Le journal de Pok

26 avril 2015

"The Rewrite" de Marc Lawrence : un demi succès ou un demi échec ?

The ReWrite AfficheRien de honteux, au contraire même, à se faire un petit "feel good" movie matiné de romcom de temps à autre… Alors ce "The Re-Write", a priori encore inédit en France ? Hugh Grant - vieillissant et un peu fatigué quand même : "check !" Un parcours des plus prévisibles, qui verra le personnage perdu / détestable - ici pourri par Hollywood, ah ah - renoncer au nihilisme et à boire et à coucher avec des nymphettes pour adhérer aux valeurs supérieures de la "transmission" (professorale, parentale) et pour tomber sous le charme d'une mère courage qui croit dur comme faire au vieux rêve américain (il suffit de vouloir pour pouvoir, en gros) : "check !". Les seconds rôles en or, pour ajouter de l'humour, de la bizarrerie, de la couleur : "check !"… Le très moyen Marc Lawrence, coutumier du fait, ressasse ses trucs habituels de scénario et de mise en scène, qu'on avait appréciés dans "le Comeback" et dans "Où sont passés les Morgan ?", un cran en dessous néanmoins : il faut reconnaître que la première moitié du film est laborieuse, gênante même par instants, et l'on souffre un peu pour Hugh Grant, acteur à la légèreté en général sympathique, qui peine ici à créer un personnage cohérent - sans même parler, un comble, de nous faire rire. La conclusion de "The Re-Write", plus romcom, est totalement lénifiante, bien entendu, mais fonctionne paradoxalement plutôt mieux. Un demi-échec, ou un demi-succès, donc, suivant notre humeur du jour.

Posté par Excessif à 16:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,


25 avril 2015

"Le Collier Rouge" de Jean-Christophe Ruffin : un peu court !

Le Collier RougeDe Rufin, je n'avais lu que le pavé "Rouge Brésil", que j'avais assez apprécié, puisqu'il conjuguait un certain sens du romanesque classique avec une richesse historique indéniable. A priori, c'est la même formule dans ce très court "Collier Rouge", puisque Rufin évoque un épisode peu connu - me semble-t-il - de la Première Guerre mondiale, une tentative de rébellion conjointe des soldats des deux camps, inspirés par le succès de la Révolution d'Octobre, sur le front grec, tout en déroulant avec un classicisme imperturbable le récit émotionnel de plusieurs destins qui se rencontrent dans la chaleur d'un été du Berry. Histoire de fidélité, histoire d'éveil de la conscience (politique, humaine), histoire d'amour, Rufin essaie de caser tout cela dans 200 pages. Le problème est qu'on referme ce trop court livre avec le sentiment d'avoir effleuré plein de sujets, plein de thèmes potentiellement passionnants, tout cela pour pas grand chose, puisque, à la fin, Rufin évacue tous les conflits en les étiquetant "péché d'orgueil" : c'est un peu facile, quand même ! On aura même d'ailleurs le droit de trouver bien réactionnaire cette lecture de l'engagement politique sous le prisme des petites mesquineries de l'âme humaine... Un dernier commentaire irrité : vu que Rufin se donne un mal de chien pour laisser planer le doute pendant tout son livre sur la nature du "crime" commis par Morlac, quelle drôle d'idée de la part de l'éditeur de nous révéler la solution sur la couverture !

Posté par Excessif à 08:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

24 avril 2015

"Shake Shook Shaken" de The Do : pop électro grand public, mais pas que !

Shake_Shook_ShakenEn 6 ans, les franco-finlandais de The Dø sont donc passés des élucubrations mi-enfantines mi-farfelues à une pop électro grand public tendance dépressivo-dark, et, tout en récitant leurs conjugaisons de verbes irréguliers en Anglais, nous tendent le bâton pour se faire battre : banalisation des sonorités, parfois même assez lourdingues, uniformisation des ambiances, volonté clairement exprimée de séduire le grand public… Dan et Olivia ont l'air de tout vouloir faire pour ne plus être notre groupe pop français préféré ! Sauf que non, le désamour, ce ne sera pas pour cette fois, car, bon dieu, qu'est-ce que ces chansons tiennent bien la route : créativité mélodique (sinon, ce ne serait pas de la pop, de la vraie…), talent pour transcender au moment où l'on s'y attend le moins une chanson qui pouvait paraître banale, et surtout une vraie puissance qui parcourt l'album… et ça, c'est nouveau chez The Dø. Bref, le plaisir de l'auditeur est garanti, et l'album tourne en rotation accélérée dans notre lecteur CD. Un groupe exceptionnel, c'est maintenant certain !

Posté par Excessif à 08:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 avril 2015

"Taxi Téhéran" de Jafar Panahi : laborieux et faux !

Taxi Teheran AfficheLe succès critique quasi unanime de "Taxi Téhéran" est un phénomène stupéfiant, sauf à considérer que la situation politique et personnelle de Panahi dans son pays, évidemment indiscutable, inadmissible, le dédouane complètement de faire du bon cinéma, lui que les monstres qui gouvernent l'Iran tentent de réduire au silence. Je n'ose imaginer la volée de bois vert qu'un film américain de ce calibre aurait reçu en Europe ! Reprenant sans vergogne le dispositif conceptuel imaginé par l'immense Kiarostami dans "Ten", Panahi nous assène 1h20 d'une laborieuse leçon de politique et de morale, sans même parler de cette complaisance qu'il affiche vis à vis de sa propre œuvre, constamment référencée comme s'il s'agissait du seul commentaire pertinent sur son pays. En faisant jouer à des acteurs des "personnages" présentés comme des "vrais gens", qui ne servent qu'à énoncer scolairement les messages de Panahi (je pense par exemple aux insupportables pitreries de sa nièce chargée de nous démontrer de la manière la plus claire possible que la vision des Mollahs sur la censure est stupide), ce dernier ne fait jamais œuvre de Cinéma, et fait seulement preuve du minimum syndical en matière de réflexion théorique (le pare-brise comme écran de cinéma, on a compris !). On aurait même envie d'accuser Panahi de manipulation sans vergogne de son spectateur, puisque, loin de jouer du trouble théorique entre réalité et fiction (comme Kiarostami...), il se contente d'en appeler en permanence à notre complicité présumée, tout en en abusant grâce au mécanisme de son film : la conclusion, digne d'un thriller paranoïaque US, mais en plus faux si possible, porte le "trucage" fondamental du film à son apogée... Ceci dit,le pire est quand même la frustration que l'on ressent devant quelques images fugaces de la réalité de Téhéran rapidement entr'aperçues à travers les vitres du taxi (images plus touchantes que les singeries des acteurs qui défilent dans le taxi), juste avant que les marionnettes de Panahi ne recommencent à pérorer... Abbas, où es-tu ? Reviens-nous !

Posté par Excessif à 08:39 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

22 avril 2015

"Diversion" de Glenn Ficarra et John Requa : singulier mais maladroit...

Diversion AfficheObjet de pur plaisir, "Diversion" est un film passionnant malgré ses maladresses, tant il confirme la singularité du travail de Ficarra / Requa après le joli "Philip Morris", puisque le sillon labouré ici est le même : derrière un glacis séduisant d'une image glamour et de personnages brillants, le film organise des dérapages soudains, sacrifiant l'efficacité pour ouvrir des chausse-trappes surprenantes. Mêlant le film "classique" de manipulation, un genre en soi, avec la comédie romantique, Ficarra / Requa tendent la joue pour se faire gifler, puisqu'il est facile de ne pas trouver son compte au sein de ce drôle d'objet, blockbuster raté et vaguement malade : ripoliner Buenos Aires pour séduire le touriste, faire jouer à Will Smith un rôle qui ne lui était visiblement pas destiné, dénuder la belle Margot Robbie aux dépends d'un rôle qui aurait du être plus consistant, les erreurs ne manquent pas. Ceci dit, la faiblesse principale du film est que son climax survient trop tôt, lors de cette scène magnifique du Super Bowl qui dit tout sur le sujet du film (l'amour et les mensonges, les vertiges de l'intelligence, l'attirance du gouffre et le dégoût qui en reste ensuite). Après cela, "Diversion" n'a plus qu'à ressasser les mêmes choses, avec moins de conviction, jusqu'au final raté accumulant twists et révélations jusqu'à l'absurde. Pas assez quand même pour gâcher complètement le plaisir qu'on a pris jusque là...

Posté par Excessif à 08:11 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,



21 avril 2015

Ibeyi à la Gaîté Lyrique (Paris) le jeudi 16 avril

2015 04 Ibeyi Gaite Lyrique (5)Pas beaucoup de matériel sur scène, deux claviers, quelques percussions, Ibeyi, ça devrait être aussi dépouillé que sur l'album... 20h45 : les voix de Naomi et Lisa-Kainde Diaz s'élèvent dans l'obscurité, les filles ne sont même pas encore montées sur scène que la magie prend. L'émotion est intense, surprenante. Puis elles entrent, souriantes, pour un démarrage a capella sur le devant de la scène : dieu, qu'elles sont jeunes ! On a beau savoir leurs 20 ans à peine, ça fait un choc. Elles allument des bougies, c'est comme à la maison. Le lien avec le public est créé,  une sorte d'intimité toute simple, à la bonne franquette, qui ne retombera pas pendant les courtes 55 minutes qui suivront.

Lisa-Kainde s'installe aux claviers, Naomi face à elle aux percussions (acoustiques et électroniques), et les sœurs Diaz attaquent leur set avec une décontraction stupéfiante. Tout est immédiatement en place, la voix superbe de Lisa-Kainde, les notes parcimonieuses de son piano, la puissance des rythmes mi tribaux mi electro de Naomi, virtuose du cajón : les chansons de l'album acquièrent ainsi une force impressionnante, décuplée par l'impression de légèreté, de... sincérité, de facilité… Et sans doute surtout par l’extraordinaire complicité émotionnelle entre les deux sœurs, qui ne se quittent pas des yeux pendant l’interprétation des chansons. La fameuse osmose entre jumeaux, je suppose…

2015 04 Ibeyi Gaite Lyrique (8)

Elles nous expliquent l'origine de leur musique, les traditions yoruba, amenées à  Cuba par les esclaves originaires du Benin et du Nigeria. Régulièrement, elles interrompent l'interprétation de leurs morceaux "modernes" pour venir face au public - conquis - interpréter a capella un chant yoruba. Et, contrairement à ce qui se passe sur l'album, le mélange semble ici faire sens, peut être grâce à la spontanéité, au naturel des deux sœurs... souriantes, toutes simples et pourtant tellement talentueuses.

Stranger / Lover sera une légère déception, mais River, Yanira (le prénom de la grande sœur) ou encore Oya, renforcé par de belles projections mystérieuses sur l’écran derrière la scène, seront absolument fascinantes, justifiant complètement la hype autour de Ibeyi. Un dernier morceau a capella en l'honneur de tous les jumeaux dans la salle, un court encore - une nouvelle version de River avec la participation du public aux chœurs... et c'est fini.

Moins d’une heure en tout et pour tout, ça a un goût de trop peu, mais il est difficile d'attendre plus de ces deux très jeunes femmes qui n'en sont après tout qu'à leur premier album, et nous l’ont interprété avec une générosité touchante.

Posté par Excessif à 08:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

20 avril 2015

"Let It Reign" de Carl Barât & The Jackals : No Future, Again ?

Let It ReignLes 3 brûlots punk rock qui ouvrent le nouvel album de Carl Barât (...et ses chacals...), outre le bien qu'ils nous font au niveau de notre nostalgie un peu honteuse d'une époque glorieuse  ("Glory Days") où Joe Strummer nous postillonnait à la face dans un Bataclan en feu, ont le mérite insigne de bien clarifier les choses : ce qui était bien dans les Libertines, ce n'était pas la déglingue pitoyable du clown Doherty, mais bien la combativité old school de l'ami Carl. "Let It Reign", pour n'être pas vraiment une merveille, ressuscite au moins avec sincérité une Angleterre prolo, pugnace, inspirée dans ses mélodies aussi bien que butée dans ses aspirations. On se croirait vraiment par instants en 1977-78 ici, et, même si on peut se demander pourquoi (et comment) un trentenaire comme Carl évoque aussi bien une rébellion qu'il n'a pas vécue, cet album inattendu se révèle formidablement excitant. No future, again ?

Posté par Excessif à 08:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

19 avril 2015

"Jamais de la Vie" de Pierre Jolivet : par pitié, pas de "thriller" !

Jamais de la Vie affiche1h20 magnifiques sur 1h35 de film, ça devrait faire un film "presque parfait", non ? Eh bien non, parce que ces 15 dernières minutes "de trop" sont endémiques, caractéristiques du mal du cinéma actuel, français ou US, peu importe : il faut du "polar", de la violence, du suspense pour attirer le chaland, à tout prix. Alors Jolivet nous l'a promis, et nous le livre in extremis... ce qui lui a sans doute permis de trouver des financiers pour supporter son "Jamais de la Vie"... Et honnêtement, c'est assez pitoyable : simplificateur, peu crédible, inutile, frustrant. Et de toute manière, nous n'étions que 3 personnes dans la salle du multiplexe ce soir-là... Parlons plutôt des premières 80 minutes de "Jamais de la Vie", absolument formidables de justesse, de profondeur, de tension. Gourmet est immense - on en a l'habitude, mais cela ne fait pas de mal de le répéter, il est LE meilleur acteur francophone actuel, et de loin -, il est LE film à lui tout seul, crédible à 100% dans un rôle complexe d'homme vaincu par la vie, mais qui n'a pas tout à fait renoncé à ses illusions de "faire le bien" dans une société de plus en plus impitoyable. Mais tous les autres personnages sont passionnants, eux aussi, à l'exception - notable - des "méchants", caricaturaux et à peine esquissés (encore une fois le syndrome du polar bas de gamme, vite expédié). Et la mise en scène de Jolivet colle joliment à cette atmosphère pesante de survie résignée face à l'horreur économique, toute en sobriété, mais créant assez de béances (le parking de l'Intermarché, la nuit, cadre de notre quotidien, qui devient autre chose...) pour éviter la dépression "au premier degré" qui guettait un film sur un sujet aussi plombant. Alors, la prochaine fois, par pitié, pas de "thriller" !

Posté par Excessif à 08:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

18 avril 2015

"Dark Places" de Gilles Paquet-Brenner : lisons le livre !

Dark Places afficheS'il y a quelque chose d'intéressant dans ce "Dark Places", c'est au livre dont il inspiré qu'il le doit : comme avec "Gone Girl", Gillian Flynn dresse un portrait fin et néanmoins sans concession d'une Amérique engluée dans la médiocrité à tous les niveaux, matériel, intellectuel et moral, portrait rehaussé par une intrigue "policière" plutôt bien troussée. Ça, c'est le matériau de départ, passionnant, que le Frenchie Gilles Paquet-Brenner a complètement salopé grâce à l'incompétence crasse qu'on lui connaît. Le massacre commence avec un scénario mal construit, à coups de flashbacks incohérents qui surgissent sans aucune logique et introduisent des révélations qui ne servent qu'à faire avancer mécaniquement le récit. Il se poursuit avec une direction d'acteurs inexistante, ce qui, vu le peu de talent coutumier de Charlize Theron, est fatal à un personnage principal qui, du coup, ne générera ni intérêt ni empathie durant tout le film. Il se termine avec une réalisation sans relief, désamorçant systématiquement le peu de force qui restait du sujet. Bref, lisons le livre plutôt que perdre notre temps devant un film aussi insipide, aussi décevant par rapport à son potentiel.

Posté par Excessif à 08:34 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

17 avril 2015

Seconde opinion : "Téléphone" de Téléphone (1977)

TéléphoneEn 1977, je rigolais bien quand on me parlait de Téléphone : j'écoutais les Clash, les Pistols, les Damned, les Saints, alors ce rock "stonien" (comprenez : dépassé), porté par un piètre imitateur de Jagger à la voix de pré-adolescent, ne me paraissait pas vraiment "sérieux". Décidément, la France ne comprendrait jamais rien au Rock ! Et puis, devant l'engouement général, je m'y suis mis peu à peu, prenant un indéniable plaisir à ces slogans un peu naïfs, ces jeux de mots assez nazes ("Métro, c'est Trop" !, ben ouais !), ces textes à l'imaginaire efficace (la vie comme partie de flipper, ceux qui ont passé comme moi des nuits entières sur ces machines peuvent comprendre le truc, aussi simpliste soit-il...), ces riffs éternels recyclés par Bertignac, mais surtout, surtout, ces dérapages impressionnants dans l'hystérie à la fin de beaucoup de morceaux, quand Aubert pousse des petits cris et Bertignac lance des solos qui déchirent. Imparable, en fait, dans son immédiateté et sa superficialité. Punk, même, peut-être, après tout, dans son innocence contestataire. Le premier Téléphone est le moins aimé des albums du groupe, sans doute parce que le plus primaire. Près de 40 ans plus tard, il a pourtant bien mieux vieilli que les deux derniers albums de Téléphone, peu inspirés, fatigués : ces neuf morceaux surexcités sont comme des cris de jouissance, et n'appellent aucune nostalgie, dieu merci. En montant le volume au delà du raisonnable, il se pourrait même que cet album mette encore le feu au cœur de plus d'un adolescent de 2015.

Posté par Excessif à 08:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,