Le journal de Pok

27 juillet 2017

La Femme à Lollapalooza Paris le dimanche 23 juillet

2017 07 23 La Femme Lollapalooza Paris (32)Il a plu quelques gouttes pendant la fin du set d'IAM, mais ça s'est vite calmé. Pour le moment la météo est plus clémente que prévu, pourvu que ça dure ! Changement complet du public bien sûr pour la Femme : beaucoup de jeunes gens au visage peint font leur apparition. Je gagne quelques mètres vers le milieu. Jusque-là, tout va bien, comme disait l'autre, sauf que j’aborde ce set avec beaucoup de doutes, ayant entendu de nombreuses critiques négatives sur les capacités scéniques du groupe...

... mais j'avais tort d'être inquiet... 19h15, une bande de fous furieux entrent sur scène, quelque part entre la gay pride et Au Bonheur des Dames, pour ceux qui étaient nés à l'époque. Un soupçon de délire Béruriers sans la contestation politique : et c'est parti pour une heure roborative de punk rock psychédélique déjanté. Avec on le savait, des incursions "dance", des chansons électro qui rappellent les garçons modernes (mais bien moins que sur l'album...), une touche de variété cabaret un peu ridicule. Bon, ok, ils jouent très approximativement (mais de toute manière le son est pourri), et Clémence chante vraiment mal, même si elle est très jolie. Mais depuis quand les punks sont-ils censés chanter et jouer bien ? Hein, je vous demande ! La Femme nous ont offert une heure de fête, et le public a répondu avec un enthousiasme sans partage, ce qui a clairement élevé le niveau général. Il y a eu beaucoup de cul, de sexe, d'exhibition hétéro, homo et transgenre, beaucoup de couleurs, de paillettes et de strass. Marlon, visiblement branché sous 100.000 volts, a fait un slam courageux. A un moment, ils ont réussi à diviser la foule pourtant bien serrée en deux groupes et à organiser une bataille rangée (pour rire) entre eux – Luca, proclamé "ceinture noire en rock" a été lui-même au milieu du mosh pit organiser tout ça ! C'est dire ce que la Femme peuvent faire quand l'alchimie opère, comme visiblement ça a été le cas ce soir ! A un moment, l'une des choristes est passée au micro, et, vêtue de grandes ailes de papillon, elle nous a offert un moment de chant lyrique, avec une voix parfaite : c'est aussi ça, la Femme, des instants de surprise totale. Bon, la troupe toute entière est bien taraudée par le sexe, en témoignent les nombreuses chorégraphies travesties et assez dénudées qui accompagnent les morceaux, ou encore le conseil lancé par Marlon avant Mycose : « On n'est pas à Solidays, même si c'est le même endroit, il y a pas de capotes partout... Mais bon, prenez des capotes et on y va ! ». Ou encore la blague de cour d’école primaire sur la « grande queue » à faire avant d’aller aux gogues, qui « peut plaire à certains »… Et puis, bien entendu, et heureusement, comme tout concert punk l'exige, nous avons tous sauté comme des petits pois, le sourire aux lèvres, sur les brûlots du premier album (Sur la Planche, bien sûr). Après, je ne dirai pas que cette musique est géniale, et encore moins indispensable : je sais seulement que, ce soir à Lollapalooza, ça a été incroyablement fun...

Posté par Excessif à 07:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


26 juillet 2017

IAM à Lollapalooza Paris le dimanche 23 juillet

2017 07 23 IAM Lollapalooza Paris (18)Les suivants, ce sont les rappeurs de IAM, visiblement attendus avec un immense enthousiasme par le public plus concerné - et marseillais - qui a remplacé les minettes d'obédience britannique devant la scène. Je réalise que ce sera mon premier concert de rap depuis près de 25 ans, depuis que j’ai décroché de ce style de musique qui me parle peu. Mais j'ai personnellement beaucoup de sympathie pour IAM, un groupe que j'ai bien aimé à l'époque des albums "Ombre est Lumière" et de "l’Ecole du Micro d'argent".

17h30, c’est donc avec une demi-heure d'avance sur le programme que Akhenaton, Shurik’n et leur bande attaquent le set de IAM. Je suis sceptique pendant quelques minutes, refroidi par les poses, les mouvements des bras, les ondulations qui me semblent tellement caricaturales de cette musique... mais, très vite, quelque chose prend. Quelque chose de magique, même : de l'ordre de l'Amour, de la générosité, de l'intelligence que dégage le groupe, ses textes engagés mais subtils, loin, loin des imprécations actuelles et de la vulgarité triomphante du hip hop moderne. Un vrai classicisme, une orthodoxie - comme ils le chantent eux-mêmes -, qui fait honneur au groupe et à son public. Très vite, c'est l'Ecole du Micro d'Argent (puisque, chance pour moi, la tournée actuelle du groupe revisite cet album mythique…), et je vois les yeux brillants, le sourire presque tendre d'Akhenaton, et je me sens profondément ému. Bouleversé presque. Samuraï en remet une couche, ce set d'IAM est merveilleux. Les quatre rappeurs arpentent la scène selon les codes du genre, haranguent la foule, l'incitent à répondre, mais les stéréotype sont dépassés : c'est fun, c'est brillant, c'est... classique. Il y a bien sûr au milieu quelques morceaux que je ne connais pas (ou peut-être que je ne reconnais pas…), mais l'heure passe comme un rêve. Presque à la fin, ils font évidemment le Je Danse le Mia, tout le monde s'en réjouit, mais le vieux tube amusant est presque anecdotique dans ce contexte. On finit avec le marathon génial de Demain c'est loin, avec le rituel du banc à partir duquel se lancent les rappeurs, chacun à leur tour. C'est un véritable marathon oui, car cela s’étale sur un petit quart d’heure, au cours duquel les textes débordent, percutent par leur richesse, leur pertinence, leur intelligence et leur sensibilité : IAM nous touche une fois de plus au coeur. Akhenaton rayonne, j'ai les larmes aux yeux. Je n'aurais jamais cru que ça puisse m'arriver. Bravo. Et merci.

Posté par Excessif à 07:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

25 juillet 2017

Tom Odell à Lollapalooza Paris le dimanche 23 juillet

2017 07 23 Tom Odell Lollapalooza Paris (18)Arrivée à 15h45 après une marche interminable le long de l’hippodrome de Longchamp, organisée visiblement pour canaliser les entrées, et j’arrive devant "l’Alternative Stage", où je compte m'incruster pour toute la soirée, au moment même où Tom Odell commence son set. Je ne connais rien de cet individu, je l’avoue à ma grande honte (non, pas vraiment…), et je suis bien le seul car le public, majoritairement féminin et amoureux, s'amasse en grande quantité devant la scène. Pas de problème pourtant pour entrer au premier rang en passant par l'extrême gauche, et pour me rapprocher petit à petit du milieu, surtout pour éviter une caméra plantée juste devant moi. Bon, Tom Odell, ce n'est pas du tout honteux, juste terriblement ordinaire, du genre à recycler tout le "classic rock" – Bowie, Elton John, Springsteen – en faisant passer la pilule au culot, je dirais (mais je vais sûrement me faire lyncher en disant ça...). Tom est un blondinet élégant, lunettes noires, costar beige et mèche à la Bowie, il est assis au piano dont il joue tout à fait correctement. Sa musique est ordinaire, je l'ai déjà dit, mais puissante par instants, et surtout jouée avec enthousiasme et générosité, ce qui rattrape pas mal de choses quand même... Il est accompagné par un trio de musiciens plutôt rock, qui portent bien ses chansons. Les filles autour de moi sont ravies, moi je tape du pied et dodeline de la tête gentiment. Je suis rassuré quant aux photos car j'ai entrevu l'ami Robert dans la fosse, le son est bon, je suis bien placé, le festival s'annonce bien à condition que la pluie ne soit pas trop catastrophique. Tom termine son set d'une heure par son tube Another Love, qui évidemment soulève l'enthousiasme, et par une chanson festive qui permet de se quitter en agitant tous les bras. A noter un moment amusant, lorsque Tom lance un hommage à Liam Gallagher, qui doit commencer son concert au même moment sur une autre scène, en commençant à chanter Wonder Wall : plus moyen ensuite d'arrêter le public qui continue à chanter en chœur les paroles du hit d’Oasis ! Voilà Tom obligé d’élever la voix pour affirmer qu'il a lui aussi un hit, certes de moindre renommée : Another Love...

Posté par Excessif à 07:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24 juillet 2017

Célébrons éternellement le génie d'Hergé : "Tintin T20 - Tintin au Tibet"

Tintin au TibetL'histoire est désormais connue : Hergé, lors de sa première séance d'analyse où il venait traiter le sentiment de culpabilité qui le rongeait du fait de son adultère, s'entendit dire "qu'il fallait qu'il tue le démon de la pureté en lui". Un conseil auquel, comme tout artiste d'envergure, il s'employa immédiatement à appliquer dans le livre sur lequel il travaillait, "le Museau de la Vache" (un joli titre malheureusement jugé anti-commercial par Casterman, qui imposa un "Tintin au Tibet" beaucoup plus passe-partout)... et qu'il trahit évidemment, le "démon de la pureté" faisant intimement partie de lui depuis toujours ! Tintin, surnommé "Coeur Pur" par les moines tibétains va en effet réussir, envers et contre tout - et surtout contre l'opinion de ses amis comme des experts de l'Himalaya - son ascension vers les sommets (qui venaient juste à l'époque d'être vaincus, rappelons-le) et sa quête d'un ami perdu. Fidèle à ses engagements, ne cédant jamais à ses sentiments intimes s'il les juge faibles, Tintin est ici un "héros absolu", l'antithèse de ce que Hergé pense de lui-même. "Tintin au Tibet", tentative de psychanalyse ratée (encore que, le transfert a-t-il eu lieu, quelque part ?), est l’œuvre la plus personnelle d'Hergé, délaissant de manière stupéfiante les ressorts habituels des Aventures de Tintin... hormis bien sûr l'avalanche constante de gags qui incombent cette fois totalement au Capitaine Haddock puisque ni les Dupondt, ni Tournesol ne sont du périple. Il a souvent été considéré par les exégèses comme le chef d’œuvre d'Hergé, une opinion à mon sens discutable : plus adulte, oui, plus émotionnel sans doute (comptez les larmes qui coulent, il y en a plus que dans tout le reste des albums de Tintin), mais pas toujours le plus passionnant. On peut ainsi trouver que les 20 premières pages de l'album, hormis bien sûr l'introduction stupéfiante avec le rêve prémonitoire et les "Tchang" explosifs, sont un peu longuettes (on peut aussi y trouver certaines similitudes avec le parcours du "Temple du Soleil"). Il est néanmoins indiscutable que quand "l'action" se met en place, avec l'arrivée dans les plus hautes altitudes et l'apparition du Yéti, "Tintin au Tibet" frôle la perfection : la mort rôde, le désespoir est perceptible, le sacrifice ultime est une option, la montagne est magiquement recréée par Hergé et ses collaborateurs. Et la fin est superbe, prenant acte que l'amour de son prochain (ou l'amour paternel / fraternel) ne saurait être circonscrit à l'espèce humaine. Ou bien, si l'on creuse la veine psychanalytique, que "l'Autre" en nous-même n'est pas un monstre. En 1960, Hergé était arrivé lui aussi à un sommet. Il quittait sa femme, emménageait avec Fanny, mais - et nul ne s'en rendait alors compte - après ce triomphe, artistique comme commercial d'ailleurs, Tintin, ce ne serait plus jamais pareil.

Posté par Excessif à 07:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 juillet 2017

"Völkerball" : Rammstein aux Arènes de Nîmes en 2005

VolkerballFilmage très professionnel d'un show ultra-spectaculaire - comme Rammsteimn, immense pourvoyeur de spectacles mémorables, sait en donner -, dans le cadre impressionnant des arènes de Nîmes, et devant un public aux anges, voire en transe, ce "Völkerball" est un exemple de filmage live : son et image parfaits, et même quelques instants magiques où la folie furieuse du groupe et de son public devient tangible. Quelques instants seulement ? Oui… et c'est là que l'on peut se trouver frustré devant son écran ! Car on sent bien que l'on passe quand même à côté de la dimension littéralement dantesque (wagnérienne, plutôt ?) de ce qu'est Rammstein sur scène : car rien ne saurait remplacer l'expérience vécue… ou alors il faudrait un vrai metteur en scène aux commandes d'un tel film : on aurait aimé voir ce qu'un Scorsese ou un Lynch feraient d'un tel matériau, qui a besoin d'une transcendance ici absente. Ceci dit, ces minces réserves n'empêcheront pas le plaisir intense qu'on peut prendre devant "Völkerball", et ce d'autant que la setlist propose en toute logique une belle sélection des titres forts du groupe. Elle nous permet de vérifier une fois encore que, derrière l'image assez monolithique de Rammstein, et malgré un sentiment inévitable (?) de répétition entre certains morceaux, il y a ici à l'œuvre une vraie intelligence musicale : dans la conjugaison inédite d'ambiances indus, de mélodies (eh oui...) électro-pop qui tournent parfois à l'hymne populaire, et de sonorités gothico-metal, qui le caractérise, Rammstein réussit régulièrement à créer une musique excitante, novatrice, et étrangement roborative.

Posté par Excessif à 07:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


22 juillet 2017

"Chroniques de l'Oiseau à Ressort" de Haruki Murakami : L'ombre de tes larmes ou bien les larmes de ton ombre ?...

 Chroniques_de_l_oiseau_a_ressortJ'ai abordé ces "Chroniques de l'Oiseau à Ressort" avec crainte, effrayé par les 900 pages de l'édition de poche et l'annonce d'un roman "sans réelle intrigue", sur la seule bonne fois de mon fils, qui me l'avait chaudement recommandé. Une paire de semaines plus tard, je le referme en me demandant si ce n'est pas là le plus beau Murakami que j'aie jamais lu... Car il m'a offert des heures et des heures de plaisir intense, entre une (vague) histoire de mondes parallèles à la "19q4" assortie d'une sorte d'adaptation du mythe d'Eurydice qu'Orphée doit aller chercher aux enfers, et, beaucoup plus intéressant sans doute, une myriade de récits baroques de mésaventures survenues à des personnages plus étranges les uns que les autres. C'est dans cette multiplication de fictions tantôt ésotériques tantôt terriblement réalistes, comme celles consacrées à la guerre en Mandchourie, au massacre des animaux d'un zoo ou à la survie dans les Goulags sibériens - sans doute les passages les plus émotionnellement forts du livre - que se niche la splendeur ébouriffante de ces "Chroniques...". On ne peut pas nier quelques passages à vide ci et là, toujours supportables grâce à la merveilleuse écriture poétique et empathique de Murakami, qui personnellement me bouleverse encore après toutes ces années, mais Murakami nous offre a mi-parcours un joli changement de perspective narrative qui secoue nos habitudes construites au cours des centaines de pages qui ont précédé, et surtout une dernière partie du livre avec une montée en tension mémorable : un passage fantastique passablement éprouvant juxtant avec les souvenirs du goulag soviétique, le tout jouant sur des émotions fortes il est vrai inhabituelles chez Murakami... Certains se sont plaints également du manque de "résolution de l'énigme", alors qu'il me semble au contraire que, un peu comme dans le cas des meilleurs cauchemars de David Lynch, une "logique du rêve" assez impérieuse répond sans facilités scénaristiques à toutes les questions que l'on a pu se poser au fil des pages. Bien sûr, règne sur ce livre si particulier une double impression de flottement et de flou, qui rebutera les lecteurs les plus matérialistes, mais qui est le charme singulier de ces "Chroniques de l'Oiseau à Ressort".

"La vérité n'est pas forcément dans la réalité, et la réalité n'est pas peut-être pas la seule vérité."

Posté par Excessif à 07:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

21 juillet 2017

Séance de rattrapage : "Desierto" de Jonás Cuarón

Desierto affiche"Desierto" est un film que j'ai envie d'aimer, que je devrais aimer. Parce qu'il prend son temps. parce que la musique est discrète. Parce que la langue des personnages est crédible - du vrai espagnol du Mexique, dieu merci ! Parce qu'il ne s'encombre pas d'effets superflus, et essaie au contraire de capturer les positions et les mouvements des personnages dans de vastes plans larges qui rendent justice à la topographie des lieux. Parce que, fondamentalement il parle de choses importantes pour nous : la haine des migrants, le besoin absurde de défendre un territoire qu'on croit "nôtre" et qu'on hait de toute manière. Tout simplement parce que, né dans le désert, je suis sensible à la poésie abstraite de cet espace trop vide et trop plein à la fois (de cailloux, de bestioles, de soleil). Mais non, je n'aime pas vraiment "Desierto", que j'ai pourtant suivi sans déplaisir, il faut bien le reconnaître, avec juste un brin d'irritation - un peu stupide, je l'avoue - en constatant que, comme toujours, le tireur d'élite qui jusque là a abattu d'une seule balle une dizaine de personnes à un kilomètre de distance ne sait plus tirer lorsqu'il vise le "héros" de l'histoire. Je n'ai pas pu l'aimer parce que Cuarón fils n'a tout simplement pas su décider du film qu'il voulait faire : "Desierto" n'est ni la prise de position politique nécessaire dans l'Amérique de Trump qu'il aurait pu être (les personnages - prédateur ou victimes - sont creux, stéréotypés, il est donc impossible de croire en ces fantoches et de s'identifier à eux, de comprendre vraiment leur trajectoire), ni le thriller abstrait que l'élégance de sa mise en scène lui aurait permis d'être (puisque Cuarón refuse de basculer comme il aurait été logique, voire souhaitable de le faire, dans la symbolique qu'appelait le concept inépuisable de la "traque"). Entre les deux, "Desierto" nous abandonne déçus, frustrés.

Posté par Excessif à 07:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

20 juillet 2017

Revoyons les classiques de la S.F. : "La Mouche" de David Cronenberg (1986)

La Mouche de CronenbergVu en son temps comme une métaphore sur le drame du Sida - le rejet des malades, contaminés par une "fusion" impure, par ceux qui les aimaient" -, "La Mouche" était sans doute le résultat d'une ambition bien supérieure de la part de Cronenberg : fidèle aux thèmes qu'il avait déjà obsessivement exploré dans ses films antérieurs, il cherchait dans sa première œuvre "grand public", financée par Hollywood, ce qui constitue les liens indéfectibles du corps (un corps souffrant, changeant, mutant) et de la psyché. Concept a priori abstrait, "l'humanité" en devient une expérience vécue dans la chair par un homme, à mesure que celle-ci lui est retirée. Sublime jusque dans son expression la plus horrible - certaines scènes, comme la chute des ongles, de l'oreille, des dents, nous confrontant avec nos phobies corporelles, sont tout simplement insoutenables -, "La Mouche" constitue sans doute le summum de la période horrifique du grand artiste qu'était alors Cronenberg. Porté par une narration dépouillée de toute graisse, mis en scène au cordeau avec une justesse implacable, "la Mouche" s'avère trente ans plus tard un classique absolu à l'efficacité redoutable : c'est qu'ici, exceptionnellement, Cronenberg délivre parfaitement son travail conceptuel sans pour autant sacrifier les émotions et les sentiments. Ce cinéaste généralement "froid" laisse vibrer ici un amour déchirant entre ses deux personnages - superbement bien composés et interprétés, il faut le dire - et cet amour tragique transfigure littéralement l'équation fusionnelle horrifique qui est au centre du projet de Cronenberg. C'est, pour tout dire, très impressionnant !

Posté par Excessif à 07:55 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

19 juillet 2017

"American Gods - Saison 1" de Bryan Fuller et Michael Green : God Bless America (et Ian McShane)

american-gods-season-1 affichePas lu le livre, connais pas le fameux Neil Gaiman devant lequel se pâment les djeunes... j'ai donc tout pour être objectif face à cet "American Gods" de la maison Amazon qui fait le buzz. Je me lance, et trouve le pilot insupportable de formalisme, peu réfléchi de surplus : beaucoup d'images choc à la bêtise criante, aucune vision consistante (normal, une série TV, ça n'a généralement pas de véritable "auteur" - à quelques exceptions près, les chefs d'oeuvre que tout le monde connaît...), un scénario qui est un véritable foutoir, une mythologie tout ce qu'il y a de confuse, une musique insupportable qui noie tout en permanence. Mais voilà, il y a Ian McShane, qui nous a manqué depuis "Deadwood" et qui cristallise dans son jeu excessif toute la fiction qui fait défaut partout ailleurs. Il donne envie de continuer. Je continue. Huit épisodes plus tard, la saison 1 se termine : on s'est régulièrement ennuyés en cours de route, mais il y a eu quelques moments WTF - comme on dit de nos jours - qui ont fini par générer un petit quelque chose de l'ordre de la fascination : du genre, "mais jusqu'où vont-ils aller" ? Des scènes gore, des détails déplaisants ou même gerbants, du sexe visiblement construit pour provoquer - comme cette scène homo entre arabes, forcément polémique... des gamineries en fait. Le sujet de "American Gods" - les anciens Dieux du Vieux Mondes auxquels plus personne ne croit, concurrencés par la technologie et les réseaux sociaux - fini par émerger au 5ème épisode, mais on ne peut pas dire que les scénaristes soient pressés de le traiter... ce qui est d'ailleurs dommage car il n'est pas sans intérêt. Bref la série, en forme de road movie dévasté, a fait du sur-place pendant 8 heures. Mais ce cabotin d'Ian McShane est resté impeccable, dépassant même ce vieux Nicholson en matière d'histrionisme. Pour lui, on regardera la seconde saison.

Posté par Excessif à 07:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

18 juillet 2017

Classiques et nouveautés de l'Anime : "Kiki la Petite Sorcière" de Hayao Miyazaki (1989)

kiki-la-petite-sorciereOn sait tous désormais que "Kiki la petite sorcière" est un Miyazaki mineur par rapport aux habituels chefs d’œuvre du grand maître, qu'il n'a pas la force d'un "Totoro" - sans doute le film de Hayao Miyazaki dont il se rapproche le plus, de par la manière dont le merveilleux côtoie le quotidien avec une simplicité lumineuse. Pourtant ce film à l'humeur curieusement folâtre et relâchée, sans grands enjeux narratifs, bénéficie d'un personnage mémorable : Kiki, cette épatante pré-adolescente, éprise d'indépendance et de libre arbitre, restera assurément l'une des plus craquantes héroïnes du maître, chantre inspiré de la féminité. Saluons aussi l'introduction (le départ de la petite sorcière) aussi bouleversante que les meilleurs moments de "Chihiro", et la spectaculaire et haletante scène de sauvetage final. Et puis, comme toujours, et mieux que personne, Miyazaki sait nous faire boire l'air pur, sentir le frémissement des forêts, nous émerveiller devant l'immensité de l'océan, et ces sensations-là n'ont pas de prix.

Par contre, à revoir "Kiki, la petite sorcière" avec plus de recul, on réalise combien le film s'inscrit logiquement dans la partie "aéronautique" de la filmographie de Miyazaki : on peut le regarder désormais comme une célébration éperdue du miracle du vol, qu'il soit "naturel" (mais pas évident pour autant) comme celui de la petite sorcière qui se joint aux oiseaux, ou "technologique" comme celui, encore plus difficile, des pionniers de l'aviation et des fragiles et colossaux dirigeables. Le placer ainsi dans la perspective de "Porco Rosso" et de "le Vent se Lève" lui confère une profondeur qui n'était pas si évidente à première vue.

Posté par Excessif à 07:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,