Le journal de Pok

30 mars 2015

"Nymphomaniac - Director's Cut" de Lars Von Trier : Monstrueux, et "awesome" !

Nymphomaniac AfficheIl n'était pas question pour moi de voir les versions "censurées" (car c'est bien de ça qu'il s'agissait, une censure pour ne pas désespérer nos amis de Kaboul et de Salt Lake City, comme le dit Stellan Skarsgaard dans son interview) de "Nymphomaniac", œuvre-somme d'un Von Trier à la fois au sommet de son Art et jouant la provoc à plein régime. Cette version "Director's Cut", conforme au projet initial du Danois fou, s'avère, plus ou moins comme espéré, un monument d'ambition cinématographique - heureusement toujours relativisé par un humour presque enfantin - et une sorte de testament (au cas où) intellectuel de l'homme que tous les critiques aiment tant haïr. Passons rapidement sur les scènes hard, remarquablement faites si l'on songe qu'il s'agit d'effets spéciaux, et ne servant qu'à illustrer de manière factuelle la "maladie" de l'héroïne (et pas du tout à exciter le chaland, comme il semble que beaucoup le regrettent !). Intéressons-nous plutôt à ce que Von Trier nous montre, avec le brio formel qui lui est coutumier : une vision "psychologiquement" imparable et horriblement pessimiste (le final cruel donnant un ultime tour d'écrou, alors que le spectateur pouvait espérer voir la lumière au bout du tunnel) de l'humanité, opprimant la Femme et sa sexualité de toutes les manières possibles, vision tempérée par une célébration émouvante (incombant à un Skarsgaard régulièrement bouleversant) de l'intelligence et de l'Art. Récit très littéraire de par la manière dont les mots précèdent, relativisent et suivent les images, "Nymphomaniac" nous parle donc aussi de la pêche à la mouche, des frênes, de la Suite de Fibonacci, de Bach et d'Edgar Poe... et d'une dizaine de sujets qui s'avèrent d'autant plus passionnants qu'ils ne sont que des leurres balancés par Von Trier pour voiler un temps notre épouvante face à ce que Joe nous narre. Si l'on ajoute que Von Trier, plus que jamais, et Houellebecquien en diable, chatouille notre bonne conscience en ayant un mot gentil pour les pédophiles, en expliquant qu'il faut bien appeler "nègres" les noirs, ou en réitérant ses affirmations sur le fait qu'il comprend Hitler, on peut comprendre que ce magnifique foutoir qu'est "Nymphomaniac" en ait effarouché plus d'un. Il s'agit pourtant, à condition de laisser tous ses préjugés sur la rive avant de se laisser emporter par le flot furieux et magnifiques des images bâtardes qu'il propose, d'une nouvelle réussite complète (oui, malgré et avec tous ses défauts trop faciles à épingler) d'un Lars Von Trier désormais en pleine possession de ses moyens. Un film réellement monstrueux, "Awesome" comme disent les Anglais !

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29 mars 2015

"Love I Obey" par Rosemary Standley & Helstroffer’s Band : les sources de notre musique

Love_I_ObeyNotre musique, elle vient de là, elle vient du b... non, plutôt du folklore populaire anglais, puis américain. Rosemary Standley, assistée de sa brochette d'amis-experts, a donc décidé de retourner à cette source, et de la faire couler à nouveau, en respectant autant que possible la véracité des sons, l'originalité des émotions, la couleur des sentiments originaux. Ou tout au moins telles qu'on se les imagine. "Love I Obey" est donc un album d'ethnologues, de musicologues, mais aussi de passionnés. Et, du coup, en a les défauts et les qualités. On s'enthousiasme immédiatement sur la beauté inédite de ce chant et de ses sonorités que l'on n'entend pas si fréquemment... avant de se lasser, voire de s'irriter devant l'uniformité des ambiances, la répétitivité des mélodies, la (relative) banalité des histoires qui nous sont comptées - surtout amoureuses, les histoires, la musique servant avant tout à ça, à nous faire pleurer sur le destin des amours impossibles. Les réfractaires au chant geignard jetteront directement "Love I Obey" à la poubelle, et il faut bien reconnaître que Rosemary teste nos nerfs et notre indulgence à différentes occasions, lorsqu'elle monte sans vergogne dans les aigus. Comme beaucoup d'albums actuels, "Love I Obey" est définitivement trop long, et laisse son impact initial se diluer au fil de morceaux irréguliers. On admire le projet, on est plus circonspect sur le résultat.

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28 mars 2015

DePalma mon beau souci : "Passion" (2013)

Passion AfficheCe qui est fantastique avec Brian De Palma, c'est que même aujourd'hui, il déchaine les passions (justement), ou tout au moins provoque le débat. Et ce d'autant plus que "Passion" fait clairement partie des grands films malades de son auteur, dans la ligne de "l'Esprit de Caïn" ou, plus récemment, de "Femme Fatale" - un film que j'aime particulièrement, avouons-le. C'est à dire un film revenant aux origines, un thriller post-hitchcockien travaillant sur les codes du genre, abusant d'auto-références sciemment dirigées vers les aficionados - qui s'amuseront comme des petits fous à trouver les liens avec les autres films de De Palma -, et mis en scène avec l'habituel mélange de brio époustouflant et de je-m’en-foutisme ricanant devenu la signature du "maître". De quoi faire grincer les dents aux amoureux du cinéma "bien fait", car "Passion" est tout sauf bien fait, avec ses scènes ridicules alternant avec ses coups de force culottés, avec ses ruptures esthétiques quasi inexplicables, voire manipulatrices (au plein milieu du film, on passe de l'image clinquante la plus plate, caricaturant le monde de la publicité où se déroule l'intrigue, à un expressionnisme distordu sensé traduire l'état mental de "l'héroîne"... sauf que non, c'est un leurre, bien sûr !), et avec son final en forme de démonstration de virtuosité aberrante, qui réclamera d'être revu plusieurs fois pour nous livrer tous ses secrets ! De quoi par contre ravir les passionnés, qui vont inévitablement se réjouir de ces singularités qui montrent que, exclu des circuits "officiels" du cinéma hollywoodien, De Palma reste un indécrottable trublion, un chercheur de formes, un vrai... auteur.

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27 mars 2015

"Boardwalk Empire - Saison 5" : un joli tour de force pour conclure...

boardwalk-empire 5 jaquetteLa prohibition touche à sa fin. Al Capone tombe pour évasion fiscale, Lucky Luciano devient "le parrain", donnant naissance à la mafia telle qu'on la connaîtra par la suite. Joe Kennedy grenouille autour de Bacardi et de Cuba... Voilà le contexte historique de cette ultime saison de "Boardwalk Empire", située en 1931... mais aussi bien des années avant, puisqu'en parallèle avec la fin de l'empire de Nucky Thompson à Atlantic City, on nous révèle enfin l'enfance et les débuts professionnels de Nucky, mais aussi les origines de l'histoire du Commodore et de Gillian Darmody, les deux temporalités s'avérant brillamment entrelacées, sans parler de l'excellente caractérisation qui est faite des personnages dans leur jeune âge. En 8 épisodes percutants, avec moins de longueurs que de coutume dans les saisons précédentes, Terence Winter et ses scénaristes soldent tous les comptes et nous proposent une conclusion à peu près satisfaisante à chaque arc narratif de la série, ce qui est finalement assez exceptionnel... Sauf malheureusement en ce qui concerne Nucky, les dernières minutes de la série bouclant d'une manière trop "scénarisée" son destin, en insistant grossièrement sur la punition "morale" d'un "crime" commis "à l'origine" dont il faudrait un jour payer le prix : c'est facile, et indigne de la complexité qui a toujours été de mise dans la série. On préférera donc plutôt se remémorer l'élégance et la finesse avec laquelle cette ultime saison a recréé la jeunesse de son héros, et a du coup réussi à mettre en perspective - et à ajouter de la profondeur à - nombre de situations vues précédemment. Un joli tour de force pour une série particulièrement bien écrite, interprétée et réalisée, que l'on abandonne finalement avec regrets.

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26 mars 2015

Séance de rattrapage : "Boyhood" de Richard Linklater

Boyhood Affiche"Boyhood" est une expérience conceptuelle audacieuse, risquée même, qui a fonctionné au delà de toute attente : filmer la vie d'un enfant - puis d'un adolescent - (et, en passant, d'une troupe d'acteurs entourant son personnage) pendant 12 ans, et en faire un film de fiction. Le sentiment, non, la sensation du temps qui passe est là, sur l'écran, et c'est une vraie réussite, surtout quand Linklater accompagne ses images de quelques réflexions - certes pas transcendantes, on est ici dans le ciné US indie, c'est-à-dire dans une sorte de version bas de gamme du cinéma d'auteur - sur la vie et comment la vivre : entre la réussite sociale de la mère qui se retrouve seule au départ de ses enfants et se demande s'il n'y avait pas autre chose qu'elle aurait loupé, et la conclusion avec les considérations embrumées des ados sur les instants qui te possèdent plus que tu ne les possèdes, toi... Ras la moquette, mais pas si mal non plus... Pour le reste, on a droit à un scénario a minima, qui tente d'énumérer les vicissitudes d'une vie ordinaire, et à un portrait sans recul aucun de la classe moyenne blanche américaine, ce qu'on trouvera selon son humeur touchant ou irritant. "Boyhood" n'est donc pas un grand film, tout juste un bon film.

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25 mars 2015

"Ibeyi" par Ibeyi : promenade paresseuse

ibeyiLes deux sœurs de "Ibeyi" sont jumelles, et ça ne se voit pas vraiment. Elles sont aussi cubaines, et ça ne s'entend guère sur ce premier album, en forme de promenade paresseuse à travers de nombreux genres musicaux, dream pop, trip hop, world (même si cette étiquette, comme la plupart des étiquettes, est détestable...), etc. le tout baignant dans une atmosphère terriblement uniforme, à la fois minimaliste, primitive même (ce qui est bien !), et sophistiquée (ce qui est souvent bien moins pertinent, ici). On aimera les sonorités africaines quand elles percent la brume qui s'enroule autour des chansons, souvent - et curieusement - sur la fin de celles-ci. On aimera les voix, dont on sent qu'elles pourraient élever "Ibeyi" vers un ailleurs plus impressionnant. On aimera deux ou trois morceaux aux mélodies un peu plus affirmées ("Stranger / Lover" peut devenir une belle bande-son pour nos dérives nocturnes au volant d'une voiture sous la pluie)... Mais, pour finir, on devra admettre que tout cela n'est guère intéressant. Et manque singulièrement d'âme, pour ne même pas parler de flamme. Ce qui, on l'admettra, pour des cubaines...

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24 mars 2015

"Pandora Hearts Tome 2" de Jun Mochizuki : la suite, ce sera sans moi !

Pandora Hearts 2S'il y a un léger mieux dans ce second tome de "Pandora Hearts"par rapport au premier - ce qui n'est pas difficile, il faut bien l'admettre - c'est qu'on a le sentiment que l'intrigue prend un peu de hauteur, avec ce qui semble prendre le chemin d'une poursuite des "contractants illégaux" par l'organisation secrète appelée Pandora (de nouveau, si j'ai bien compris quelque chose au bout de quand même 400 pages !). C'est aussi qu'on a droit à un premier "coup de théâtre" (il paraît en effet que ces retournements de situation, ces "twists" comme on dit désormais, sont les "plus" de "Pandora Hearts") plutôt bien amené. Malheureusement, le plaisir reste portion congrue, du fait du talent certain qu'a Jun Mochizuki pour rendre quasi incompréhensible chaque scène, chaque échange entre les personnages, d'ailleurs tous plus ou moins dessinés de la même manière, ce qui les rend difficilement distinguables les uns des autres. Trop de labeur, pas assez de bonheur à la lecture de "Pandora Hearts", je n'irai pas au delà de ce second tome.

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23 mars 2015

"The Walking Dead - Saison 4" : Jusqu'à la nausée...

TWD4 jaquetteAprès la tonitruante troisième saison de "Walking Dead", comment avoir anticipé une quatrième livraison aussi ennuyeuse ? Mais si ! Voici une nouvelle livraison désastreuse d'une série dont on peine désormais à comprendre l'énorme popularité globale : pour une paire d'épisodes intéressants - qui soldent l'histoire du Governor, mais d'une manière bien moins radicale que dans la BD -, on a droit à une bonne dizaine d'autres, interminables tant ils ressassent sans imagination les mêmes scènes dans les mêmes décors... jusqu'à la nausée. Oui, les zombies sont de nouveau dangereux dans cette 4 ème saison, mais on est désormais plus que blasés sur le sujet, non ? Mais, et c'est la règle du genre, la dernière demi-heure du dernier épisode, l'arrivée au "Terminus", saisit à  nouveau notre imagination, et on en ressent presque de la frustration : on a envie de voir la suite, du coup, malgré le calvaire qu'a été cette saison.

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22 mars 2015

"Shadows in the Night" de Bob Dylan : seulement à dose homéopathique !

shadows in the nightDylan a été grand, incontournable sans doute, voici... glups, 50 ans ! Depuis, sa discographie est honorable, avec quelques très bons disques et pas mal de choses moyennes, mais jamais honteuses. "Shadows in the Night", promenade autour de la chanson américaine "classique", avec Sinatra comme prétexte et fil rouge, faisait forcément envie, puisqu'on pouvait y voir la recherche de racines un peu différentes des inévitables blues - folk. Et de fait, le retour en voix du Zimmerman - qui semble se fatiguer ici, pour respecter les "standards" qu'il reprend - est indiscutable, tandis que l'incongruité indéniable d'entendre le barde grincheux chanter "les Feuilles Mortes" est une source de joie et d'étonnement. Le problème est que, rapidement et irrésistiblement, on s'ennuie à l'écoute de cet album d'une uniformité radicale, engourdissant au delà de trois titres écoutés à la suite. Aucune rupture de ton, aucune idée non plus dans l'orchestration mièvre à coups de steel guitar pleurnicharde, et, admettons-le, réfractaire que nous sommes à ce "classicisme-là", sans doute, guère de mélodies pour activer nos neurones. Un album honorable, donc, encore un, mais à écouter à dose homéopathique !

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21 mars 2015

"Pandora Hearts Tome 1" de Jun Mochizuki : illisible (pour peu qu'on ait plus de 15 ans ?)

Pandora Hearts 1Il doit y avoir quand même - et ça me coûte de l'admettre, je vous le jure - une limite d'âge pour la lecture de shônens comme ce "Pandora Hearts", qui m'avait été pourtant chaudement recommandé par un libraire de confiance : même si l'on peut passer sur le graphisme typique du genre, à la fois niais - dans sa représentation d'un XIXème siècle européen "gothiquissime" et ultra-froufrouteux - et finalement peu lisible dès que ça s'agite un peu... sur la banalité passe-partout de la transcription des angoisses existentielles des tourments de l'adolescence (avec un peu d'efforts, on se souviendra que, oui, c'est vrai, on a eu ce genre de trucs compliqués dans la tête à 15 ans)... Non, ce qui rend la lecture de ce premier tome de "Pandora Hearts" terriblement pénible, c'est la confusion permanente de la narration, qui transforme ce qui pourrait être une idée intéressante - en particulier ce personnage d'Alice (au Pays des Merveilles) / lapin possédant le corps du héros pour partir à la recherche de ses souvenirs (... enfin, si j'ai bien compris, ce qui est loin d'être sûr !) - en véritable calvaire pour le pauvre lecteur.

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