3 afficheLa troisième saison marque une rupture fondamentale dans "Black Mirror" : en passant de la BBC à Netflix, de "l'artisanat" anglais au professionalisme américain, quelque chose de fondamental change, même si, et c'est heureux, Charlie Brooker reste aux commandes, ou tout au moins au scénario. Plus de moyens qui permettent une représentation plus ambitieuse des aspects futuristes de la série, une mise en scène soignée s'apparentant chaque fois plus à du "vrai cinéma", un format plus long (six épisodes cette fois), mais surtout une légère mais indéniable inflexion du "fond" de la série. On perçoit vite le souci de conférer moins de noirceur systématique à ces contes sur la technologie, avec l'amorce de semi-happy ends : la libération de la parole à la fin du très pertinent "Nosedive" (pas si loin de notre réalité actuelle entre les "like" des réseaux sociaux et la notation des citoyens par les autorités chinoises), la possibilité d'un bonheur après la mort dans le superbe et touchant "San Junipero", ou encore l'arrestation possible de l'über-criminel de l'impressionnant "Hated by the Nation"...

Au delà du passage de 4 des 6 épisodes de l'autre côté de l'Atlantique qui leur enlève tout de même un peu de charme, on peut aussi s'inquiéter de la tendance à adopter parfois des points de vue scénaristiques plus classiquement hollywoodiens, le personnage central de l'épisode n'étant plus uniquement une victime presque anonyme des dysfonctionnements technologiques et sociétaires, mais adoptant occasionnellement la position de "l'élément rebelle" dévoilant ces dysfonctionnements : d'où le risque d'un passage progressif d'une approche politique "à l'européenne" des sujets à une approche "morale" moins contondante.

Ces légères inquiétudes ou réserves n'empêchent toutefois pas d'être à nouveau enthousiaste devant la réussite quasi totale de ces 6 nouveaux épisodes : si l'équation simpliste "horreur + twists" de "Playtest" en limite un peu l'impact, la force émotionnelle désespérée et la tension de l'épisode (très anglais, lui) "Shut Up and Dance" permet à "Black Mirror" d'atteindre de nouveaux sommets.

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17 mai 2018

"Cavalerie Rouge" de Milovic et Pécau : bain de sang

Cavalerie RougeSi Isaac Babel est considéré comme l'un des grands écrivains russes du XXème siècle, il n'est certes pas des plus connus, et la parution d'une adaptation en format BD d'un certain nombre de ses nouvelles parues sous le titre de "Cavalerie Rouge", et relatant ses expériences - plus que ses aventures - dans l'armée révolutionnaire chargée de mater dans le sang les Polonais en 1920, est plus que bienvenue. Et ce d'autant que, formellement, le livre de Pécau et Milovic est absolument somptueux, en particulier grâce au graphisme élégant et aux douces aquarelles de ce dessinateur serbe jusqu'à présent "inconnu au bataillon"...

On s'attend bien sûr en ouvrant "Cavalerie Rouge" à des histoires pleines de bruit et de fureur, imaginant bien que la punition du peuple polonais rétif à la Révolution Soviétique n'allait pas être paisible, mais la réalité des exactions russes dépasse évidemment nos prévisions : massacres de femmes, d'enfants, de vieillards et de prêtres, viols en groupe, pillages sans vergognes, toutes les horreurs de la guerre - même "filtrées" par le trait et les couleurs de Milovic -, pour malheureusement aussi convenues qu'elles soient, se déploient dans chacun des 14 cruels récits qui composent ce recueil. Et si le personnage du soldat Babel, observateur largement distancié des souffrances des Polonais et en particulier des Juifs (peuple dont il fait pourtant partie), joue finalement un rôle secondaire dans la plupart de ses histoires, la "voix off" de l'écrivain Babel est essentielle à leur compréhension, ou plutôt leur interprétation. Car sans grande connaissance ni vraie compréhension du contexte historique, l'accès à "Cavalerie Rouge" n'est pas chose aisée, et une grande partie du livre reste finalement assez absconse, sans que l'on puisse dire si c'est le fait de l’œuvre originale, ou bien des choix de narration elliptiques de Pécau. Il faut également noter que les positions idéologiques - apparentes - du soldat Babel (pro-soviétiques), mais également son point de vue "moral" (minimisation du viol, tolérance vis à vis du harcèlement de la population juive), pour logiques qu'ils soient dans le contexte historique puisque Babel était correspondant de guerre pour un journal de propagande, désorientent le lecteur qui ne sait pas toujours à quoi s'en tenir...

Nous voilà du coup forcés de nous raccrocher, au milieu de ce chaos général, à la belle langue de Isaac Babel, qui oscille avec élégance entre la description stoïque, mais non sans humour, des faits, et de brefs élans oniriques, sans même parler des dialogues truculents de personnages paradoxaux, voire insaisissables... C'est indiscutablement cette langue qui constitue le second (et peut-être le plus grand) attrait du livre... et qui donnera probablement à chacun l'envie de découvrir l’œuvre littéraire originelle, pour mieux saisir l'essence de ce fameux "Cavalerie Rouge".

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