Le journal de Pok

04 décembre 2022

“Le Patient” de Christophe Charrier : ce patient est bien malade…

Le Patient affiche

En quelques années, Timothé Le Boucher est devenu l’un des jeunes auteurs de BD francophone le plus remarqué, et même célébré, grâce à la conjugaison de son élégante – et très neutre - esthétique « ligne claire » et de récits enrichissant des drames psychologiques intenses d’un fantastique conceptuel bien de notre époque. Il fallait évidemment s’attendre très rapidement à une adaptation en film ou en série de son travail, et Arte a donc été la première à bouger, appuyée par Netflix, en produisant ce Patient… qui n’est pas loin d’avoir tout faux, mais absolument TOUT faux !

L’histoire du Patient, c’est celle d’un adolescent émergeant, amnésique, d’un coma de plusieurs années, après avoir été retrouvé vivant, poignardé, au milieu de sa famille entièrement abattue au pistolet dans le pavillon familial. En parallèle à sa rééducation physique, une psychologue s’attache alors à l’aider à retrouver la mémoire. Ce qui révèlera, on s’en doute, une vérité bien différente de ce que les apparences laissaient attendre.

Pas un scénario follement original, admettons-le, mais la BD marquait des points en faisant une personnage principal un être complexe, ce qui faisait naître une relation paradoxale avec la psychiatre, fascinée par son patient. Pourtant, malgré l’intérêt tant esthétique que psychologique du matériau de départ, Christophe Charrier – remarqué avec son premier téléfilm, Jonas, en 2018 – a pris la décision, étonnante, absurde même, d’aller contre toute l’essence du travail de Le Boucher : au dépouillement esthétique, très conceptuel, de la BD, il substitue un réalisme ordinaire qui ne distingue pas le Patient de 99% de la production cinématographique française, tandis que le scénario opère des changements dans l’histoire – pas de spoilers ici – qui la banalisent… sans doute dans une recherche de vraisemblance accrue, mais aux dépends de toute symbolique. Bref, d’un livre certes imparfait, mais fascinant, Arte et Charrier ont tiré un film banal, au scénario lâche – avec ses fausses pistes gratuites qui montrent un indéniable manque de confiance de l’équipe en son sujet –, abusant de ficelles usées dès qu’il s’agit de créer de l’angoisse… et finalement très prévisible : ce n’est pas l’idée amusante de la dernière scène qui changera quelque chose à l’ennui et à l’irritation qu’on aura ressentis au cours de l’heure et demie précédente.

On ajoutera que Clotilde Hesme, qu’on a connu fascinante ailleurs, et le débutant Txomin Vergez ne font passer aucune émotion particulière pendant tout le film, ce qui pourrait être un choix valable pour conceptualiser le film, mais va à rebours de toutes les autres décisions d’écriture et de mise en scène prises par Charrier.

Bref, le Patient est un véritable ratage, et on se dit que Le Boucher méritait bien mieux.

Posté par Excessif à 07:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


03 décembre 2022

"Barbares - Saison 2" de Andreas Heckmann, Arne Nolting et Jan Martin Scharf : le combat des chefs

Barbares S2 affiche

Eh oui, deux ans déjà se sont écoulés depuis la première saison de Barbares (Barbaren, en VO !), la série TV allemande coproduite par Gaumont et Netflix, et voici une seconde bordée de 6 épisodes pour nous faire rêver, nous petits Gaulois en manque d’Astérix crédibles, de résistance acharnée contre un envahisseur brutal (César hier, Poutine aujourd’hui ?).

La formidable victoire des tribus germaniques sur l’armée romaine dans la Forêt de Teutobourg (des faits réels, rappelons-le ayant servi de base à la première saison) a permis aux différents chefs de tribus de s’allier, mais le spectre de l’invasion romaine n’est bien sûr pas définitivement repoussé, et un nouveau camp retranché – non, pas Babaorum ! – est implanté sur le territoire des Chérusques, qui se doivent d’aller chercher de nouveaux et plus puissants alliés.

En roue libre cette fois, la caution historique n’étant plus à l’ordre du jour – et d’ailleurs, il semblerait que les « conseillers historiques » aient quitté la série ! -, les scénaristes de Barbares nous offrent un bis repetita sans grande imagination de la première saison, avec tragédies familiales, duplicité politique et trahisons sanglantes à tous les étages, et pour finir, un joli bain de sang dans un dernier épisode – la prise d’assaut du camp retranché, certes plus modeste que la bataille de Teutobourg, mais spectaculaire – rempli d’une violence graphique pour le moins roborative. Et, bien entendu, une accentuation de toutes les caractéristiques des six premiers épisodes : plus de tragédie, plus de duplicité, plus de trahisons, plus de sang. Au point qu’on se dit que le vrai modèle de Barbares, ce n’est pas Astérix (on plaisante), mais bel et bien Game of Thrones, que la musique du générique invoque sans vergogne : les scènes d’orgie romaine dans un improbable bordel (non protégé) à l’écart du camp retranché, ne laissent guère de doutes à ce sujet.

Le résultat ? En bien, soyons honnêtes, si l’on arrive à passer sur les mêmes défauts que ceux de la première saison (invraisemblance de nombreux rebondissements, confusion topographique avec distances parcourues en un clin d’œil et rencontres inopinées dans la forêt), on est quand même gênés par le fait que la multiplication des trahisons et revirements ôte plusieurs personnages de toute crédibilité, en particulier les trois nouveaux, Flavus – le frère homo de Ari – et Gaius – son fils – (deux protagonistes capitaux ici qui apparaissent au premier épisode sans réelle justification, et ne serve qu’à remettre une pièce dans la machine), mais aussi le grand méchant, Germanicus (Alessandro Fella, délicieusement répugnant), dont on peine finalement à saisir et la véritable personnalité et les convictions réelles.

C’est bien dommage, parce que sinon, on peut reconnaître que Barbares reste plaisant, un bon divertissement en forme de péplum modernisé, avec ses deux langues (les Romains parlent latin, les « barbares » allemand), son casting plutôt réussi (Jeanne Goursaud continue à faire le taf en Thusnelda sexy et impitoyable), et ses scènes de combat très dynamiques… à condition d’être prêts à avaler des couleuvres, comme lorsque Folkwin (David Schütter, en version germanique de l’ami Brad Pitt), défait à lui seul un bataillon entier de guerriers romains... Et puis, on appréciera les petits clins d’œil à une situation contemporaine, entre une inévitable référence au valeureux combat des Ukrainiens contre les envahisseurs à la supposée supériorité militaire, et l’illusion un temps entretenue par Marbod, l’un des chefs germains, que la soumission à un Empire peut être justifiée par la prospérité économique apportée par les conquérants.

On rira de bon cœur devant les cris outragés de nos habituels réactionnaires qui déplorent la présence à l’écran d’un personnage de couleur et d’une romance homosexuelle, et vomissent leur rage devant ce qu’ils traitent de « wokisme » (sans savoir ce que ce terme signifie, rappelons-le), et, du coup, on passera avec un peu plus de bienveillance sur les nombreux défauts de la série.

Reste que, en considérant la dégradation de la série d’une saison à l’autre, on ne sait plus si l’on doit attendre patiemment une troisième saison (dans deux ans ?) qui menace de nous emmener à Rome, donc qui nécessiterait des investissements plus conséquents de la production... et beaucoup plus de sérieux du point de vue historique.

Posté par Excessif à 07:08 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

02 décembre 2022

"The Handmaid's Tale - Saison 5" de Bruce Miller : un second souffle ?

The Handmaid's Tale S5 affiche

On s'était suffisamment ennuyés devant une saison 4 de l’imparable série que fut un temps The Handmaid's Tale pour ne pas en redemander une cinquième ration, qu’on nous sert pourtant aujourd’hui et… qui ne sera d'ailleurs – malheureusement - toujours pas la dernière.

Et le début de cette nouvelle saison nous désespère à nouveau : June et Serena (Elisabeth Moss et Yvonne Strahovski, toutes deux parfaites, restent la grande raison de continuer à regarder la série…) se haïssent encore plus depuis que June a exécuté Fred, au cours de la fin très discutable de la saison précédente. Elles se livrent un drôle de combat à distance, tandis que June culpabilise de plus en plus d'avoir abandonné sa fille derrière elle pour trouver refuge au Canada, et un retour vers la dictature religieuse est de moins en moins exclu pour elle, ce qui intéresse au plus haut point de gouvernement de Gilead. Tout ça ronronne doucement, en particulier parce que le personnage de Luke est décidément trop faible pour que la partie psychologique autour du couple June – Luke fonctionne réellement. Et puis peu à peu, quelque chose prend : Serena se retrouve prisonnière au Canada d’un couple qu’elle pensait être ses alliés, et doit faire l’expérience elle-même de ce que signifie être une « handmaid », par un cruel retournement de situation. Une expérience radicale qui va finir par impacter, et changer à nouveau sa relation avec June.

De plus, en retournant à des sujets "politiques" tel que la lutte pour le pouvoir au sein du gouvernement de Gilead, déchiré entre ceux qui souhaitent que le pays d’ouvre au monde pour des raisons économiques, et ceux qui y sont opposés... Ou encore tel que la montée de la haine anti-immigrés US au Canada, qui fait un drôle d'écho avec notre réalité à nous. Tout n'est pas toujours crédible, les scénaristes ayant toujours des difficultés à rendre leur univers uchronique réaliste du point de vue géopolitique (en particulier en ce qui concerne ce qui reste des USA, et de leur gouvernement), mais pourquoi pas... Les derniers épisodes retrouvent cette agressivité à la limite de la haine qui a permis à Elisabeth Moss de se transcender à nouveau dans le rôle de la « Servante Ecarlate », et la tension qui renaît fait plaisir… Jusqu’à un dernier épisode cette fois très réussi.

The Handmaid's Tale n'est bien sûr plus la grande série qu'elle serait restée pour la postérité en se terminant après 3 saisons, mais elle reste un divertissement de haut niveau, une réflexion pertinente sur la fragilité de la position de la femme dans bien des sociétés (y compris la nôtre ?), sur l'extrémisme religieux, et sur l’ambiguïté de la Real Politik quand on est prêt à sacrifier certaines principes démocratiques… Ce qui n’est quand même pas rien pour un divertissement « grand public » (ou presque…). The Handmaid’s Tale nous offre en outre une vision terriblement pessimiste de l'humanité, et sait encore proposer régulièrement des scènes de grande intensité. Alors arrêtons de bouder et convenions que ça nous ira bien cette fois encore.

Posté par Excessif à 07:37 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

01 décembre 2022

"L'Arabe du Futur - 6." de Riad Sattouf : la fantôme du père...

L Arabe du Futur 6 couverture

La lecture du premier volume de L’Arabe du Futur, en 2014, nous avait plongés dans une certaine perplexité, en dépit des nombreuses qualités du travail de Riad Sattouf, ces qualités qui ont d’ailleurs hissé la série au fil des années sur le podium des libraires : la violence du rejet du père, la description radicale – à la limite haineuse – du mode de vie syrien nous avaient embarrassés. Qu’est-ce qui pouvait bien pousser Sattouf, dont on connaissait déjà, il est vrai, les chroniques sans pitié du comportement d’une jeunesse dont il n’était pas si éloigné, à tant de… colère ? 8 ans – et 5 tomes - plus tard, en refermant ce dernier volume de l’Arabe du Futur, les larmes aux yeux et le cœur chaviré, il est clair pour nous que Sattouf a gagné son pari : nous faire partager l’épreuve qu’a été pour lui et pour sa famille les rapports avec un père à la fois traditionnel (ses références permanentes à la religion) et abusif, qui sera allé jusqu’à enlever l’un de ses fils et le tenir à l’écart des siens pendant des années. Et nous faire détester ce père autant que lui, et comprendre également, « de l’intérieur », les dérèglements de la société syrienne qui ont d’ailleurs largement contribué à la guerre civile ayant englouti le pays.

Les 176 pages du dernier chapitre des mémoires de Sattouf, en tous cas pour la partie de sa vie qui a autant dépendu de son père, ce fameux « arabe du futur » bien vite retourné vers le passé le plus conservateur, couvrent cette fois plus de quinze ans. Quinze ans qui nous permettent de comprendre aussi, même si ce n’est pas le sujet premier du livre, l’accession du jeune Sattouf au succès professionnel, en parallèle avec sa libération progressive de l’influence néfaste de son père, grâce en particulier à une psychothérapie qui semble lui avoir quasiment sauvé la vie, alors qu’au sortir de l’adolescence, il s’enfonçait dans la détestation de soi. Il faut bien reconnaître que ce dernier chapitre est le moins… divertissant, le moins drôle aussi, de tous : alors que Riad connaît toutes les galères possibles – amour, santé, travail, finances, rien ne va -, sa famille s’enfonce, elle, dans les malheurs de l’âge qui avance, de la vieillesse qui détruit corps et esprits. Souvent terriblement triste – parce que, comme toujours avec Sattouf, terriblement juste – l’Arabe du Futur 6 est sans doute le volume plus bouleversant, le plus fort émotionnellement de la série.

Les fans y croiseront avec plaisir des figures importantes de la BD française moderne (Guy Vidal, Emile Bravo) mais aussi l’équipe de Charlie Hebdo, qui contribueront tous à la reconnaissance du travail de Riad : ces passages donnent d’ailleurs envie de lire un jour une autobiographie de Sattouf qui se concentre sur son Art. Les passionnés de psychothérapie et de psychanalyse apprécieront le sérieux avec lequel l’auteur aborde le sujet, et montre de manière très simple, très visuelle, comment ce travail l’a aidé à sortir du trou. Et ceux qui aiment avant tout Sattouf pour son humour ? Moins gâtés sans doute ici, on l’a dit, ils apprécieront la jolie idée de faire commenter les péripéties de la vie du jeune Riad par son père, jamais avare de critiques et moqueries : on n’est pas si loin du diablotin parlant dans la tête de Milou chez Hergé, mais chez Sattouf, on tient là aussi l’illustration parfaite du « mal » fait par le père à ses enfants, qu’il hante comme un fantôme.

Voilà, on referme ce livre sur une jolie conclusion – que nous ne spoilerons pas – avec beaucoup de joie. Et avec la tristesse de savoir qu’il n’y aura pas de tome 7. Mais, loin de la Syrie dévastée, et une fois le fantôme du père chassé, la vie de Riad Sattouf continue : cela nous promet encore beaucoup de très beaux livres comme l’Arabe du Futur.

L Arabe du Futur 6 extrait

Posté par Excessif à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

30 novembre 2022

"1899" de Baran bo Odar et Jantje Friese : Lost sur le Titanic ?

1899 affiche

Nous sommes une petite tribu de fans de SF et de fans de mindfucks radicaux qui considérons que Dark est l’une des plus belles séries TV jamais réalisées. La création de Baran bo Odar – à la mise en scène stylée, voire même inspirée – et Jantje Friese – au scénario diaboliquement barré – réussissait là où les professionnels de la profession US s’étaient vautrés lamentablement : nous voulons parler en premier lieu des déroutes que sont avérées sur la distance des séries comme Lost, The Leftovers ou, pire encore, Westworld. Chez les Allemands, pas d’approximation, pas de bricolage en comptant sur la bienveillance d’un public US pas trop regardant, mais une efficacité narrative totale, un style digne du meilleur cinéma, et une cohérence satisfaisante des constructions conceptuelles proposées.

L’annonce de la mise en ligne de 1899, la nouvelle création de bo Odar et Friese, nous avait donc mis dans tous nos états… Jusqu’à ce qu’un premier épisode génère plus d’inquiétudes que de satisfaction : la perspective de voir une sorte de remake de Lost – avec son groupe hétéroclite, isolé du reste du monde confronté à des faits incompréhensibles - situé dans le cadre de Titanic – avec ses conflits entre passagers de première classe et populace d’immigrants enfermée dans les étages inférieurs – n’était pas a priori particulièrement attrayante. Et ce d’autant que, très rapidement, on pouvait avoir l’impression que, comme dans les pires moments des « fictions » de Lindelhof, il serait impossible à Jantje Friese de trouver à son scénario la moindre solution qui fasse un minimum de sens…

Alors, prenant notre mal en patience, nous nous sommes résignés à profiter des images somptueuses qui s’accumulent au fil des épisodes, mais surtout à nous réjouir devant l’idée géniale d’un casting réellement international (allemand, anglais, français, espagnol, portugais, danois, polonais, chinois…), avec des personnages essayant en vain de communiquer entre eux en utilisant leur propre idiome : soit une magnifique illustration à la fois de l’incommunicabilité – cette vieille métaphore de la Tour de Babel, ici flottante – et de l’égalité absolue entre les races, les nations, les cultures, qui reste si fondamentalement européenne (aucun réalisateur / scénariste US ne pouvait avoir cette idée-là, toute à l’honneur de Jantje Friese.

Formellement, il faut admettre que l’on frôle une certaine perfection, entre une mise en scène qui arrive à concilier lenteur – la marque de Dark – et dynamisme dans la narration et les transitions, une musique et une ambiance sonore remarquablement oppressante de Ben Frost (qui avait aussi travaillé sur Dark), et une image magnifique, en dépit de son (logique) manque de lumière.

Habitués au travail de Jantje Friese, nous essayons aussi de saisir ce que la série veut potentiellement dire, et le chemin qu’elle prendra, entre exploration du mystère du Triangle des Bermudes, féminisme bien senti et psychanalyse hardcore où chaque personnage est obsédé par une expérience traumatisante qui le définit et exacerbe ses émotions. Et puis, peu à peu, au-delà des twists et coups de théâtre à l’efficacité indiscutable, il est possible de trouver un sens aux milles péripéties apparemment absurdes du récit : comme dans Dark, une fois admis un concept très « SF ». Oui, il est facile d’adhérer à ce que nous raconte 1899, qui garde quasiment toujours (bon, il y a bien quelques exceptions, admettons-le…) une belle cohérence. Et on en arrive à la révélation finale, que l’on jugera un tantinet simpliste si elle ne débouchait pas dans le futur sur d’autres mindfucks : une conclusion qui a certes le mérite d’évoquer notre avenir sur une planète condamnée, mais qui reste partielle, rassurons-nous, puisqu’il reste bien des choses à comprendre et explorer dans de futures saisons.

Réalisé en plein confinement, ce qui a privé la production du tournage prévu en décors naturels et a rendu complexe les allers et venues des nombreux acteurs, 1899 est l’une des toutes premières œuvres cinématographiques (après The Mandolarian, apparemment) à bénéficier d’une toute nouvelle technologie appelée le « Volume » qui permet de filmer en studio avec un rendu totalement crédible de paysages naturels. Le making off se révèle inhabituellement passionnant sur les aspects techniques du filmage, et permettent d’avoir une autre vision sur les épisodes que nous venons de voir. Et d’avoir envie de s’offrir immédiatement un second visionnage.

PS : les amateurs de bonne musique se réjouiront d’entendre, lors des scènes finales de chaque épisode, des pièces aussi somptueuses que Don’t Fear the Reaper du Blue Öyster Cult ou The Killing Moon de Echo and the Bunnymen. Comme quoi, le bon goût…

Posté par Excessif à 07:27 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


29 novembre 2022

The Cure à l'Accor Arena (Paris) le lundi 28 novembre

2022 11 28 The Cure Accor Arena (39)

Il est 20h40, et la pluie qui a rythmé l’entracte sur la sono – pas dans la salle ! – se met à enfler, se transforme en un gros orage qui accueille l’arrivée de The Cure… alors que c’est un beau ciel nocturne étoilé qui est projeté à l’arrière de la scène. Tous les regards sont braqués d’abord sur Simon Gallup (perfecto de cuir et jeans déchirés, il reste fidèle à son image rock’n’roll en dépit des années qui ont fini par le rattraper, lui l’éternel adolescent rebelle), puis sur Robert Smith, égal à lui-même, avec peut-être quelques kilos en moins, avec les cheveux désormais gris qui se dégarnissent sur le dessus du crâne.

Comme pour chaque concert de la tournée, on attaque par Alone, un nouveau titre, qui sert de tour de chauffe avant Pictures of You, A Night Like This et le merveilleux Love Song, trois chansons qui nous mettent forcément les larmes aux yeux : légendaire, cette musique ne peut qu’être qualifiée de légendaire. Le son est excellent, même si la batterie est un peu trop en avant, ce qui va d’ailleurs s’avérer gênant sur la dernière partie du concert, celle consacrée aux chansons légères, pop, du groupe, qui vont en souffrir.

Mais on n’en est pas encore là, et on sait bien que, comme pour chaque concert de The Cure depuis des années, il va falloir d’abord se coltiner une première partie un peu ennuyeuse, ou en tout cas, pas au niveau de ce qu’on attend du groupe. Cette soir, ce sont les nouvelles chansons, assez peu convaincantes, qui tirent le set vers le bas, mais globalement la setlist, bien pensée, fait l’impasse sur les morceaux récents, les plus dispensables, du groupe. Ce qui est plus inquiétant, c’est que certaines versions de classiques (At Night, Play for Today, et même le rare Charlotte Sometimes) souffrent d’une interprétation plus rentre-dedans, plus rock, plus puissante, ce qui d’habitude ne nous déplaît pas, mais ce qui les prive de leur subtilité. A l’inverse, cette approche sert parfaitement les titres les plus durs, comme The Figurehead (« Pornography a 40 ans », s’émerveille Robert Smith, qui nous parle la plupart du temps en français…), comme le toujours percutant From the Edge of the Deep Green Sea, ou surtout comme le formidable Shake Dog Shake, qui constituera probablement le moment le plus fort de la soirée. Il faut aussi noter à ce propos la complicité qui unit le trio central du groupe, Robert, Simon et Reeves Gabrels, ces deux derniers ayant l’air de s’amuser comme des petits fous sur scène…

2022 11 28 The Cure Accor Arena (5)

Au bout de 1h45, c’est la pause, et on attaque après un court break le premier rappel : curieusement, il débute par une nouvelle chanson, I Can Never Say Goodbye, que Robert dédie à son frère, disparu en 2019, et qui sera et de loin le meilleur nouveau titre entendu ce soir (on apprécie d’ailleurs le visuel de la grande roue projeté derrière le groupe, lorsque Robert chante la fameuse phrase shakespearienne « Something Wicked This Way Comes », référence au livre de Ray Bradbury, la Foire des Ténèbres). On enchaine ensuite par un Faith qui semble pour une fois dépouillé de toute émotion, puis par une version pas très convaincante de A Forest, qui fait pourtant toujours son petit effet (pardon, son gros effet…) sur le public, pour conclure.

Le second rappel, ou plutôt la dernière partie du set après une nouvelle sortie des musiciens, est consacrée rituellement au versant « commercial » du groupe : Lullaby, The Walk, Friday I’m in Love, Close to Me, In Between Days, Just Like Heaven, avant l’inévitable Boys Don’t Cry. Pas de surprise donc, malheureusement, Robert n’a pas réellement tenu sa promesse d’un set spécial pour Paris… même si on ne lui en veut pas vraiment ! 2h45, c’est plus qu’honorable pour un musicien de son âge, non ? Il nous quitte avec beaucoup d’émotion, on voit qu’il est sincère, qu’il adore jouer à Paris, qu’il n’a pas envie de partir alors que tous les musiciens sont déjà dans les loges, eux. Et cette émotion fait écho à la nôtre, à notre fidélité à cette musique.

Bon, il a manqué quelque chose à ce concert, moins convaincant que celui donné à Rock en Seine il y a 3 ans (même si, paradoxalement, la setlist était bien meilleure ce soir…) : pas mal de morceaux ont déçu dans des versions plus éloignées qu’à l’habitude des originales (ce qui est bien), mais surtout un peu laminées par une énergie « Rock » trop mécanique (ce qui est moins bien…).

C’est dommage, mais ce n’est pas grave : je ne crois pas qu’il y ait eu une seule personne qui ait regretté d’avoir été là, de toute façon…

Posté par Excessif à 07:04 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

28 novembre 2022

"Saint Omer" d'Alice Diop : le jugement de Médée

Saint Omer affiche

En 2013, Fabienne Kabou abandonne sa petite fille à la mer montante sur la plage de Berck. En 2016, la documentariste Alice Diop assiste au procès de la jeune mère à Saint-Omer (« sainte aux mères » ?, « sainte ô mer » ?). En 2022, l’adaptation cinématographique qu’elle réalise à partir de ce fait divers atroce remporte deux prix à Venise, et est choisi pour représenter la France aux Oscars. Dans les salles, le public ne se précipite pas : est-ce la dureté du sujet, l’infanticide ? est-ce l’austérité de la démarche de la réalisatrice (on se concentre sur la parole, on laisse le temps aux personnages d’exister, on fait l’impasse pendant la quasi-totalité du film sur la musique…) ? est-ce, comment oser le dire, le fait que les deux protagonistes sont des femmes d’origine africaine, des femmes NOIRES ?

Pourtant, il suffit de passer deux heures enfermés dans une salle – bien vide, donc – face à Saint Omer, le film, pour se sentir renversé par la force du discours de Diop, par l’intensité des émotions qu’elle fait naître. Pour comprendre, pour ressentir qu’on a affaire ici à du CINEMA, du vrai cinéma.

Loin de tout sentimentalisme, loin de tout racolage moral ou émotionnel, Diop nous parle en deux heures serrées, tendues, de la difficulté d’être mère, qui est bien entendu, tous les psychanalystes vous le diront, celle d’être fille. Mais elle nous raconte aussi tant d’autres choses : le mépris des hommes qui parlent d’amour pour justifier leur indifférence (avec cet interrogatoire saisissant de Luc Dumontet, moment de pur vertige), l’hypocrisie et, donc, le refus d’humanité, qu’est l’assimilation d’une personne à sa culture (le fantasme de la sorcellerie africaine), et puis, bien sûr, la folie qui est celle de Médée, héroïne tragique tuant ses enfants. Pour suspendre son film sans conclusion moralisante ni fausse satisfaction de la « compréhension » intellectuelle de l’incompréhensible, sur les paroles bouleversantes d’une avocate rappelant l’échange de cellules ayant lieu chez la femme enceinte entre le fœtus et la mère…

S’il y a une faiblesse dans Saint Omer, c’est d’avoir voulu doubler le récit de l’accusée d’une histoire qui lui fait en quelque sorte miroir, celui d’une jeune écrivaine, elle aussi d’origine africaine, assistant au procès alors qu’elle est elle-même enceinte et s’interroge sur son propre désir de maternité : c’est évidemment pertinent, et sert à montrer que ces doutes-là ne sont pas monstrueux, mais communs à bien des femmes, mais cela revient quand même à souligner au marqueur le message d’un film qui n’en a nul besoin.

A l’inverse, l’une des grandes forces du film, c’est la beauté de la langue parlée, portée par deux interprètes éblouissantes de justesse (Kayije Kagame et surtout Guslage Malanda) : le fait de mettre dans la bouche de deux femmes noires, immigrées et instruites, intellectuelles même, la plus belle langue française, c’est un vrai geste politique.

S’il y a malheureusement peu de chances que l’Académie des Oscars apprécie un tel film, il honore en tous points le cinéma français, tellement critiqué de nos jours par des contempteurs qui ne rêvent que de le voir adopter les codes abêtissants de la fiction commerciale US.

Un grand bravo, et surtout un grand merci à Alice Diop !

Posté par Excessif à 07:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

27 novembre 2022

Gilla Band à la Gaîté Lyrique (Paris) le samedi novembre

2022 11 26 Gilla Band Gaîté Lyrique (17)

21h : C’est par le fameux – enfin, relativement – Going Norway que Gilla Band attaquent un set qui va durer un peu plus d’une heure et quart : « That’s just mental, what is normal ? » est une question parfaite quand il s’agit de décrire la musique du groupe, puisque la plupart des gens la qualifieront de « pur bruit », et rajouteront des commentaires désobligeants devant les hurlements de Dara quant à sa santé mentale (… qui est fragile, en effet, on le sait…). La salle est désormais relativement bien remplie, et l’atmosphère est électrique, le public étant en grande partie constitué de véritables fans du groupe, prêts à en découdre avec le chaos sonique qu’il déversera sans aucun doute sur nous. On repère même sur notre droite un père de famille portant un jeune enfant sur ses épaules, heureusement protégé par un casque anti-bruit : voilà une tentative d’éducation musicale ambitieuse, en tous cas…

La setlist sera, logiquement, largement consacrée au nouvel album, dont les titres s’intègrent parfaitement dans la ligne radicale tracée jusque là par le groupe, même si la musique joue moins désormais sur la recherche systématique du basculement hystérique. D’ailleurs, d’une manière générale, ce concert semblera moins jusqu’au-boutiste, moins malade, moins désespéré, Dara modérant plus qu’autrefois ses explosions de hurlements, et le groupe tout entier se concentrant sur l’exécution du parcours bruitiste qu’il nous offre. Bref, ce concert aurait été l’occasion parfaite pour convaincre ceux qui accusent Gilla Band de ne produire que du bruit, de forme quasi aléatoire : non, on a au contraire affaire ici à des musiciens accomplis, capables de contrôler méthodiquement chaque son déversé sur nous... Il y a de grandes chances malheureusement qu’aucun d’entre eux n’ait été là ce soir, à la Gaîté Lyrique…

2022 11 26 Gilla Band Gaîté Lyrique (13)

Le concert de ce soir sera donc moins dévastateur qu’on aurait pu l’attendre – enfin, jusqu’à la dernière demi-heure, où, et heureusement, tout basculera – et nettement plus impressionnant formellement, techniquement. Avec un son parfait – et très fort - et des lumières « difficiles » (félicitations à nos amis photographes pour en tirer quelque chose) mais parfaitement adéquates à l’atmosphère de chaque titre. Et, si l’on n’avait pas trop envie, ou si l’on était trop prudent pour se jeter dans le mosh pit frénétique qui s’ouvrit au milieu de la salle, le spectacle de ces musiciens cherchant à chaque instant une sorte de précision parfaite dans le chaos s’est avéré passionnant.

Le stupéfiant Bin Liner Fashion a constitué une sorte de sommet temporaire du set, tout au moins jusqu’à ce que Laggard et sa psalmodie hébétée, reprise d’ailleurs en chœur (oui !) par les spectateurs, lui vole sa place. « I spend all my money on shit clothes », répété par tous avec une conviction totale : Eight Fivers a été comme prévu un grand moment d’humour décalé. Et puis, à la fin, sans surprise, le groupe nous a asséné le redoutable Shoulderblades, grand moment de laisser-aller furieux (on hurle « Bleurgh ! Ah ! Oh ! »), avant de conclure la nuit par l’inévitable Why They Hide Their Bodies Under My Garage? qui constitue une sorte de geste libératoire ultime, puisque, après toute cette angoisse et cette ironie, on peut enfin danser comme des tarés sur une rythmique un peu plus euh… conviviale.

Unanimité générale à la fin : c’était l’une des prestations les plus saisissantes, les plus magistrales de Gilla Band, un groupe désormais en pleine possession de ses moyens. Pas sûr néanmoins que Dara et ses potes arrivent à recruter un large public avec cette approche extrémiste. Mais qui parmi nous s’en soucie ?

Posté par Excessif à 07:43 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

26 novembre 2022

"Song / Motion Return" par Stuffed Foxes : to be played at maximum volume !

Stuffed Foxes 1280x1280

Quiconque a eu la chance d’assister à un concert de Stuffed Foxes peut témoigner en toute sincérité de l’impact inhabituel, pour ne pas dire exceptionnel, du groupe lorsqu’il joue sur scène, devant un public. A l’ouverture du dernier festival Levitation à Angers, tous les spectateurs jurèrent à la fin du set de 40 minutes des Tourangeaux que le festival était d’ores et déjà une réussite, puisque ce que Stuffed Foxes nous avaient offert un moment d’intensité quasiment parfait, l’un de ceux qui justifient pleinement notre passion pour la musique. Ceci posé, le problème pour Stuffed Foxes reste de trouver la manière de transposer cette furie électrique live en studio, de manière à offrir aux attentes de son public un disque qui ne soit pas décevant, mais qui soit également une proposition différente (tant on sait que, dans l’histoire du Rock nombreux sont les groupes exceptionnels en live qui n’ont jamais sorti un seul album vraiment digne d’intérêt…).

L’avantage qu’ont par contre Stuffed Foxes sur la concurrence – nombreuse, talentueuse et active en France – c’est la difficulté qu’on a naturellement à leur coller la moindre étiquette : post-punk, krautrock, psyché, post-rock, voire progressive, leur musique revêt tour à tour chacun de ces styles, tous importants en 2022, tous porteurs de courants musicaux féconds à travers le globe, sans jamais en adopter réellement un : en cherchant une radicalité sonique qui conduise l’auditeur sur le chemin d’une transe, Stuffed Foxes réussissent quasi systématiquement à les transcender à un moment ou à un autre. C’est donc, bien logiquement, le chemin qu’a suivi le groupe pour son premier album : aborder tour à tour, et parfois à l’intérieur d’une même chanson, chacun de ses styles, pour nous montrer comment Stuffed Foxes se l’appropriaient, en faisaient leur musique à eux.

Songs / Motion Return est le second album de Stuffed Foxed en 2022, après Songs / Revolving paru en janvier. Comme la similitude de pochette le suggère, il peut être considéré comme le second volume d’une œuvre unique, et il a d’ailleurs été enregistré dans les mêmes conditions et avec la même équipe que le premier chapitre. Pourtant, il ne souffre d’aucune répétition mais frappe dès son introduction – Recurring, nouveau titre majeur du groupe - par une conjugaison inédite de froideur déterminée et d’expérimentation formelle. Il n’y a à proprement parler qu’une seule « vraie » chanson parmi les 7 titres de l’album, Hovel, si l’on définit une chanson par l’existence d’une mélodie un peu accrocheuse et d’un texte chanté… mais même dans ce cas, on bascule finalement dans des dissonances inattendues, qui trompent nos attentes initiales. Pour qui aime le rock violent et incandescent, Rough Up est le sommet garage psychédélique du disque, mais s’effondre finalement dans un chaos bruitiste. Le final post-punk impérieux de Modern Mother & Gods, où les claviers rajoutent une majesté est une conclusion impressionnante d’un disque qui évite finalement le piège bien connu de la redite et de l’épuisement de l’inspiration initiale qui met à mal tant de seconds albums.

Un disque à écouter au maximum de volume possible (mais en version non compressée pour préserver votre cerveau !) en attendant de pouvoir témoigner in vivo de la transcription sur scène de ces sept morceaux tueurs.

Posté par Excessif à 07:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

25 novembre 2022

Kishi Bashi à Petit Bain (Paris) le jeudi 24 novembre

2022 11 24 Kishi Bashi Petit Bain (21)

21h10 : Kishi Bashi entame devant un public conquis d’avance la retranscription intégrale, « from top to bottom » de son « début album », 151a. Le terme « début » lui permet de philosopher sur l’usage de mots français dans la langue anglaise, remontant à Guillaume le Conquérant – car il a de la culture, l’ami Kaoru : on sait d’ailleurs que c’est son intérêt pour l’histoire qui l’a fait remonter (à moins que ce soit l’inverse) à l’époque des persécutions US contre les immigrants japonais pendant la seconde guerre mondiale, l’un de ses grands sujets de chansons. Kaoru fait aussi beaucoup d’auto-dérision sur sa connaissance très limitée de notre langue, tandis qu’il prend le soin de numéroter en français la place de chaque titre sur l’album, et qu’il nous narre ses mésaventures à Paris lors d’un Thanksgiving remontant à trois ans, où il avait cherché sans succès un restaurant français où il y ait de la dinde au menu (« mais il y avait beaucoup de jambon, jambon, jambon ! »). Bref, Kaoru aime bien parler, un peu trop même peut-être, ce qui coupe souvent l’élan entre deux morceaux.

Il est accompagné de Mike Savino, qui joue un rôle central dans la musique, et la colore inévitablement de sonorités « folkloriques », d’un batteur prénommé Quinn qui n’officiera que pendant la moitié environ des titres (il faut dire que Savino est un as des percussions avec son banjotron !), et d’un bassiste / guitariste originaire de Brighton qui devra passer tout le set assis suite à ce qui semble être un accident et une jambe cassée. Le son est, comme toujours à Petit Bain, excellent, et on regrettera seulement l’éclairage un peu faible, sans doute à la demande de Kaoru. Bien entendu, l’enchaînement des titres prive la première partie du set de tout effet de surprise (même si Kaoru nous régale d’un délicieux épisode de human beatbox), et nous condamne à attendre les titres que nous préférons (le très entraînant, très beach Boys Bright Whites, le merveilleux I Am the Antichrist to You) en patientant sur ceux qui nous parlent moins.

C’est quand on passe à une sélection de titres extraits des autres albums que le set décolle vraiment : l’enchainement imparable de Penny Rabbit and Summer Bear (un titre que nous aurions toujours bien vu figurer sur un album de XTC de la période Skylarking) de l’entraînant Carry on Phenomenon et de Philosophize in It! Chemicalize with It! (qui évoque le Paul Simon de l’époque Graceland…) font monter l’enthousiasme d’un cran, et on touche au délire sur The Ballad of Mr. Steak et Honeybody, deux titres il est vrai presque commerciaux, sur lesquels il est impossible de ne pas danser.

2022 11 24 Kishi Bashi Petit Bain (2)

Ce qui ravit finalement le plus avec Kishi Bashi, c’est sa capacité à éviter toute démonstration de virtuosité gratuite au violon, lui qui est pourtant un brillant musicien, pour porter toute son attention à la texture musicale et aux mélodies. Et si, vocalement, il n'est pas aussi impressionnant que sur ses albums, son utilisation pertinente des boucles permet régulièrement à la musique d'atteindre une belle richesse.

Puisqu’on parle de virtuosité, il faut néanmoins reconnaître qu’on attend le terrassant et bien nommé Violin Tsunami promis en rappel par la setlist… Et puis non : à la place, Kaoru s’empare de la guitare électrique pour nous offrir une version très émouvante de Summer of ’42 ! Le set, d’une heure vingt au total, se clôt sur une étonnante et chaleureuse reprise du formidable This Must Be the Place des Talking Heads, qui permet à Kaoru de nous rappeler ce que nous avons appris au cours du confinement, que le plus important, dans ce monde difficile dans lequel nous vivons, est de trouver notre place au sein de l’amour des autres. Une belle conclusion émouvante à un concert qui aura oscillé entre rêve, humour et rythmes dansants, en cherchant visiblement parfois un équilibre difficile à atteindre…

Et puis, bon sang, Kaoru, pourquoi ne pas avoir inclus sur la setlist de ce soir ces deux merveilles que sont A Song for You et Angeline ? Il va falloir que tu reviennes, et sans attendre trois ans cette fois...

Posté par Excessif à 07:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,