Le journal de Pok

29 novembre 2021

black midi au Cabaret Sauvage (Paris) le samedi 27 novembre

2021 11 27 Black Midi Cabaret Sauvage (6)

21h15 : On est passé de la Cristalline à l'Evian sur scène, c'est bien la preuve que les stars de la soirée arrivent. Et au-delà de l'eau d'Evian, les black midi aiment aussi Édith Piaf, qui après nous avoir fait patienter, annonce leur entrée avec la Vie en Rose (après quand même une déclaration de toute-puissance calquée sur les matchs de catch !).

Le guitariste parti désormais remplacé par un impressionnant saxophoniste, le math rock des débuts du groupe s'est plus que coloré de free jazz, et le groupe plonge désormais franchement dans un chaos sonore que n'aurait pas renié les Stooges de la deuxième face de Fun House. Geordie fait des déclarations baroques et incompréhensibles puis mime Donald Duck ; Cameron, le bassiste, s'engage dans des joutes spectaculaires avec Kaidi, l’imposant – et très classe - saxophoniste. Tandis qu'à gauche, Seth, aux claviers, reste relativement sérieux, en face de lui, Morgan abat un boulot colossal à la batterie, confirmant à chaque morceau qu'il est sans doute le batteur contemporain le plus talentueux.

Il y a, on le sait, chez black midi beaucoup d'humour farfelu (Geordie et Seth font semblant de se battre sur scène avant de venir assassiner Kaidi avec un mini-cimeterre en plastique, le genre ...), mais surtout une maîtrise musicale colossale qui leur permet d'aller toujours plus loin dans la dissonance, le tumulte, et l'inconfort. Face à cet univers délirant, une bonne partie du public choisit de danser dans un maelström de folie, qui fait monter la température de la salle au-delà du raisonnable. D'autres spectateurs s'émerveillent devant l'audace du groupe, tandis que certains trouvent ça profondément ennuyeux. Quelque part, tout le monde a raison : entre virtuosité et canular, cocon de bruit nonsensique et pics d'énergie démente, black midi ne choisit pas, et passe de la grande escroquerie du rock’n’roll au génie improbable sans jamais cesser de s'amuser. Et de jouer avec nous.

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Pour résumer - en le simplifiant outrageusement - ce set de 1h20, sans rappel bien entendu : le début a été littéralement supersonique, avec l’enchaînement furieux de 953 et Speedway du premier album, qui a mis la fosse du Cabaret Sauvage en liesse, la fin effrayante d’audace brutale (John L et Slow du second album), tandis que le milieu, où le groupe a enchaîné des compositions parfois incompréhensibles et qui nous ont semblé nouvelles, ou du moins, inconnues au bataillon, a ressemblé à un labyrinthe soul jazz, au sein duquel Geordie venait parfois jouer au crooner improbable !

S’il y a un verdict final raisonnable, ce serait que black midi bouleverse de plus en plus les codes de la musique actuelle, confirme pour le coup son importance qui dépasse la hype initiale, et est désormais un groupe précieux. Pas toujours aimable, mais précieux.

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28 novembre 2021

"Things Take Time, Take Time" de Courtney Barnett : éloge de la lenteur...

Courtney Barnett - pochette ALBUM - Things Take Time, Take Time

A la différence de bien des artistes qui ont publié des albums pendant la pandémie, Courtney Barnett est restée silencieuse, et a laissé trois années s’écouler depuis son second et très remarqué second album… Mais comme l’indique le titre – en forme d’excuse, ou tout au moins d’explication ? – de son nouveau disque, "Things Take Time, Take Time" !

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce nouvel album prouve que la jeune artiste australienne n’a pas paressé durant les confinements successifs. Elle a juste travaillé « lentement » sur de nouvelles compositions, qui soient au niveau de celles de ces deux premiers albums : "Things Take Time, Take Time" bénéficie de plusieurs mélodies très accrocheuses, comme celle du réjouissant "Take It Day by Day" qui nous fera certainement danser de joie lors de la prochaine tournée de Courtney et chanter tous ensemble : « Don’t stick that knife in the toaster / Baby life is like a rollercoaster / And there’s nothing wrong with getting older / Keep one eye on the prize / Don’t give up just yet, you got it. » (Ne mets pas ce couteau dans le grille-pain / La vie est comme un tour en montagnes russes / Et il n’y a rien de mal à vieillir / Garde un œil sur la ligne d’arrivée / N’abandonne pas tout de suite, tu me comprends)… A condition de rester bien conscients que le feelgood feeling de la chanson peut être interprété facilement de manière totalement inverse, et que cet ami qu’il est question de réconforter ici a besoin de gros mensonges bienveillants pour ne pas sombrer dans le désespoir et en arriver au suicide !

Il y a aussi la ravissante ritournelle de "Sunfair Sundown", dont la mélodie semble laisser entrer une lumière plus vive dans la vie de Courtney Barnett, presque une joie de vive inédite… Mais ces petits bonheurs, liés à l’obtention d’un confort matériel minimal (« Oh what a day, and congrats on the keys to your place. You’ve escaped the rat race as they say. » – Oh quelle journée, et félicitations pour les clés de ta maison. Tu as échappé à la course des rats, comme on dit.), ont toujours pour elle un aspect fragile. Ils ont été arrachés à la violence du monde, et on sent bien que la tristesse n’est jamais remisée au placard que pour quelque temps.

Et puis Courtney remet ça sur "Before You Gotta Go", une véritable perle qui illumine de tendresse et de bienveillance ce qui est quand même une chanson d’adieu, sur un joli riff chaloupé presque traditionnel : « Before you gotta go; I wanted you to know; you’re always on my mind. If something were to happen my dear, I wouldn’t want the last words you hear, to be unkind. » (Avant de partir, Je voulais que tu saches, je pense toujours à toi. Si quelque chose devait arriver, je ne voudrais pas que les derniers mots que tu entendes soient des mots méchants.).

« In the morning I’m slow… » (le matin, je suis du genre lente…) : "Rae Street", le premier single, qui sert d’introduction à l’album, explicite clairement quand même qu’il ne faut pas espérer un gros changement chez Courtney : si le refrain de la chanson est immédiatement mémorisable, c’est aussi que les messages sont clairs, et que Courtney n’est pas devenue du jour au lendemain une grande admiratrice de la société moderne : « Well time is money and money is no man’s friend » (Eh bien, le temps c’est de l’argent et l’argent n’est l’ami de personne), et la pandémie n’a certainement pas amélioré à ses yeux les rapports humains. « And all eyes on the pavement, I’m not gonna touch ya don’t worry so much about it. » (Et tous les yeux baissés vers les pieds, je ne vais pas te toucher, ne t’en fais pas.).

Il y aura des gens pour se plaindre que cet album ne voit pas, comme "Tell Me How You Really Feel", son précédent, Courtney nous offrir toute la splendeur de son jeu – il est vrai impressionnant – à la guitare électrique (à l’exception notable de son très long solo, à la Neil Young, sur "Turning Green"), et que le choix ait été toujours clairement fait d’une orchestration dépouillée. Il est clair que ce n’est pas avec cette approche presque lo-fi (même s’il ne faut pas exagérer, le son est superbe tout au long de l’album…) que Courtney deviendra une star internationale tournant dans les stades ! Mais c’est bien cette adéquation entre la sobriété des orchestrations et l’aspect magnifiquement humain de ses chroniques au jour le jour qui fait la singularité et le prix de la musique de Courtney Barnett.

"Things Take Time, Take Time" se conclut de manière bouleversante par deux chansons lentes, "Splendor" et surtout "Oh the Night", une balade parfaite, qui ne tire sur aucune des ficelles évidentes du genre et n’abuse jamais de pathos, mais hisse encore l’album à un niveau supérieur en bouclant la boucle par rapport à son introduction : « Sorry that I been slow, yknow it takes a little time for me to show, how I really feel. » (Désolé d’avoir été lente, tu sais qu’il me faut un peu de temps pour montrer ce que je ressens vraiment)

Oui, Courtney, on te connaît bien désormais, et, même si tu es lente, on t’aime encore plus comme ça.

 

 

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27 novembre 2021

"Arcane" de Riot Games : Faut-il choisir entre la Beauté et l’Emotion ?

Arcane affiche

Pour ceux qui ne seraient pas gamers (eh oui, il en reste…), League of Legends est le top du top en termes de jeux de type « multiplayer on line battle arena » (c’est-à-dire où les joueurs s’affrontent en équipe, en ligne) et ce n’était qu’une question de temps avant que son univers ne donne lieu à une adaptation en film ou en série. Comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, c’est la maison (US) d’édition du jeux, Riot Games, qui a pris en main la production de la série TV Netflix, chargée de capitaliser sur le succès populaire colossal du jeu (on parle quand même de 44 millions de personnes connectées en même temps au pic de son succès en 2019 !). Ce genre d’information en soi n’est néanmoins que peu susceptible d’émouvoir les cinéphiles, tant on serait en mal de citer une seule adaptation audiovisuelle d’un jeu vidéo qui présente un réel intérêt… euh artistique…

Et puis, peu à peu, le buzz a grandi, et il est devenu difficile d’ignorer l’enthousiasme délirant qui semblait s’emparer de ceux ayant regardé la série, relayé – un peu à la traîne – par la critique, qui n’avait rien vu venir : "Arcane" serait ni plus ni moins que le plus BEAU (on parle d’esthétique, là !) film d’animation jamais réalisé, enterrant la totalité des studios spécialisés, qu’ils soient états-uniens, français ou même japonais !

Et de fait, il est impossible de ne pas être immédiatement soufflé par ce qu’on voit à l’écran, soit pour résumer en une phrase : de la splendeur graphique, de l’imagination artistique, le tout soutenu par une réalisation à l’inventivité constante (trois Français sont à la manœuvre, Pascal CharrueArnaud Delord et Jérôme Combe). Et une impression de jamais-vu qui nous replace dans cette situation tellement agréable de l’enfant émerveillé qui assiste à sa première « séance de cinéma ». Eh oui, "Arcane", c’est de ce niveau-là : à couper littéralement le souffle, à arrêter les conversations. Totalement hypnotique, fascinant. Dangereux presque, peut-être, parce qu’addictif : on va engloutir les épisodes les uns après les autres pour festoyer de toute cette beauté, et pour ce plaisir en permanence renouvelé de la surprise « esthétique », dont on n’arrive pas à se lasser, même arrivés à la fin du neuvième épisode, qui s’interrompt sur l’inévitable cliffhanger diabolique.

Les perfectionnistes noteront que certains personnages ne bénéficient pas du même raffinement dans la représentation que d’autres, et que certaines scènes sont moins bien traitées que d’autres, mais on comprend bien qu’un travail aussi colossal artistiquement et techniquement peut laisser passer quelques irrégularités. Et puis, même si les surprises visuelles sont incessantes, on peut, avec un soupçon de mauvaise foi quand même, reconnaître pas mal de codes des fictions « steampunk » classiques depuis une vingtaine d’années, qu’"Arcane" ne renouvelle pas fondamentalement.

Après, là où le débat entre les « pour » (innombrables) et les « contre » (très minoritaires, mais dont il faut écouter les voix, pertinentes) fait rage, c’est sur… bien entendu… le scénario. Car l’exigence de Riot Games a clairement été de mettre tout ce talent à la disposition d’une vraie histoire, qui ne se réduise pas uniquement les habituelles justifications infantiles apportées à des combats spectaculaires. "Arcane" se veut adulte : on multiplie les personnages ambigus (même les affreux méchants sont humains, voire touchants, tandis que les « bons » font des erreurs et se montrent moralement discutables), et on les place dans un récit qui ne recule pas devant une complexité parfois délirante. A partir du thème classique depuis le "Metropolis" de Fritz Lang de l’opposition entre une ville riche « à l’air libre », Piltover, et une ville misérable, souterraine, Zaun, et d’un fond surnaturel intégrant magie et technologie, "Arcane" construit des jeux politiques et économiques qui ressemblent bien à ceux agitant le monde capitaliste qui est le nôtre (on notera avec tristesse que la notion de révolte sociale est ignorée au détriment du désir de puissance, de domination et d’avoir « une part du gâteau »). Comme dans les séries TV adultes, les protagonistes peuvent mourir (d’où le fameux épisode 3, le meilleur des 9, celui de la rupture…), et comme dans la vie, ils changent d’avis, les alliances se font et se défont… bref, le chaos règne.

Mais là où on est bien obligé de reconnaître qu’"Arcane" ne réussit pas son coup, c’est que l’impression générale reste celle d’une artificialité forcée : en dépit de toutes ces crises existentielles, crises de nerfs, crisses de folies, figurées à l’écran par moult convulsions des personnages, on ne sent pas réellement concernés. Pour figurer notre frustration, disons qu’il y a plus d’émotion dans trente secondes d’un plan fixe sur un visage simplement dessiné ou sur un paysage campagnard sous le soleil dans un film de Miyazaki que dans la totalité des sept heures d’"Arcane".

Problème de rythme (souvent trop rapide) ? Problème d’interprétation (pas de vrais acteurs pour faire vivre les personnages) ? Problème d’écriture (les injonctions à « faire du cinéma adulte » échouant devant la facilité d’user de schémas réducteurs sur la folie – avec le personnage spectaculaire mais absurde de Jinx / Powder -, sur l’amour fraternel, sur l’amitié, etc.) ? Problème d’auto-censure (puisque malgré tout, la violence extrême ne tue pas aussi « logiquement » qu’elle le devrait, et que la crédibilité de nombreuses scènes d’en ressent) ?

… Ou, plus grave peut-être, problème endémique de l’adaptation d’un jeu vidéo ? Malgré l’argent, malgré le talent artistique, malgré les ambitions, "Arcane" n’arrive pas à se défaire complètement de l’artificialité de ces mondes virtuels où l’imagination n’a pas de limite, mais où l’être humain – c’est-à-dire ce qui est vraiment passionnant – se dissout dans l’image.

 

 

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26 novembre 2021

"Steven Soderbergh, Anatomie des Fluides" de Pauline Guedj : Circulations, réseaux et flux...

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Parmi les cinéastes contemporains, il existe un réalisateur plus que notable, ayant à son actif autant de films ambitieux, résolument indépendants, que de blockbusters populaires ayant rencontré le succès commercial… et que quasiment aucun cinéphile ne citera parmi ses auteurs préférés : Steven Soderbergh, récompensé en 1989 par la Palme d’Or à Cannes pour son premier film de fiction, "Sex, Lies & Videotape", alors qu’il n’a que 26 ans, a été omniprésent depuis, puisqu’il a déjà une filmographie riche de 35 films et deux séries TV, mais semble ne pas réellement… compter ! Ce qui évidemment interroge quant à l’intérêt du dernier ouvrage de chez Playlist Society, un essai sur *Soderbergh : écrire sur Cronenberg ou sur Nolan, c’est une vraie évidence pour tous, mais qu’y a-t-il à dire sur un caméléon à l’identité aussi insaisissable que le résident improbable de Bâton Rouge ?

Le titre de l’essai de Pauline Guedj, "Anatomie des Fluides", est un peu surprenant de prime abord, mais l’excellent prologue (de 20 pages sur 140, quand même), en revenant sur les débuts de la carrière polymorphe de Soderbergh et en proposant une lecture originale de son approche, va à la fois expliquer ce titre et le point de vue de Guedj. Et attiser notre intérêt… « Un artiste versatile, pragmatique, dont la carrière n’est pas dictée par une direction esthétique prédéfinie, mais plutôt par une méthodologie du cinéma qui fait de chaque film une expérience unique, déterminée à la fois par la teneur de l’histoire et par l’aventure du tournage » : quel splendide programme, finalement, à rebours de l’affirmation habituelle des artistes, clamant qu’ils ont quelque chose d’important à dire à travers leur Art !

Parce qu’on réalise qu’on a, sans forcément y prendre garde et surtout sans l’avoir « voulu » (de la manière dont on voudra systématiquement aller voir le nouveau Tarantino ou le dernier Eastwood), vu une grande partie des films dont Guedj parle, souvent brillamment, ici, on se trouve vite embarqués par ce travail de réflexion original : à la différence de la plupart des auteurs, la singularité – et la « valeur ajoutée » – de Soderbergh réside non pas dans ses thèmes – il n’est pas de ces auteurs qui font toujours le même film, bien au contraire – mais dans son approche globale du cinéma (ou de la série TV), puisqu’il conjugue souvent les rôles de scénariste, réalisateur, mais aussi chef opérateur et monteur. Et que, de ce fait, toute son œuvre – pas seulement le produit fini, le film lui-même, mais le processus pour y arriver – est une forme de réflexion sur le cinéma, et plus largement sur le monde : « A l’heure de la globalisation culturelle, Steven Soderbergh souhaite saisir les enjeux de l’époque contemporaine en suivant à la trace ses circulations, ses réseaux et ses flux difficilement intelligibles. » : il est un cinéaste essentiellement politique, au sens noble du terme, même s’il ne fait pas ouvertement de cinéma militant (tout en admettant que l’un de ses plus grands succès, "Erin Brockovich" est un film qui célèbre clairement la lutte de l’individu contre le « système »…)

Le grand attrait d’"Anatomie des Fluides" s’avère donc la profonde originalité des angles d’analyse de Pauline Guedj, loin des sentiers bien battus de la critique cinématographique classique, et le résultat très stimulant de cette réflexion. Le seul défaut du livre, mais il est logique étant donné la nature de l’exercice, est qu’il a quelque chose d’un work in progress non abouti : il échoue in fine à consolider de manière convaincante les différents fils déroulés, et à en arriver à un portrait cohérent de Soderbergh et de son travail, à une synthèse de toutes les réflexions conduites. On ressent presque une brutalité dans la conclusion d’une réflexion qui aurait pu être encore prolongée, pour notre plus grand plaisir : quelque part, Soderbergh reste une énigme non résolue, ce qui ne manque pas non plus de charme. De toute manière, son œuvre étant toujours en plein développement, un second tome sera clairement nécessaire pour poursuivre ce travail. On se donne rendez-vous dans dix ans (minimum…), pour la suite ?

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25 novembre 2021

"Après" de Stephen King : après le sixième sens...

Après Stephen King

Après les réussites successives des deux derniers livres parus en France de Stephen King, le roman "l’Institut" et le recueil de nouvelles "Si ça saigne", on avait retrouvé un auteur au sommet de sa forme, capable de conjuguer des idées toujours aussi géniales avec cette fameuse maîtrise dans la construction de personnages forts, et envers lesquels on ressentait une réelle empathie, le tout placé judicieusement dans un contexte social et politique qui ajoutait du sens à l’intrigue. La surprise – et la légère déception, avouons-le – que l’on ressent à la lecture de cet "Après" (une traduction un peu maladroite du titre original, "Later", qui signifie en fait « plus tard ») est de voir que, cette fois, King a… manqué d’imagination… ! … et ne nous offre rien de particulièrement intéressant, ou même convaincant dans cette nouvelle histoire, mélangeant assez maladroitement fantastique et policier.

Le point de départ d’"Après" est ni plus ni moins que le concept du "Sixième Sens" de M Night Shyamalan, ce que King, toujours honnête, reconnait d’ailleurs ouvertement en faisant très vite référence au film… Un concept prolongé sans grandes variations dans le futur de Cole, qui est devenu Jamie sans avoir fondamentalement changé (bon, sa mère célibataire est quant à elle devenue lesbienne, ce que l’on peut soupçonner n’être qu’une concession à l’air du temps…). Même si le comportement des « fantômes » est ici légèrement différent de celui décrit dans le chef d’œuvre de Shyamalan, on ne peut pas dire que King ait fait beaucoup d’efforts pour s’approprier ce sujet !

Le second problème d’"Après", plus sérieux en fait pour le lecteur, est l’absence d’une réelle histoire, le héros passant par différentes situations (avec différents antagonistes) reliées assez lâchement entre elles : même si la conclusion du roman n’est pas mauvaise, avec un dernier twist que l’on peut trouver décalé par rapport au sujet principal du livre mais qui est loin d’être anodin, on ne peut s’empêcher de penser en refermant ce livre, relativement court pour un King avec à peine plus de 300 pages : « Tout ça pour ça ? ».

Et pourtant si la partie imaginaire et scénaristique est étonnamment faible, tout le reste – les personnages et le contexte social -, sans même parler du style de la narration, reste aussi bon qu’à l’habitude. Après se dévore à toute vitesse, et il n’y a pas une page sans que l’on ressente de l’amour ou de la haine pour des protagonistes restant parfaitement crédibles, et qui sont totalement humains avec leurs qualités et leurs défauts, avec les bonnes et les mauvaises décisions qu’ils prennent face à l’adversité.

En nous remémorant le crash de l’économie mondiale, causé par les malversations financières d’une poignée de sociétés malhonnêtes, et l’ampleur du désastre social qui s’en est suivi aux Etats-Unis, Stephen King continue à se positionner comme la voix de l’Amérique moyenne, victime aussi bien d’un système social impitoyable pour ceux qui n’ont pas la chance d’être riches, que d’un véritable effondrement éthique du capitalisme.

Et en illustrant nombre de scènes par des références « pop » (comme on disait autrefois) à des livres, des musiques, des comic books ou des films populaires, il s’inscrit sans honte dans la belle tradition d’un story telling US qui est peut-être bien la meilleure chose que ce pays ait apporté au monde.

"Après", en dépit de ses failles, est un livre aussi généreux que plaisant à lire. C’est un roman paradoxalement – par rapport à son thème lugubre – gai et plein de vie, une nouvelle chronique d’enfance – soit quand même un domaine dans lequel King est imbattable – qui génère chez le lecteur tellement d’enthousiasme que l’on pardonnera aisément à son auteur ce petit passage à vide.

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24 novembre 2021

"Foundation - Saison 1" de Josh Friedman et David S. Goyer : Asimov vs. Herbert

Foundation S1 affiche

Alors que la planète des fans de SF classique s’embrasait à l’idée de voir adaptée à l’écran l’une des œuvres les plus chéries de « leur littérature », "Dune", un défi tout aussi colossal était lancé par la plateforme Apple TV+, qui s’attaquait ni plus ni moins qu’à "Fondation", la série de livres d’Isaac Asimov, dont on peut objectivement affirmer que son importance est encore plus grande. Ecrit par celui que l’on considère comme l’un des trois plus grands auteurs de Science-Fiction, le cycle de "Fondation" fut conçu comme une approche « historique du futur », et reçut l’insigne honneur d’être la seule œuvre du genre à recevoir un Prix Hugo de « la meilleure série de science-fiction de tous les temps », ni plus ni moins !

Si avec "Dune", Herbert avait voulu proposer une double réflexion écologique et politique, inspirée d’ailleurs de la culture arabe et de l’Islam, Asimov avait joué lui, le scientifique auteur de nombre de livres de vulgarisation, sur l’opposition entre une tyrannie totalitaire toute puissante et la liberté de pensée qu’offrent les théories scientifiques, et en particulier les mathématiques. Et si cette lutte entre un Empire contrôlant l’univers et une petite bande de rebelles décidés à le renverser, a été évidemment l’une des inspirations de George Lucas pour son "Star Wars" (hormis pour les extra-terrestres, pullulant chez Lucas et radicalement absents chez Asimov !), l’aspect très abstrait et anti-spectaculaire des récits d’Asimov rendaient "Fondation" tout aussi inadaptable que "Dune", mais pour des motifs bien différents.

On était donc curieux de découvrir ce que Josh Friedman et David S. Goyer allaient trouver pour rendre "Foundation" acceptable aux yeux du grand public, et justifier ainsi des investissements financiers aussi considérables que ceux requis pour les huit saisons prévues. Et le premier épisode de la série est absolument magnifique – au point que certains d’entre nous se sont exclamés, dans un moment d’extase : « ce que Villeneuve est en train de rater avec son "Dune", Apple TV+ va le réussir avec "Foundation" ! »…

Ce démarrage en fanfare s’appuie sur un scénario fidèle à Asimov, sur des effets spéciaux remarquables, sur une très belle esthétique, et surtout sur des acteurs charismatiques : le génial Jared Harris qui fait encore une fois des merveilles en mathématicien–conspirateur qui va inspirer la création d’une « fondation » sur une planète très éloignée du siège de l’Empire, mais aussi l’impressionnant Lee Pace en empereur, et aussi les superbes Lou Llobell et Leah Harvey dans les rôles des deux personnages principaux, d’ailleurs représentées comme deux femmes de couleur qui vont amener le changement dans toute la galaxie. C’est d’ailleurs là que "Foundation" surpasse clairement le film de Villeneuve – et ce sera le cas tout au long des dix épisodes de cette première saison -, dans sa capacité à conter une histoire colossale sans jamais perdre la vérité et l’émotion humaine.

La suite va malheureusement s’avérer une relative déception, même si, heureusement, les 3 derniers épisodes relèvent sensiblement le niveau, et permettent à la saison de se terminer sur une note haute, qui nous permet de garder espoir pour la suite. Le problème de "Foundation" est la maladresse de son scénario, et pas parce qu’il s’écarte des livres : c’est en fait la partie qui n’est pas chez Asimov, l’idée – de fait assez brillante – du clonage éternel de l’empereur pour symboliser la stagnation de la dictature, ainsi que le récit d’une conspiration de palais contre lui, qui donnent lieu aux meilleurs moments de la saison !

Alors que, à l’inverse, quand il s’agit de trouver comment raconter l’histoire du livre, les scénaristes se plantent largement, embrouillant la chronologie, complexifiant le récit au lieu de le simplifier, et ayant recours de nombreuses fois à des « deus ex machina » puérils ou à des invraisemblances risibles pour « rattacher leurs wagons » au train de la fiction.

Pire encore, tout au moins pour les innombrables fans d’Asimov, le principe essentiel de la « non-violence », à la base son œuvre, est constamment trahi par l’usage d’armes et le recours systématique à la violence par les protagonistes, comme – ou presque – dans n’importe quel blockbuster hollywoodien !

"Foundation" s’avère donc une série de SF spectaculaire, très bien réalisée et interprétée, souvent magnifique esthétiquement, et surtout plutôt intelligente, malgré ses incohérences (ça aurait d’ailleurs été un comble de produire une œuvre stupide à partir d’un matériau de base aussi brillant que les idées d’Asimov !) et son rythme inégal. Mais c’est aussi une série qui aura plus de chance de plaire à ceux qui n’ont pas (encore) lu les livres.

Pour savoir si oui ou non il s’agira d’une plus grande réussite que le "Dune" de Villeneuve, il nous faudra donc attendre les prochains épisodes de ces deux œuvres : rien n’est encore joué.

PS : A quand une adaptation des "Chroniques Martiennes" de Ray Bradbury ?

 

 

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23 novembre 2021

"Bron / Broen - dernière saison" de Camilla Ahlgren : un nouveau départ...

Bron S4 poster

Nous aurons dû alors accepter plus de deux ans d’attente avant de pouvoir regarder la conclusion de la série, puisque c’est en janvier 2018 qu’elle sera – discrètement – mise en ligne. Il nous faudra encore attendre pas mal de temps avant une disponibilité plus large en France, sans doute due à la relative – même si incompréhensible – confidentialité de "Bron / Broen". Sur le modèle de la troisième saison dont elle constitue la parfaite prolongation, cette dernière enquête de notre chère Saga va mélanger la traque d’un criminel machiavélique qui opère “au second degré” avec la résolution des deux sujets restés ouverts : qu’est-il advenu à la famille de Henrik disparue depuis de nombreuses années, et la mère de Saga a-t-elle réellement tué la sœur de celle-ci sous l’emprise “d’un Munchhausen by proxy” ? En liant habilement ces trois sujets et en leur apportant une résolution satisfaisante, sans tomber dans aucun happy end facile – puisque la vraie vie ne croit pas au bonheur – Camilla Ahlgren et son équipe de scénaristes nous offrent une conclusion sans défaut (mêmes si nous aurions naturellement aimé savoir ce qu’il advenait de nombreux personnages “secondaires” auxquels nous nous étions attachés…).

Les dernières scènes, moins noires que les conclusions des précédentes saisons, nous obligent toutefois à admettre que si un nouveau départ est toujours possible, il y a un prix élevé à payer : jeter sa vie passée par-dessus la rambarde du “Pont”, accepter que les seules frontières qui comptent sont celles de l’esprit – ou peut-être du cœur -, et sacrifier ce qu’on a aimé pour pouvoir marcher à nouveau vers la lumière. Alors que "Bron / Broen" se clôt pour la dernière fois sur "Hollow Talk", la superbe chanson de Choir of Young Believers qui est devenu pour nous une sorte d’obsession au fil des années, on réalise que Saga Nordén a toujours été plus proche du personnage de Harry Hole (chez Jo Nesbø) que de celui de Sarah Lund (dans "Forbrydelsen") : son Asperger, comme l’alcoolisme de Hole, a causé au fil des épisodes la destruction de tous ceux qu’elle aimait, jusqu’à ce que, dans cette quatrième saison, elle commence à apprendre la relativité des jugements et l’importance de la subjectivité dans les rapports humains. Il est sans doute illusoire d’imaginer que quelqu’un souffrant d’autisme puisse ainsi triompher de sa maladie, mais c’est au moins une raison de se réjouir de la conclusion de "Bron / Broen" (… en attendant la sobriété définitive de Hole !).

 

 

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22 novembre 2021

"Tre Piani" de Nanni Moretti : pères / peur

Tre Piani Affiche

A la sortie de "Julie (en 12 chapites)" de Joachim Trier, nous avions été interpelés par la contamination évidente – que le film traduisait peut-être malgré lui – du cinéma d’auteur par la forme sérielle, qui est devenue, qu’on le veuille ou non, la forme artistique dominante de l’audiovisuel. Après Trier, voilà que Nanni Moretti lui-même, qui s’est longtemps positionné comme le dernier rempart du cinéma italien contre l’invasion de la télévision (de la même manière qu’il se voulut le dernier rempart de la gauche italienne contre le berlusconisme), a cédé au goût universel pour le « soap opera » à l’américaine. Et comme pour "Julie (en 12 chapites)", on ne peut s’empêcher de penser que "Tre Piani" (c’est-à-dire « trois étages ») aurait fait une bien meilleure série TV…

Comme point de départ du « nouveau Moretti » – on aime bien utiliser ce terme un peu démodé, qui nous rappelle non sans nostalgie une époque pas si lointaine où on attendait chaque nouveau film d’un auteur aussi significatif, aussi reconnaissable que lui -, il y a le livre d’un écrivain israélien remarquable, Eshkol Nevo, racontant trois histoires arrivant à trois familles habitant le même immeuble, et leur développement au fil des années. Moretti a clairement rajouté quelques éléments qui lui sont propres, en particulier dans la dernière partie, qui peut être vue comme une possible réconciliation – même si elle est limitée, on n’est heureusement pas dans un happy end à l’américaine – entre les acteurs des différents drames qui se sont joués sous nos yeux. Il a aussi posé quelques effets de signature, rappelant ses engagements politiques (l’agression du centre d’aide aux migrants par des manifestants d’extrême droite) comme son goût pour une certaine fantaisie (les danseurs de tango dans les rues de Rome)… Mais ces ajouts sont finalement trop discrets pour qu’on ait réellement l’impression de voir un « film de Moretti). D’où, probablement, la froideur avec laquelle le film a été reçu, aussi bien à Cannes que lors de sa sortie en salle…

Car "Tre Piani" traduit une telle neutralité dans son traitement d’une fiction qui aurait pu, qui aurait dû, proliférer plus, et déboucher – tout au moins à notre goût de spectateur recherchant toujours des sensations inédites – vers des drames considérablement plus violents, qu’il est valide de le trouver tiède. L’humour merveilleux dont témoignait les premiers films de Moretti s’est envolé, son goût pour une certaine violence (légère, mais…) surprenante a été expurgé. Il ne nous reste de lui que l’attention précise qu’il porte à ses personnages : une sorte de délicatesse qui n’a pas bonne presse aujourd’hui, que l’on peut facilement confondre avec de la fadeur, et que nous avions pourtant célébrée à l’époque de "la Chambre du Fils". Passée une introduction – l’accident de voiture qui va déclencher deux des trois histoires contées par "Tri Piani" – assez saisissante, le film ronronne, et l’angoisse existentielle profonde qui torture les personnages « principaux » n’est qu’à peine traduite à l’écran.

Est-ce un mal ? Ce n’est pas certain, tant il aurait été facile de critiquer le potentiel mélodramatique de la plupart des situations. Moretti évite cet écueil, et se distingue en cela de la Série TV la plus racoleuse, s’appropriant donc un scénario propice aux sensations fortes pour en faire une sorte de berceuse chantée à voix douce, où le désarroi – qui touche régulièrement à la peur (« paura » est un mot qui revient souvent dans les dialogues) – des protagonistes est comme amorti par l’inertie consolatrice apportée par cet immeuble dont ils ne s’échapperont qu’à la fin du film. Il est saisissant de voir combien, filmé par Moretti, le passage du temps lui-même (dix ans entre le début du film et sa conclusion) n’affecte finalement ni les personnages, ni les situations et les sentiments : cette manière de figer les choses a souvent été vue comme une faiblesse du film, alors que l’on peut très bien y déceler un choix audacieux de Moretti, dont on sait l’attachement parfois névrotique aux racines des choses (racines sociales, politiques ou émotionnelles, voire psychanalytiques).

Il faut ajouter que l’un des thèmes principaux du film est la paternité et les responsabilités et dilemmes qui y sont liés, et on imagine très bien Moretti jetant un regard nostalgique sur sa propre vie familiale, lui qui a été si longtemps totalement engagé et dans son Art, et dans la politique italienne. Les trois questions traitées dans "Tre Piani" sont : comment protéger un enfant contre les dangers du monde ? faut-il pour nourrir sa famille passer sa vie loin d’elle ? comment aimer un fils qui représente tout ce qu’on hait ? Et le film, heureusement, n’apporte aucune réponse satisfaisante à aucune de ces questions…

Mais c’est bien cette impuissance, même représentée avec toute la neutralité d’un filmage très « ligne claire », qui fait la discrète beauté de "Tre Piani". Un film dont on gage qu’avec le temps, il sera réévalué et figurera finalement parmi les réussites de Nanni Moretti.

 

 

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21 novembre 2021

Gustaf à Petit Bain (Paris) le jeudi 18 novembre

2021 11 18 Gustaf Petit Bain (28)

22h05 : Gustaf, c’est un quintette originaire de Brooklyn, comme une bonne partie de la nouvelle musique qui compte aujourd'hui, et on peut facilement les prendre pour des rigolos (-tes, plutôt, même si le groupe comprend un mâle, ce pour quoi Lydia Gammill s'excusera en riant plus tard), parce que ça sourit beaucoup sur scène. Et parce qu’il y aura pas mal de petites, voire de grosses plaisanteries au cours du set de plus d’une heure et quart : faire jouer la guitare par le public, faire monter les filles de Ottis Cœur sur scène juste pour crier une fois, sortir de scène avant les rappels en jouant à une sorte de « chat » où la délirante Tarra désigne le musicien qui doit disparaître, ce genre de… gamineries. Mais quand Lydia se prend au jeu (de scène), elle devient aussi possédée que... disons le Nick Cave d'autrefois... et on n'a plus envie de rire devant les claques qu'elle se met dans la figure ou sur la tête, et les regards de démente dangereuse qu’elle nous jette. Du coup, assister à un concert de Gustaf, ça nous a presque incités à écrire quelque chose du genre : "J'ai vu le futur du Rock et il portait une camisole de force". Gustaf, c'est beaucoup plus excitant qu’on l’imagine en écoutant l’album et en regardant les clips, car ça fait un peu peur, et il y a même deux ou trois moments où l’on ne passe pas loin de cette fameuse « bascule » vers l'hystérie générale.

Mais, surprise, surprise, Lydia calme le jeu dans la seconde partie du set, qui prend la forme de longs monologues - dont un en français, bravo et merci – presque hip-hop, mais souriants, cette fois : une quasi-logorrhée qui joue sur la répétition des mots, au contenu politique, posée sur une rythmique métronomique assurée par une basse qui cisaille littéralement l’atmosphère de Petit Bain.

2021 11 18 Gustaf Petit Bain (30)

Et non, nous n'avons pas encore parlé de la musique elle-même... eh bien, sur ce point, il y avait débat : on est clairement du côté de Bodega, ce qui ne surprend pas vu l’appartenance des deux formations à la nouvelle scène de Brooklyn. On pourrait identifier des influences B-52’s, Tom Tom Club ou Devo, mais le tout en quelque sorte dans une version décharnée : avec Vram, le guitariste, qui ne fait qu'à s'amuser, avec Tarra qui joue la choriste au premier plan en faisant des plaisanteries avec des cochons en plastique et avec sa voix distordue et masculinisée par les machines, la responsabilité du son repose intégralement sur la section rythmique de Tine à la basse et Melissa à la batterie. Et croyez-nous, cette section rythmique fait des merveilles !

Evidemment, le fait que la setlist contienne l’intégralité de l’album nous aide à trouver nos repères au milieu du chaos général, et des bombes déjantées et drolatiques comme le génial Cruel, le dansant The Motions ou l’agressif et plus post-punk Mine sont riches en sensations fortes. Et originales.

 

 

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20 novembre 2021

The Hives à l'Olympia (Paris) le mercredi 17 novembre

2021 11 17 The Hives Olympia (14)

21h00 : cette fois, puisque les paris étaient ouverts entre les partisans du blanc et les défenseurs du noir parmi les fans, les Hives ont choisi le costume noir avec des rayures zébrées blanches- phosphorescentes dans l'obscurité, avec la traditionnelle chemise blanche dessous. Très classe, comme toujours. On attaque, sans surprise, par Come On, mais quelque cloche : le son est confus, pas assez fort, la voix de Pelle est presque inaudible, ce qui est très rare à l'Olympia. Pire, le groupe ne dégage pas son habituelle énergie… Mais peu importe, le public parisien est déjà à fond !

Si le son va s'améliorer (un peu), et si le groupe va progressivement trouver son rythme (Pelle reconnaîtra d'ailleurs, de manière inhabituelle, que les Hives post-pandémie ont un peu de mal à retrouver leurs marques...), la joie et l'énergie du public parisien ne baisseront jamais durant l'heure dix qui va suivre. Et si, au final, ce concert "de retrouvailles" atteindra parfois des sommets, ce sera largement grâce à l'enthousiasme délirant de toutes (beaucoup de filles qui n'hésitent pas à slalomer, et qui hurlent) et de tous. Des sommets, il y en aura plusieurs dans la soirée : Won’t Be Long (sans doute leur meilleure mélodie à chanter tous ensemble !), Walk Idiot Walk, et surtout, comme toujours, leur tube parfait, Hate to Say I Told You So : trois moments de joie intense, de profonde satisfaction « physique », trois moments où l’Olympia tout entière, avec tout le monde au balcon debout et dansant, ressemble à un immense chaudron en ébullition. Trois moments où les Hives deviennent un grand groupe.

2021 11 17 The Hives Olympia (26)

Cerise sur le gâteau, Pelle, même s’il continue à assurer son rôle de M. Loyal du cirque des Hives, sera un peu moins bavard qu’à son habitude. On comprend que les dialogues de Pelle avec le public font partie du charme du groupe, qu’ils servent sans doute aussi aux musiciens à reprendre un peu leur souffle entre deux brûlots punks joués à cent à l’heure, mais on est contents de rester dans la mesure à ce niveau-là ! Par contre Pelle et Nicholaus continuent à être tous deux en contact permanent avec les premiers rangs, voire pour Pelle, à se lancer dans quelques slams : il y a des choses qui ne changent pas, et c’est tant mieux !

Le rappel débute par le single de 2019, I’m Alive, assez peu connu mais diablement efficace puisqu’il rompt avec le style habituel du groupe, en étant plus lent et plus lourd, et s’éternisera un peu sur un Tick Tick Boom, certes très attendu, mais trop délayé, entre les présentations humoristiques des musiciens et l’habituel petit jeu de faire asseoir le public (très difficile, vu comme nous sommes entassés !)….

…Mais, au bout de la nuit – courte, quand même, la nuit – l’ambiance incroyable qui régnait dans une Olympia que l’on n’avait pas vu autant à la fête depuis longtemps, fut notre plus belle récompense… à nous comme aux musiciens, visiblement heureux de cette chaleureuse réception.

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