Le journal de Pok

17 janvier 2017

Notre homme Clint : "le Retour de l'Inspecteur Harry" (1983)

sudden-impactIl y a deux manières (au moins) de regarder ce "Retour de l'Inspecteur Harry", quatrième de la série mais premier réalisé par Clint Eastwood lui-même : objectivement, il s'agit d'un film plutôt moyen, qui tente assez vainement de revitaliser une saga moribonde en renouant avec ses principes "politiques" les plus extrêmes, ceux qui valurent à Eastwood des années de réputation nauséabonde de la part de critiques tombant un peu trop facilement dans l'amalgame entre personnage et acteur. Il suffit d'effectuer un léger pas en arrière pour saisir pourtant la part d'ironie que Clint a clairement voulu insuffler dans son film, et lire (pour la première fois peut-être) des préoccupations très "féministes" dans cette dénonciation sans appel du viol, du machisme en général, et donc dans ce soutien franc et massif aux femmes qui refusent la domination masculine - on ne pourra pas ne pas noter que l'incorruptible Harry Callahan renonce pour la première fois à ses principes pour absoudre de ses crimes son alter ego féminin (d'ailleurs la belle Sondra Locke, compagne d'Eastwood à la vie comme à l'écran, affiche ici la même impitoyable intransigeance et la même dureté que lui...). Pour la partie parodique, il me semble impossible de prendre au sérieux l'alignement de scènes répétant à l'envi les poncifs de la saga, en dépit du bon sens scénaristique et du réalisme le plus élémentaire, surtout lorsqu'on ne peut qu'éclater de rire devant les bons mots à répétition qui fusent dans des dialogues d'anthologie (et pas seulement le célébrissime "Come On, Make my Day!"...). Même l'image - indiscutablement sublime - de l'inspecteur Harry réapparaissant Magnum à la main sur la jetée illuminée par les néons de la fête foraine, après avoir échappé sans problème à une bastonnade et une noyade, est trop jouissive pour ne pas être un clin d’œil à un mythe qu'Eastwood célèbre avec tous les moyens de son art. On remarquera pour finir une ambiance étonnamment hitchcockienne de nombreuses scènes - sans même mentionner la référence évidente de la poursuite dans le manège -, plutôt bien distillée par la mise en scène d'Eastwood, qui explore ici un style plus baroque qui ne lui est pas vraiment habituel, et qu'il délaissera par la suite.

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16 janvier 2017

"Roseanna" de Maj Sjowall et Per Wahlöö : Avertissement sans frais...

RoseannaIl faut quand même que je vous prévienne : "Roseanna", c'est du raide. Du brut. Du dépouillé. Du lent. Tiens je dirais que c'est le "Jeanne Diehlman" du polar. Ce qui dans ma bouche est un compliment. Le temps passe. Pas vite. Les personnages, ordinaires, font des trucs quotidiens, comme manger, dormir, et aussi essayer de résoudre un crime. Ils tombent malades. Ils s'emmerdent. Il n'y a pas de téléphones portables. Pas d'Internet. Correspondre avec la police américaine, c'est toute une aventure. Du coup ça prend des mois pour identifier le coupable, et après pas mal de semaines pour le coincer. Et à la fin tout le monde est triste. Tout le monde pleure. Pendant tout ce temps, le monde est gris, terriblement gris. Le comble de la joie pour vous, c'est d'aller manger un sandwich dans un café dégueulasse (Après vous serez un peu malade). Et d'aller à la pêche pendant vos vacances (Quand il ne pleut pas). A la limite de violer et de tuer une jolie fille étrangère, pour vous divertir. Ou pour protester contre l'obscénité de tout cela. Ou sans raison. Surtout sans raison, en fait. Pour survivre, car on ne parle même pas de vivre, dans les années 60, dans le paradis suédois, il vous faut de la patience. Pour lire "Roseanna" aussi. Mais à la fin, vous serez récompensé. Je ne sais pas trop comment. Peut-être parce que vous allez pleurer un peu avec les personnages du livre. Ou au contraire parce que vous, au moins, vous ne pleurerez pas.

PS : Ce livre est le modèle absolu du polar scandinave, c'est un fait acquis. C'est aussi un "classique" moderne qu'il FAUT avoir lu. Mais bon, vous n'allez pas lire le bouquin divertissant du siècle : vous voilà prévenus.

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15 janvier 2017

Revoyons les classiques du cinéma US : "Fight Club" de David Fincher (1999)

Fight-ClubIl m'aura fallu donc attendre un troisième visionnage pour que la rage et le mépris que j'ai toujours ressentis envers "Fight Club" s'apaisent, et pour que je prenne un peu de plaisir devant ce film aussi emblématique (il semble être devenu une sorte de "phare" - pauvre de nous ! - pour toute une génération…). Il convient clairement, pour juger sereinement du film, de séparer ce qui vient de David Fincher - devenu depuis un metteur en scène qui compte, et qui touche même occasionnellement à la grandeur - et ce qui était dans le livre, que je n'ai pas encore lu, de Chuck Palahniuk. Admettons donc que la glorification crasse d'une virilité haineuse et débile, qui conduit ici tout droit à une célébration fascinée du terrorisme d'extrême droite, vient de Palahniuk, puisque rien de ces déviances politiques et mentales - si caractéristiques de l'Amérique de Trump - ne transparaît ailleurs chez Fincher, qui est devenu depuis plutôt un héraut de l'intelligence, et qui a toujours semblé plutôt admiratif devant la gente féminine forte. A Fincher, attribuons par contre l'illustration virtuose, dans l'excellente première partie du film, de la déliquescence morale que peut représenter notre mode de vie consumériste, ainsi que l'habileté de la construction du film et de son scénario (avec son fameux "twist" à la "6ème Sens" - j'avais d'ailleurs vu les deux films à leur sortie en salle le même soir...). "Fight Club"épuise malheureusement notre bonne volonté par son formalisme (façon pub, le grand mal du cinéma des années 90...) qui vise à nous "vendre" la branchitude de personnages fondamentalement méprisables… mais également par la lâcheté de sa conclusion : David Fincher, aspirant "metteur en scène de génie" métamorphosé par négligence en moraliste hardcore, n'a pas vu que la pirouette finale, qui transforme le film en drame schizophrénique intime, semble le dédouaner de ses excès idéologiques.

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14 janvier 2017

"Your Name" de Makoto Shinkai : j'écris ton nom

Your name afficheEnorme succès au Japon, "Your Name" permet à Makoto Shinkai de postuler au trône laissé vacant (pour longtemps ?) par Miyazaki, et devrait dans un monde plus logique que le nôtre lui faire conquérir les foules "globales". Car "Your Name" combine avec brio une absolue beauté formelle, une intelligence extraordinaire de la mise en scène et de la narration (complexe quand même, on est au Japon !), et surtout une maîtrise des ressorts mélodramatiques qui garantit un gros usage général de mouchoirs durant la projection. Peine perdue, le public français n'aura guère montré d'intérêt pour l'expérience indiscutable que propose ici Shinkai, combinant fantastique (l'échange des corps), SciFi (la chute de la comète), humour léger, suspense (nos héros sauveront-ils la population de la petite ville menacée ?) et finalement désespoir amoureux. Sans même parler d'une lecture au second degré, assez pertinente, qui met en perspective l'ubiquité et la toute puissance offerte par la technologie avec la perte de la mémoire, la solitude urbaine et la rupture des liens avec la tradition ! Bref, "Your Name" émeut et passionne tout à la fois, et frôle le chef d'œuvre. Frôle seulement ? Oui, car quelques facilités scénaristiques et une indéniable lourdeur dans la toute dernière partie, pour arriver à un happy end caricatural, gâchent un peu notre plaisir.

PS : Sans être un expert du genre, j'ai aussi noté que Shinkai recyclait largement les belles idées de sa "Tour au-delà des Nuages" (le seul film de lui que j'aie vu avant celui-ci), et j'ai aussi regretté que le twist malin survenant à mi-parcours évoque largement celui de "Entre Deux Rives", lui-même remake d'un film coréen.

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13 janvier 2017

Revisitons le cinéma déviant de David Lynch - "Mulholland Drive" (2001) : Llorando...

Mulholland_DriveChoisi, assez logiquement, cette année par la "critique mondiale" comme le meilleur film du XXIème siècle, "Mulholland Drive" est fondé sur la plus pure croyance dans le Cinéma, tout en en magnifiant tous les artifices pour repousser une fois de plus les limites de "l'expérience" du spectateur. Typiquement, les premiers visionnages seront l'occasion de s'amuser à pénétrer les nombreux secrets de ce film tout-à-fait hors du commun : on peut comprendre assez vite comment Lynch a procédé, à partir des ruines de son "pilot" rejeté par la télévision, pour construire un film-puzzle/monstre de Frankenstein, dont les éléments se correspondent sans tout-à-fait s'adapter, en utilisant la "logique du rêve" mais aussi sa géniale intuition d'artiste. Oui, n'en déplaise à ceux qui, incroyablement, rejettent le film pour sa complexité, il y a bien une logique, imparable même, derrière le travail de Lynch ! Mais une fois celle-ci découverte, le miracle est que la beauté sombre et vénéneuse de "Mulholland Drive" ne s'en trouve nullement diminuée : il y a en effet ici suffisamment de moments d'une intensité étouffante (au hasard, la première scène du coffee shop, absolument pivotale par rapport au récit), de grandes scènes comme suspendues au dessus de l'abîme de notre inconscient, et même de gags absurdes pour remplir trois ou quatre films plus économes. Oui, "Mulholland Drive" nous mène aux portes de l'un des plus intenses des plaisirs de cinéphile : ce pincement au cœur, entre angoisse et griserie, quand on mesure l'intensité de notre propre vertige au bord du gouffre… Soulignons pour finir que Lynch nous offre un voyage d'une rigueur parfaite dans la psyché féminine, et ce grâce à Naomi Watts et Laura Elena Harring, qui illuminent le film et nous laissent abasourdis de cette expérience à nulle autre pareille… En larmes. Crying. Llorando.

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12 janvier 2017

Séance (tardive) de rattrapage : "Living in the Material World" de Martin Scorsese (2011)

Living in the Material World afficheMais qu'est ce qui a bien pu passer par la tête de Martin Scorsese pour qu'il consacre temps, énergie et ressources à la construction d'un film de 3 heures et demi sur... George Harrison !? Harrison, compositeur certes notable pendant une courte période (disons de l'"Album Blanc" à "All Things Must Pass", pour faire simple), mais également redoutable "nobody" oscillant toute sa vie entre périodes ridicules mais sympathiques (Hare Krishna et toute cette sorte de choses) et moments franchement gênants (le concert du Bangladesh, une horreur musicale sans nom..., les Traveling Wilburys ou comment rendre Roy Orbison et Bob Dylan risibles - un vrai défi) ? Harrison, le parfait honnête homme, qui finance les Monty Python (et on lui en sera éternellement reconnaissant), le meilleur copain du monde qui laisse son pote Eric Clapton lui piquer sa femme en gardant le sourire, le jardinier zen (les nains sur la pelouse...) ? Alors Scorsese n'a évidemment rien à nous raconter à partir de ce matériel ahurissant de platitude (une fois qu'il a recyclé une autre fois les images évidemment tétanisantes des Beatles), il interviewe des mecs aussi chiants que Clapton, Starr ou même Petty, bien moins drôle depuis qu'il a lâché l'alcool et la came, il tourne en rond faute d'idées, de direction, de concept. On sent en regardant "Living in the Material World" que Scorsese est désemparé devant la mollesse et le manque d'aspérité de tout ce merdier, on pique gentiment du nez devant des images parfois franchement embarrassantes... Et puis, 10 minutes avant la fin tant attendue, on sent qu'il pourrait se passer quelque chose : le cancer, l'incroyable violence de l'agression à son domicile, le demi aveu par l'épouse résignée que George était un sacré queutard... Scorsese serait-il passé complètement à côté de quelque chose ? Y avait-il un "côté obscur" derrière la force de George ? Ce sera à un autre de le découvrir...

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11 janvier 2017

De Palma, mon beau souci : "Snake Eyes" (1998)

snake-eyes"Snake Eyes" fait partie de ces films de Brian DePalma qui départagent clairement les fans du maître des "autres"... Des "autres" qui trouveront la dernière partie du film poussive, l'interprétation de Nicolas Cage inutilement surchargée (rien d'inhabituel à ça, mais bon...), et tout un tas de défauts objectivement présents. Les fans - dont je suis - admireront l'un des films les plus théoriques de DePalma, les plus conceptuellement aboutis : ici, le film entier est contenu dans les dix premières minutes, dans ce (faux) plan séquence dément qui ouvre le film, et sur lequel DePalma reviendra à plusieurs reprises, via des flashbacks virtuoses qui démontreront que, derrière ce qu'on a cru voir, il y avait une réalité bien différente. On connaît l'intérêt (l'obsession ?) de DePalma envers le thème de l'image qui "ment", on remarquera que, ici, il nous propose une version toute aussi manipulatrice, mais plus optimiste, de ces théories, puisque l'image est en fait détentrice de vérité, une vérité qu'elle révèlera à celui qui sait la regarder, ou mieux encore, qui sait reconnaître le regard le plus juste (coup de génie de cet œil flottant au dessus de la mêlée, permettant l'identification du véritable criminel derrière la mise en scène...). Oui, qu'importe si DePalma finit par se perdre un peu dans ce thriller qu'il avait voulu commercial et populaire - et qui fut un échec public -, il y a, pour notre plaisir, tellement d'idées brillantes dans "Snake Eyes" : le survol des chambres de l'hôtel, dévoilant la mise en scène du plateau de cinéma ; le climax final littéralement déboussolant avec la mise en abyme via la caméra de télévision, déréalisant l'action tout en dévoilant publiquement le coupable ; et bien sûr le dernier plan, clin d’œil ironique, confirmant que le rêve américain de richesse est construit littéralement sur des cadavres ! Et ce qu'il y a bien entendu de formidable avec DePalma, c'est que ses films théoriques ne s'usent pas à être fréquentés assidûment, ce qui en fait l'un des auteurs les plus pertinents pour une vidéothèque personnelle !

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10 janvier 2017

"Fin de la Parenthèse" de Joann Sfar : Dali, Dieu et les champignons magiques

Fin de la Parenthèse"Fin de la Parenthèse" commence par une belle idée stimulante, toute à l'honneur de la réflexion "d'honnête homme" engagée depuis longtemps par Joann Sfar sur la religion et ce qu'elle apporte ou retranche à l'humanité, une réflexion évidemment exacerbée par les événements terroristes de 2015 et 2016 : l'Art, dans ce qu'il a de plus ambitieux - soit offrir une vision alternative du monde - est le seul moyen de mettre fin à la dictature de Dieu et de ses prêtres. Le fait que Sfar ait récemment "connecté" avec la peinture de Dali, puissante opportunité de redessiner la réalité comme notre propre psyché, lui donne l'idée d'un huis clos "artistique" avec une poignée de jeunes femmes aussi squelettiques que dénudées - visiblement, Sfar craque pour le stéréotype du top modèle -, huis clos qui permettra à son alter ego de recréer certaines des oeuvres les plus célèbres de Dali, pendant que ce dernier est décryogenisé. Jusque là, tout va bien, sauf que l'absorption de puissants champignons hallucinogènes va faire basculer l'expérience dans le délire et la BD dans un long tunnel de dessins certes sensuels mais quand même répétitifs. Le pire est quand même atteint à la fin quand Sfar (à travers son personnage, mais quand même...) semble s'être totalement désintéressé de son superbe postulat de départ et referme la parenthèse sans plus y prêter la moindre attention. On hésite alors entre déception et irritation : lâcheté ou pur foutage de gueule ? Ou bien y aura-t-il une suite ?

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09 janvier 2017

Revoyons les classiques du cinéma US : "Virgin Suicides" de Sofia Coppola (1999)

Virgin SuicidesVoilà, j'ai envie de dire que "Virgin Suicides" est une merveille absolue de sensibilité, de grâce et de mystère, et c'est tout… Un film qui réussit à raconter l'indicible, sans en passer par la psychologie ou la sociologie, si réductrices, si rassurantes. Un film qui évite totalement le pathos inhérent à son sujet - le suicide des adolescents. Sofia Coppola, pour son coup d'essai, transformait le teenage-movie (genre américain s'il en est…) en un rêve pastel, à la fois calme et effrayant, où l'on voit à l’œuvre l'oppression feutrée que l'Amérique blanche, croyante et puritaine, exerçait (exerce ?) sur de jeunes pousses blondes qui n'avaient pourtant rien demandé. On sait en contemplant cette adolescence parfaite et incandescente qu'elle est condamnée à l'éphémère, et cette évidence est d'autant plus poignante qu'elle est comme filmée d'outre-tombe : cette bande-son ouatée avec la superbe musique de Air, ces couleurs passés et ces détails tamisés par la mémoire, cette voix off pour une fois magnifiquement indispensable, offrant une narration nostalgique, mais distanciée... "Virgin Suicides" raconte l'horreur comme s'il s'agissait d'un conte de fées, et quand tout est fini, Sofia Coppola a encore l'audace de filmer notre propre indifférence d'adultes : les spores verdâtres ont beau nous obliger à porter des masques à gaz, la vie continue. Et il y aura toujours un imbécile pour en rire. "Virgin Suicides" est un film qui enchante autant qu'il glace soudainement le sang. Quelqu'un a d'ailleurs dit que si le film nous paraît tellement réussi, c'est parce que celle qui filmait était déjà elle-même morte : il s'agissait de l'adolescente Sofia Coppola...

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08 janvier 2017

"I Had a Dream That You Were Mine" de Hamilton Leithauser et Rostam : un millier de fois...

I had a dreamJe suis parti de loin avant d'aimer cet album : réfractaire aux albums des Walkmen, allergique à la voix de Hamilton Leithauser et à son inclinaison à brailler, j'ai longtemps grincé des dents en écoutant les chansons de "I Had a Dream That You Were Mine", d'autant que les choix d'orchestration de l'ami Rostam Batmanglij - ex-Vampire Weekend, pourtant - m'ont paru des plus discutables. Bref, ce n'était pas gagné, et j'ai longtemps bougonné que je préférais m'écouter un bon vieux Rod Stewart des origines s'il me fallait absolument supporter des beuglements d'ivrogne désespéré sur une musique brinquebalante, voire chaotique. Et puis, peu à peu, le charme décalé de cet album un peu fatigant m'a convaincu : derrière le geste artistique à la fois original et convenu ("on va dire qu'on est encore dans les seventies, et qu'on va porter nos émotions et nos humeurs au revers de notre veste comme signe distinctif du fait qu'on est des artistes", ce genre de choses...), il y a en effet un cœur qui bat, quelque fois plus fort que le tintamarre qui l'entoure, et en plus il y a quelques belles (très belles...) chansons... à l'image de l'ouverture saisissante de l'album, l'incroyable "A Thousand Times"... Je ne suis pas sûr que ce disque entre jamais dans le moindre de mes "Top quelque chose", en fait je suis même sûr qu'il n'y entrera pas, mais j'ai été agréablement surpris par la place qu'il a pris dans ma vie ces dernières semaines, malgré ses défauts qui me semblaient tellement rédhibitoires. Maintenant, on va voir comment Hamilton et Rostam franchissent l'épreuve de la scène, qui devrait confirmer si oui ou non on peut les prendre au sérieux...

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