Le journal de Pok

22 mai 2019

"Avengers : Endgame" des Frères Russo : ... sans compter le sac de M&M's

Avengers_Endgame affiche

Ceci n'est pas une critique. Je ne me sens aucunement le droit de tenter d'écrire quoi que ce soit d'intelligent (ou de stupide, suivant l'opinion du lecteur) sur ce "Endgame" d'une saga dont je n'ai vu qu'une poignée d'épisodes avant de m'en lasser définitivement. J'étais seulement dans une petite salle de province à accompagner ma fille de 8 ans qui voyait là son premier "Marvel", le tout en VF pour rendre le tout encore plus inintéressant. Je m'impose donc un compte rendu objectif :

  • ce que j'ai bien aimé : la longue introduction sur le deuil, qui fait écho d'une manière joliment terre à terre et humaine à la thématique de "The Leftovers" ; la manière dont à peu près tous les acteurs se sont empâtés et ont vieilli, trahissant l'impuissance de la CGI et des budgets colossaux devant le passage - le vrai - du temps ; l'alcoolisme obstiné de Thor qui refuse de manger la salade que lui recommande sa maman.

  • ce que je n'ai pas aimé : la promesse de nous dire la vérité sur les voyages dans le temps et leurs paradoxes, pour finir par un gloubi boulga infâme qui n'a aucun sens ; la malhonnêteté intellectuelle (et morale) de "héros" (ou des scénaristes) qui iront inventer n'importe quoi pour ne pas admettre leur défaite ; la laideur abyssale du grand baston final qui concentre tout ce que je hais chez Disney / Marvel, sans même parler du défilé de personnages (qui me sont à moi) inconnus tous plus ridicules les uns que les autres.

  • ce que ma fille de 8 ans a aimé : le gag du pipi dans la combinaison du voyageur temporel, qui l'a fait hurler de rire au point que c'en était gênant ; l'apparition de Black Panther (qui ?) parce qu'elle avait vu le film en colo ; le raton laveur parce qu'il est mignon ; le fait d'avoir enfin pu voir un "film pour garçons", surtout.

  • ce qu'elle n'a pas aimé : l'idée incompréhensible du sacrifice de soi ; l'irréversibilité de la mort, qu'elle a ressentie très fortement lorsque les méchants sont partis en poussière.

Sinon, trois heures de cinoche pour moins de 15 euros à deux, sans compter le sac de M&M's, c'est un bon rapport qualité prix.

 

 

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21 mai 2019

"La princesse de Clèves" de Catel et Bouilhac : La bête noire de Sarkozy revient en BD !

La Princesse de Clèves

On se souvient encore de la sortie de Sarkozy à propos de l’inclusion de la Princesse de Clèves dans les programmes scolaires, représentant pour lui le summum de la « ringardise »… alors que le livre de Madame de Lafayette est une œuvre-clé dans l’évolution de la littérature française, préfigurant le travail futur de Flaubert ou de Balzac. Adapter en BD ce livre riche et complexe, tant scénaristiquement – intrigues à la cour de Henri II avec une multitude de personnages – que psychologiquement, est un véritable défi, et il faut immédiatement reconnaître la qualité du travail fait par Claire Bouilhac et Catel Muller : tout reste à la fois parfaitement compréhensible, lisible et d’un rythme soutenu, au point que, une fois passée une première partie de présentation qui demande un peu de patience, la Princesse de Clèves tient presque du thriller et se dévore à grande vitesse. C’est également une excellente idée que d’avoir inséré la fiction entre une introduction et une conclusion consacrées à l’autrice (et sa relation avec M. de la Rochefoucauld et Mme de Sevigné), par ailleurs dessinées par Catel, et non par Claire Bouilhac comme le reste du livre.

Reste, au-delà du plaisir indéniable procuré par la lecture de cette version BD du grand classique, la question de savoir si le format apporte quelque chose de plus à l’œuvre de Madame de Lafayette : là, notre enthousiasme est un peu moins franc, car il nous semble que la qualité du graphisme varie sensiblement d’une page à l’autre, et que certains choix effectués sont discutables. D’un côté, on appréciera le dépouillement bien venu de nombreuses scènes de dialogue, qui permet de mettre efficacement l’accent sur des intrigues amoureuses quasi « rohmeriennes ». On aimera moins une attention un peu scolaire aux décors (les célèbres châteaux), et un léger sentiment de rigidité dans de nombreuses scènes. On pourra également regretter des expressions un peu systématiquement affectées à chacun des personnages (il en va ainsi de la Princesse de Clèves elle-même, qui semble éternellement effarouchée, et dont l’innocence ainsi représentée frôle la caricature…).

Mais ce ne sont là néanmoins que de petites réserves vis à vis d’un projet dont l’ambition force le respect. Et d’un livre dont on recommandera la lecture à toutes et tous… n’en déplaise à M. Sarkozy !

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20 mai 2019

"Arrivals & Departures" de The Leisure Society : Atterrissages & Décollages

Arrivals_Departures

Nick Hemming, le leader de The Leisure Society n'a pas encore acquis auprès des amateurs de belle musique sophistiquée la réputation d'un Neil Hannon ou d'un Paddy McAloon, peut-être parce que, s'il a un talent "d'artisan compositeur" presque comparable à ces deux génies, il n'a ni l'humour du premier, ni le sens de la démesure du second. Voilà dix ans déjà que ce groupe (trop) discret sortit le merveilleux "The Sleeper", un album qui dégageait une lumière exceptionnelle, et aurait dû propulser le groupe vers la célébrité. Mauvais timing, ce genre de musique étant bien passé de mode, ou bien difficulté - classique - à donner suite à ce chef d'œuvre initial, toujours est-il que The Leisure Society n'intéresse plus grand monde en 2019, surtout d'ailleurs de notre côté du Channel…

Le sort s'acharnant sur Nick, il a désormais rompu sa relation avec Helen Whitaker, membre du groupe… mais, comme c'est tellement souvent le cas que c'en est devenu un cliché, ce drame intime lui permis de retrouver l'inspiration, la grande, et de nous proposer enfin avec ce "double-album concept" qu'est "Arrival & Departure" le digne successeur de "The Sleeper". Nulle surprise donc si le thème est cette fois - mais n'en a-t-il pas toujours été ainsi ? - le regret du passé quand on affronte la violence d'une telle rupture, et, heureusement, la faible lueur d'espoir qui palpite au bout du tunnel. Avec, et c'est plutôt rassurant au milieu de tant de gentillesse et de douceur, assez d'amertume et de colère (presque) retenue pour épicer le tout. Formellement, pas vraiment de grand départ pour The Leisure Society, on a affaire à des chansons subtiles, délicatement construites, et orchestrées de main de maître, avec suffisamment cette fois de mélodies gracieuses (comme l'irrésistible "A Bird, A Bee, Humanity" que l'on fredonnera dès la première écoute, ou encore le très pop "There are no Rules Round Here") pour animer le parcours d'un auditeur qui serait - on se demande bien pourquoi… - a priori rebuté par tant de mélancolie gracieuse.

Dans ses meilleurs moments, "Arrivals & Departures" évoque même la grandeur d'un XTC ("Overheard" fait écho aux beautés éternelles de "Skylarking"), et arrive à créer des pics d'émotions absents des disques précédents, tel "I'll Pay for It Now", peut-être le plus beau titre de l'album. Il est aussi notable que le second volet de l'album marque un net retour vers l'électricité, vers le rythme et vers une plus grande immédiateté de la musique ("Beat of A Drum"), ce que l'on a envie de prendre comme un signal que Nick Hemming envoie au monde, qui devra peut-être à nouveau compter sur lui.

C'est tout le malheur que nous lui souhaitons !

 

 

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19 mai 2019

"El Chipo" de Witko : Der Knacki !

El Chipo

Alors, on est bien d'accord que cette BD devrait s'appeler "Der Knacki", et qu'il n'est pas possible de la critiquer sans rectifier cette hérésie que l'auteur lui-même regrette, très clairement. Bon, ceci posé, avant d'ouvrir "El Chipo", sur la foi de son argument "le destin singulier de l'homme saucisse caméléon", on pouvait s'attendre à un doux délire maniaque dans la belle tradition établie par l'ami Pierre la Police, mais on se retrouve plus ou moins devant une version actualisée - et plus satirique - de "Zelig", le film visionnaire de Woody Allen . On ne perd pas au change, car si l'on rit peut être moins - et encore, ça reste à voir, car on se claque bien les cuisses quand même - la fascination joue à plein régime : d'ailleurs Nikola Witko se fait plaisir - et nous fait encore plus plaisir - en reproduisant maintes affiches de films classiques (et quelques pochettes de grands albums de rock non moins classiques, sans même parler de quelques publicités iconiques !) et en remplaçant les stars par une saucisse (pardon une chipo,... pardon un knacki !), sans que cela change le moins du monde la beauté ni l'impact graphique. Bref, David Bowie ou une saucisse, Jack Nicholson ou une chipolata, on n'y voit que du feu : la preuve est faite, et brillamment, que le sujet est définitivement effacé derrière l'image dans le monde merveilleux de la consommation et de son iconographie !

Après un délicieux passage à Hollywood, où notre héros sans visage sera victime de l'ego surdimensionné d'un metteur en scène pédophile, El Chipo - alias Mr. Konhglomerat - passera par la Maison Blanche où il pourra être la doublure de Trump, avant de finir comme c'est notre destin à tous, en SDF mort de froid dans la rue. En plus, Witko a l'élégance assez perverse de nous offrir un flashback magnifiquement clicheteux sur l'origine de notre sombre héros anonyme, histoire de conférer à cette fable puissante une belle aura de réalisme… avant de retourner son histoire comme un gant dans un joli twist final qui réjouira les drogués de "twists finaux" que nous sommes tous devenus.

Bref, Witko nous gâte particulièrement : on rit, on pleure, on réfléchit (plus que prévu), et on se dit que voilà une bien belle BD qui nous rappelle deux ou trois choses essentielles sur la célébrité, l'image et l'anonymat, sur (attention, ça devient un peu trop intelligent…!) l'invisibilité comme une autre face de l'omniprésence... Oui, "El Chipo" est un grand petit livre aussi ridicule qu'indispensable, qui nous parle de nous et notre avenir de saucisse, quand s'allumera le feu sous le grand barbecue final.

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18 mai 2019

Séance (tardive) de rattrapage : "Secuestro" de Mar Targarona

Secuestro afficheEn poursuivant l'exploration de la carrière de scénariste d'Oriol Paulo, on peut tomber sur ce "Secuestro" et juger qu'il s'agit là de l'une de ses oeuvres les plus originales, et partant de là, les plus réussies. Car voici un scénario qui commence là où se termine en général les histoires d'enlèvement d'enfants, et n'aura de cesse de nous emmener dans des directions inattendues, jusqu'à un final moralement ambigu qu'on n'aura pas vu venir... Le tout dans tomber sans la surchauffe en termes de coups de théâtre et de retournements de situation qui détruit souvent la crédibilité des belles histoires de l'oncle Paulo...

Il est donc dommage que ce soit cette fois la réalisation de Mar Targarona qui desserve autant le film, et le rende régulièrement aussi fastidieux. Sans possibilité de nous identifier au parcours de cette mère pour le moins ambiguë prenant les mauvaises décisions dans ce qu'elle pense être l'intérêt de son fils, nous restons les spectateurs indifférents du déroulement souvent poussif de péripéties certes surprenantes, mais qui ne nous concernent jamais. Globalement mal interprété par des acteurs visiblement mal dirigés, qui n'incarnent pas suffisamment des personnages avant tout fonctionnels, "Secuestro" se révèle malheureusement un échec de plus pour Oriol Paulo.

 

 

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17 mai 2019

"Fishing for Fishies" de King Gizzard & The Lizard Wizard : On the Road Again. And Again. And Again.

Fishing_for_FishiesQue faire quand on a déjà tout fait ? Quand on a battu - a priori - tous les records en publiant 5 excellents albums, dont un double, en 2017 ? Quand on a exploré à peu près toutes les manières de jouer du rock psyché, en le mélangeant avec une dose improbable de prog rock, de musique microtonale ou de jazz ? Baisser le rideau de la petite boutique King Gizzard & The Lizard Wizard et aller élever des kangourous loin de toute cette déraison, de ses concerts survoltés à travers toute la planète ? Gageons que l'idée a dû traverser un bref instant la tête de Stu Mackenzie, un matin ou un soir d'épuisement...

Que tous ceux qui ont un jour croisé la route de ce groupe hors du commun et en sont tombés amoureux se rassurent, les allumés de King Gizzard ont décidé de juste continuer. En essayant de ne pas faire la même chose non plus, il ne faut pas plaisanter avec l'éthique du groupe ! "Fishing for Fishies" se détache donc un peu des racines garage psyché du groupe pour faire le pari de la légèreté : puisque la musique du groupe a toujours eu un côté virevoltant dans sa recherche d'une répétitivité un peu virtuose, voici, un cran plus loin, un album sautillant, et... léger... Des tonalités folk (l'intro "Fishing for Fishies"), jazzy ("The Bird Song"), voire soul-pop ("Plastic Boogie", irrésistible), qui confèrent à l'album une allégresse communicative, et marquent une évolution sensible de la musique de King Gizzard loin du krautrock enragé qui avait fait son succès à l'époque de "Nonagon Infinity", une évolution il est vrai déjà perceptible sur "Sketches of Brunswick East" et "Gumboot Soup".

Mais comme il est illusoire d'imaginer que l'on peut se réinventer totalement, on devine qu'il y a un concept derrière tout ça, et c'est la déclinaison à travers de nombreux genres musicaux du... boogie (!), façon "On the Road Again" de Canned Heat (avec son harmonica omniprésent), qui constitue l'ossature principale de l'album, son fil conducteur. Et ce jusqu'à ce final électronique assez dantesque que constitue "Cyboogie", fracassant les rythmiques bondissantes du boogie contre les cauchemars cybernétiques d'un futurisme vaguement rétro.

On pourra trouver l'exercice de style un tantinet répétitif, mais on ne pourra nier l'entrain rythmique et mélodique inchangé du groupe, et sa capacité à monter en intensité chaque fois que necessaire. Bref, même sur un album qui n'est sans doute pas le meilleur de leurs 14 (!) créations à date, King Gizzard & The Lizard Wizard reste un groupe unique. Original. Et profondément réjouissant.

 

 

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16 mai 2019

The Legendary Tigerman à la Sala El Sol (Madrid) le mardi 14 mai

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol (5)22h40 : La petite Sala El Sol n’est même pas complètement remplie, ce qui prouve soit que les Espagnols ont peu d’intérêt pour la musique de leurs voisins d’à côté, soit que la population de Paris compte bien plus de Portugais que celle de Madrid. La vérité tient sans doute à un mélange des deux. Ce qui est amusant, par contre, c’est que le public, comme intimidé devant cette scène basse qui promet une intimité accrue avec les artistes, se tient – sauf moi, vous me connaissez ! – un pas en arrière... Bon, The Legendary Tigerman, c’est toujours un quatuor avec un saxophone en plus de la section rythmique. Paulo est vêtu de blanc comme l’année dernière, et on a toujours au fond de la scène cet écran sur lequel des vidéos accompagnent les chansons. Par contre, point de détail sans doute, mais qui fait une belle différence quand même : Paulo a rasé cette moustache qui le vieillissait et le ringardisait ! Bien joué, Paulo !

Le set commence de manière magnifique, avec une version hantée, profonde, de Red Sun, premier extrait purement bluesy de "Misfit", le dernier album en date. Avec le son parfait de la Sala El Sol, les lumières efficaces – même si comme toujours un peu trop dans les roses / violets – et la proximité totale entre spectateurs et artistes qu’offre la scène, c’est tout simplement parfait. The Saddest Girl on Earth fait le taff, mais c’est surtout la version détonnante de son classique Naked Blues – avec vidéo sexy et non politiquement correcte à l’appui – qui me prouve d’ores et déjà que ce soir, on va bien au delà de la prestation un peu mécanique, sans grande âme, à laquelle nous avions eu droit à Paris. Bien sûr, comme on est à Madrid, c’est un peu pénible d’avoir à se farcir le volume sonore élevé des conversations dans la salle, mais heureusement, la guitare et le saxo cachent la plupart du temps cette misère. Paulo demande alors qu’on baisse les lumières : tant pis pour les photos, on n’est pas là pour ça, de toute manière...

2019 05 14 The Legendary Tigerman Sala El Sol (31)& Then Came The Pain ne souffre pas du tout de l’absence de Phoebe Killdeer – comme quoi ! –, tandis que pour The Saddest Thing to Say, Lisa Kekaula est bien là pour assurer les vocaux, puisque enregistrée en vidéo : je me dis que c’est d’ailleurs ironique, puisque la dernière fois que j’étais dans cette salle, c’était justement pour assister au concert des Bellrays. Il n’y a pas de hasard dans le monde du Rock’n’Roll, juste une imparable logique cachée… Avant ça, Motorcycle Boy a confirmé sa stature de grand morceau mythique (enfin, mythique dans un monde parallèle où le Rock ne serait pas marginalisé…), déclinant impeccablement les clichés du rock garage US pour notre plus grande joie. Gone et Fix of Rock’n’Roll marquent l’arrivée des grands moments de délire entre la guitare de Paulo et le saxophone, mais ça passe comme une lettre à la poste ce soir, ce que j’attribue justement à la fameuse magie du lieu : bien que le public soit plus calme, moins fan de la musique de The Legendary Tigerman qu’à Paris, il règne l’ambiance parfaite pour que s’accomplisse la miraculeuse communion sur les riffs distordus et le saxophone en fusion. Superbe, c’est tout ce qui me vient à l’esprit…

Pour chanter avec lui sur la reprise de These Boots…, Paulo a invité une superbe jeune femme tatouée, dont je ne saisirai pas le nom, et qui, même si elle ne connaît pas les paroles de cette chanson légendaire (justement) et doit s’aider d’antisèches judicieusement disposées sur la scène, va conférer ce bon esprit fier et agressif qui avait tant manqué au Café de la Danse avec Maria de Medeiros. Bravo !

Le meilleur de la soirée sera toutefois sa très longue et très généreuse conclusion en rappel, où Paulo s’amuse à extraire à la main de l’intérieur du saxophone des pincées de rock’n’roll, qu’il distribue méticuleusement à chacun d’entre nous au premier rang, nous encourageant à serrer le poing pour que la poudre magique ne s’échappe pas : c’est tout simple et c’est très touchant, très drôle et très beau. Final hystérique à célébrer tous ensemble cet American God ultime qu’est le Rock’n’Roll, et on se quitte après quatre-vingt minutes certes peu originales, mais finalement parfaites.

 

 

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15 mai 2019

"Derek - Saison 2" de Rocky Gervais : la force irrésistible de la gentillesse

Derek S2 poster

"Je peux me défendre contre la méchanceté ; je ne peux pas me défendre contre la gentillesse." aurait dit le grand Francis Blanche. D'un humoriste à l'autre, une très belle idée, qui est au cœur de l'imparable fable créée par le génial Ricky Gervais.

Contre toute attente, voilà une saison 2 nettement supérieure à la première, à mon humble avis. Alors qu'on pouvait craindre une redite du fait de l'absence de scénario / fil conducteur, Ricky Gervais a l'intelligence (...car il n'en manque certainement pas, le bougre !) de pousser encore un peu plus loin la même démarche. En accentuant les scènes de gêne, voire de malaise - soit quand même depuis "The Office" la marque déposée de la maison - principalement autour de la sexualité de l'ignoble Kev (qui gagne quand même ici une certaine "noblesse" rédemptrice sur la fin de la saison…), Derek nous offre quelques grands moments à la limite de l'insoutenable, en particulier autour de la sexualité des personnes du quatrième âge. Le remplacement du sympathique Dougie, qui était en effet un peut redondant par rapport aux personnages de Derek et de Kev, par une superbe caricature du crétin contemporain (bête et méchant, débitant au kilomètre des âneries collectées sur les réseaux sociaux) est un coup de génie, car il introduit du conflit là où l'on pouvait estimer que la gentillesse consensuelle régnait un peu trop. Enfin, le personnage de Derek lui-même semble mûrir et acquérir plus de complexité, tout en restant ce symbole bouleversant d'une gentillesse qui contamine merveilleusement tout autour de lui, personnages de fiction comme téléspectateurs.

Alors qu'on aura encore une fois versé des torrents de larmes à chaque épisode, mais de ces larmes de bonheur qu'on ne regrette surtout pas de pas pouvoir retenir, "Derek" se referme sur une dernier épisode de pure magie (avec une hilarante caricature des restaurants français à Londres)… et nous laisse désemparés. Orphelins. Comment allons-nous pouvoir vivre sans Derek ? P... de vie !

PS : Heureusement qu'il reste encore l'épisode spécial de Noël. Une poire pour notre soif...

 

 

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14 mai 2019

"Paris est à Nous" de Elisabeth Vogler : le fantôme de la liberté

Paris_est_a_nous affiche

Alors d'abord, il y a forcément pour nous, cinéphiles d'un certain âge, la référence au merveilleux film de Jacques Rivette, "Paris nous appartient", qui laisse entendre (espérer…) que le collectif Elisabeth Vogler veut retrouver la beauté du geste joueur de la Nouvelle Vague, et nous donner des nouvelles de la génération des années '10, celle qui vit dans la Ville, et y puise son inspiration et son énergie. Formellement, bien entendu, nous nous doutions bien que la forme du cinéma actuel serait plus nourrie d'Instagram - pour le pire - et de Malick et Lynch - pour le meilleur -, que par la liberté de ton d'une Nouvelle Vague que la jeunesse actuelle ne comprend plus. Par contre, nous nous sommes vite rendu compte que le sujet de "Paris est à Nous" n'était pas Paris, mais bien le mal-être profond de cette jeunesse, dont l'invasion de Paris par les manifestations et par l'arsenal de répression policière était avant tout la représentation symbolique, voire le symptôme. Pourquoi pas ? C'est un beau et fort sujet, mais du coup, on peut préférer le titre "américain", "Paris Is Us", qui traduit bien mieux la manière dont scénaristes et cinéastes ont représenté la Capitale comme un espace mental virtuel, intérieur (d'où la parfaite logique de la référence assez pesante au Lynch de "Mulholland Drive"), et non comme un espace ouvert au jeu et à l'imagination.

Il faut maintenant noter combien "Paris est à Nous" a été mal reçu, au-delà même de l'habituel discours de "Netflix-bashing" qui accueille, parfois très injustement, toute publication d'un film par l'opérateur US : ce rejet massif est généralement centré sur l'argument "imparable" que "le film ne raconte rien", alors que l'on pourrait tout autant affirmer que le film a, au contraire, TROP de choses à dire, à raconter… Sa grande limitation nous paraît être sa difficulté à structurer tout cela, qui se traduit en particulier par une dernière vingtaine de minutes en roue libre, ressassant inutilement des images déjà vues, et ne parvenant pas à une conclusion, même suspendue, qui puisse pleinement justifier l'impressionnant travail de collecte et de création d'images à l'origine du projet.

Entre le thème "fantastique" de l'éternel retour d'un fantôme, errant au milieu de la foule sans pouvoir établir la moindre relation avec elle (car il nous semble que, contrairement à ce que le résumé rationnel du film raconte, il est clair que la jeune femme était bien à bord du vol qui s'est écrasé…), et les tourments - certes classiques, mais toujours valides - d'un jeune couple déchiré entre les aspirations matérialistes de l'un et les rêveries de l'autre, entre la perte de l'Amour et de l'Innocence figurée par Paris souillée et par les terroristes et par les "forces de l'ordre", et la sublime vigueur d'une Ville qui se relève toujours, il y a beaucoup de très belles choses, très stimulantes sur l'écran. Il y a aussi des stéréotypes, mais si significatifs de notre époque qu'ils ont valeur de symboles. Il y a aussi des fulgurances, quelques instants ça et là où du VRAI Cinéma advient, grâce à la foi des créateurs en leur média et en leur démarche. Il y a pas mal de choses redondantes, de passages ennuyeux, il y a beaucoup de maladresse, surtout dans le filmage des rapports dans le couple - prouvant par l'absurde combien les intuitions de la Nouvelle Vague sont toujours pertinentes, et que les rejeter pour adopter les tics du cinéma d'auteur anglo-saxon n'est pas la meilleure solution...

Mais en dépit de tout cela, ou peut-être bien à cause de tout cela, "Paris est à Nous" est une œuvre passionnante, stimulante, féconde même. Qui nous redonne foi en la capacité du Cinéma à se renouveler dans de nouveaux espaces physiques et mentaux, et à exister grâce à de nouveaux mécanismes économiques.

Pour cela, remercions le collectif Elizabeth Vogler et tous ceux qui ont financé leur travail, et remercions Netflix pour permettre que ce film soit vu.

 

 

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13 mai 2019

The Psychotic Monks à l'EMB (Sannois) le vendredi 10 mai

2019 0 10 The Psychotic Monks EMB Sannois (1)22h30 : l’obscurité s’est faite, un drone annonce la venue sur scène de The Psychotic Monks, clairement l’un des groupes les plus intenses – sinon le plus intense – en live de la planète ! Le quatuor s’affaire à triturer ses instruments, petit à petit le son se structure (un peu comme chez God Speed ! You Black Emperor, si l’on veut…), de minces faisceaux de lumière blanche percent occasionnellement l’obscurité : je réalise que j’ai eu de la chance, pour les photographies, à l’Astrolabe qui avait laissé quelques lumières, le groupe joue normalement dans l’obscurité quasi complète. Des explosions occasionnelles commencent à déchirer l’atmosphère, et on sent que se construit la tension, chez les musiciens qui se concentrent, comme pour entrer en transe, comme au sein du public (… en tous cas, la partie du public qui veut bien jouer le jeu, je remarque qu’il y a clairement des spectateurs qui s’excluent très vite du set…).

Quand la batterie se déchaîne, quand des éclats incendiaires de guitare désintègrent littéralement nos sens, quand les corps sur scène se tordent, dans des danses convulsives insensées, le choix est clair et net : il faut décider si l’on veut se laisser emporter par le courant de cette musique torturée mais extatique, et trouver de la jouissance dans cet abandon, ou bien… quitter la salle. Isolation est un exemple type de la musique actuelle de The Psychotic Monks, qui s’est éloignée des courants psyché qui l’abreuvaient encore un peu au départ : un morceau à la fois exigeant de par son absence de construction classique, mais encore “listerner-friendly” grâce à ses passages vocaux où subsiste une mélodie décharnée, à sa base rythmique qui peut évoquer un post punk poussé à bout. Isolation se termine bien entendu en chaos émotionnel, et lance la partie la plus jouissive du set, celle qui voit des rythmiques infernales nous ramener aux plaisirs simples du punk hardcore ou du metal le plus extrême : dans la salle, c’est évidemment la folie furieuse, il y a – même si le public est resté malheureusement clairsemé – un beau mosh pit en fusion. A ma gauche, une fille pète les plombs, alors que son compagnon tente de la calmer : mais peut-on réellement se calmer lorsqu’on a lâché prise et que l’on dérive corps et âme dans cet univers fracassé et infiniment douloureux qu’est la musique de The Psychotic Monks ? Les musiciens viennent chacun à leur tour au contact du public, dans une confrontation qui peut même sembler menaçante, ou bien, comme l’organiste / bassiste, pour venir jouer au milieu du mosh pit. Dans ces moments de frénésie où ne sort plus de notre gorge qu’un long hurlement muet, où la transe est devenue une délicieuse souffrance, on est prêt à juger que The Psychotic Monks ont atteint les sommets.

2019 0 10 The Psychotic Monks EMB Sannois (3)On entre alors dans la seconde partie du set, la plus exigeante peut-être, celle qui désoriente sans doute le public (…qui s’enfuit d’ailleurs peu à peu…) : la violence qui a précédé s’est tue, et les musiciens construisent lentement une architecture sonore qui évoque bien entendu les chantiers du post punk, même si l’on peut aussi identifier des traces d’un rock progressif à la Pink Floyd. Et, dans le noir omniprésent, s’élève un chant désolé, qui va monter lentement en intensité, jusqu’à la folie, jusqu’à l’épuisement : « There is something shining in my head / And I don’t know what it is ! ». Là, on en est tous à hurler de douleur, d’égarement aussi. La musique est redevenue un chaos intégral, un abîme de douleur, de déraison et de perte. Et tout s’arrête.

1 heure, et c’est tout. Une heure d’un labyrinthe musical hérissé de tessons de bouteille sur lesquels se sont tranchés nos poignets. Une heure libératrice aussi, qui nous a permis d’affronter nos hantises, nos frustrations, nos fantômes. La musique peut-elle être une psychanalyse sauvage ? Une question inhabituelle dans le Rock, mais une question que The Psychotic Monkeys, un groupe exceptionnel qui conjugue radicalité artistique et honnêteté émotionnelle, nous pose. Et répond, du même coup.

Nous sommes quelques dizaines seulement à leur demander de revenir. Les lumières rallumées, deux des musiciens reviennent nous dire que, non, c’est fini, mais qu’ils discuteront avec plaisir avec nous, après (… sous-entendu après avoir rangé le matériel…). Mais finalement, à part leur dire mon admiration éperdue, de quoi parlerions nous ? La musique a déjà tout dit.

 

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