Le journal de Pok

02 décembre 2020

"Mind Mgmt - Rapport d'informations 2/3" de Matt Kindt : Jeux d’espionnage et super-pouvoirs dans un monde terrifiant…

Mind Mgmt 2 couverture

On va donc parier que tous ceux intéressés par un avis sur le second volume de "Mind Mgmt", l’œuvre réellement considérable (d’ailleurs publiée en France chez Monsieur Toussaint Louverture, c’est toujours une preuve d’ambition et de singularité !) de Matt Kindt savent de quoi il retourne. Qu’ils ont « survécu » aux épreuves d’un premier tome, aussi renversant qu’exigeant. Qu’ils ont décidé de continuer l’aventure. Qu’ils savent que pour profiter pleinement de la lecture de "Mind Mgmt 2/3", il faut être prêt à retourner à chaque page le livre et à bien chausser ses lunettes de lecture pour déchiffrer les messages – ou même les petits récits complémentaires imprimés sur la gauche de la page (et qu’il convient de le faire sans faute à chaque page, tant certains de ces textes apportent une perspective importante par rapport au récit… !)…

Bref, nous sommes ici entre initiés, voire, osons le mot, entre « élus ». Entre passionnés qui veulent connaître la suite du combat sans merci que se livrent entre eux les ex-agents de la terrifiante agence d’espionnage américaine « Mind Mgmt », désormais dissoute suite au danger qu’elle représente pour l’humanité : car ces agents secrets à la retraite sont doués de super-pouvoirs psychiques ou physiques (eh oui, c’est à la mode ! Il ne faut pas oublier que Kindt a coopéré un temps avec les mastodontes américains des comics) qui leur permettent de faire et défaire des régimes politiques, voire des sociétés entières. D’un côté, autour de l’ambigu mais fascinant Harry Lyme, une équipe qui ne veut surtout pas que le Mind Mgmt renaisse de ses cendres ; de l’autre autour du mystérieux Effaceur, une bande adverse souhaitant remettre sur pied l’organisation. Et entre les deux, Meru, que l’on a découverte paumée amnésique au début du premier volume, et qui pourrait bien s’avérer le personnage-clé dans cette lutte.

Ce second tome va nous apprendre énormément de choses sur les personnages, puisque tout en faisant progresser l’intrigue, avec en particulier ces combats meurtriers entre les deux clans qui occupent toute la seconde partie du volume (ouaouh, de l’action ! En fait, pas vraiment, surtout de la cruauté, de la violence insoutenable, de la souffrance…), Kindt nous nourrit de flashbacks et d’interludes qui nous permettent de mieux situer les personnages, leur passé, leur évolution. Mais le sommet de ce tome reste peut-être la toute première partie, ces 100 premières pages fantastiques qui déroulent froidement, implacablement, l’impact destructeur du « réveil » d’une agent « en sommeil » sur la communauté banlieusarde où il vit.

Bref, beaucoup, beaucoup de plaisir encore dans ce second tome qui, s’il ne bénéficie plus de l’effet de surprise, voire de sidération, du premier, nous attache encore plus émotionnellement à ses personnages, tout en créant encore de plus de confusion quant aux buts de chacun, et donc en s’affranchissant des notions trop simplistes de bien et de mal, définitivement perdues dans ce monde terrifiant où jeux politiques et super-pouvoirs constituent un milieu particulièrement délétère et destructeur.

A suivre dans un troisième volume qui s’annonce dantesque.

Mind Mgmt 2 extrait

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01 décembre 2020

Quand la pop fait des étincelles, une revisite de la discographie de Sparks : "No. 1 i Heaven" (1979)

No_1_in_Heaven

Il suffit d'écouter trente secondes de l'introduction du magnifique "Tryouts for the Human Race", premier titre de "No. 1 in Heaven", le huitième album de Sparks, pour comprendre immédiatement : cette mélodie imparable, la voix à nouveau surexcitée de Russell Mael, après une (courte) période terriblement médiocre, Sparks est revenu au sommet... Et s'est aussi complètement réinventé en combo techno-pop, voire même disco, après avoir jeté par dessus bord ses oripeaux de groupe de Rock américain, bien trop étroits pour le génie des Frères Mael.

L'intuition impensable de Ron, sorcier des claviers qui se laisse complètement aller - enfin ! - avec des synthés omniprésents, a été de demander au sorcier italien de la disco, le brillantissime Giorgio Moroder de relancer la machine Sparks. Co-composition de quatre titres sur six, et surtout production superlative, Moroder est devenu pour un album le troisième frère Mael, et relance leur inspiration pour les quarante années suivantes : ces beats imparables, ces virages atmosphériques, et surtout cette répétition entêtante des motifs, tout cela va nourrir plusieurs albums à venir, jusqu'au triomphe artistique de "Lit'l Beethoven" (qui aurait peut être été encore meilleur produit par Moroder !).

Ce qui épate avec "No. 1 in Heaven", au-delà de la qualité retrouvée des mélodies ("La Dolce Vita" fait partie des très grandes chansons sparksiennes !), c'est combien il sonne toujours aussi frais, contemporain, presqu'un demi-siècle plus tard. Il y a une puissance organique qui se déchaîne régulièrement ici, et qui peut soit vous emmener vous trémousser de manière extatique sur le dance floor, soit vous faire monter les larmes aux yeux : "No. 1 in Heaven", voilà pour une fois un titre-publicitaire qui n'est pas mensonger.

Bien sûr, il manque à "Tryouts..." un refrain au niveau de ses couplets pour égaler l'extase de "This Town...". Bien sûr, "Beat the Clock", le moins "moroderien" des six titres, malgré le savoir-faire des Frères, sonne presque un peu raide par rapport à l'orgie émotionnelle du reste de l'album. Bien sûr, "My Other Voice" est trop bancal pour bien fonctionner, même s'il finit par charmer au fil des écoutes. Bien sûr, "The Number One Song in Heaven' - devenu depuis l'un des morceaux incontournables du groupe sur scène - aurait été meilleur avec deux minutes en moins.

Mais dire ça, c'est vraiment chipoter, car seul importe le formidable plaisir, non, la formidable joie que l'on ressent à chaque fois que l'on écoute cet album.

 

 

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30 novembre 2020

"Irresponsable - Saison 3" de Frédéric Rosset : deux ans après...

Irresponsable S3 affiche

Deux ans se sont écoulés, dans la vie comme dans Irresponsable, lorsqu’on retrouve Julien, Marie, Jacques et les autres au début de la troisième et dernière saison, et on sent que ce n’est facile pour personne : ni pour les scénaristes, qui rament pour trouver un nouveau sujet, ni pour les acteurs qui sembleront souvent manquer d’enthousiasme au fil d’épisodes qui vont souvent manquer de ce pétillement insaisissable qui fait la bonne comédie… Ni pour les spectateurs qui vont avoir du mal à se passionner autant pour les amours compliqués et réchauffés de Julien et Marie. Bien sûr, il y a dans cette saison finale une idée formidable, qui est de remonter aux sources du « problème » à cette fuite inconcevable du père. De confronter Julien à une sœur inconnue – le plus formidable personnage de la série, interprété par une Allison Chassagne souvent brillante d’étrangeté comme dans "Fin de Chapitre" (épisode 2) ou "la Voisine Cheloue" (épisode 3) – et finalement à son père démissionnaire : malheureusement, les Rosset loupent finalement leur coup, n’osant probablement pas aller trop « près de l’os » en fouillant cette blessure béante de l’abandon et de la lâcheté masculine, et font le choix pas très courageux de nous laisser avec un épisode-bilan ("le Bilan, calmement" – épisode 10) qui tient plus du ressassement que du règlement – pourtant indispensable – de comptes. Et nous abandonnent nous aussi, avec une vague, mais dommageable frustration.

 

 

 

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29 novembre 2020

"Apparence Trompeuse" de Veena Sud : mensonges en famille...

Apparence Trompesue affiche

En 2015, Sebastian Ko et Marcus Selbert écrivent et réalisent "Wir Monster" ("Monstres Ordinaires", en français, même s’il semble que ce film allemand n’a pas eu à l’époque l’honneur d’une sortie dans les salles françaises). Leur histoire : celle d’un couple divorcé qui se rapproche à nouveau quand il s’agit de protéger leur fille qui risque d’être accusée du meurtre de sa meilleure amie, et celle de l’engrenage de mensonges dans lesquels ils se retrouvent peu à peu pris. Soit un excellent sujet pour une réflexion, certes classique, sur les beautés de la famille (ce qu’on ferait pour les gens qu’on aime…) et ses laideurs (… au prix de sacrifier toute morale…).

En 2018, selon un schéma bien connu, le cinéma nord-américain décide de récupérer / adapter cette même histoire, qui ne nécessite pas beaucoup d’efforts pour être transposés aux USA : ce sont les sympathiques pirates de Blumhouse Productions qui s’y collent, même si l’on est assez loin ici de leur habituel terrain de jeu, plutôt fantastique. Malheureusement, "Apparence Trompeuse" (ou "Between Earth and Sky", ou encore "The Lie" !), le film de la Canadienne Veena Sud, peu connue malgré son travail à la télévision, ne soulève pas non plus beaucoup d’enthousiasme quand il sort, et risque bien de sombrer dans l’oubli.

En 2020, Blumhouse fait un deal avec la plateforme Amazon Prime, que l’on imagine frustrée par la concurrence des films fantastiques et de SF proliférant chez Netflix à la grande joie des téléspectateurs. Et voilà "The Lie" (ou "Apparence Trompeuse"), avec si l’on veut une sorte de virginité retrouvée, « refourgué » au monde entier. Cette histoire en est-elle devenue meilleure ? Et le film lui-même ?

Eh bien, il y a des défenseurs du film, comme chez la vénérable revue pour papys rockeurs, Rock & Folk, qui célèbre dans son numéro de décembre un film « bien, bien, bien tendu », qui fonctionne « grâce à sa direction d’acteurs » : ils n’ont pas tort, puisque Peter Sarsgaard – régulièrement excellent au cinéma en être répugnant ou au moins ambigu – et Mireille Enos – actrice TV au talent certain – sont la principale raison pour laquelle on peut regarder le film. La seule, rétorqueront les nombreux détracteurs d’"Apparence Trompeuse", douchés par les comportements totalement invraisemblables de TOUS les personnages du film, mais surtout peut-être par un twist final qui, au-delà d’être relativement prévisible pour quiconque est rompu à ce sport extrême (celui de deviner à l’avance les twists pourris…), finit par décrédibiliser un film qui avait su malgré tout maintenir une certaine tenue au niveau mise en scène.

Bref, on ne passera pas un mauvais moment devant ce film qui a un véritable propos – hérité du scénario allemand original – sur la « monstruosité ordinaire », mais on regrettera que Veena Sud (et Jason Blum…) jouent la mauvaise carte en essayant d’être trop malins, au lieu de se contenter de laisser les deux acteurs principaux nous emmener tranquillement avec eux au bout de ce voyage vers l’enfer.

 

 

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28 novembre 2020

"Les Meurtres de Valhalla" de Thordur Palsson : Islande fatale !

Les Meurtres de Valhalla Affiche

Nous avons trop été fans du polar scandinave durant les 20 dernières années, pour ne pas admettre qu'il nous est difficile désormais de ressentir beaucoup d'intérêt devant un genre qui a fini, entre romans à succès ("Millenium", bien sûr, mais aussi l'œuvre non négligeable du grand Jo Nesbø) et séries TV qui ont fait le buzz ("The Killing", "The Bridge") par virer au stéréotype... sans même parler de liquider virtuellement les 3/4 de la population locale, à force de multiplier les sérial killers ! "Les Meurtres de Valhalla", déclinaison islandaise du genre, arrive donc beaucoup trop tard, et nous indiffère, voire nous irrite par sa sage application des règles immuables du genre : protagonistes mal aimables et torturés, image décolorée, intrigue déprimante à tiroirs multipliant les coupables potentiels jusqu'au coup de théâtre final, tout y est, dans la nuit omniprésente du lugubre hiver islandais, loin des clichés touristiques (Hormis quand même une poignée de plans rappelant la splendeur de la nature, et nous permettant de reprendre un peu de lumière au milieu de la morosité générale...).

Il faut même avouer que l'on s'ennuie vaguement durant la longue première partie de la série, qui nous présente une énigme policière rebattue autour du retour d'une vieille histoire atroce d'enfants molestés dans une école, avec prévisible vengeance tardive. Mais c'est sans doute, outre le rythme indolent de la mise en scène, notre manque d'empathie total vis à vis de personnages... disons butés, pour rester polis (pas un seul sourire de la part des deux protagonistes en sept épisodes !), et pas formidablement incarnés non plus par les oubliables Nína Dögg Filippusdóttir et Björn Thors, qui donne régulièrement envie de ne pas aller jusqu'au bout de la série.

Ce serait pourtant un tort, car les 3 derniers épisodes, même s'ils suivent eux aussi à la lettre le programme "polar scandinave" (un revirement et un nouveau coupable à chaque épisode), et s'il est assez facile d'anticiper depuis le début où tout ça nous mènera, sont vraiment plaisants, avec le juste mélange de tension que l'on demande à un bon polar, d'horreur (la belle idée de la "marque" du monstre...) et de déprime existentielle pour ne pas avoir l'impression que tout cela est idiot. Même si l'on se serait passé d'une sorte de "happy end" improbable, qui laisserait en plus la porte ouverte à une seconde saison, on appréciera aussi la volonté du scénario de ne pas - au moins pour le moment, cela peut changer en cas de seconde saison - éclaircir toutes les zones d'ombres du personnage d'Arnar : finalement, tout doit-il être expliqué dans un "roman policier" ?

Bref, très mal entamé et trop long, "les Meurtres de Valhalla" finit bien, et nous laissera plutôt un souvenir plaisant... même si la série de Thordur Palsson n'aura contribué à aucun renouvellement du genre !

 

 

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27 novembre 2020

"K.G." de King Gizzard & The Lizard Wizard : Microtons, orientalisme et confinement

K_G

Un groupe qui a toujours foncé vers l’avant, sans avoir jamais peur de franchir les limites du bon (?) goût, voire parfois – très rarement, quand même – du n’importe quoi, a-t-il le droit de regarder en arrière sans décevoir l’immense amour que ses fans lui portent dans le monde entier ? Voilà bien une question que l’on ne pensait pas se poser un jour à propos de King Gizzard & the Lizard Wizard, les géniaux Australiens psychédéliques. Alors même que leur rythme de production de nouvelle musique a baissé (après les fameux 5 albums de 2017, le dernier LP de King Gizzard, "Infest the Rat’s Nest", remonte maintenant à août 2019 !), on était en droit d’attendre d’eux une nouvelle folie musicale, dans leur magnifique tradition de pionniers / trublions. Et voilà qu’ils nous livrent un "K.G". qui, tout d’abord, sonne, sinon comme une répétition, mais au moins comme une suite de leur "Flying Microtonal Banana"… qui était néanmoins, admettons-le, l’un de leurs tous meilleurs disques : tant qu’à se répéter, pour la première fois, autant répéter ce qu’on a fait de meilleur, non ?

Un second problème qui peut se poser dès la brève intro instrumentale qu’est "K.G.L.W.", c’est que les sonorités orientales nées « naturellement » dans Flying Microtonal Banana des accords microtonaux, semblent ici beaucoup plus forcées, presque stéréotypées, voire… caricaturales. Une petite gêne donc lors des premières écoutes de ce nouvel album, qui se dissipera néanmoins vite devant la magnifique énergie qui se déploie tout au long des 42 minutes de "K.G.", mais également devant le charme mélodique de nombreux morceaux… Et devant la réalisation, au fil des écoutes, que la bande à Stu Mackenzie explore ici beaucoup plus de styles différents qu’il ne pouvait sembler au premier abord : cette sorte de « bilan à date » de leur musique justifie, après tout, sinon le titre éponyme de l’album, mais au moins l’utilisation des initiales du nom du groupe !

On a cru comprendre que les titres de cet « album de confinement » avaient été composés individuellement par les musiciens du groupe, fruits de la séparation forcée par les circonstances, ce qui explique peut-être que la musique proposée ici, une fois dépassées les sonorités orientales, soit hétéroclite, et revisite une bonne partie des musiques caractéristiques du groupe.

"Automation" est l’un de ces titres « Rock » immédiatement excitants, profondément satisfaisants, typiques de cette énergie « positive » que dégage le groupe – l’une des nombreuses raisons de les adorer -, et est donc susceptible de devenir rapidement un « favorite » sur scène… enfin quand il y aura à nouveau des concerts… "Minimum Brain Size" a une jolie coloration boogie, très suave, qui rappelle un temps les obsessions de "Fishing for Fishies". Le chant d’Ambrose Kenny Smith sur le très folky "Straws in the Wind" élève le morceau vers une véritable splendeur fragile, qui pourrait très bien en faire, à terme, l’une de nos chansons préférées de toute la copieuse discographie de King Gizzard. "Some of Us" et "Ontology" – avec son impressionnante rythmique caractéristique des deux batteries du groupe – sont les deux titres qui évoquent le plus un prolongement virtuose des expériences de "Flying Microtonal Banana". "Intrasport" surprend, avec ses tonalités électroniques et son ambiance SciFi quasiment disco : tiens, voilà un titre parfait pour animer le dancefloor de la « cantina » de "Star Wars" ! "Oddlife" nous emmène ensuite sur un terrain un peu jazzy, plus expérimental, où les claviers règnent un temps jusqu’au retour roboratif des guitares électriques : un morceau très fluide encore assoupli par des vocaux aériens. "Honey", son folk psyché mélodieux sur un rythme entêtant, peut évoquer par instants les riches heures de Donovan, et on ne voit aucune raison de s’en plaindre… L’album se conclut, comme c’est un peu la tradition, sur un morceau envoûtant, couronné par un final bruitiste et apocalyptique, porté par des guitares wah wah saturées, "The Hungry Wolf of Fate", histoire de rappeler (mais vraiment) in extremis les racines les plus Rock de la formation.

Laissons donc tomber nos objections, plus théoriques qu’autre chose : cet album parfaitement délicieux annonce peut-être l’accession de King Gizzard & the Lizard Wizard à une sorte de maturité musicale. Mais vu la qualité de ce qu’on entend, et le plaisir qu’on en tire, pourquoi le leur reprocher ?

 

 

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26 novembre 2020

"Foothills" de The Bats : Ni l’entropie, ni l’état du monde, ni l’âge

Foothills Cover

Enregistré il y a déjà deux ans, dans un cadre champêtre idyllique qui a dû influencer grandement sa conception, "Foothills" est certainement l’un des tous meilleurs albums des Néo-zélandais de The Bats, même si c’est l’un de ceux qui nous serrera le plus le cœur : on n’entend pas tous les jours une merveille comme cet "Another Door", qui nous bouleversera en toute simplicité. Mais le fait que les Bats enchaînent immédiatement avec une perle pop comme "Red Car" – l’une des plus belles chansons, mais aussi des plus simples que Robert Scott ait jamais écrites – nous souffle littéralement, et nous donne envie de resigner avec notre sang notre contrat de fidélité à ces magiciens des Antipodes pour une autre trentaine d’années.

Il y a néanmoins dans ce "Foothills" plus de variété musicale qu’il ne semble au premier abord : des claviers - discrets - sur l’électrique de "Electric Sea View", des guitares saturées sur "Field of Vision", une jolie énergie gaie sur "Warwick", qui aurait sans doute fait une introduction plus accueillante pour les néophytes qu’un "Trade In Silence" splendidement désemparé (« We murmur something, but no one can hear / We trade in silence, but no one need fear. / Lost in translation, I can't make it out / what you have to say, I'm still in doubt… » - Nous murmurons quelque chose, mais personne n'entend / Nous échangeons en silence, mais personne n'a besoin de peur / Perdu dans la traduction, je n’arrive pas à comprendre / ce que vous avez à dire, je doute encore…).

Si "Gone to Ground", est d’une superbe tristesse délicate (« I could be floating away, / I may not be here today / I give the impression that I'm here, / I don’t know if I'm far or if I'm near… » -  Je pourrais être en train de dériver en flottant, / Je ne suis peut-être pas là aujourd'hui / Je donne l'impression que je suis là, / Je ne sais pas si je suis loin ou si je suis proche…), soulignons plutôt que "As You Were" nous élève l’âme et nous réconforte aussi efficacement que le faisaient les chansons des merveilleux albums "The Law of Things" (1988) et "Fear of God" (1991) : « Holding out for a better time when everything became so clear / and we dance around, holding hands with those who've gone before » (Se raccrocher à un meilleur moment, quand tout est devenu si clair / et nous dansons, en tenant la main de ceux qui sont partis avant…)

Car, avec les Bats, il y a des choses qui, heureusement, ne changent pas. Et ce n’est ni l’entropie, ni l’état du monde, ni l’âge qui auront raison de leur inspiration, de leur talent.

 

 

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25 novembre 2020

Revoyons les classiques du cinéma : "Pour Une Poignée de Dollars" de Sergio Leone (1964)

Pour Une Poignée de Dollars Affiche

Ressorti dans les salles françaises au début des années 70, dans le sillage du succès énorme (bon, j'exagère, mais on parle là du film qui m'a le plus marqué dans mon enfance...) du génial "Il était une fois dans l'Ouest", "Pour une poignée de Dollars", le second film de Leone que je voyais, avait été pour moi - je n'avais pas encore quatorze ans - une sévère déception !

Depuis 1964, le film a beaucoup vieilli, et on note avec le recul pas mal d'incohérences et de facilités dans le scénario, recopié, on le sait, sur le "Yojimbo" de Kurosawa, lui même inspiré du formidable polar de Hammett, "la Moisson Rouge". Pourtant, paradoxalement, on appréciera mieux aujourd'hui cette première ébauche d'un genre qui va redéfinir non seulement le western, mais un bon pan du cinéma. Le génie de Sergio Leone est déjà visible ici (et ce lui de Morricone, officiant sous un pseudonyme, déjà audible...), juste pas encore dégrossi, caché derrière quelques effets un peu lourds: au-delà des frissons - de pur plaisir - qui ne peuvent que nous parcourir, par exemple quand "l'homme sans nom" confronte des tueurs en leur demandant d'aller s'excuser auprès de son mulet, "Pour une Poignée de Dollars" reste de toute manière captivant de par son importance historique, et de par ce qu'on y voit déjà en train de germer, et qui va exploser progressivement dans l'une des œuvres les plus colossales de l'histoire du Cinéma.

Et bien sûr, quelles que soient les petites réserves formulées plus haut, les larmes nous viennent régulièrement aux yeux en assistant ici à la création - paradoxale - d'un acteur / personnage qui deviendra essentiel pendant le demi-siècle qui suivra : Clint Eastwood ! Ne serait-ce que pour cela, "Pour une Poignée de Dollars" est un MONUMENT.

 

 

 

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24 novembre 2020

"Don Vega" de Pierre Alary : aux racines du mythe...

Don Vega couverture

Zorro ! Ah, Zorro ! Création géniale datant de 1919 (l’écrivain Johnston McCulley en est responsable, même s’il est désormais bien oublié), Zorro, sa cape, son masque, son sombrero espagnol, son fouet, son engagement secret d’aristocrate en faveur des opprimés dans une Californie qui était encore sous contrôle espagnol, ont longtemps fait partie de l’imaginaire enfantin, ou même adolescent dans le monde entier, avant d’être ringardisé au cours des dernières décennies par l’explosion de la popularité des super-héros… Même si, bien sûr, le personnage de Batman en est une copie conforme, de l’aveu même de ses créateurs !

Réactualiser la légende de Zorro est évidemment une idée intéressante, surtout si l’on évite de jouer avec la nostalgie des baby-boomers par rapport à un feuilleton de la maison Disney, assez lénifiant, mais qui avait marqué les esprits dans les années 60. On se souvient par exemple de la tentative de Spielberg, à demi-réussie, il y a 20 ans de cela, qui travaillait l’idée de la transmission du mythe du personnage originel à une sorte de fils adoptif. Le concept derrière "Don Vega", l’album de Pierre Alary, est à l’inverse celui, classique dans le monde des super-héros, de la recherche des origines : ici le mythe de Zorro est préexistant au personnage, il symbolise une forme d’insurrection populaire cachée contre les grands propriétaires au pouvoir, qui va donc donner naissance à un véritable justicier… Don Vega, source de ce qu’on imagine bien une lignée de vengeurs masqués… et donc terrain fécond pour de nouvelles aventures de Zorro.

On a connu le dessin d’Alary en particulier grâce à la magnifique adaptation en BD du "Mon Traître" de Sorj Chalandon, et il faut bien reconnaître qu’il fait des merveilles ici, conjuguant élégance et dynamisme – au détriment, occasionnellement, de la compréhension de certains passages -, avec une vraie énergie dans les (nombreuses) scènes d’action : oui, on est bien chez Zorro, même si le scénario, écrit par Alary lui-même, est, logiquement, bien plus dramatique et adulte que chez Disney et, évidemment, que dans les films classiques avec Douglas Fairbanks ; et oui, on se bat au pistolet, et on trace des Z sanglants à la pointe de l’épée… Mais on meurt tragiquement, et on ne sourit pas beaucoup : devant la tragédie qu’est l’oppression cruelle d’un peuple tout entier par les puissants et les riches, sacrifiant un pays tout entier à leurs magouilles, plaisanter ne serait guère de bon ton. Et si l’on a envie, en refermant "Don Vega", non seulement de lire la suite de l’histoire (Diego vient de naître !), on est aussi intéressé par en découvrir plus sur la Californie du XIXè siècle, ce qui montre qu’Alary a bel et bien remporté son pari !

Don Vega extrait

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23 novembre 2020

"Irresponsable - Saison 2" de Frédéric Rosset : mère(s) et fils

Irresponsable S2 affiche

On peut avoir deux points de vue diamétralement opposés sur la seconde saison de "Irresponsable", le problème étant que les deux sont valides : d'une part, il est indéniable que l'on rit beaucoup moins dans cette seconde livraison de dix épisodes, qui n'apportent pas grand chose de nouveau à l'idée de départ ; de l'autre, en délaissant le registre de la franche comédie, les auteurs (Frédéric et Camille Rosset) ont réussi à creuser les personnages, à les enrichir, à aller vers une certaine vérité qui élève plutôt le niveau général.

En positionnant beaucoup plus au centre du récit le personnage de la mère, et ses relations complexes avec son psychiatre / amant, "Irresponsable" nous offre une respiration bienvenue par apport aux gags désormais un peu redondants dus à la fameuse "irresponsabilité" de Julien, le héros dont le personnage est une sorte de version actualisée de Gaston Lagaffe ; à l'inverse, les épisodes tournant autour du dépucelage difficile de Jacques n'échappent pas à la banalité inhérente à ces situations vues et revues des milliers de fois... Si la relation amoureuse entre Julien et Marie semble n'avoir plus grand-chose à nous apporter - un (petit) conflit entre eux promettait un dérapage intéressant vers la haine post-amoureuse, mais est vite résolu dans une ambiance "fleur bleue" décevante ! -, l'introduction du personnage très libre et insaisissable de la nouvelle petite amie de Julien ouvre la série sur une modernité bienvenue, l'éloignant du vaudeville convenu, "à la française", qui ne nous passionne pas plus que ça.

Bref, la troisième et dernière saison sera l'occasion pour Rosset de sortir par le haut, ou bien seulement de mettre fin à une série qui aurait finalement pu se cantonner à une seule saison.

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