Le journal de Pok

12 avril 2021

Revoyons les classiques du cinéma d'animation : "Shrek" de de Andrew Adamson et Vicky Jenson (2001)

Shrel affiche

A sa sortie, en 2001, au Festival de Cannes s'il vous plaît, "Shrek" avait fait une grosse impression : nouvelle réussite de l'animation en 3-D après la percée des Studios Pixar, due cette fois à l'équipe Dreamworks, "Shrek" se présentait en partie comme une entreprise de démolition des adaptations classiques de contes par la concurrence, c'est à dire la maison Disney. Au delà du réservoir de personnages féériques ou fantastiques ayant servi de source à Disney, ici réduits à un rôle de sous-peuple détesté et exilé par un souverain fascisant, on se régale voir en particulier le royaume aseptisé, factice et... marchand de Lord Farquaad.

Oui, "Shrek" est un mélange détonnant et enthousiasmant d'une réelle intelligence visuelle, arrivant à surprendre constamment le spectateur - même si depuis, la technologie "3D" de l'époque a beaucoup vieilli -, avec un mauvais esprit - certes aujourd'hui conventionnel puisque la contre-culture des années 60 est devenue une sorte de mainstream - toujours rafraichissant. Et un film dont la musique contient le "Hallelujah" de Cohen interprété par John Cale ne peut qu'être épatant !

On ne devra pas retenir contre ce "prototype" d'un cinéma d'animation destiné autant aux parents qu'aux enfants la faiblesse de ses "suites", qui ont usé le brillant concept de départ, ni même le fait qu'il ait inspiré des dizaines de copies (de son humour scato, de ses références malignes, de son second-degré permanent...). On retrouvera plutôt avec délice les doublages inspirés de Mike Myers et Eddie Murphy (dans son meilleur rôle ?), sans oublier bien entendu Cameron Diaz et John Lithgow : un casting d'enfer pour un film qui réussit malgré tout à rester singulier vingt ans après sa création.

 

 

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"Half Drunk Under A Full Moon" de The Fratellis : des Ecossais romantiques...

Half Drunk Under a Full Moon

Bien sûr, on sait tous que la malédiction des Fratellis, c’est d’avoir composé du premier coup un hit aussi énorme que leur imparable "Chelsea Dagger", et de l’avoir inclus sur un premier album, "Costello Music", rempli jusqu’à la gueule de tubes presqu’aussi efficaces. Où aller ensuite ? Tout ce qui allait suivre ne pouvait être qu’une déception pour le public qui attendait encore et encore ce glam rock ressuscité et ces mélodies parfaites pour s’enfiler des pintes de bières au pub avec les lads. Ceux qui ont quand même suivi le groupe ont eu de plus la surprise de constater que l’objectif de Jon Fratelli était plutôt de composer des classiques de la musique américaine (quand même une tentation assez commune en Ecosse, sans qu’on comprenne bien pourquoi…), avec un intérêt particulier pour les années 60 ! Le malentendu était profond, et la célébrité du groupe allait gravement en souffrir.

Mais la discographie de nos Ecossais est loin d’avoir sombré en qualité, au fil des années : il est même permis d’affirmer que leurs dernières productions sont magnifiques, et que l’ambitieux second album solo de Jon ("Bright Night Flowers") est un petit chef d’œuvre romantique resté confidentiel. On cite cet album parce que "Half Drunk Under a Full Moon" semble s’inscrire dans la même veine : il s’agit ici de produire de la musique populaire – d’un autre temps, oserait-on dire -, exprimant ces sentiments éternels dont la pop music s’est toujours nourrie, en s’appuyant sur des mélodies facilement mémorisables, mais dans une sorte de décor cinématographique à grand spectacle, en technicolor… Soit une approche musicale « maximaliste » vraiment décalée par rapport à ce qui se fait en 2021. Bref, les Fratellis sonnent comme des traditionalistes révolutionnaires, susceptibles d’enchanter autant de gens que d’en irriter d’autres. Il suffit de prendre le romantique "Action Replay" comme exemple de cette démesure impensable dont fait preuve Jon : on se sentirait presque dans une comédie musicale avec Judy Garland !

L’ouverture avec la chanson-titre "Half Drunk Under a Full Moon" est, en dépit de son titre et de son thème profondément dépressif, une sorte d’explosion paradoxale de bonheur qui utilise toutes les armes possibles pour être irrésistible. Et qui permet de confirmer le talent de parolier – largement surréaliste ! – bien connu de Jon : « Well I lost my sense of humor when my lips turned blue / Now I know the right move is just whatever gets you through / I swooned from the minute that I woke / Stay tuned cause it just might rain… » (Eh bien, j’ai perdu mon sens de l’humour quand mes lèvres sont devenues bleues / Maintenant je sais que la bonne chose à faire est tout ce qui vous permet de survivre / Je me suis évanoui à la minute même où je me suis réveillé / Restez à l’écoute car il pourrait pleuvoir…). Et on enchaîne avec un "Need a Little Love" qui donne envie de danser sous la pluie, et qui pourrait sortir d’un album de Harry Nilsson. "Lay our Body Down" fait encore monter le lyrisme d’un cran, avec des harmonies vocales imparables et une ambiance orchestrale maximale. Avec "the Last Songbird", on est plutôt dans le folklore bon enfant, dans le genre de musique qui anime les soirées dansantes des petits villages écossais, et donc très, très loin de notre morne quotidien pandémique : et si on remerciait plutôt cet extra-terrestre qu’est Jon Fratelli pour ça ?

"Strangers in the Street", déjà sorti en single, est indiscutablement le sommet de l’album, un morceau classique, lyrique (comme du Springsteen en version Phil Spector…) et – pour une fois – vraiment triste : « Darling, come the time / When you slip away / I’ll be that whispered word / That hangs around your doorway / Our tale complete / We’ll still dance like strangers in the street » (Chérie, viendra le moment / Où tu t’éclipseras / Je serai ce mot chuchoté / Accroché autour de ta porte / Notre histoire est terminée / Nous danserons toujours comme des étrangers dans la rue).

Mais chez les Fratellis, la tristesse ne saurait durer, et le groupe prend soin d’empiler dans la dernière partie de l’album trois morceaux « feel good » : "Living In the Dark" qui ruisselle littéralement d’optimisme, "Six Days in June", qui, avec ses cuivres expansifs, indique une nouvelle direction possible pour la musique du groupe, et enfin un "Oh Roxy" plus fidèle aux origines pop britanniques du groupe.

"Hello Stranger" est l’impeccable final nostalgique que méritait l’album : derrière la joie que dégage presque toujours la musique des Fratellis, il y a ce sentiment nostalgique d’une beauté à la fois tellement proche et pourtant éternellement hors de portée : « So lose those sad eyes and be on your way / Keep your friends close and your love on display / And after all, we both know how this ends / We both know we must give back what we spend / Let it out turn around slip away / Maybe we’ll meet again some day… » (Alors ne reste pas avec ces yeux tristes, va-t-en / Garde tes amis proches de toi et porte ton amour bien en évidence / Après tout, nous savons tous les deux comment ça se termine / Nous savons tous les deux que nous devons rendre ce que nous avons dépensé/ Il faut le laisser nous échapper / Peut-être que nous nous reverrons un jour…).

Gageons que ce n’est pas avec ce nouvel album franchement excessif, aussi parfait soit-il, que le groupe retrouvera les faveurs du grand public, avec lequel il est de plus en plus en décalage. Mais ça n’empêchera pas Jon Fratelli de réessayer, encore et encore. On attend le prochain disque, mais d’ici là, on a des réserves pour patienter, sous influence de l’alcool ou pas, éclairés par la pleine lune ou pas…

 

 

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11 avril 2021

"Dylanographie" de Nicolas Livecchi : multitude...

dylanographie couverture

Bob Dylan fête cette année ces 80 ans et ses 60 ans de carrière, puisque 1961 vit la parution de son premier album alors qu’il n’avait que 20 ans. Dylan est évidemment une sorte de « monument » pour une grande majorité des gens qui ont connu les années 60, mais, malgré plusieurs décennies pour le moins erratiques, il aura toujours réussi à publier au fil du temps des albums suffisamment pertinents, voire parfois magnifiques, pour ne jamais être totalement disqualifié artistiquement. L’attribution – méritée à notre avis – du Prix Nobel de littérature, et un retour au sommet de son talent l’année dernière avec le duo "Murder Most Foul / Rough and Rowdy Ways" a même ramené Dylan au sommet de l’actualité musicale, de manière inattendue. En 2021, être passionné par l’œuvre, immense et protéiforme de Bob Dylan n’a donc rien d’absurde, et ce d’autant que la puissance de son verbe, l’intensité de son « flow », la validité de sa vision sociale ou politique en feraient même un modèle pour les rappeurs contemporains…

Le problème que "Dylanographie", l’étonnant travail de Nicolas Livecchi, tente d’adresser est l’incroyable difficulté de s’y retrouver dans le colossal corpus dylanien : c’est la bagatelle de 10.173 références d’albums différents que le site Discogs recense comme « relatifs à Bob Dylan », et même si, commercialement, il est probable que l’on ne puisse guère acquérir plus d’un millier de disques (CDs ou vinyles, officiels ou pirates semi-officiels…) différents de, avec et sur Dylan, il faut bien admettre que la raison vacille devant de tels chiffres. Comment le néophyte peut-il même imaginer d’aborder ce continent musical ? Comment, à l’autre bout du spectre, le passionné peut-il être certain qu’il connaît toutes les œuvres essentielles de Robert Zimmerman ? Eh bien, disons qu’en ce moment exact dans l’espace-temps, avant que tout ne change à nouveau avec la virtualisation inévitable d’une telle œuvre, l’ouvrage de Livecchi est la meilleure solution.

"Dylanographie" est organisé, assez logiquement, de manière chronologique, avec chaque chapitre couvrant une période construite autour d’un thème, de "Woody / les Débuts (1958-1962)" à "Nobel / Période Blues (1997-2020)", le tout précédé par une revue des anthologies et compilations – un choix étonnant que Livecchi considère comme des portes d’entrée pratiques à l’œuvre dylanienne – et suivi par "Dylan avant Dylan" (une revue de ses influences), "Dylan après Dylan" (une revue des reprises de ses chansons) et "50 chansons" (des chansons qui ne figurent dans aucun des albums précités ! Eh oui, il y en a !!!). Dans chaque chapitre, Livecchi passe en revue les albums officiels, les albums du « marché parallèle », les archives, les livres, etc., en enrichissant chaque entrée d’une brève mais la plupart du temps excellente critique. Et pour les néophytes ou les lecteurs pressés, les œuvres majeures, indispensables, de "Blonde on Blonde" à "Rough and Rowdy Ways" en passant par "Blood On the Tracks" et le film de Scorsese "No Direction Home", sont clairement mises en exergue : nous vous conseillerons de commencer par lire ces critiques assorties d’un petit cœur et posées sur fond vert, puisqu’elles distillent l’essence de ce que Dylan signifie… et qu’elles vous donneront forcément envie de lire le reste, et surtout de plonger dans le grand bain de la dylanophilie, voire de la dylanomanie…

… Car, et c’est important, Nicolas Livecchi n’est pas seulement un expert du sujet, un passionné de musique, mais il écrit sacrément bien, ce qui n’est pas fréquent dans ce genre d’ouvrage, mais en rend la lecture très plaisante, addictive même.

 

 

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Quand la pop fait des étincelles, une revisite de la discographie de Sparks : "Whomp That Sucker" (1981)

Whomp that Sucker

Le temps est venu de réévaluer "Whomp That Sucker" qu'on avait tous ignoré à l'époque de sa sortie, malgré une poignée de chansons pop irrésistibles, comme "Tips for Teen" (avec son interminable liste de conseils farfelus aux teenagers...) et "Funny Face" (terrible chanson à l'humour très noir où une star maudit son succès dû à sa beauté qui le prive du "véritable amour", et se trouve défiguré après une tentative de suicide manqué !).

Avec sa photo de couverture fantastique, peut-être la meilleure de la discographie d'un groupe qui a pourtant aligné son lot de pochettes réussies, "Whomp That Sucker" marque le plein retour de Sparks à la formule magique de ses années de succès : des mélodies incroyables, des textes brillants (pas une faiblesse à ce niveau-là dans tout l'album !), et un groupe de rock anonyme pour muscler la musique, cette fois sans mauvais goût. Même si c'est Mack, membre de l'équipe Moroder qui est aux manettes, la période disco est définitivement terminée : Ron Mael a néanmoins gardé d'excellents réflexes des deux albums précédents, ne rechignant pas à faire danser ses fans, comme sur le fabuleux "Upstairs", au beat irrésistible.

Pourtant, malgré tout ça, malgré une ribambelle d'excellentes chansons inspirées, "Whomp That Sucker" n'atteint malheureusement pas la splendeur d'un album comme "Propaganda" auquel il ressemble régulièrement. Est-ce le groupe, pas vraiment enthousiasmant ? Est-ce la production, régulièrement d'une lourdeur désespérante qui cloue au sol bien des morceaux, en particulier sur la seconde face, clairement décevante par rapport à la première ?

Mais, comme Ron et Russell ont l'instinct de conclure leur album par un irrésistible "Wacky Women" qui nous laisse terminer sur une excellent impression, et si l'on fait l'effort de suivre les paroles assez extraordinaires, répétons-le, de toutes les chansons, il y a dans "Whomp That Sucker" maintes raisons de se réjouir : sans être le chef d'œuvre qu'il aurait pu être avec un peu d'énergie en plus, il peut être vu comme une sorte de modèle bizarroïde pour tous les groupes "power pop" à venir…

 

 

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10 avril 2021

"Walking Dead - Saison 10 - épisodes additionnels" d'Angela Kang : Voici Negan !!!

Walking Dead S10 épisodes Poster

A peine avait-on décidé que, malgré plusieurs saisons de passage à vide, "Walking Dead" avait décidément retrouvé de la substance avec un dixième volet efficace, voire par instants enthousiasmant comme aux débuts, que les showrunners nous livrent cette suite étrange de 6 épisodes dont on ne sait pas vraiment trop quoi faire.

Commercialement, ces 6 épisodes filmés en temps de pandémie (réelle, celle-ci !) ont pour but totalement avoué – et pourquoi pas, d’ailleurs ? – de faire patienter les fans, la onzième et dernière saison étant toujours, à notre connaissance, prévue pour 2022. Le principe n’est donc pas de faire avancer l’action principale, mais de revenir sur le trajet de certains personnages, en se concentrant principalement sur les aspects « psychologiques » (là, on a déjà peur !) mis de côté – et c’était très bien comme ça – dans la dixième saison.

On craignait le pire, et on n’est pas loin d’avoir raison tant les épisodes 20 ("Splinter") et 21 ("Diverged") touchent à nouveau le fond et resteront dans les mémoires parmi les pires de la série : le délire schizophrène – avec twist, bien sûr ! – de Princess enfermée dans un wagon est littéralement consternant, tandis que les « passionnantes » aventures de Carol qui prépare une soupe et est dérangée par un rat dans sa cuisine, alors que Daryl cherche à réparer sa moto, ne peuvent provoquer qu’une réaction honnête : le rire douloureux.

L’épisode 17 sur Maggie ("Home Sweet Home") a le mérite d’être au moins fonctionnel, le flashback « ému » de Daryl dans "Find Me" (épisode 18) est passable, mais on appréciera surtout "One More" (épisode 19), qui retrouve, autour de l’éternelle question du dilemme moral face à des survivants au comportement douteux, une vraie pertinence, et offre au personnage de Gabriel, la plupart du temps maltraité par les scénaristes, une profondeur nouvelle.

Mais c’est évidemment le dernier épisode que tout le monde attendait, alléché par la promesse de son titre ("Here’s Negan") et par l’annonce d’une évocation du douloureux passé de Negan… Et là, aucune déception, puisque ces 45 minutes de flashbacks enchâssés les uns dans les autres représentent probablement ce qu’on a vu de mieux dans Walking Dead depuis les tous débuts de la série : une histoire forte – celle du couple formé par Negan et Lucille (non, pas la célébrissime batte de baseball !) – qui dépasse aisément la prévisibilité de son point de départ, un contenu émotionnel profond, de vrais « insights » sur ce qui fait qu’un homme bascule vers l’innommable, et… une interprétation exceptionnelle de Jeffrey Dean Morgan et de Hilary Burton (la femme de Morgan dans la « vraie vie », d’ailleurs, ce qui ne devrait en aucune manière minimiser le talent des deux acteurs en expliquant la crédibilité du couple qu’ils forment devant la caméra…). En fait, "Here’s Negan" est tout ce que la série aurait pu être, aurait pu construire de pertinent à partir des mêmes prémisses post-apocalyptiques.

Le problème est que ce moment inespéré d’intelligence, de lucidité et de talent – car il a fallu les trois pour en arriver là – ne rachète rien de toute la facilité, voire la médiocrité qui a précédé. Espérons quand même qu’il sera l’annonce d’une onzième saison dans le même registre : il est toujours temps de faire de "Walking Dead" une série mémorable. Le chemin est tracé, espérons que Angela Kang et son équipe le suivront.

 

 

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"Sauvé" de It It Anita : TO BE PLAYED AT MAXIMUM VOLUME !!!

Sauvé

On sait combien la Belgique est un pays où le Rock – sous toutes ses formes – est créatif, vivant, urgent même très souvent : est-ce la position géographique d’un petit pays traversé par de nombreuses influences de ses voisins qui s’accumulent et s’enrichissent ? est-ce la vitalité de la culture belge, beaucoup plus ouverte à l’autre que celles de nombreux pays européens prisonnier d’une arrogance nationaliste stérile ? Peu importe en fait, ce qui compte ; c’est qu’on trouve en Belgique beaucoup plus d’excellents groupes et artistes au km2 qu’ailleurs en Europe. Aujourd’hui, à l’occasion de la sortie de leur troisième album, "Sauvé", on va se pencher sur le cas des liégeois de It It Anita, et, croyez-nous, on va passer un excellent moment à pogoter, headbanguer, hurler, danser, bref faire toutes ces choses délicieuses que le bon Rock’n’Roll incite à faire… sans modération.

Evacuons d’abord l’étiquette fainéante collée au groupe depuis ses débuts en 2014 : non, non, It It Anita ne font pas du Noise Rock des années 90 ! Ils font du Rock, ils font du bruit, beaucoup de bruit, et ont écouté les mêmes (bonnes) musiques que la grande majorité d’entre nous : si Wikipedia balance négligemment les noms de Sonic YouthFugazi ou Pavement, ça veut tout dire et rien dire. On pourrait aussi bien citer Hüsker DüPixies, et même tout le ban et l’arrière-ban du punk rock de bon goût, qu’on n’aurait pas dit l’essentiel. Et l’essentiel, c’est que "Sauvé" est une grosse claque dans notre gu…, avec un direct à l’estomac pour compléter, et une fois que nous sommes à terre, quelques coups de pieds dans les côtes : allez, relève-toi, camarade, pour une autre raclée !

Bon, on exagère un peu, il y a dans "Sauvé" un (1 !) titre lent, ça s’appelle "Authority", et c’est vénéneux et envoûtant comme il se doit, parce que, justement, ça parle de nos vies écrasées de 2021 : « spreading panic everywhere / they’re bringing new rules / it’s hard to imagine the world /the world of yesterday » (Ils répandent la panique partout / pour créer de nouvelles règles/ Il est difficile d’imaginer le monde / le monde d’hier…). Il y aussi quelques tempos (un peu plus) moyens, comme "Dixon Kentucky", qui serait presque pop (hi, hi… non, on rigole !) avant que les mecs ne se mettent à hurler comme des enragés…

Pour le reste, on est dans le genre « pas de quartier » : l’intro "Ghost", avec les déclamations horrifiées de Michael ou de Damien (« she lives in my head, i swear, i can feel her breath on my skin, my lobes are exploding, compressing my brain like a juice extractor ! » – Elle vit dans ma tête, je le jure, je peux la sentir souffler sur ma peau, mes lobes explosent, comprimant mon cerveau comme un extracteur de jus !) qui s’époumone (…nt ?) sur une guitare qui hulule, faisant honneur à Joe Santiago prouve d’entrée qu’on est invité au château – hanté – par des hôtes qui ne sont pas là pour plaisanter ; "Sermonizer" aurait pu trouver sa place sur l’un des albums des OhSees avant que John Dwyer ne se perde dans son amour pour le prog et le free jazz ; "Cucaracha" est la meilleure et la plus efficace dispersion de napalm enregistrée depuis le début de l’année (d’ailleurs, il y a des ONG qui commencent à protester…), et on a hâte d’être au milieu du moshpit d’un VRAI concert (pas de p… de chaises, mon frère !) pour compter les oreilles des pogoteurs qui seront arrachées avec les dents. Et puis, quelles paroles : « I’m the cucaracha / You can’t get rid of me / it’s so easy to walk by / without looking at me / Like tasteless gum under your desk I’ll be here / for decades / Crush me, try, again / My hard shell is made of pain » (Je suis la cucaracha / Tu ne peux pas te débarrasser de moi / il est si facile de passer à côté / sans me regarder / Comme un chewing gum sans plus de goût collé sous ton bureau, je serai là / depuis des décennies / Écrase-moi, essaie encore / Ma coquille dure est faite de douleur)… !

"See Through" rappelle que, clairement, le grunge était avant tout un mouvement « punk », avant que "More", avec son riff à l’efficacité redoutable, ne nous aspire vers le haut et postule sans complexe pour devenir très vite notre morceau préféré de "Sauvé". La montée dans les tours de "Routine", à écouter avec le potentiomètre fermement placé sur le 11, va vous encourager à jeter par la fenêtre tous les meubles et autres trucs qui ne servent à rien chez vous, pour avoir plus de place pour rebondir comme un haricot mexicain.

On ne l’a pas dit, mais "Sauvé" porte le nom – c’est original – de son producteur, Amaury Sauvé, mais on le comprend, vu l’excellence du travail effectué ici sur le son, sur l’exactitude des rythmes et la précision des ambiances, qui décuplent la brutalité des explosions soniques et libèrent clairement tout le potentiel des compositions.

Après la mélopée menaçante de "MOEDOH", qui enfle jusqu’à remplir la pièce, puis le monde toute entier de l’éternelle et indispensable révolte rock’n’roll contre l’ennui, "Sauvé" se clôt sur les sept minutes muettes et soniques de "53". Puisqu’à la fin, même les mots sont inutiles. TO BE PLAYED AT MAXIMUM VOLUME !

 

 

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09 avril 2021

Revoyons les classiques du cinéma : "Les Lois de l'Hospitalité" de Buster Keaton (1923)

Les Lois de l Hospitalité affiche

"Les Lois de l'Hospitalité" est le second long-métrage de Keaton, mais est surtout un film à part dans son œuvre, probablement aussi l'un de ses films les moins immédiatement "jouissifs", l'un de ceux où l'on rira le moins, ou en tout cas, celui où Keaton essaie d'abandonner le plus clairement les règles du "splastick" au profit d'une véritable histoire, plus dramatique qu'autre chose, et d'une mise en scène plus ample, plus ambitieuse.

"'Les Lois de l'Hospitalité", dont le scénario est construit à partir de la très célèbre histoire de vendetta, de haine atavique entre deux familles, rebaptisées ici les McKay et les Canfield, est donc un "vrai film", si l'on veut, parsemé de quelques gags - certains excellents, Keaton n'ayant évidemment pas perdu la main -, et qui nous fait beaucoup patienter avant d'en arriver aux classiques scènes où Keaton se met physiquement en danger, ici dans un décor grandiose de montagnes et de rivière déchaînée.

Même si ce mélange de genre, ainsi que la construction très progressive du film peuvent logiquement décevoir par rapport à des chefs d'œuvre plus "immédiats" de Keaton, "Les Lois de l'Hospitalité" réjouira ceux qui ont la patience d'attendre, avec par exemple cette scène où notre héros tente par tout les moyens de rester sous la protection de ces fameuses lois, et, bien entendu, les formidables scènes spectaculaires de la dernière partie. Mais c'est aussi parce qu'il s'inscrit clairement dans la problématique "keatonienne" classique de la fragilité de la "sécurité" humaine au milieu d'un monde fondamentalement hostile, de cet équilibre perpétuellement menacé qu'est le rapport de Keaton avec les objets, que "Les Lois de l'Hospitalité" est un grand film.

 

 

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Balade à travers la discographie de Bowie : "Pin-Ups" de David Bowie (1973)

Pin_Ups

Derrière une photo iconique - Ziggy et Twiggy, ("the Wonderkid") masqués par Pierre Laroche - se dissimule le premier album "problématique" à date de la discographie de Bowie. Les Spiders partent en sucette, avec le départ de Woodmansey remplacé par l'efficace Ainsley Dunbar, et la musique sonne incroyablement "creux", artificielle, sans plus rien de l'âme des chansons - pour beaucoup, légendaires- ici reprises. On peut peut-être dire que c'est exactement le concept, transformer des chansons "de chair et de sang" en "pin ups" de papier glacé, mais quelle frustration...

Pourtant Bowie semble chanter en y mettant le plus de cœur possible. Pourtant, on peut dire que, avec "The Man Who Sold the World", il s'agit là de l'album de plus "Rock" de Bowie. Et pourtant, toutes ces chansons sont bonnes, et quelque chose résiste, çà et là, à ce traitement anesthésiant qui leur a été réservé : il faut dire que Bowie a du goût, et que, en rendant hommage aux années dorées du Swinging London, au sein desquelles il a construit son personnage, sa démarche artistique, il fait les bons choix... Them, les Who, les Pretty Things, les Kinks, les Yardbirds, le Pink Floyd de Barrett, il y a du lourd sur la track list !

Peut-être peut-on imputer au principe même de départ de l'album son manque d'âme : il ne s'agit pas là de rendre hommage à de profondes influences musicales - on sait que Bowie l'a déjà fait, sur "Hunky Dory" par exemple, en célébrant Dylan et Lou Reed -, mais seulement de faire revivre pour un dernier tour de piste les fantômes d'un passé qui a compté, mais qui n'est plus. A ce titre, la conclusion sur le "Where Have All The Good Times Gone ?" des Kinks est sans ambigüité. Et ce n'est pas non plus une coïncidence si les deux meilleurs titres de l'album sont sans doute "Friday On My Mind" des Easybeats et "Sorrow" des Merseys : deux groupes qui ne sont pas passés à la postérité, deux chansons sans histoire, sans destin, que Bowie peut enfin pleinement habiter...

Mais Bowie n'est finalement pas vraiment là, sur "Pin-Ups", il ne fait qu'essayer des tenues cliquantes, chacune pendant moins de 3 minutes. Il prend des poses, imite (singe ?) les artistes originaux, il prend la pose, il s'imagine de retour dans ce Londres coloré et superficiel auquel il va très vite - dès l'album suivant - tourner définitivement le dos. Et tout cela n'a absolument aucune, mais aucune importance...

PS : attention néanmoins de ne pas faire l'erreur d'acheter une version de cet album incluant les covers de Brel et de Springsteen stupidement rajoutées par la maison de disques : quel que soit l'intérêt de ces chansons - et on peut les apprécier - elles dévoient totalement le concept de "Pin-Ups" !

 

 

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08 avril 2021

"Des Vies Froissées" de Can Ulkay : où sont les enfants des rues ?

Des_vies_froissees affiche

Alors que la misère explose sur la planète, alors que le nombre d’enfants survivant dans les rues de nos villes est plus élevé que jamais, le Cinéma semble de plus en plus détourner les yeux du monde, pour nous proposer des spectacles infantiles d’hommes en collant détruisant des immeubles à coup de poing, ou des thrillers d’anticipation se déroulant dans un avenir qui a pourtant de moins en moins de chance d’exister. Oui, où sont donc les équivalents contemporains du Kid (Chaplin), de Los Olvidados (Buñuel) ou du Voleur de Bicyclette (De Sica), ces films qui ont marqué leur époque ?

Impossible donc de ne pas avoir envie de jeter un coup d’œil à Des Vies Froissées, production Netflix venue de Turquie, qui nous parle de la survie d’un enfant à Istanbul, adopté par une communauté de sans-logis « ramasseurs de carton ». Et de ne pas espérer sur notre écran un minimum de vérité humaine, malgré la mauvaise réputation des productions de la plateforme…

Des Vies Froissées commence bien, même si l’on pourrait à la limite déplorer la splendeur de ces images sur Istamboul, et l’énergie positive qui se dégage de cette culture turque qui semble pouvoir surmonter toutes les épreuves : ce serait faire un mauvais procès à Can Ulkay, parce que, oui, Istanbul est une ville éblouissante, et oui, le peuple turc a cette capacité à triompher de tout, et en particulier du pire. Mieux, le personnage central du film, Mehmet, qui recueille un enfant retrouvé dissimulé dans sa charrette de papiers et qui décide de l’adopter et de lui donner le bonheur que sa famille lui a refusé, est interprété par un acteur charismatique, à la fois crédible, impressionnant et touchant, Çagatay Ulusoy (qui semble être une star des séries TV turques, et on comprend pourquoi…) : le film reposant en grande partie sur lui, déchiré par ses souvenirs, souffrants de graves problèmes de santé, mais décidé à offrir le meilleur à ceux qui l’entourent, c’est déjà là un point extrêmement satisfaisant. Et ce d’autant que l’alchimie entre lui et l’enfant qui interprète Ali est excellente, et que le film sait ne pas surjouer l’émotion inhérente au sujet, et privilégie des instants de bonheur, même fugace, plutôt que le pur mélodrame ou le contexte sordide de son histoire.

Il est d’autant plus dommage que la fin du film s’articule autour d’un « twist », plus ou moins prévisible, qui ajoute certes une dimension psychanalytique au drame humain, mais qu’on ne peut s’empêcher de déplorer : en déplaçant le sujet de son film de la description de vies miséreuses dans une société qui les ignore (la première scène du film est simple, mais très efficace…) à la radiographie d’un cas (très) particulier, aussi bouleversant soit-il, et en expliquant que la « source du problème » est plus familial que sociétal, Can Ulkay réduit drastiquement ses ambitions : il nous laisse sur un final certes malin, mais bien en deçà du cinéma politique et social attendu. On imagine toutefois qu’au pays du sultan Erdogan, il est difficile à qui que ce soit, même si on s’appelle Netflix, de parler de certains sujets.

 

 

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Promenade sur les traces d'un géant, Neil Young : "Tonight's The Night" (1973), extrait de "Archives Vol. II"

Tonights The Night archives

On est fin août 1973, et le rêve de Neil Young s'est transformé en cauchemar : torché à la tequila la plupart du temps, rendu furieux par le déroulement de la tournée qui n'a pas répondu à ses attentes, abattu par le décès de son roadie Bruce Berry (puis par la disparition de Danny Whitten dont il se sent personnellement coupable, l'ayant viré du groupe pour cause d'usage incontrôlé de stupéfiants...) Neil s'enferme avec ses plus proches amis dans un studio de L.A.. Il y a là la rythmique de Crazy Horse (Talbot et MolinaBen Keith et David Briggs, et le (plus si) jeune prodige Nils Lofgren. Et tout ce joli monde, en état d'ébriété, va enregistrer sous le nom de The Santa Monica Flyers le premier chef d'œuvre de la "ditch trilogy", un "Tonight's The Night" infernal et maudit, dont la maison de disque retardera la sortie aussi longtemps que possible.

Malgré son titre, nous n'avons pas à faire ici à l'album original, mais à une sorte de version alternative, comprenant neuf de ses titres (sur douze : Neil a exclu ici, logiquement, le live de "Come On Baby Let's Go Downtown", rajouté sur "Tonight's the Night" en tant qu'hommage à Danny, mais aussi plus curieusement "Borrowed Tune" et "Lookout Joe" !), avec trois titres inédits additionnels, tous trois intéressants : la longue intro jazzy de "Speakin' Out" - interrompue juste quand débute ce que l'on connaît de la chanson depuis tout l'époque, une version nerveuse de "Everybody's Alone", et une chanson de - et chantée par - Joni Mitchell, "Raised on Robbery", qui fait un joli effet grâce à la combinaison de la voix sublime dela chanteuse avec la rudesse chaotique du groupe.

Le résultat de tout ça n'est évidemment pas un démarquage indispensable par rapport au chef d'œuvre qu'est "Tonight's the Night", mais représente une proposition tout-à-fait viable, peut-être plus cohérente encore par rapport à l'esprit dans lequel était Neil Young à ce moment-là, et à l'ambiance de l'enregistrement. Et puis, il est difficile de ne pas rire en entendant Neil remarquer qu'il y a de la Tequila dans l'eau qu'on propose pour se désaltérer...

 

 

Posté par Excessif à 07:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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