Le journal de Pok

20 mai 2018

"Place Publique" d'Agnès Jaoui : à l'arrière des berlines...

place-publique-afficheLes nostalgiques invétérés et ceux qui portent des lunettes roses font grand cas des films passés du duo Bacri-Jaoui, sur le mode : c'était mieux avant ! Faux : Bacri -Jaoui, ça a toujours la même bouillie tiède et fade, célébrée par le beauf éduqué qui croit qu'être cynique remplace l'intelligence. Un temps sauvés par leur partenariat avec le génial Resnais qui réussit à faire de beaux films joueurs à partir de leurs cauchemars neurasthéniques, Bacri-Jaoui reviennent à leur consternante médiocrité avec ce triste "Place Publique", machin informe, sans idées, sans rythme, sans direction d'acteurs et surtout sans "cojones" : la manière incroyablement lâche dont le film suggère, puis évite un basculement vers la violence, qui aurait eu le mérite de le faire sortir de son chemin bien pensant tout tracé, est tout simplement honteuse. Honteux, l'est tout autant le mépris envers la jeunesse qui n'est pas "fils de..." que distille nombre de scénettes clouant au pilori des personnages caricaturaux littéralement indignes.

Si "Place Publique" échappe finalement à son destin de film détestable, c'est bien parce qu'il est impossible de haïr Bacri lorsqu'il fait du Bacri, et aussi parce que Lea Drucker réussit, elle, à faire vivre son personnage au delà des clichés. Et bien sûr parce que les trois dernières minutes - alors que défile déjà le générique de fin - sont absolument magiques : l'évocation intense du superbe "Osez Joséphine" de Bashung nous lave les oreilles après tant de variété sirupeuse (sans même parler de l'imitation de l'insupportable Yves Montand !), et nous fait regretter d'un coup le film que Jaoui aurait pu faire, en filmant simplement Bacri ainsi, loin de toute prétention à vouloir nous parler de je ne sais quoi quant à l'état de notre société.

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19 mai 2018

Matt Maltese en première partie de Baxter Dury au Casino de Paris le 17 mai

2018 05 17 Matt Maltese Casino de Paris (21)20h03 : un jeune homme sage et poli s'installe devant un clavier, accompagné par un batteur et un bassiste, et nous régalera 30 minutes durant de chansons mid tempo pas très captivantes, et surtout chantée d'une voix qui est tout sauf convaincante. J’ai un flashback : mais oui, mais c’est bien sûr, j’ai déjà vu ce petit gars tout gentil, en solo, au Point Ephémère, il y a un peu plus d’un an de cela… et j’avais alors bien apprécié son set intimiste et plein d’émotions. Mais ce soir, Matt Maltese a vraiment du mal à placer sa voix (même si cela s’améliorera vers la fin…), et on pourrait même dire qu’il chante mal, ce qui est rédhibitoire pour un genre de pop douce, un peu soul parfois, basée sur des textes et des ambiances... suaves et sophistiquées. Si la fin du set voit une amélioration au niveau des compositions et de l’interprétation, et que le dernier morceau est enfin séduisant, on ne peut s’empêcher de penser que tout cela est vaguement anodin et dispensable. Une petite déception par rapport à ce que j’attendais de Matt.

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18 mai 2018

"Black Mirror - Saison 3" de Charlie Brooker : de l'autre côté de l'Atlantique

Black Mirror S3 afficheLa troisième saison marque une rupture fondamentale dans "Black Mirror" : en passant de la BBC à Netflix, de "l'artisanat" anglais au professionalisme américain, quelque chose de fondamental change, même si, et c'est heureux, Charlie Brooker reste aux commandes, ou tout au moins au scénario. Plus de moyens qui permettent une représentation plus ambitieuse des aspects futuristes de la série, une mise en scène soignée s'apparentant chaque fois plus à du "vrai cinéma", un format plus long (six épisodes cette fois), mais surtout une légère mais indéniable inflexion du "fond" de la série. On perçoit vite le souci de conférer moins de noirceur systématique à ces contes sur la technologie, avec l'amorce de semi-happy ends : la libération de la parole à la fin du très pertinent "Nosedive" (pas si loin de notre réalité actuelle entre les "like" des réseaux sociaux et la notation des citoyens par les autorités chinoises), la possibilité d'un bonheur après la mort dans le superbe et touchant "San Junipero", ou encore l'arrestation possible de l'über-criminel de l'impressionnant "Hated by the Nation"...

Au delà du passage de 4 des 6 épisodes de l'autre côté de l'Atlantique qui leur enlève tout de même un peu de charme, on peut aussi s'inquiéter de la tendance à adopter parfois des points de vue scénaristiques plus classiquement hollywoodiens, le personnage central de l'épisode n'étant plus uniquement une victime presque anonyme des dysfonctionnements technologiques et sociétaires, mais adoptant occasionnellement la position de "l'élément rebelle" dévoilant ces dysfonctionnements : d'où le risque d'un passage progressif d'une approche politique "à l'européenne" des sujets à une approche "morale" moins contondante.

Ces légères inquiétudes ou réserves n'empêchent toutefois pas d'être à nouveau enthousiaste devant la réussite quasi totale de ces 6 nouveaux épisodes : si l'équation simpliste "horreur + twists" de "Playtest" en limite un peu l'impact, la force émotionnelle désespérée et la tension de l'épisode (très anglais, lui) "Shut Up and Dance" permet à "Black Mirror" d'atteindre de nouveaux sommets.

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17 mai 2018

"Cavalerie Rouge" de Milovic et Pécau : bain de sang

Cavalerie RougeSi Isaac Babel est considéré comme l'un des grands écrivains russes du XXème siècle, il n'est certes pas des plus connus, et la parution d'une adaptation en format BD d'un certain nombre de ses nouvelles parues sous le titre de "Cavalerie Rouge", et relatant ses expériences - plus que ses aventures - dans l'armée révolutionnaire chargée de mater dans le sang les Polonais en 1920, est plus que bienvenue. Et ce d'autant que, formellement, le livre de Pécau et Milovic est absolument somptueux, en particulier grâce au graphisme élégant et aux douces aquarelles de ce dessinateur serbe jusqu'à présent "inconnu au bataillon"...

On s'attend bien sûr en ouvrant "Cavalerie Rouge" à des histoires pleines de bruit et de fureur, imaginant bien que la punition du peuple polonais rétif à la Révolution Soviétique n'allait pas être paisible, mais la réalité des exactions russes dépasse évidemment nos prévisions : massacres de femmes, d'enfants, de vieillards et de prêtres, viols en groupe, pillages sans vergognes, toutes les horreurs de la guerre - même "filtrées" par le trait et les couleurs de Milovic -, pour malheureusement aussi convenues qu'elles soient, se déploient dans chacun des 14 cruels récits qui composent ce recueil. Et si le personnage du soldat Babel, observateur largement distancié des souffrances des Polonais et en particulier des Juifs (peuple dont il fait pourtant partie), joue finalement un rôle secondaire dans la plupart de ses histoires, la "voix off" de l'écrivain Babel est essentielle à leur compréhension, ou plutôt leur interprétation. Car sans grande connaissance ni vraie compréhension du contexte historique, l'accès à "Cavalerie Rouge" n'est pas chose aisée, et une grande partie du livre reste finalement assez absconse, sans que l'on puisse dire si c'est le fait de l’œuvre originale, ou bien des choix de narration elliptiques de Pécau. Il faut également noter que les positions idéologiques - apparentes - du soldat Babel (pro-soviétiques), mais également son point de vue "moral" (minimisation du viol, tolérance vis à vis du harcèlement de la population juive), pour logiques qu'ils soient dans le contexte historique puisque Babel était correspondant de guerre pour un journal de propagande, désorientent le lecteur qui ne sait pas toujours à quoi s'en tenir...

Nous voilà du coup forcés de nous raccrocher, au milieu de ce chaos général, à la belle langue de Isaac Babel, qui oscille avec élégance entre la description stoïque, mais non sans humour, des faits, et de brefs élans oniriques, sans même parler des dialogues truculents de personnages paradoxaux, voire insaisissables... C'est indiscutablement cette langue qui constitue le second (et peut-être le plus grand) attrait du livre... et qui donnera probablement à chacun l'envie de découvrir l’œuvre littéraire originelle, pour mieux saisir l'essence de ce fameux "Cavalerie Rouge".

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16 mai 2018

Séance de rattrapage : "It Comes At Night" de Trey Edward Shults

It Comes At Night affiche"It Comes At Night" est un film problématique, pour le moins : si le concept à sa base est plus que remarquable (disons pour faire simple partir des thèmes désormais usés du film post-apocalyptique pour peindre un portrait implacable d'une société où la paranoïa détruit l'humanité en nous), et si la mise en scène a ses moments, réussissant à créer quelques jolis effets de tension avec bien peu de choses, le film reste globalement une déception. D'abord parce que le flirt - à des fins commerciales ? - avec le cinéma d'horreur lambda dégrade terriblement sa crédibilité (je pense par exemple aux atroces scènes de cauchemar récurrentes qui font appel aux pires stéréotypes du genre, mais aussi à son titre trompeur et son affiche)... Ensuite parce que, pour que le film ait à la fois de la substance et de l'impact sur son spectateur, il aurait fallu que Trey Edward Shults développe un minimum la psychologie de ses personnages, réduits ici à quelques grossiers traits de caractères et globalement peu incarnés par des acteurs auxquels le script ne donne pas grand chose à faire : comme c'est souvent le cas dans ses films, le pauvre Joel Edgerton, soit quand même l'acteur le plus surévalué de sa génération, est particulièrement insipide et amorphe, alors que son personnage est celui qui devrait porter le sujet du film. Bref, si l'on apprécie l'élégance du geste de mise en scène - même si moins de musique aurait mieux servi le propos, comme c'est très souvent le cas dans le cinéma contemporain -, c'est plus "l'idée du film" qui séduit que le film lui-même, trop peu abouti.

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15 mai 2018

"Toute Latitude" de Dominique A : la mort d'un oiseau courageux

Toute_LatitudeQue faire une fois que l'on a tout fait ? Lorsque l'on est un artiste reconnu et unanimement célébré pour son influence... mais que l'on réalise que l'on ne traversera jamais le "plafond de verre" du vrai succès populaire ? C'est le genre de question qui doit traverser l'esprit de Dominique A, après le triomphe artistique qu'aura été son "Eléor", sans doute son meilleur disque, et qui n'aura rien changé à son statut.

"Toute Lattitude" est marqué en tous cas par le doute - carburant des plus efficaces, on le sait - mais aussi une indéniable confusion : entre revenir en arrière vers l'électronique rêche des (remarquables) débuts, répéter des mélodies qui laisseront une vague impression de "déjà entendu" ("la Mort d'un Oiseau" en écho cruel du fameux "Courage des Ouseaux"), et tenter une nouvelle fois - pas toujours avec succès mais c'est le prix à payer - de nouvelles ambiances, cet album, qui en fait peut-être un peu trop, ne tranche pas. Emballées dans un demi-concept d'album bruyant en attendant un autre, plus calme nous annonce-t-on, quelques mois plus tard, enveloppées dans une pochette curieuse mais pas très réussie, les nouvelles chansons de Dominique A dégagent un rude sentiment d'inconfort. Un peu comme si l'on en était revenu à l'époque polémique de "Remué", quelques fois pour le meilleur (le secouant "Corps de ferme à l'abandon"), et d'autres pour le presque pire (le pénible "Des deux côtés d'une Ombre"). Dans l'ensemble, "Toute Latitude" est un album qui sourit peu, sans doute parce que comme tout artiste conscient des défis de l'époque (le sincère mais maladroit "Se décentrer"), et comme tout homme ayant l'âge où l'amour ressemble plus à un lendemain de défaite, Dominique A sait qu'il y a peu de raisons de se réjouir.

On regrettera quand même que, sans pour autant marquer une baisse de qualité dans sa discographie grâce à une bonne poignée de nouvelles chansons magnifiques (comme "Toute Latitude", justement...), ce nouveau Dominique A n'ait pas réussi à transcender malaise et incertitudes, et à transformer le plomb en or. Peut-être doit-on émettre l'hypothèse, surtout après avoir vu le "grand chauve" en scène livrer de nouvelles performances nerveuses et intenses sans jamais parvenir à "se lâcher", à basculer dans l'extase ou l'hystérie qui caractérisent le talent des grands performers Rock, que ce "plafond de verre", c'est lui-même qui l'a construit. Qu'une certaine impuissance fait partie de l'essence de la musique de Dominique A, rendant finalement illusoire le fait d'avoir "tout latitude" dans ses choix et ses mouvements. C'est peut-être là le doute secret qui empoisonne ce bel album inaccompli.

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14 mai 2018

Séance de rattrapage : "Le Crime de l'Orient-Express" de Kenneth Branagh

Le Crime de l Orient Express afficheOn se demandait quelle pouvait être la motivation derrière la réalisation d'un film comme "le Crime de l'Orient-Express", adapté d'un classique un peu poussièreux d'Agatha Christie dont tout le monde connaît la révélation finale particulièrement capilotractée, qui plus est en répétant la formule déjà faiblarde du médiocre film de Lumet en 1974, soit un casting haut de gamme pléthorique payé à ne pas faire grand-chose et filmé avec un académisme redoutable.

Kenneth Branagh étant tout sauf un réalisateur talentueux, il s'y est attelé avec une vraie bonne volonté, et a rajouté une épaisse couche de laideur à son film à force de le saturer de CGI et d'essayer, comme le font tous les piètres artisans en manque d'imagination, de briser le huis-clos (sensé ennuyer le spectateur contemporain impatient) résultant de l'enfermement des personnages dans un train, à coup de mouvements de caméra inutiles.

On s'ennuierait donc ferme devant un tel gloubi-boulga dérisoire si, on le sait, Brannagh n'était un acteur "classique" aussi fin : une fois passées les affêteries d'une introduction burlesque et curieuse (il doit y avoir un premier message dans cette piece rapportée au livre, mais lequel ? Que les représentants de Dieu sont plus honnêtes que ceux de l'État ? ), Branagh confère à son Hercule Poirot - par ailleurs complètement décalé par rapport au personnage peu sympathique d'Agatha Christie -, une humanité inédite, absente des livres, jusqu'à nous amener - à notre grande surprise - vers un dénouement d'où naît une émotion, une tristesse qu'on n'avait pas vu venir, et qui finissent par partiellement justifier le temps passé devant ce film.

Si l'on considère que l'intrigue policière en elle-même a été traitée complètement par dessus la jambe par Branagh, au point de la rendre obscure, et que cette fin particulière est le véritable "coeur" du projet, il semble que l'ami Kenneth avait avant tout le message suivant à nous délivrer : la vengeance collective peut être justifiable et passer devant la justice institutionnelle ! On a le droit de ne pas être très enthousiaste devant tout ça !

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13 mai 2018

"Vernon Subutex 3" de Virginie Despentes : "Hey Hey, My My, Rock'n'Roll Will Never Die"

Vernon Subutex 3Le troisième et dernier volume de "Vernon Subutex", peut-être l'oeuvre littéraire française la plus importante de ce siècle de par la manière impérieuse (et effroyablement lucide) dont elle dresse le portrait de notre société française, engendre des débats enflammés, passionnés parfois, entre ses détracteurs (déçus, surtout...) et ses fans. Un tel débat est inévitable, vue l'ambition de Virginie Despentes, que l'on compare désormais à Balzac, elle, la petite "punk répugnante" qui avait giflé son époque avec "Baise-moi", puisque l'impact émotionnel qu'avait eu le premier et magistral tome de cette nouvelle mini-"comédie humaine" nous avait inévitablement prédisposés soit à l'ultime déception, soit à la vénération aveugle, selon notre caractère et nos croyances politiques.

C'est que "Vernon Subutex 3" a été heurté de plein fouet lors de son écriture par la barbarie du 13 novembre, mais aussi par la disparition douloureuse - pour les gens de ma génération, pour Virginie - de guides spirituels aussi fondamentaux que Bowie et Cohen, et de frères de chaos comme Lemmy. Et que, même si Despentes prétend qu'elle avait depuis le début prévu la fin horrifique du livre, elle n'a pas pu faire autrement que de le laisser contaminer par une réalité aussi accablante. Du coup, cette conclusion, d'une noirceur sans pareille, ne pouvait apporter ni les réponses espérées à nos doutes à tous sur le "vivre ensemble" et sur la manière de résister aux "puissants" triomphants, ni bien entendu compléter de manière intellectuellement satisfaisante le puzzle passionnant constitué par ces dizaines d'existences merveilleusement évoquées, et tellement réelles (tellement "Nous" !). Tout s'est trouvé noyé dans la peur, la haine (de l'autre et de soi-même), la violence, le sang : on peut trouver cela dommage, facile même, ou bien d'une force terrassante, c'était surtout inévitable quand on a si bien saisi, comme Despentes le pouls de la France des années 10.

Du coup, l'écriture s'est faite cette fois plus classique, plus douce peut-être, parce que ce que ce livre nous raconte se passe de la virtuosité du langage à l’œuvre dans les plus belles pages des tomes précédents. Parce que l'on y est d'un coup, si "près de l'os", que la précaution s'impose. La délicatesse même, parfois.

Dans ce livre, les personnages, et Vernon lui-même, que nous avons tant aimé, ne sont plus que des fantômes, des ombres sur le mur de la caverne. L'identification n'est plus possible avec ces gens qui nous été si proches, et dont le destin était de devenir des stéréotypes uni-dimensionnels de manga ou de série TV. C'est désespérant, mais c'est aussi tellement juste... Nous le voulions plus sombre, ce livre, ce siècle, alors Despentes a tué la flamme : une fois encore, ce vieux démon de Len a trouvé les mots justes, et "Vernon Subutex 3" ne pouvait plus que les reprendre, en VO dans le texte, et les illustrer.

Reste ces dernières pages étranges, cet envol vers une histoire future, cet exercice d'extrapolation désespérante à partir de nos maux actuels (destruction de la planète, folie religieuse, inhumanité de l'économie, impuissance politique, tout est là) : elles déchirent la beauté de tout ce que nous avons lu avant, la réduisent à l'insignifiance absolue dans la perspective de l'histoire de l'Humanité. Du coup, elles sont aisément détestables. On voudrait peut-être qu'elles n'existent pas. Pourtant elles sont un cadeau tout simple que Virginie se fait à elle-même, et fait du coup à ceux d'entre nous pour qui cela compte encore : même lorsque l'obscurité sera définitivement tombée, le rock'n'roll ne mourra pas. Et on pourra toujours danser dans le noir, en espérant ainsi non pas oublier, mais ouvrir de nouvelles portes.

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12 mai 2018

"Minus" de Daniel Blumberg : Plus !

MinusOn ne peut pas dire que la carrière des Anglais de Yuck (à ne pas confondre avec Yak, attention !) ait fait particulièrement de bruit de ce côté-ci de la Manche, mais certains d’entre nous se souviennent peut-être encore de l’apparition de Daniel Blumberg en tant que frontman de Cajun Dance Party au Festival des Inrocks de 2007, puis de 2008 : si le groupe était lui aussi un peu anecdotique, il y avait quelque chose de fascinant en Blumberg, qui pouvait rappelait l’élégance et la fougue d’un certain Robert Zimmerman, jeune... Daniel, véritable chanteur-derviche tourneur, avait fini le set de 2007 quasiment ligoté par son fil de micro, et on s’était alors dit qu'une telle ferveur, et une voix aussi intéressante – qui pouvait rappeler celle d’un Brian Molko ou d’un Robert Smith - méritait des compositions plus inspirées.

Dix ans après cette rencontre, on se prend "Minus", le premier album solo de Daniel, comme une formidable claque : l’émotion, la ferveur même sont heureusement intactes, mais cette fois mises au service d’un projet personnel, introspectif, terriblement douloureux, magnifiquement hanté. Et avec quelques vraies bonnes mélodies… bref ce qui manquait à l’époque ! Le résultat est un disque littéralement sidérant de beauté et d’intensité, construit quasi uniquement sur la voix de Daniel, qui s’appuie seulement sur quelques notes de piano, de guitare, de violon, souvent discordantes, grinçantes. Un disque très down tempo, et passablement éprouvant il faut bien l’admettre, avec des passages d’une beauté précieuse – il est permis alors de penser, oui, au Neil Young déchirant de "After the Goldrush", ce qui n’est pas rien ! – et d’autres qui frôlent l’abime et le chaos.

Ce serait d’ailleurs la seule réserve que l’on pourrait émettre sur ce projet formellement ambitieux et parfaitement exécuté, ce délayage bruitiste, qui sonne assez gratuit, sur une paire de morceaux qui, du coup, s’éternisent au-delà du raisonnable. Mais il est clair que Blumberg a conçu son album comme un geste artistique total (il a lui-même réalisé la pochette, me semble-t-il…), et que ni la raison ni le confort de l’auditeur n’entrent en ligne de compte ici !

Bref, en l’occurrence, voilà un « Moins » qui résulte en un « Plus » saisissant pour l’auditeur !

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11 mai 2018

"Sans un Bruit" de John Krasinsiki : le Silence des Agneaux

a quiet place affiche"Sans un Bruit" ("A Quiet Place" dans sa version originale, soit un titre plus pertinent car plus paradoxal et donc menaçant) avait tout ou presque pour devenir un classique de la SF et de terreur, un marqueur de son époque comme, disons, "Alien" le fut pour ma génération qui eut la chance de le voir en salle à sa sortie : un excellent sujet - la menace mortelle permanente que fait peser sur les personnages le moindre bruit qu'ils feraient dans leurs activités les plus ordinaires -, d'excellents acteurs (en particulier Emily Blunt dont on connaît déjà le talent), et une excellente mise en scène (au moins la plupart du temps) de la part d'un John Krasinski totalement aux commandes de ce petit film qui est visiblement un projet personnel. Et il faut bien admettre que cela fait très longtemps qu'un "film de monstre" n'a pas engendré en nous un tel stress, une telle tension quasi permanente, voire même de vrais moments de peur, ce qui justifie la très bonne réception critique que le film a eu aux USA.

Malheureusement, Krasinski n'a pas tout juste dans la construction de son scénario, en particulier dans la dernière partie du film, qui détruit le sentiment de quasi-perfection dans lequel le spectateur flottait (blotti sur son siège, quand même...) jusque-là : les personnages se mettent à faire n'importe quoi comme dans un "slasher" bien basique, le timing de l'action ne tient plus, et, crime inexcusable, la résolution finale manque totalement de cohérence avec toutes les prémisses de la situation si subtilement exposés jusqu'alors. Au point où l'on se demande ce qui a pris Krasinski de saboter ainsi son film, qu'il avait mené aussi judicieusement jusqu'alors !

Ajoutons aussi que Krasinski aurait pu - non, il aurait dû, puisqu'il s'agit d'un film sur le silence - faire totalement l'impasse sur la musique convenue de "film de SF à suspense" qui gâche encore certaines scènes : on voir combien Krasinski avait pourtant compris la force de son sujet avec l'irruption magnifique du "Harvest Moon" de Neil Young, justifiée par l'échange d'écouteurs entre les protagonistes... Quelques jump scares triviaux, hors sujet, viennent également confirmer qu'il est désormais très difficile de réaliser une œuvre vraiment ambitieuse et sans scories "du genre" dans le cadre du cinéma commercial.

La déception est donc à la mesure de l'excellence du projet... mais au moins, nous aurons vécu une belle expérience de tension extrême pendant une bonne partie du film, ce qui est mieux que pour 99% des films récents de SF et / ou d'horreur.

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