Le journal de Pok

27 mai 2015

"Growing Up is For Trees" de I'm From Barcelona : ENSEMBLE !

2015 05 IMFB Maroquinerie AlbumLe monde a-t-il vraiment besoin d'une version "light" de Arcade Fire ? La question se pose à l'écoute du pétulant dernier album des Suédois pléthoriques de I'm From Barcelona, "Growing Up Is For Tree". Les 3 premiers morceaux, irrésistibles, complètement exaltants - à la manière d'un "Funeral" débarrassé de sa noirceur et de sa métaphysique - semblent indiquer que, "Oui", en l'absence des maîtres, on se satisfait pleinement de la beauté fulgurante d'un "Helium Heart" qui nous froisse délicieusement notre cœur à nous, à défaut de nous le briser ! Ce sont néanmoins les morceaux suivants, un peu moins "sous influence", un peu plus enfantins, qui transmettent peut-être mieux les angoisses d'Emmanuel Lundgren, son besoin régressif d'être réconforté par sa bande d'amis qui chantent, dansent, jouent de leurs instruments hétéroclites autour de lui. Le programme de I'm From Barcelona n'a sans doute jamais été aussi clairement exprimé que sur cet album : jouer ENSEMBLE la musique la plus gaie qui soit, au risque - parfaitement assumé - de la naïveté, pour ne pas sombrer dans la morosité de nos vies adultes, qui semblent chaque jour un peu plus sans objet. Et faire que la Musique ne s'arrête JAMAIS. Un programme magnifiquement exécuté dans "Growing Up is For Trees", l'album qui nous rendra un peu plus heureux en 2015.

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26 mai 2015

"Le Frisson" de Ross Macdonald : d'utilité publique...

Le FrissonIl semble qu'en 2015, on ait oublié qu'on peut faire un bon polar populaire sans serial killer, sans accumulation de scènes "gore", ou sans démesure conspirationniste. Relire l'oeuvre de Ross Macdonald, et les enquêtes de Lew Harper (interprété à l'écran par le grand Paul Newman, ne l'oublions pas), s'avère sans doute désormais d'utilité publique, et "Le Frisson" bénéficie de la réputation d'être l'un des tous meilleurs livres de la série. Personnage fascinant de privé ayant hérité de Philip Marlowe ou de Sam Spade un pragmatisme teinté d'idéalisme bien dissimulé, en décalage avec son époque où les valeurs humaines semblent - déjà - bien dégradées, intrigue à la complexité impressionnante inscrivant une multitude de personnages dans un arc historique finissant obligatoirement dans le sang, mais surtout élégance d'une écriture efficace et ultra précise, il y a beaucoup de sources intarissables de plaisir dans "le Frisson" qui expliquent son apparition régulière dans les listes des meilleurs "polars" de tous les temps. Reste que la mise en scène un peu artificielle des révélations, et la fin très brusque - avec sa dernière phrase mythique (ou qui devrait l'être) - nous frustreront un peu, et nous empêcheront in extremis, en dépit de la force du dévoilement d'un secret accablant, de parler ici de chef d'oeuvre absolu du Roman Noir.

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25 mai 2015

"Fargo - Saison 1" : spin off au léger goût de désillusion du chef d'oeuvre des Frères Coen

Fargo JaquetteConcept intéressant que ce "spin off" du chef d'oeuvre des Frères Coen, produits par eux mêmes et décliné sous la forme d'une série en 10 épisodes de 45 minutes. Le fan se délectera des nombreuses et savoureuses références au film original, mais également à d'autres personnages de la filmographie des Brothers (le tueur implacable et supérieurement efficace, qui absorbe d'ailleurs ici toute l'attention du téléspectateur, tant l'interprétation de Billy Bob Thornton est intense, le Personal Trainer imbécile...), et devra reconnaître que l'atmosphere si particulière du film n'est en aucun moment trahie par le remarquable travail des réalisateur et autres "techniciens" à l'œuvre ici sur cette série très soignée (mention spéciale à la musique, très réussie). Malgré tout, on constate qu'il était bien évidemment illusoire d'espérer conserver sur près d'une dizaine d'heures la transcendance magnifique de "Fargo"- le film, et que les scénaristes ont ramé pour maintenir l'intérêt du téléspectateur : entre les trous d'air du récit, une fois épuisé l'élan du magnifique pilot, de curieuses ellipses, des personnages disparaissant sans explications et des situations inachevées, et surtout une fin fondamentalement décevante, "Fargo"- la série nous laisse quand même un léger goût de désillusion.

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18 mai 2015

Revoyons les classiques du cinéma : "Mad Max 2" de George Miller (1981)

Mad Max 2 AfficheRevoir le magistral "Mad Max 2", près de 35 ans après sa sortie explosive et mémorable (et juste avant un retour vaguement inquiétant aux affaires avec "Mad Max 4") permet - entre autres - de vérifier à nouveau la supériorité absolue de l'effet de réalité de la cascade sur le trucage numérique (la CGI, comme on dit aujourd'hui...) aussi parfait soit-il. Dans ce chef d’œuvre indiscutable du film d'action, outre la perfection de la narration, de la mise en scène - constamment juste et inspirée de George Miller -, de l'interprétation d'un Mel Gibson "à fond" (sans ce recul ironique qu'il a vite acquis en rejoignant Hollywood), on jubilera avant tout devant l'hystérie des scènes de poursuite, et devant ces tonnes de métal hurlant, écrasant les véhicules et broyant les corps avec un réalisme rarement atteint - ou du moins qui ne le sera plus à nouveau tant que les financiers crétins aux commandes du Cinéma populaire préféreront la parfaite sécurité de l'ordinateur à l'imperfection tellement risquée du réel.

Bien sûr, en 2015, on grimacera devant l'utilisation lourdingue de la très mauvaise musique de Brian May (cette obsession du "soulignement" musical est sans doute l'une des seules "fautes théoriques" commises par Miller), on sourira de l'incohérence fondamentale d'une histoire qui voit ses personnages gâcher à longueur de temps leur ressource présentée comme la plus précieuse, ou de l'imagerie "punk-SM" pas très fine, mais ce sont là de bien légères réserves par rapport à la beauté de "Mad Max 2" : les paysages désertiques de l'Australie - peut-être jamais encore filmés de cette manière - qui confèrent un cachet particulièrement aride et suffocant à l'ambiance du film, ainsi que la dimension mythique de ce héros post-moderne (cynique, perdu, pragmatique) et pourtant infiniment romantique qu'est Max, rendent le film inoubliable.

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17 mai 2015

"Je suis Vivant et vous êtes Morts" d'Emmanuel Carrère : le visage dans le ciel...

Je suis vivantPhilip K. Dick a été mon auteur préféré dans les années 70, à l'époque où se sont constitués mes goûts littéraires, et sans dire comme certains que "Ubik" est l'un des 5 livres les plus importants de l'histoire de l'Humanité, il est certain que j'ai gardé de cette fréquentation le souvenir du plaisir aigu que me procuraient les défis conceptuels et les jeux paranoïaques phildickiens. Emmanuel Carrère est depuis quelques années l'un de mes écrivains favoris, lui qui semble capable de sublimer dans ses biographies la vie de quiconque, qu'il soit artiste ou criminel (ou les deux...). L'idée de lire la bio de Dick par Carrère, même en sachant qu'il s'agit d'une œuvre "de jeunesse", m'était logiquement irrésistible, et le moins que je dois dire, c'est que "Je suis Vivant et Vous êtes Mort" m'a procuré un plaisir intense, celui de retrouvailles avec un vieil ami de mon adolescence, avec ses éternelles plaisanteries, avec ses délires (aujourd'hui, on parlerait de "mindfucks") diablement séduisants. Des retrouvailles magistralement orchestrées avec la complicité évidente d'un Carrère qui prend fait et cause pour la schizophrénie polymorphe de Dick : peu importe la véracité des éléments biographiques - Carrère semble user de pas mal de "licence poétique" pour faire correspondre systématiquement chaque étape de la vie de Dick avec le contenu des romans composés à la même époque -, car le terrain que laboure ce livre, c'est évidemment celui de l'univers mental du "génie le plus barré" de la S.F. Chaque chapitre de "Je suis Vivant..." voit Dick s'engluer assez pitoyablement dans ses histoires d'amour dérisoires, dans sa consommation de drogues de plus en plus intensive, dans le désir enfantin d'une célébrité qui lui échappera toujours largement, et agit alors comme un tour d'écrou supplémentaire, visant à nous priver de tout espoir (... mais aussi de tout désir...) de retrouver un jour de le chemin de la sortie. Le chemin de la vie, de la réalité, de la raison, la sortie de la production littéraire de Dick, du livre de Carrère lui-même. Car l'idée géniale de "Je suis Vivant...", c'est quand même d'extraire de quelques-uns des romans-clé de Dick la quintessence de ses concepts paranoïaques - et visionnaires, n'ayons pas peur de le dire -, de les appliquer à sa / notre réalité, et de finalement renchérir par rapport à son postulat ludique de départ : pour Carrère comme pour le vrai fan phildickien, la plaisanterie "avant-dernière" est que Dick était bel et bien le Prophète du XXème siècle, clairement aussi barjo et aussi illuminé qu'un Jésus trafiquant de champignons hallucinogènes, mais nettement plus pertinent que lui. Et qu'il a bel et bien soulevé, pour notre plus grande joie et notre plus grande terreur, un coin du voile. Qu'il nous a montré ce que nul ne doit jamais voir : le visage convulsé de haine de Dieu, dans le ciel. Après ça, aucun retour possible, chacun de nous doit désormais se résigner à entrevoir régulièrement l'un des effroyables stigmates de Palmer Eldritch, histoire de ne jamais oublier que, de fait, nous somme tous MORTS.

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16 mai 2015

Séance de rattrapage : "le Hobbit : la Bataille des Cinq Armées" de Peter Jackson

Le Hobbit 3 AffichePourquoi perdre son temps - même cinq minutes - sur un désastre de l'ampleur de cette "Bataille des Cinq Armées" ? Par fidélité à Tolkien, ici poignardé, non, pardon, conchié par celui qui se disait son plus grand fan, ce Peter Jackson qui, je l'espère, ne sera plus autorisé désormais à faire le moindre film ? Pour exprimer mon incommensurable rage devant une telle accumulation de bêtise, de laideur et d'incompétence ? Pour contrebalancer tant de commentaires complaisants de pauvres spectateurs clairement aussi perdus que moi ? Que sauver de ces 144 minutes d'ennui profond, de consternation sans fond ? Une scène par ci par là, peut-être, mais l'effort en vaut-il la chandelle ? Scénario inexistant, acteurs en pleine pantalonnade, répétition jusqu'à la nausée, la vraie, des effets de signature de "mise en scène" Jacksoniens, et surtout, surtout, déréalisation mortifère de la 3D, transformant ce qu'on aimerait être des scènes épiques - ou même simplement d'action - en simulacres pitoyables de jeux vidéo. Toute intelligence bue, toute émotion oubliée. Ici, le Cinéma est Mort. Coulent mes larmes...

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15 mai 2015

"Hotel Europa" des Nits : rude déception !

Hotel EuropaOn brûlait d'envie depuis longtemps d'écouter la suite du brillant "Urk", datant quand même déjà de 1989, et sommet de la longue et riche discographie des Nits puisque traduisant parfaitement l'énergie, la fraîcheur et la fantaisie du groupe sur scène. "Hotel Europa" était un projet des plus excitants, puisque couvrant presque exactement ces 25 dernières années de concerts donnés par les merveilleux Bataves à travers l’Europe… Sauf que la déception s’avère rude : derrière une pochette magnifique – des photos de chambres d’hôtel à travers le continent européen et à travers le temps -, le contenu musical de "Hotel Europa" est extrêmement pauvre, et ne nous offre qu’une maigre poignée d’occasions de nous émerveiller comme autrefois sur la créativité du trio. La plupart du temps, cet interminable double album ne dégage qu’un profond ennui, et même un peu de gêne par instants alors que Henk et ses acolytes font des choix d’orchestrations pour le moins discutables, voire laids et ridicules : ce qui passe dans l’excitation du moment s’avère beaucoup moins digeste une fois gravé pour l’éternité. La principale cause de ce semi-désastre réside dans la sélection des morceaux, largement inédits – ce qui contentera certains fans, je peux l’admettre -… mais méritant clairement de le rester, la song list évitant soigneusement les morceaux les plus connus et les plus jouissifs (même si la fin du second CD rattrape heureusement un peu le coup). On peut aussi voir dans cet "Hotel Europa" la confirmation que la veine créatrice de nos chers Nits s’est peu à peu épuisée, ce que l’on soupçonnait évidemment à l’écoute d’albums qui étaient devenus avec le temps de plus en plus désincarnés. Sans doute est-il temps pour les Nits de plier leurs gaules, pour ne pas gâcher les merveilleux souvenirs qu’ils nous ont offerts durant la première partie de leur longue carrière.

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14 mai 2015

"Vulnicura" par Björk : rupture amoureuse

vulnicuraSi les ruptures amoureuses sont régulièrement une excellente source d'inspiration pour les artistes qui en manqueraient (... comme si souffrir était un carburant nécessaire, ce qui est à la fois un cliché honteux et une semi-vérité assez banale), elles ne sauraient non plus garantir la réussite du projet musical. Björk, qui tourne en rond depuis pas mal d'années, et nous trompe en la jouant de plus en plus "expérimental", histoire de cacher le déficit en mélodies de ses albums, a visiblement souffert le martyre du naufrage de sa vie amoureuse, et cette souffrance transparaît régulièrement au fil des plages de "Vulnicura", créant une émotion indiscutable - même si l'auditeur peut se sentir placé dans une position de voyeurisme inconfortable. Pour le reste, c'est "business as usual" chez Björk : des titres informes, interminables, plutôt bien orchestrés et bien produits, mais qui ne génèrent au final qu'un vague ennui... Mais, bon, comme d'habitude, la pochette est belle, voire même saisissante.

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13 mai 2015

"The Americans - Saison 2" : une petite série intelligente, mais pas totalement réussie...

The Americans 2 JaquetteLa saison 2 de "The Americans" voit la série progresser vers un statut - pas forcément enviable - de petite série intelligente, mais pas totalement réussie, qui risque de rester désormais le sien. "Petite", parce qu'il semble que l'investissement financier et créatif de la série se concentre sur la reconstitution, assez parfaite, de l'Amérique du début des années 80, et qu'il ne reste plus d'argent ni d'imagination pour rendre la partie "espionnage" plus spectaculaire, ni d'ailleurs le scénario plus accrocheur. "Intelligente" parce que le thème sous-terrain de cette seconde saison, qui n'émergera clairement que dans les tous derniers épisodes, est celui de la filiation, de l'héritage que l'on peut (ou pas) transmettre à ces enfants quand une large partie de notre existence est basée sur des faux semblants : la situation de nos espions russes est évidemment extrême, mais les questions de croyance politique, de foi religieuse ou d'avenir "professionnel" soulevées ici sont finalement universelles. "Pas totalement réussie" parce que, malgré des personnages à l’ambiguïté originale, rapidement attachants, on s'ennuie toujours légèrement au fil de ces épisodes pas toujours bien construits, et de scénarios pépères et manquant même parfois de crédibilité.

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12 mai 2015

"Broadway Therapy" de Peter Bogdanovich : pour Imogen !

Broadway Therapy AfficheS'il y a une raison - et ce pourrait même être la seule - de voir "Broadway Therapy", elle s'appelle Imogen Poots : cette jeune actrice accroche la lumière, irradie littéralement d'énergie ingénue, et, future Star Planétaire Absolue (s'il y avait une justice dans le monde du Cinéma), hisse le film un peu laborieux de notre ami Bogdanovich au moins deux niveaux au-dessus de ses qualités "intrinsèques". Pour le reste, le bon élève studieux et grand fan de cinéma classique devant l'éternel qu'est Bogdanovich nous produit un pâle succédané d'une comédie Lubitschienne, l'alourdissant de façon significative en accumulant des trucs de scénario directement inspirés du théâtre de boulevard, et surtout, s'égarant en recyclant des poncifs woody-alleniens sur la psychanalyse, poncifs auxquels il n'arrive pas à conférer la profondeur voulue. Le pire est sans doute la décision d'attribuer le rôle principal masculin à un Owen Wilson éteint, fatigué, jouant justement dans un registre typique de son travail avec Woody, et empêchant souvent le film de décoller. Malgré tout cela, notre amour inconditionnel pour Lubitsch nous amènera à beaucoup pardonner à "Broadway Therapy", et nous nous laisserons même aller à rire franchement à de nombreuses reprises...

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