Le journal de Pok

17 août 2018

Séance de rattrapage : "Santa & Cie" d'Alain Chabat

Santa et Cie affiche

Bien qu'étant personnellement doucement réfractaire au défunt "humour Canal÷" et peu amateur du travail d'Alain Chabat, l'âge de ma fille (7 ans, pour ceux qui ne suivent pas..) m'oblige à visionner pas mal de films dont je me passerais très bien. Ceci posé, j'ai plutôt passé un bon moment devant les trois-quart de "Santa & Cie", devant ce que je qualifierai pour simplifier de "partie française", où Chabat joue sur son terrain, avec ses potes et ses vannes - souvent très très drôles, et c'est une bonne raison de voir le film ! Chabat y est sans doute plus à l'aise, sait ce qu'il fait et le fait bien, gérant de manière fine ce mélange de confusion bouffonne et de gêne honteuse qui me semble être le meilleur de son "style".

Un bémol important ici, c'est que, sans doute du fait de l'aspect familial du projet, Chabat retient trop ses coups, ne va pas au bout de ses idées : la critique de l'argent était ainsi une bonne piste qui ne débouche sur rien, la couleur publicitaire du Père Noël ne conduit qu'à percuter quasiment hors cadre un camion Coca-Cola ; quant au baiser amoureux entre les deux flics, il sera interrompu par la liesse générale (chez Chabat, j'ai bien peur qu'on reste encore dans le placard...). "Santa & Cie", avec un peu plus d'audace, aurait été un film beaucoup plus marquant, et je ne suis pas sûr qu'il aurait fait moins d'entrées pour autant...

Ceci dit, le dernier quart du film (en gros l'intro et la conclusion) reste une "américonnerie familiale" insupportable de niaiserie consensuelle, en plus laid toutefois, du fait du manque de maîtrise des effets spéciaux. On notera aussi que Chabat loupe complètement le passage "It's a beautiful life" de son film, s'empêtrant absurdement dans les conséquences d'un Noël sans jouets, et prouvant par là-même qu'il ne sera jamais Frank Capra (ce qu'on ne lui demandait pas de toute manière...).

Posté par Excessif à 07:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


16 août 2018

"Good Girls" de Jenna Bans : l'âge des formules

Good Girls affiche

Commençant très bien avec ses connotations 'politiques" inhabituelles (la vie n'est pas rose pour la classe moyenne américaine...), et sa formule à l'évidence initialement rassurante ("Desperate Housewives" + "Weeds" + #Balance ton porc), "Good Girls" a tôt fait de s'avérer une véritable Berezina pour le pauvre téléspectateur qui déciderait de s'accrocher pour terminer coûte que coûte la première saison.

Le manque d'imagination du scénario répétant mécaniquement la même formule rend complètement impossible l'empathie avec des personnages s'enlisant dans leurs erreurs et incapables de prendre la moindre décision sensée : cela pourrait donner lieu à une comédie absurde et cruelle, mais Jenna Bans gère très mal l'équilibre de tonalité de la série, insistant régulièrement sur les aspects les plus mélodramatiques alors que, clairement, une franche méchanceté (à la manière des premières saisons de "Weeds") aurait été plus féconde.

Pire, les acteurs, au départ plutôt sympathiques n'arrivent jamais à matérialiser une véritable évolution de leurs personnages, pourtant confrontés à des événements pour le moins marquants, nous donnant ainsi un sentiment d'extrême vacuité ("Tout ça pour ça ?").

La débâcle est encore accentuée par les très nombreuses incohérences dans l'écriture, qui culmine dans les derniers épisodes, dont l'absurdité ne peut être imputée qu'à un j'menfoutisme général.

Bref, si l'on veut bien admettre que la Série TV US est bel et bien entrée dans "l'âge des formules", on aura du mal à avaler le manque de talent croissant dont témoigne désormais le genre...

Posté par Excessif à 07:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

15 août 2018

Relisons les classiques de la BD franco-belge : Astérix et les Goths (1963) de Goscinny et Uderzo

astérix et les gothsBien sûr, je n'avais que 8 ans quand j'ai lu "Astérix et les Goths", deux ans environ après sa sortie, ma mère me l'ayant offert avec les deux premiers tomes de cette nouvelle BD à succès. Bien sûr, je n'étais pas à l'époque un lecteur bien rapide et je me souviens que traverser toutes les pages d'un Astérix relevait de l'épopée. Bien sûr, je ne comprenais pas tous les gags (en fait je n'ai repéré celle du "général Electric" que juste aujourd'hui, la honte !), mais j'aimais beaucoup les baffes qui pleuvaient et aussi l'imbécilité crasse des militaires de tous bords qui est le principal ressort de l'action cette fois (une imbécilité à peine caricaturale puisque Goscinny, avec son brio habituel, lui donne source dans le respect absurde des consignes et la crainte animale de l'autorité...) : peut-être même que mon anti-militarisme primaire a trouvé naissance dans cette description hilarante du chaos provoqué par la conjonction fatale entre les ambitions personnelles des chefs (et des moins chefs) et la violence systématique comme unique réponse face à l'incompréhensible.

Vu d'aujourd'hui, cet Astérix un peu oublié est néanmoins l'une des premières vraies réussites de la série, grâce à une construction impeccable, un rythme narratif soutenu, un humour parfait (le simplissime mais immortel "il est déchaîné"...), et l'efficacité déjà maximale du dessin d'Uderzo (un peu desservi quand même par une colorisation pour le moins défaillante... au moins dans mon exemplaire datant de l'époque). On regrettera sans doute la répétitivité déjà à l'oeuvre dans le prétexte du "voyage" (l'enlèvement, figure obligée du genre), mais on appréciera la prise en compte par le scénario de la différence de langages (avec la jolie idée de l'écriture gothique) et des conséquences de l'incommunicabilité, soit un sujet que Goscinny sous-exploitera par la suite, les habitants de tous les pays semblant toujours partager un langage commun fort improbable...

Posté par Excessif à 07:31 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

11 août 2018

"Mon Traître" de Pierre Alary et Sorj Chalandon : Belfast, bloody Belfast

Mon_traitreIl suffit peut-être de se contenter d'écrire que l'on a lu "Mon Traître", la BD de Pierre Alary d'une traite, sans reprendre son souffle. Les poings serrés, la gorge nouée, ému jusqu'aux larmes. Qu'on jurerait qu'il s'agit là de la meilleure BD publiée cette année... alors qu'on ne connaît pas l'Irlande du Nord et qu'on a - a priori - peu de sympathie ni pour les querelles religieuses en général ni pour les méthodes de l'IRA...

... Qu'on a donc été littéralement soulevé par ce récit puissant, superbement bien construit avec ses flashbacks et ses ruptures (l'interrogatoire - sans images - du "traître"). Et intelligemment dessiné, avec des choix de couleurs "monochromes" créant une véritable atmosphère sans recourir à l'esthétisme virtuose qui mine souvent la BD contemporaine. Avec son trait léger et faussement simple qui va à l'essentiel, l'âme des personnages plutôt que "l'action", judicieusement réduite au minimum...

... Et bien entendu, que l'on a été impressionné par la conclusion de "Mon Traître", cette fin terrible qui ne prétend surtout pas expliquer l'inexplicable, ni la trahison ni le mystère de l'Amour, et qui arrive pourtant à nous faire toucher du doigt la... Vérité de cette histoire, voire même un peu de "l'Histoire" du conflit irlandais...

Mais il faut aussi reconnaître que, n'ayant pas lu le livre - réputé lui aussi - de Sorj Chalandon ici adapté, on est bien en peine de dire si la grandeur enthousiasmante et l'humanité terrassante de "Mon Traître" étaient de toute façon déjà tellement présentes dans le matériel d'origine que l'échec artistique n'était pas possible... Dans ce cas, de la même manière que Chalandon est resté fidèle à l'esprit de ce pays dont il est tombé amoureux et au coeur déchiré de ces gens qui sont devenus sa famille, on est prêt à jurer que Pierre Alary n'a assurément pas trahi, lui, la cruelle beauté de ce récit intime destiné à nous hanter pendant longtemps.

Posté par Excessif à 07:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

10 août 2018

"Une Pluie sans Fin" de Yong Due : Rain Man ("Noone gets out of here alive...")

Une Pluie sans Fin afficheIl y a un grave malentendu, évidemment sciemment entretenu par le Marketing de "Une Pluie sans Fin", qui est de placer le film dans la descendance du brillantissime "Memories of Murder" : hormis qu'il s'agit d'une vision ethnocentrique vaguement raciste qui revient à mettre dans le même panier tout ce qui est asiatique, c'est aussi une erreur de compréhension fondamentale quant au travail de Dong Yue, qui ne réalise pas du tout ici ni un film de serial killer, ni le récit policier d'une traque. Il vaut beaucoup mieux voir "Une Pluie sans Fin" comme l'irruption d'une fiction (presque une micro-fiction, admettons-le !) au sein du gigantesque "A l'Ouest des Rails" de Wang Bing (la fin de l'ère de l'industrie lourde en Chine), voire une revisite du magnifique "The World" de Jia Zhang-Ke (la vanité des rêves dans un monde à la froideur absolue) : c'est dire que nous avons affaire ici à un film 100% chinois, et quasiment uniquement consacré à une description minutieuse des ravages du capitalisme sur l'être humain, voire même sur l'humanité de l'être.

Film de chef opérateur, donc grand film de l'image, saturée de grisaille grâce à cette idée brillante de pluies (plurielles), à la fois ininterrompues et diverses, particulièrement impressionnant quand il nous montre ces usines monstrueuses et mourantes qui ont depuis longtemps broyé tout espoir et tout avenir, "Une Pluie sans Fin" est aussi un essai vertigineux sur le vide de l'âme : bloqués dans un monde qui se dilue sous la pluie, où seule l'attente de ce qui ne viendra jamais fait un minimum de sens, ses personnages ne sont plus que de lointains échos de nous-mêmes, mais nous craignons en permanence qu'ils ne soient notre avenir. En cela, "Une Pluie sans Fin" n'est pas un "film politique chinois" (chose qui ne peut d'ailleurs sans doute pas exister), malgré la scène "amusante" de la remise des médailles par le Parti, mais bien plutôt un film "philosophique global", à la manière du cinéma de Tarkovski en URSS par exemple (sans comparaison en termes d'importance, bien entendu).

D'un abord un peu difficile, avec une première partie qui demandera au spectateur de faire preuve de patience pour entrer dans ce monde quasi incompréhensible de procédures abstraites, de technologie primitive et de servitude généralisée, "Une Pluie sans Fin" s'humanise peu à peu - mais avec tellement de cruauté - quand il dépeint la descente aux enfers de son personnage principal qui sacrifiera et amitié et amour à son obsession, une obsession qui n'est pourtant pas une malédiction comme cela serait le cas dans un film occidental, mais bel et bien - et c'est l'atroce ironie du film - une ultime preuve d'existence.

Si la fin est absolument magnifique, ce n'est pas parce qu'elle fait le constat facile que nulle réponse ne saurait être donnée à une quête de toute manière sans réel fondement, mais bien parce qu'elle prend acte de la disparition du Monde, et de notre propre disparition avec lui : la scène - bouleversante - de la destruction de l'usine, et celle, terriblement ambigüe et donc totalement éclairante quant au réel propos de Dong Yue, de la visite à la salle des fêtes délabrée, constituent la véritable conclusion du film. Après cela, la pluie peut s'arrêter, et la neige peut tomber : personne ne s'échappera de là vivant.

Posté par Excessif à 07:50 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


09 août 2018

"But I Like It" de Joe Sacco : It's Only Rock'n'Roll...

ButI Like ItTout le monde connait le Joe Sacco chroniqueur politique et humain, engagé sur de nombreux conflits de par le monde, mais peu imaginent qu’avant, mais aussi entre ses reportages en Palestine ou dans d'autres zones de guerre, le même Joe Sacco puisse avoir eu / avoir encore une relation aussi passionnée avec le Rock en général, et avec les Stones ou le Blues en particulier !

S'ouvrant sur une préface remarquable de Gerry Mohr, qui permet de bien comprendre les sentiments pour le moins ambigus que Sacco a développés avec le Rock et son monde, "But I Like It" (titre pertinent de par sa référence aux Stones, mais aussi du fait de ce paradoxal amour teinté de « honte et de dégoût » que Sacco détaille lui-même dans un petit texte hilarant…) regroupe a priori l’intégralité des travaux de Sacco ayant rapport avec ses passions (ou non) musicales, dans un style graphique plus "souple" que son travail habituel, que l’on peut juger – au moins superficiellement - assez caractéristique des Comix underground US - dont Robert Crumb est probablement le représentant le plus connu ici en France.

La première « face » de cette « compilation » raconte l’épique tournée européenne du groupe punk / néo-psychédélique The Miracle Workers que Sacco accompagna, occasion merveilleuse de se livrer à la fois à un autoportrait de l’artiste en complexé maladif et ridicule, et à une description sans pitié de la vie sur la route des groupes de Rock. La seconde déverse un fiel assez délectable sur les déviances du Rock des 70's - 80's, ridiculisant sans pitié ce tout petit monde d'idiots mégalomanes et cocaïnés, ainsi que tous les profiteurs tournant autour (producteurs rapaces, tourneurs incompétents, groupies interchangeables) : c'est très drôle, à la fois bien vu et d’une méchanceté lourdement teintée de mauvaise foi, mais cela reste assez convenu, il faut bien l'admettre.

La « face C » (eh oui, c’est un « double album » !) nous offre une visite guidée – avec ironie bien entendu - par l’auteur lui-même de ces travaux d’affichiste, mais c'est quand Sacco avoue sa passion pour les Stones - et les diverses désillusions occasionnées par celle-ci – ainsi que son profond amour pour le Blues que But I Like It devient touchant, parce que plus intime, et plus juste aussi.

Au final, voici un livre fait de bric et de broc, par définition de qualité variable, donc un peu anecdotique au sein de l’œuvre conséquente d’un auteur important… mais que l’on aurait néanmoins tendance à considérer comme un must pour tout "fan de Rock"…

Posté par Excessif à 07:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

08 août 2018

'La Trêve" de Stéphane Bergmans, Benjamin d'Aoust et Matthieu Donck

la treve affiche20 ans après la naissance de la série TV moderne, qui aura finalement constitué l'une des plus grandes révolutions du Cinéma (paradoxe), nous sommes entrés dans l'ère des "série-fils"... pour ne pas dire des "copistes" : si "la Trêve" est une très belle réussite dans le paysage pas encore trop excitant de la série francophone, un quasi sans-faute qui nous tiendra en haleine le long de 10 riches épisodes, il s'agit aussi d'un véritable dictionnaire de références (intelligemment traitées, mais là n'est pas la question...).

En partant de la matrice "Twin Peaks" (un meurtre dans une petite ville isolée dans les bois conduira un flic venu dans l'extérieur à révéler les secrets et perversions qui se dissimulent derrière l'apparente tranquillité bucolique des lieux), Stéphane BergmansBenjamin d'Aoust et Matthieu Donck recyclent avec beaucoup l'habileté les fameux mécanismes de "The Killing", soit une fausse piste et un faux coupable (au moins) par épisode jusqu'à ce que le téléspectateur rendu paranoïaque en vienne à soupçonner l'insoupçonnable. L'histoire est narrée sous forme de flashback à partir d'une scène d'ouverture en forme de trauma sanglant dont on devra découvrir le sens au bout d'un long cheminement, comme dans "Damages". Chaque épisode (ou au moins les 7 premiers...) débute systématiquement par un rêve comme "Six Feet Under" lançait sa narration par un décès. Comme dans "True Detective", le flic est un être profondément malade, dont les délires hallucinés semblent régulièrement contaminer la réalité. Etc. etc. (On pourrait également citer "Broadchurch" si cette dernière ne faisait pas finalement tout autant partie du même courant de "redite"...).

Ceci n'empêche pas qu'il y ait maintes raisons d'applaudir cette "version belge" de fictions et de mécanismes désormais bien connus : l'inscription de ces codes dans un paysage ardennais et dans le microcosme belge fonctionne remarquablement, et les thèmes de la corruption du football de troisième division ou des pratiques sado-masochistes en milieu campagnard ont une belle "fraîcheur", qui aident à distinguer "la Trêve" de ses contemporaines anglo-saxonnes. Quelques maladresses, dans le calendrier par exemple (un mois de mars bien estival...) mais aussi dans l'interprétation pas toujours au top, ne gâchent pas notre plaisir devant une mise en scène élégante et une narration bien conduite.

Bref, malgré son manque d'originalité, "la Trêve" place la Belgique sur la carte mondiale de la Série TV : c'est une excellente nouvelle...

Posté par Excessif à 07:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

07 août 2018

Revisitons la discographie des Stones : "Some Girls (1978)

Rolling-Stones-Some-GirlsReprenons ici notre chronique des longues années de purgatoire des Stones qui ont suivi leur première décennie - triomphale - d'existence...

Bon, les amis, soyons un peu sérieux : je sais que parmi vous il y a de grands fans des Stones, il y a même des sourds et quelques personnes d'une mauvaise foi intégrale. Tous des gens qui parlent de "Some Girls" comme s'il s'agissait d'un "grrrrand disque" de rock. Si ça peut vous faire plaisir, ne vous gênez pas pour moi, mais quand vous en avez assez de faire semblant, vous savez bien que les Stones ont arrêté de faire de "grands disques" de rock avec "Exile on Main Street". Et qu'en 78, année bénite où la bonne musique pétait dans tous les sens, nulle personne qui avait encore la moitié du cerveau fonctionnelle n'écoutait le "dernier Rolling Stones". On se foutait tous comme de notre première blenno du "scandale" des paroles de "Some Girls", le genre de truc (bâillement) qui agitait plutôt "Paris Match" que "Sounds"...

Maintenant il y a plein de révisionnistes qui réécrivent l'histoire, pour justifier de ne pas avoir été avec nous aux premiers concerts de PIL, des Stranglers, de Costello ou de Magazine. Sans même parler du Boss qui venait de nous pondre "Darkness on the Edge of Town" ou de Patti avec son "Easter" egg. Honnêtement, les ennuis de Kifff avec la justice et le fait que Jagger se tapait la femme de Bryan Ferry... soyons un peu sérieux (again...) !

Donc les révisionnistes prétendent que Jagger et Richards voulaient donner ici une leçon de punkitude aux punks : eux, ils sniffaient de la coke avec le POTUS ! Et ils étaient toujours énervés. Le problème, évidemment, c'est que, sur "Some Girls", quand les Stones jouent "énervé", c'est un peu n'importe quoi, et guère plus cohérent que le pire groupe punk amateur dans un pub de Chelsea Road.

Bon, 40 ans après, on n'a plus de raison de se fâcher : la suite de la discographie des Stones est une catastrophe industrielle, et on ne peut que se sentir embarrassé devant les éternelles tournées gérontophiles du euh... "groupe". Du coup, "Some Girls" passe facilement pour un bon album quand on le remet en perspective...

...Mais sûrement pas quand les Stones font semblant d'être encore pertinents. Plutôt quand ils font de la disco ("Miss You" reste très bien, contre toute attente), du country ("Faraway Eyes") ou de la soul sirupeuse ("Beast of Burden"). Une exception quand même : "Shattered", morceau azimuté et délabré, où Jagger est formidablement crédible quand il singe la décadence épuisée d'une existence urbaine vide de sens. 5 ans plus tôt, les Stones auraient fait un chef d'oeuvre de cette chanson. En 78, elle leur permet de surnager.

Pas pour longtemps.

Posté par Excessif à 08:09 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

06 août 2018

"Mission : Impossible - Fall Out" de Christopher McQuarrie : Tom fait de la moto

MI Fallout AfficheImpossible de nier au sortir de ce "Fall Out" tendu, explosif et souvent jouissif que l'équipe à Tom Cruise a réussi à hisser la franchise "Mission : Impossible" au sommet du genre. Impossible de nier aussi qu'on en ressort le sourire aux lèvres, le vieux thème de Lalo Schifrin tournant en boucle dans la tête, et pas le moins du monde préoccupé par la tonne de bullshit qu'un scénario particulièrement alambiqué et improbable nous a forcé à ingurgiter. C'est que le travail de McQuarrie à la mise en scène est plutôt remarquable et transforme le film en montagnes russes d'un parc d'attraction du XXIIe siècle : vous avez rêvé de faire du canyoning en hélicoptère Airbus sur les plateaux du Cachemire ? Vous avez toujours voulu sauter en chute libre au dessus de Paris la nuit ? Vous préférez plutôt prendre le rond point de la Place de l'Etoile en contre sens ? Be my guest !

Personnellement, en tant que parisien et motard, la petite demi-heure de poursuite dans les rues de la Capitale - en dépit des habituelles incohérences géographiques - m'a profondément réjoui. Et je n'ai pas pu m'empêcher d'admirer Tom Cruise, pas beaucoup plus jeune que moi, pour sa maîtrise de sa bécane en toutes circonstances. Oui, ça m'a rendu heureux, imbécile que je suis...

Tout ça n'est pas du Cinéma, me direz-vous ? Oui certes, mais ce n'est pas grave, j'ai eu mon content de beau et vrai cinéma il y a peu avec "Paul Sanchez est de retour", je me suis donc mis en mode "intelligence off" et ça a très bien fonctionné pour moi.

Posté par Excessif à 07:19 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

05 août 2018

"Fauda - Saison 2" de Lior Raz et Avi Issacharoff : Photocopie...

Fauda Saison 2 posterIl est un peu dommage de constater que pour la seconde saison de leur série à succès, "Fauda", Lior Raz et Avi Issacharoff ont choisi l'option la plus facile, la plus simpliste, c'est-à-dire une simple photocopie à l'identique de la première saison, en augmentant simplement les enjeux et la violence. On retrouve donc ici un terroriste anti-israélien agissant en dehors du Hamas (ici, il est inféodé au grand épouvantail global qu'est l'Etat Islamique...) et de ses règles, et une affrontement plus "personnel" que politique entre lui et le groupe d'infiltration dans lequel "s'illustre" Domon, encore plus en roue libre ici qu'auparavant. Difficile de ne pas reconnaître l'efficacité de la série, qui réussit particulièrement bien les montées en tension et les scènes d'action, tout en demeurant assez flottante quand il s'agit de parler de rapports humains, sans même parler de relations amoureuses. A l'image de son modèle évident, "24 Heures Chrono", "Fauda" prête généreusement le flanc à la critique en justifiant largement la torture, et offrant une vue de plus en plus biaisée de la situation palestinienne. Mais curieusement, ces excès ne la disqualifient pas complètement, car grâce au filmage in situ et aux acteurs du cru, la série reste fortement crédible, et nous permet de saisir à la volée, presque en dépit de son scénario, quelque chose de la réalité de cette partie du monde perpétuellement en guerre, soumise à une haine inextinguible et sombrant régulièrement dans le Chaos.

Posté par Excessif à 07:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,