Le journal de Pok

25 octobre 2021

"Walking Dead - Saison 11 - épisodes 1-8" d'Angela Kang : risque de rechute ?

Walking Dead S11 poster

Comme ce fut le cas récemment pour la dernière diffusion d’épisodes de "la Casa de Papel", on va râler contre la stratégie des plateformes (et des studios de production) d’étirer au maximum dans le temps la diffusion de la dernière saison d’une série à succès. Et puis on finira par accepter plus ou moins de bonne grâce de patienter avec les 8 premiers épisodes de la saison 11 de "Walking Dead"… série « historique » dont nous ne connaîtrons donc la fin que courant 2022, sachant que la diffusion du 9ème épisode est planifiée pour février.

Est-ce un problème, en fait ? Après le net redressement opéré à partir de la saison 9 par une série qui avait largement perdu ses marques – et une grande partie de son public – au fil des années, plusieurs de ces huit épisodes confirment le nouveau… « sérieux » de "Walking Dead", du moins au niveau de sa production : adieu (au revoir ?) à l’image pourrie d’autrefois, aux scénarios rachitiques nourris de dialogues à rallonge et minés par les comportements absurdes des protagonistes. On écrit “plusieurs de…” au lieu de “tous les…”, car plusieurs rechutes sont malheureusement visibles…

Cette onzième saison démarre quand même de manière plutôt intéressante, grâce à la découverte de deux nouvelles communautés : d’un côté les « Reapers » au comportement ultra-violent, conduits par Pope, vétéran de la guerre en Afghanistan halluciné et sans pitié se prétendant guidé par Dieu, et de l’autre le Commonwealth (le « Bien Commun »), une énorme alliance de groupements de survivants disposant de technologie et pouvant ainsi prétendre vivre « comme avant », mais dominé en fait par un système ultra-autoritaire de classes. Chaque communauté représente donc une forme de dictature face à laquelle nos héros figurent une sorte de rêve de plus en plus affaibli de démocratie. Le fait qu’ils soient obligés dans ces 8 épisodes de vivre selon les règles de ces modèles sociaux haïssables (le groupe d’Eugene s’est fait capturer à la fin de la saison précédente, tandis que Darryl a infiltré les « Reapers » pour permettre à Maggie de leur voler des provisions) permet à la saison de disserter non sans pertinence sur les dérives insupportables de ces modèles « fascistes »…

… Tout en nous montrant en parallèle l’extrême difficulté que la démocratie – réduite désormais à une Alexandria en bout de course – a à survivre, sans chef (puisque et Rick et Michonne sont partis) au sein d’un univers aussi hostile. On peut donc également considérer que "Walking Dead" maintient ses positions (historiquement) réactionnaires, prônant l’usage des armes, de la violence, de la torture même (comme dans l’épisode 5), et le recours à un leadership « naturel » face à un monde où la menace est autant externe – les walkers toujours près à franchir les murs dressés pour empêcher leur invasion ; mais aussi les menaces climatiques avec le terrible orage qui dévaste Alexandria lors de l’épisode 8 – qu’interne – les actes terroristes menés par d’autres survivants. Et ce sans même parler du fait que, contre toute logique matérielle d’ailleurs, la survie d’une humanité construite sur un système communautaire et écologique est traitée par les scénaristes comme rêvant de la pure et simple aberration !

Si, comme on l’a dit, certains de ces huit épisodes sont d’un meilleur niveau que bon nombre de ceux des anciennes saisons, on ne peut s’empêcher toutefois de constater que "Walking Dead" retombe vite dans ses pires travers : un épisode comme le sixième, sombrant dans l’horreur de plus bas niveau avec sa maison labyrinthique habitée par des cannibales, prouve surtout que les scénaristes de la série restent prêts à faire feu de tout bois, au détriment de toute cohérence. Quant au huitième épisode – le dernier de cette livraison -, très médiocre avec ses scènes de remplissage ennuyeuses, ses comportements illogiques et ses deux cliffhangers de pacotille, il confirme surtout la difficulté que les scénaristes ont toujours à nous faire découvrir et à nous rendre attachants des personnages avant de les “exécuter” : en avons-nous réellement quelque chose à faire de voir les membres des Reapers se faire décimer ?

Alors que l’on se rapproche de la conclusion définitive d’une série qui a beaucoup agité ses fans comme ses détracteurs au fil de la décennie passée, et qui recueille toujours, contre toute logique cinéphilique, des suffrages extrêmement élevés de l’autre côté de l’Atlantique, le moins que l’on puisse dire, c’est que le jury délibère toujours…

 

 

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24 octobre 2021

Whispering Sons au Plan (Ris Orangis) le vendredi 22 octobre

2021 10 22 Whispering Sons Le Plan (22)

21h20 : Le quintet bruxellois – originaire en fait de Limbourg - dont tout le monde parle, et qui est donc plus ou moins en pole position dans la riche scène Rock de Belgique, n’attirant guère qu’une centaine de personnes dans une salle de banlieue parisienne, c’est quand même rageant ! Et je pense que, comme pour Marietta, il y aura une certaine frustration à jouer devant une salle à peine pleine… Qui nous privera sans doute, nous qui sommes là, de la pleine intensité que ce groupe à la réputation impeccable est capable de délivrer. Nous n’aurons également droit qu’à une seule chanson en rappel, au lieu des trois habituelles…

Mais bon, même comme ça, ce que nous avons pu voir et entendre de Whispering Sons est impressionnant, très impressionnant même : quatre garçons et une fille tout de noir vêtus, suivant les règles du genre, une musique sombre, austère, pleine de tension et d’intensité, explosant de temps à autre dans de brèves explosions libératrices. Le modèle scénique de Fenne Kuppens, la blonde et… « sinistre » chanteuse, est néanmoins plus le Nick Cave de Birthday Party que Ian Curtis… même si les tonalités masculines de son chant très neutre peuvent évoquer aussi Nico… Et les claviers ont une importance centrale dans la musique du groupe, prenant régulièrement le dessus par rapport à la guitare de Kobe Lijnen.

2021 10 22 Whispering Sons Le Plan (14)

La première explosion de violence se produit dès la fin du fabuleux Heat, et on se prépare donc instinctivement à vivre un set intense… La première demi-heure sera pourtant assez calme, jouant plus sur la répétition des motifs et sur une électronique sombre et une rythmique hypnotique (comme sur le final envoûtant de Wounded : « I walk Out Clean, set back to work, I do not stir, set back to work… »). Alone a la solennité classique de la cold wave, et sa combinaison mélodie – guitare carillonnante peut même rappeler les premiers efforts d’Editors.

C’est évidemment le redoutable Surface avec son rythme plus rapide et la voix de Fenne qui s’emballe (« So Close, so close… Suck Me In ! Suck Me In ! ») qui emporte complètement le morceau, enflamme le public et ouvre la voie à une dernière demi-heure très réussie, jusqu’à la conclusion logique – et envoûtante – de l’enchaînement Satantango / Surgery. Et nous n’avons malheureusement droit qu’à un seul titre en rappel, avec un goût de trop peu, alors qu’il n’est que 22h20, et que nous étions bien partis pour prolonger cette belle soirée.

En tous cas, malgré ce léger manque (possible) d’enthousiasme du groupe, et une guitare qui aurait supporté d’être mixée un peu plus en avant – surtout après la lave incandescente qu’avait déversé sur nous Marietta, sans pitié, lui, pour nos oreilles -, Whispering Sons ont confirmé ce soir leur excellence.

 

 

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23 octobre 2021

"Sex Education - Saison 3" de Laurie Nunn : une légère déception ?

Sex Education S3 affiche

Quelque part, la troisième saison de "Sex Education" déçoit un peu, sans constituer non plus une véritable baisse de qualité d'une série qui fait partie depuis 2019 des meilleures qui soient. C'est que cette saison, pourtant démarrée sur les chapeaux de roues avec un premier épisode délirant secouant la morosité qui s'était imposée au fil de la saison précédente, semble pour la première fois hésiter à aller jusqu'au bout de son propos... alors qu'on avait toujours loué Laurie Nunn et son équipe pour leur audace !

Il y a en effet au cœur de ces 8 épisodes un sujet essentiel, et terriblement d'actualité, qui tourne autour du "retour de bâton" après des années de prise de parole par les minorités : avec le licenciement du proviseur et l'arrivée à sa place d'une nouvelle protagoniste, Hope (Jemima Kirke qu'on avait perdue de vue après "Girls"), c'est le spectre de la réaction qui envahit la Moordale Secondary School, et c'est une reprise en main de plus en plus brutale des comportements des lycéens qui s'opère. En dépeignant la dure réalité dans le monde anglo-saxon du financement privé de l'éducation, qui mène inévitablement à des choix "politiques" en matière de doctrines et de méthodes, "Sex Education" aborde donc un sujet en or... mais choisit de nous offrir une résolution assez lénifiante de ce conflit pourtant central aujourd'hui : la critique de la culture "woke" par les forces réactionnaires emplissant désormais, on le sait bien, les réseaux sociaux, la défense de principes essentiels de la liberté individuelle, en particulier de la femme et des minorités, est un combat indispensable qu'on attendrait de voir mener avec plus de vigueur dans une série aussi importante, aussi regardée à travers le monde que "Sex Education". Le fait de dédouaner Hope de ses comportements fascisants - comme l'atroce humiliation imposée à ses adversaires - en expliquant qu'elle est une mère frustrée, est quand même un peu court ! L'annonce des conséquences sur tous de l'échec de la reprise en main du lycée constitue évidemment un "teaser" parfait pour la quatrième saison, mais aurait également pu être traitée un peu plus sérieusement dans le dernier épisode...

Cette troisième saison ne manque heureusement pas de points forts, comme tout ce qui tourne autour des remarquables personnages d'Adam (Connor Swindells, très touchant...) et de son père Michael Groff, ou encore sur l'éveil d'Eric à la "culture gay de la fête" lors d'un voyage à Lagos, où plane d'ailleurs la menace d'une homophobie violente, Mais peut-être que, finalement, la faiblesse la plus criante de ces 8 nouveaux épisodes provient de notre détachement progressif vis à vis des deux personnages-clé que sont Otis et Maeve, dont les atermoiements et les hésitations ont fini peut-être par nous fatiguer : aussi bien Asa Butterfield - qui a clairement "vieilli" depuis le début de la série et rentre désormais mal dans la peau d'un adolescent complexe comme Otis - que Emma Mackey semblent désormais bien trop mûrs pour jouer encore la vieille partition du "Je t'aime moi non plus" qui a rythmé les deux saisons précédentes. Le succès public rencontré par l'épisode 5, pourtant assez grossier avec son gag scatologique et le manque de crédibilité de son voyage en France, montre bien le désir du téléspectateur de voir enfin cette affaire réglée !

On imagine bien que la quatrième saison, logiquement prévue pour 2022 (ou 2023 ?) apportera la conclusion nécessaire à ce récit choral de destins "ordinaires" d'adolescents - et d'adultes - torturés, ou simplement agités par la question de leur identité sexuelle et de leur destin d'être humain en général. Et que "Sex Education" saura poursuivre jusqu'au bout sur sa voie ambitieuse de série aussi divertissante que militante.

 

 

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22 octobre 2021

"Le Loup et le Lion" de Gilles de Maistre : une catastrophe écologique

Le Loup et le Lion affiche

Quand nous sommes sortis du cinéma avec ma fille de 10 ans et que je gardais un silence mi-pudique (sachant qu'elle adore les loups) mi-consterné, elle m'a dit : "Papa, je n'ai pas aimé le film, ça racontait n'importe quoi...". Alors j'ai su que ces dernières années passées à lui montrer du bon cinéma, de Chaplin et Buster Keaton à Cameron et Burton n'avaient pas été inutiles.

Du coup, je ne vois pas quoi rajouter à la critique d'une petite fille de 10 ans amoureuse des loups, c'est à dire le public cible de ce "Loup et le Lion". Ce film est tellement un grand n'importe quoi - scénario, personnages, dialogues, interprétation, mise en scène, montage, musique... et même le message écologique totalement à la ramasse - qu'il arrive presque à gâcher la splendeur des animaux.

Presque, heureusement.

 

 

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21 octobre 2021

Dom La Nena au Café de la Danse (Paris) le mardi 19 octobre

2021 10 19 Dom La Nena Café de la Danse (9)

21h15 : Dom La Nena est elle aussi toute seule sur scène, mais avec son violoncelle, un ukulélé et une guitare électrique, un tambour et un mini-clavier, et surtout ses pédales magiques qui lui permettent de construire chacune des chansons en empilant des boucles, le set de ce soir sera tout sauf minimaliste ! Le concert démarre dans une atmosphère très recueillie, et il faudra bien se résigner à rester assis, le public ayant clairement décidé de ne pas danser ni trop se fatiguer. No tengas miedo est le premier enchantement de la soirée. Comme sur l’album Tempo qui sera joué en grande partie, on alterne entre chansons en espagnol et en portugais, avec quelques passages en français, comme sur Oiseau Sauvage. Avant de jouer une petite samba (uma « Sambinha »), Dom explique que 50% des Brésiliens, dont elle fait partie, ne savent pas danser la samba, mais demande à ce que des volontaires du public monter danser sur la scène (la première personne à oser le faire recevant un disque vinyle !), ce qui mettra une très belle ambiance amicale.

Retour malheureusement à la position assise - que nous évitons, quant à nous, en nous collant à la sono sur la droite, - alors que Dom La Nena vient, elle, s'asseoir sur le bord de la scène avec son ukulele pour un moment intimiste, une fois encore très chaleureux. Comme avec Birds on a Wire, elle fait preuve de ce joli humour piquant qui stimule le public, voire le défie sur ses connaissances linguistiques (elle nous fait chanter La Nena Soy Yo) ou musicales.

Partageant avec nous les affres de sa maternité, elle nous explique que la seule solution pour que sa fille dorme est de lui jouer une version douce de Sonho Meu, une chansonde Dona Ivone Lara, première femme composant pour une école de samba carioca... : « Sonho meu, sonho meu / Vai buscar quem mora longe » (« Mon rêve, mon rêve, va chercher qui habite loin… »), les paroles sont magnifiques, de quoi avoir les larmes aux yeux. Le set se termine sur une interprétation électrique, plus tendue et moins souriante, de Moreno : « O Tempo é o inimigo de quem vive a esperar » (« Le temps est l’ennemi de celui qui ne vit que pour attendre… »).

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Le rappel sera définitivement brésilien, avec en particulier une reprise très réussie de O Cometa de Rodrigo Amarante, du groupe brésilien Los Hermanos (et accessoirement peut-être plus connu des amateurs de rock pour sa participation à Little Joy), avec Dino Brandão en accompagnement au chant et à la guitare. Pour le second rappel, Dom fait monter sur scène un spectateur – qui se présentera comme Benjamin - qui s'était manifesté au cours du set : ensemble, ils interprètent au débotté Buenos Aires, une superbe chanson sur la capitale argentine où Dom a vécu… et surprise, surprise, Benjamin connaît bien la chanson, la joue et la chante très bien, ce qui nous vaut une clôture inattendue et originale de ce beau set de 1h10…

Belle soirée, qui aura forcément touché plus particulièrement les amoureux de l'Amérique du Sud, mais qui confirme aussi la parfaite maîtrise instrumentale et vocale d'une artiste singulière. Et qui n'en est, prenons en pari, qu'au début d’une brillante carrière. Viva Dom La Nena !

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20 octobre 2021

"Julie (en 12 chapitres)" de Joachim Trier : le film qui aurait fait une bien meilleure série TV...

Julie_en_12_chapitres affiche

Marrant que quand un réalisateur fait un film personnel, léger, à l'écoute et de l'air du temps et de ses personnages, avec une indiscutable empathie vis à vis de ses acteurs, la première référence qui nous viennent à 'esprit est celle de la Nouvelle Vague française... "Julie (en 12 chapitres)" a bien toutes les qualités énumérées ici (légèreté, pertinence par rapport à notre époque, empathie) et dégage même de temps en temps - pas tout-à-fait assez, à mon goût - une certaine magie, mais il me semble reconnaître plus chez Joachim Trier un alignement avec LA forme dominante de la fiction audiovisuelle actuelle, c'est-à-dire la série télévisée : un enchaînement de mini-histoires constituant un fil narratif cohérent dépeignant les hésitations et tribulations amoureuses et sexuelles d'une jeune femme moderne, avec dans chaque chapitre un focus sur une caractéristique de sa personnalité, une aventure spécifique, en cherchant à la fois à varier les atmosphères et à garder une cohérence thématique... Mais bon dieu, on voir ça tous les jours sur Netflix ou Prime, non ?

D'où, paradoxalement, car "Julie (en 12 chapitres) est une jolie réussite, cette frustration qui nous gagne régulièrement devant la brièveté de certains chapitres, justement : on se dit que Julie aurait été bien mieux traitée - avec plus de profondeur et d'impact peut-être même - en 12 épisodes d'une trentaine de minutes chacun, et que l'attachement que nous développons peu à peu pour les personnages du film mériterait que l'on en découvre un peu plus sur eux. Un format plus long aurait peut-être aussi permis à Trier d'aller plus loin dans certains sujets passionnants qu'il ne fait qu'effleurer en sacrifiant (forcément, vue la durée du film) des personnages secondaires potentiellement passionnants : on aurait aimé par exemple en savoir plus sur la jeune femme partie à la recherche de ses racines esquimaux et devenant de plus en plus obsédée par l'écologie. Ou surtout - car c'est là l'un des trous béants de la fiction - revenir sur les rapports très malaisants entre Julie et son père, les quelques scènes les représentant étant indiscutablement fascinantes...

Heureusement, cette légère déception que l'on ressent devant un film qui va trop vite et ne fait souvent que papillonner en représentant des évidences, s'efface dans la toute dernière partie : les derniers dialogues entre Julie (une Renate Reinsve absolument craquante, mais qui ne méritait nullement un Prix d'interprétation à Cannes pour une prestation aussi tiède) et Aksel (un Anders Danielsen Lie qui s'avère quant à lui très très impressionnant, et porte littéralement la fin du film !) sont magnifiques de justesse, de profondeur et d'émotion. Et prouvent bien que Trier avait entre les mains le matériau - et le talent - pour faire quelque chose de bien plus fort.

PS : le titre norvégien original et le titre international ("la pire personne du monde"), pour être plus intrigant, est pour une fois bien moins pertinent que ce titre français qui révèle la forme sérielle du récit.

 

 

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19 octobre 2021

'Open Mouth, Open Heart" de Destroy Boys : punk avec un coeur...

Open-Mouth-Open-Heart-Album-Cover-1024x1024

Destroy Boys : tout un programme pour un groupe punk, féminin au demeurant (même si le batteur, Narsai Malik, est un mâle…)… Et un nom de groupe finalement mensonger, puisque ces californiennes, originaires de Sacramento, ne se revendiquent pas particulièrement d’un féminisme agressif, ou même simplement militant dans la lignée des célèbres Bikini Kills : leurs chansons nous parlent plutôt des difficultés « normales » qu’une jeune femme « ordinaire » va rencontrer dans sa vie en 2021. Finalement, le titre de l’album, Open Mouth, Open Heart (la bouche ouverte, le cœur ouvert) traduit beaucoup mieux la sincérité, la candeur (comme disent les Américains) de la démarche d’Alexia Roditis (chanteuse et guitariste) et de Violet Mayugba (guitariste).

Ainsi le titre d’ouverture de l’album, Locker Room Bully, pointe du doigt l’intensification du harcèlement dans la vie quotidienne des adolescents, voire des adultes sur les réseaux sociaux, un véritable fléau : « Hunting witches has turned into hunting bitches / … / Do me a favor and find out the facts / Before you come to my door / Ready to attack » (La chasse aux sorcières s'est transformée en chasse aux salopes / … / Fais-moi la faveur d’en apprendre plus sur moi / Avant de venir à ma porte / Prêt à m’attaquer).

Mais l’approche de Destroy Boys n’a rien de sociologique, heureusement, et c’est d’un point de vue très personnel, voire intime, qu’Alexia aborde la plupart des sujets de l’album. Drink est une chanson courageuse, qui touche le sujet peu courant dans le Rock de l’alcoolisme, qui est ici un mal familial. Ayant des parents qui boivent, il est « normal » pour les enfants de reproduire le même vice. Comment briser ce cycle vicieux, en dépit de toute la souffrance, de toute la honte, de tout le désespoir que cela implique ? Car on boit avant tout parce qu’on vit au milieu d’un chaos émotionnel permanent, où amour et haine de soi comme de l’autre s’entremêlent et se succèdent à un rythme de plus en plus rapide : « She understands me like you did / She really loves me / I'm a saint living in sin / Oh, she really loathes me » (Elle me comprend aussi bien que toi / Elle m'aime vraiment / Je suis une sainte vivant dans le péché / Oh, elle me hait vraiment).

L’amour n’est pas non plus facile, même s’il reste la quête ultime, la promesse de bonheur… quitte à remiser un instant notre pessimisme pour ouvrir complètement notre cœur à l’autre, comme sur All This Love : « You'll tell me your stories / We'll go out to parties / Spend the night, trade advice / I don't ever get boring / I'll write songs about you, I'll give you a show / And tell you all the things that I think you should know » (Tu me raconteras tes histoires / On sortira en soirée / On passera la nuit, on échangera des conseils / Je ne suis jamais ennuyeuse / J'écrirai des chansons sur toi, je ferai un spectacle pour toi / Et je te raconterai toutes les choses que je pense que tu devrais savoir…). Mais l’amour, même si on l’idéalise, ne saurait constituer une véritable échappatoire, tant nous avons toutes et tous un bagage lourd que nous transportons avec nous en permanence. La sincérité est-elle vraiment la solution ? Pas sûr, si l’on en croit la chanson d’amour compliqué qu’est Te Llevo Conmigo : « Here lie all those who have come before me / Gracias por hacerme saber » (Ici reposent toutes celles qui sont passées avant moi / Merci de me l’avoir dit !)….

… Et ce n’est pas le fait de jouer du Rock’n’roll, avec les difficultés matérielles que cela implique désormais, qui peut rendre la vie plus facile et permettre d’échapper (Escape) aux problèmes quotidiens : « I live a double life / It's hard to keep track / Sometimes I'm a rockstar / And sometimes I'm selling snacks » (Je vis une double vie / C'est difficile à suivre / Parfois je suis une rock star / Et parfois je vends des sandwiches)…

Emballé dans une pochette à la photo réjouissante – illustrant avec humour ces fameux conflits dont parlent les chansons -, et sans l’appui d’une basse puisque Destroy Boys n’a plus de bassiste depuis 2020, Open Mouth, Open Heart se présente néanmoins comme un album de chansons punk au format relativement classique. Parsemé de déflagrations très courtes et très intenses, séparant les chansons disons profondes, « importantes », qui approchent, elles, le format plus inhabituel des 4 minutes, l’album s’avère, sur la durée, plus original qu’il ne le paraît au premier abord. Malgré l’agression sonique de rigueur, il est facile de percevoir qu’Alexia est ouverte dans son chant à des influences plus pop (Blondie ? Vampire Weekend qu’elle cite elle-même en exemple ?) ainsi que plus ambitieuses (Siouxsie est aussi une référence pour Alexia). Soit une promesse d’évolution encore plus intéressante pour un groupe qui, à son troisième album, en a déjà tenu pas mal, de promesses…

 

 

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18 octobre 2021

The Notwist au Trabendo (Paris) le samedi 16 octobre

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21h00 : Pas moins de sept personnes sur scène ce soir, ce qui signifie que le trio de base de The Notwist, les frères Acher, Markus (le chanteur guitariste) et Mitcha (bassiste) et leur batteur Andi Haberl sont entourés de quatre musiciens, dont les désormais habituels Max Punktezahl (« Nombre de points maximal » en français !) aux claviers et à la guitare (pour certains assauts soniques, mais nous en reparlerons) et Karl Ivar Refseth au vibraphone, absolument fascinant avec ses quatre baguettes qu’il utilise simultanément et ses deux archets. Le résultat est évidemment un son d’une amplitude et d’une richesse parfaite - bravo encore une fois à l’ingé son et au Trabendo pour nous avoir offert un son aussi impeccable ! Et surtout cette complexité qui distingue immédiatement The Notwist du reste de la scène actuelle…

L’attaque du set par Into Love / Stars, avec son intro légère et la voix touchante de Markus laisse quelques instants planer le spectre d’un concert calme et… mesuré à l’image d’une bonne partie du dernier album, Vertigo Days… mais c’est une illusion, puisque dans un crescendo absolument irrésistible, le rythme s’accélère, l’intensité monte : cela ne fait que quelques minutes que ça a commencé et on est déjà dans une atmosphère de folie ! Exit Strategy to Myself devient une véritable tuerie : ces boucles répétitives qu’on adore, ce maelstrom puissant qui nous entraîne, ce mélange totalement surprenant d’électronique et de puissance rock, et cette voix, si simple mais si belle, qui rappelle que toute cette folie reste profondément humaine. On bascule ensuite sans transition – les morceaux sont la plupart du temps enchaînés sans break, ce qui fonctionne très bien mais nous frustre puisque nous ne pouvons pas acclamer le groupe comme il le mérite – vers le krautrock agressif de Kong qui achève de nous mettre à genoux. Irrésistible est le seul mot qui nous vienne à l’esprit après une telle démonstration de force et de beauté conjuguées…

On n’utilise pas le mot de « beauté » à la légère quand on parle de The Notwist, car ce qui impressionne vraiment, c’est que même lorsque les tourbillons soniques, les percussions furibardes, le chaos électronique montent en puissance et nous délivrent notre dose de frénésie, voire même d’extase, la munificence des mélodies et, répétons-le, le chant modeste mais littéralement enchanté de Markus nous raccrochent à notre humanité (Par exemple sur Pick Up the Phone, célébré par les fans qui semblent autour de nous proche du nirvana).

On ne va pas détailler ici chacun des morceaux interprétés au cours des 1h45 d’un set qui ne connaîtra aucune baisse de qualité, même si, après un démarrage stupéfiant, on ira explorer les atmosphères plus planantes, plus étranges aussi de Vertigo Days – admettons quand même que le martèlement tribalo-électro de Ship nous a enchanté ! Disons seulement qu’on ne s’ennuie jamais, même au cours des passages les plus abstraits, les plus expérimentaux, ou les plus calmes (Into the Ice Age / Oh Sweet Fire) de la set list : il y a toujours quelque chose à voir sur scène, comme l’utilisation par Markus de disques vinyles pour rajouter des couches de son, ou les performances spectaculaires de Karl Ivar avec son vibraphone, ou encore le travail admirable du batteur, forcené et léger à la fois.

2021 10 16 The Notwist Trabendo (9)

Dans sa dernière partie, le set remonte en intensité, en alternant les chansons préférées du public (la plupart accueillies par des cris de joie, comme Into Another Tune avec son intro caractéristique, à la manière d’un orgue de barbarie) et les décharges d’énergie. Sur certains anciens morceaux, il est impossible de ne pas retrouver d’ailleurs certaines sonorités de la grande new wave des années 80, de New Order à Cure pour la mélancolie profonde et pour le lyrisme qui peut même devenir parfois flamboyant.

Les derniers morceaux du set (Object 11, Loose Ends avec sa guitare abrasive qui tournoie au premier plan) reviennent, logiquement, inévitablement, d’abord vers les origines Rock du groupe, puis vers la transe, donc vers le bonheur général dans la salle – cris de joie, larmes aux yeux, ceux qui ont déjà assisté à des concerts où l’illumination survient ainsi connaissent le programme ! Sur scène, les musiciens semblent se relâcher (enfin !), prêts à jouir de l’amour de leur public… Et nous offrent un rappel généreux, puisque composé de l’enchaînement du merveilleux Pilot et de Consequence, très attendus, avant la brève conclusion enjouée et cinématographique – non prévue sur la setlist a priori – de 0-4.

En conclusion, et la joie qui se lisait dans les yeux du public à la fin de la soirée en est une éclatante confirmation, faites-vous du bien : ne manquez pas un prochain passage de The Notwist en concert près de chez vous !

 

 

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17 octobre 2021

"Le Dernier Atlas - Tome 1" de Vehlmann / De Bonneval / Tanquerelle : Au revoir à la France de Fillon ?

Le Dernier Atlas T3 couverture

Après le choc qu’avait constitué la lecture des deux premiers volumes du "Dernier Atlas", qui narrait l’épopée du George Sand, robot géant réhabilité dans un monde uchronique (dans lequel François Fillon est président !) pour aller comprendre une mystérieuse créature extraterrestre apparue dans le désert algérien, on était en droit de craindre un troisième tome qui ne soit pas à la hauteur de nos attentes. Disons-le d’entrée, pas de grosse déception à la fin de ce troisième tome qui arrive à relever le défi de conclure de manière à peu près satisfaisante tous les fils narratifs – et ils étaient nombreux, et bien emmêlés – des deux tomes précédents… même si, à l’impossible nul n’étant tenu – certains pourront chicaner sur certains des choix scénaristiques de Vehlmann et De Bonneval

Visuellement, on a déjà souligné la formidable lisibilité du dessin de Tanquerelle, garantissant une remarquable fluidité de lecture, alors qu’il était chargé d’illustrer un récit choral complexe, et des situations dramatiques balayant un large spectre, allant de la SF apocalyptique, à grand spectacle, qu’on a plus l’habitude trouver au Japon ou aux USA, aux conflits intimes entre amoureux ou parents, en passant par le thriller politique, enraciné d’ailleurs – en dépit de l’excuse de l’uchronie – dans la réalité sociale et politicienne de la France (… et de l’Algérie). On regrettera forcément que dans ce dernier volume, le fait que l’action se situe dans la campagne française, et ce malgré un incendie spectaculaire, nous prive des paysages algériens des tomes précédents, bien plus propices à libérer notre imagination.

Mais le plus gros défi scénaristique de ce troisième tome est de construire un récit compréhensible et cohérent alors que tous ses (nombreux) personnages sont désormais dispersés : la narration fait donc le choix du morcellement, sautant brutalement, presque à chaque deux pages, d’un groupe de protagonistes à un autre, réussissant à mener de front plusieurs histoires et à les faire converger et / ou se compléter, mais sans éviter complètement la frustration du lecteur, qui aurait très souvent préféré que se poursuive l’histoire dans laquelle il était engagé. Une construction en chapitres plus longs, en incluant des repères temporels pour que le lecteur comprenne les effets de simultanéité ou d’enchaînement des situations aurait peut-être réduit cette frustration… Il faut néanmoins avouer que c’est là un problème de narration qui se pose toujours dans le cas de récits complexes avec une multitude de personnages, en particulier au cinéma ou encore plus dans les séries TV, et que ce serait être de mauvaise foi que de trop reprocher au "Dernier Atlas" ce choix narratif…

Le côté SF du "Dernier Atlas" – la nature et l’origine de l’UMO, la finalité de son apparition sur Terre, ses interactions avec les personnages du récit – est traité de manière convaincante, même si l’on pourra toujours dire qu’on aurait aimé que plus de pages lui soient consacrées, et que la décision de déléguer ces explications complexes à une narratrice lors d’un interview télévisé relève d’une certaine facilité. Néanmoins, sans cet artifice, les 250 pages de ce troisième tome auraient pu facilement en devenir 300 !

S’il y a finalement une seule réserve sérieuse que l’on puisse faire à la conclusion de cette histoire d’une folle ambition, c’est au niveau du destin de Tayeb que l’on quitte au sommet du pouvoir dans la pègre marseillaise : ça a l’avantage de ne pas être une fin moralisatrice, certes, mais c’est indiscutablement gênant… et ça appelle quasiment obligatoirement une suite, les derniers mots de la dernière page étant : « On va pas les faire attendre plus longtemps, alors… Il nous reste encore beaucoup de travail… ».

En tous cas, en l’état, nous avons bien affaire avec "le Dernier Atlas" à une nouvelle œuvre majeure de la BD française. Le genre de livre qu’on conservera ad vitam aeternam dans notre bibliothèque, qu’on fera lire à tous nos amis, et qui a finalement peu de rivaux en termes d’ambition et de réussite. Ça s’appelle donc un livre indispensable.

 

 

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16 octobre 2021

"Le Dernier Duel" de Ridley Scott : Carrouges et le Gris

Le Dernier Duel Affiche

"Le Dernier Duel" a tout d’une œuvre, sinon testamentaire puisque Ridley Scott, qui a aujourd’hui 83 ans, a annoncé plusieurs autres projets, mais du moins de fin de carrière, de bilan : il opère d’abord un retour sur les thèmes de son premier film, le fameux "les Duellistes", qui racontait déjà une longue inimitié entre deux hommes – deux soldats de l’armée napoléonienne – qui se réglait l’arme à la main (même si dans ce cas, il n’y avait pas un seul duel, mais une série d’affrontements !). Ensuite, il s’agit certainement du film le plus ambitieux, ou tout au moins le moins « commercial » qu’il ait réalisé depuis de très, très longues années : "le Dernier Duel", même s’il peut renvoyer en apparence à la longue série de films historiques, façon péplum, qui ont assis la popularité d’un réalisateur toujours très à l’aise quand il s’agissait de dépeindre de vastes déploiements de troupes et de magnifier des actes héroïques de guerriers, est finalement beaucoup plus un film intimiste, une réflexion assez aboutie sur une situation sociale qu’un grand spectacle.

A partir d’une situation réelle – le dernier duel autorisé en France comme règlement d’un conflit judiciaire « par la grâce de Dieu » – Ben Affleck et Matt Damon, retravaillant ensemble comme scénaristes pour la première fois depuis leur triomphe de "Will Hunting" (assisté de la beaucoup moins connue Nicole Holofcener…) ont composé un drame en 3 actes, reprenant la célèbre structure imaginée par Kurosawa pour son chef d’œuvre, "Rashomon". "Le Dernier Duel$"" va donc nous montrer trois fois la même histoire de rivalité entre deux vassaux d’un même suzerain, Pierre d’Alençon, au cours de la Guerre des Cent Ans, rivalité qui va se cristalliser autour du viol de l’épouse de l’un par l’autre, et qui se réglera donc en un « duel judiciaire » qui doit voir Dieu décider qui est coupable et qui est innocent : chaque chapitre adopte le point de vue de l’un des trois protagonistes, les deux hommes d’abord, la femme ensuite, avant de se conclure par le récit du duel final lui-même.

"Le Dernier Duel" comporte très peu de scènes de batailles, même si Jean de Carrouges, vaillant et austère guerrier, combat régulièrement les Anglais, ce qui permet à Scott de montrer son savoir-faire en de très brèves scènes de combat à l’épée et au corps à corps, qui sacrifient le sentiment épique habituel en faveur d’une brutalité effroyable. Les aficionados devront donc attendre près de deux heures et quart, qui leur paraîtront sans doute bien longues, pour assister à ce fameux combat entre Carrouges et Legris, dont l’issue déterminera en outre le sort réservé à Marguerite, l’épouse par qui le scandale sera arrivé : ce duel est éprouvant, et remarquablement filmé – et l’on sait bien que Sir Ridley Scott est un maître en la matière – parce qu’il dépeint plus la barbarie d’une époque sans pitié qu’une quelconque noblesse héroïque.

Le problème – mais en est-ce un ? le doute est permis – est que les deux premiers chapitres, qui représentent la version « des mâles » de cette sombre histoire, sont plutôt laborieux, pénibles parfois, en dépit de l’interprétation remarquable et de Matt Damon et, surtout, d’Adam Driver, qui confirme à chacun de ses films son excellence : on s’ennuie donc vaguement, malgré l’impeccable scénographie, et le soin apporté aux décors, très crédibles, et à l’image, uniformément grise, représentant une sorte « d’hiver de l’âme », sans beauté ni espoir. On peut juger que Scott n’est finalement pas très à l’aise avec ce film quasiment théâtral, et en particulier avec ces deux chapitres qui présentent avant tout l’intérêt de dépeindre les points de vue opposés des deux ennemis sur les mêmes situations, vécues à travers le prisme des fantasmes et des préjugés de chacun.

C’est quand on aborde le troisième chapitre, la version « féminine » de l’histoire, que "le Dernier Duel" décolle littéralement, qu’il devient parfaitement convaincant. On pourra bien sûr tiquer sur le soulignement abusif, et inutile, du carton introductif de ce chapitre, nous mettant les points sur les « i » en insistant sur le fait que ce point de vue féminin est LA VERITE, mais on se laisse emporter par la passion que dégage Jodie Comer, et la subtilité avec laquelle elle dévoile peu à peu les mensonges cachés dans les deux premières parties. Le film devient alors – et il doit sans doute plus à la sensibilité des deux américains à l’écriture qu’aux idées pas toujours très progressistes de Ridley Scott – une représentation tragique de la position de la femme dans une société totalement patriarcale, abusant systématiquement de la domination politique, religieuse et physique du mâle.

"Le Dernier Duel" pourrait être désigné par ceux qui haïssent les femmes – et ils sont nombreux à donner de la voix en ce moment – comme un film #Me Too, mais il a plutôt l’intelligence d’offrir une lecture différente, féminine plus que féministe, d’une histoire de l’Occident chrétien dont nous n’admettons qu’avec difficulté combien il a été criminel.

Malgré – ou peut-être au contraire à cause de – son déséquilibre entre ses trois chapitres, "le Dernier Duel" est un film à la fois inégal et parfaitement passionnant… Et sera peut-être le dernier « grand film » de Ridley Scott, même s’il lui reste encore des histoires à nous raconter et des combats à filmer.

 

 

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