Le journal de Pok

09 février 2016

Le futur du Cinéma est Asie : "Memories of Murder" de Bong Joon-Ho (2003)

memories-of-murderEt si "Memories of Murder" était l'un de ces films exceptionnels qui semblent meilleurs à chaque visionnage ? Sorti en France en 2004, à une époque où les bonnes nouvelles - les bons films - affluaient de Corée, qui avait tout du "nouveau pays du Cinéma", "Memories of Murder" ne ressemblait à rien de connu, surtout dans le genre déjà nauséabond du "film de serial killer". "Memories of Murder" était un vrai choc : on avait affaire, derrière un semblant d'enquête policière, annoncée comme adaptée de faits réels, à la peinture cauchemardesque d'une société à la fois primitive et totalitaire (on est dans les années 80), dans laquelle des policiers, hébétés et démunis, se laissaient entraîner dans une chasse à l'homme dérisoire, qui ne débouchait bien sûr sur rien, hormis la certitude destructrice de n'être que les jouets, au mieux du destin, au pire de leurs propres pulsions animales.

En 2016, "Memories of Murder" continue à fonctionner impeccablement, grâce à ses différents niveaux de lecture, de l'analyse politique de la société coréenne étouffée sous une dictature archaïsante à la chronique - assez drôle - de l'éveil au modernisme d'une communauté attardée. Sec, sombre, poignant, rugueux... mais aussi lumineux, miraculeux, drôle, absurde, décomplexé, "Memories of Murder" demeure un grand film "moderne", en particulier grâce à une narration qui semble disjointe, mais qui finit par constituer la chronique accablante et terriblement humaine d'un échec prévisible. La mise en scène de Bong Joon Ho, toujours à la juste distance par rapport aux horreurs décrites, toujours légère et pertinente même dans ses brusques (et rares) virages vers le film de genre, en fait une merveille inépuisable... même si l'on en sort à chaque fois abattu, attristé, en particulier à cause d'une scène finale d'une beauté et d'une force exceptionnelles.

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08 février 2016

Réécoutons (et revoyons) les Classiques du Rock : "A long day's night" de Blue Öyster Cult (2002)

blue-oyster-cult-a-long-day-s-nightN'hésitons pas à le répéter, surtout parce que tellement peu de gens s'en sont rendu compte : le Blue Öyster Cult fut l'un des tous meilleurs groupes de "rock dur" (hard rock, heavy metal, etc.) de tous les temps. Le seul - OK, avec le Led Zep DANS UNE MOINDRE MESURE (je sais que je vais me faire beaucoup d'ennemis, là !), à avoir de grandes chansons, une vraie intelligence derrière les concepts "mis en scène" dans les chansons et les albums, un guitariste soliste hors pair (Buck Dharma), un chanteur à la précision et au phrasé redoutables (Eric Bloom), et même des "side kicks" au talent hors du commun (Allen Lanier, ami de Patti Smith, d'une intelligence brillante ; Albert Bouchard, l'un des rares batteurs qui est aussi un grand compositeur). Si le dernier "grand" album de la Secte de l'Huïtre Bleue date quand même de 1988 ("Imaginos"), les voir sur scène en 2002 jouer - devant un public de quadragénaires placides, savourant leurs bières fraîches - quelques uns de leurs "classiques" mêlés à des chansons plus récentes ou moins connues mais tout aussi saisissantes, est un immense bonheur. Bien sûr, le BÖC a abandonné depuis quelques années le décorum S.F. / occultisme qui rendait quand même leurs live shows hallucinants. Bien sûr, visuellement, on est plus du côté de la bande de quinqua souriants qui s'amusent que de celui de killers bardés de cuir venus terrifier la planète en brandissant les spectres d'idéologies perverses et menaçantes. Pire, le mix audio privilégie une clarté sonore qui, si elle constitue un bel écrin aux solos magnifiquement fluides de Buck Dharma, sacrifie la compacité et la puissance sonores, indispensables à la musique du BÖC. Ce ne sont pourtant que des détails par rapport à l'éblouissement - on parle quasiment de syndrome de Stendhal, là ! - que provoque une grande partie des chansons de "A Long Day's Night" : le sentiment de toucher là à une sorte de perfection (rare) dans le Rock, un équilibre parfait entre intelligence, subtilité mélodique et force émotionnelle. "A Long Day's Night" mérite de figurer dans la vidéothèque de tout honnête homme qui ne voudrait jamais oublier combien ce qu'on qualifie horriblement aujourd'hui de "classic rock" a pu être fécond.

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07 février 2016

Le sexe sur grand écran : "Lunes de Fiel" de Roman Polanski (1992)

Lunes de FielN'ayant pas lu le livre de Brückner, livre scandaleux à l'excellente réputation, j'avais abordé à l'époque le "dernier Polanski" avec une virginité bienheureuse, et j'avais été plutôt séduit par tout ce que "Lunes de Fiel" avait de scabreux, glauque et malaisant : je pensais y retrouver le Polanski que nous aimions, celui de "Rosemary's Baby", de "Repulsion" ou - surtout - du "Locataire". Revoir "Lunes de Fiel" avait mis à mal cette bonne impression, parce que transparaissait clairement, une fois passé le choc, tout ce que le film avait de "bourgeois", de conventionnel : oui, "Lunes de Fiel" dit des choses justes et importantes sur le couple, sur le naufrage inéluctable de l'amour et de la sexualité, mais, faute dune vraie radicalité esthétique et / ou narrative, les noie dans des images conventionnelles, décoratives, finalement rassurantes pour le spectateur. Bref, Polanski lisse son propos, et même si Coyote et Seigner ont suffisamment de moments "borderline" pour que quelque chose d'indécent passe à l'écran malgré la joliesse des images, on passe clairement à côté du brûlot que le film aurait pu, aurait sans doute dû être. Il est possible, heureusement, de se livrer à une lecture "méta" du film, en y voyant une illustration des rapports entre Polanski et la femme qu'il aime, Emmanuelle Seigner, qu'il se complait à dénuder et à exposer dans les scènes les plus avilissantes possibles à la concupiscence, puis au dégoût et à la peur de son spectateur : et ça, au delà de la question de l'adaptation d'une œuvre littéraire fameuse, c'est évidemment intéressant.

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06 février 2016

Declan McKenna à l'Olympia (Paris) le 3 février 2016, en première partie de Foals

2016 02 03 Declan McKenna Olympia (8)20h20 : un quatuor très, très jeune apparaît sur scène : Declan McKenna présente les deux jeunes filles (guitare et batterie) et le bassiste qui l'accompagnent comme "son groupe"... et il utilisera le "je" tout au long de la demi-heure d'un set ma fois assez excellent. Il est donc clair - arrogance ou non - que c'est lui qui compose, commande et chante. D'ailleurs il nous présente l'une des chansons comme un titre qu'il a publié quand il avait 15 ans (mais quel âge a-t-il aujourd'hui ? Il n'en paraît guère plus ! En fait, vérification faite, il n’a encore que 16 ans !!!)... Voici donc un tout jeune homme décidé et sûr de son destin... Et il faut dire que ça fonctionne : même à la première écoute, les chansons sont accrocheuses, fraîches et variées. Si j'attendais a priori, vus les claviers devant les musiciens, une pop à la Metronomy, c'est plus du côté de Two Door Cinema Club qu'on peut chercher des références, en particulier grâce à la guitare carillonnante. Et en plus, Declan arrive à gérer une excitation croissante au fil de son court set, qui arrachera finalement des sourires à presque tout le monde autour de moi. Et déclenchera même une vague oscillation générale sur le dernier morceau. Plutôt rare pour une première partie à peu près inconnue, non ? Un artiste à suivre, et sérieusement !

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05 février 2016

Foals à l'Olympia (Paris) le 3 février 2016

2016 02 03 Foals Olympia (23)21h20 : le niveau d’excitation dans la salle est très élevé, je ressens autour de moi, et en moi, cette sensation électrique qui, je trouve, se fait de plus en plus rare. Ce soir, c’est un GRAND groupe que nous allons applaudir, je le sais déjà avant que Foals attaque la première note de sa première chanson. Et quelle chanson ! Snake Oils, l’une des bombes de « What Went Down », le dernier et puissant album de Foals : d’emblée, ça bombarde grave, c’est du lourd, comme on dit aujourd’hui ! Tout le monde saute dans tous les sens dans les premiers rangs, bon dieu que c’est bon de retrouver – enfin ! – cette ambiance folle de VRAI concert de Rock. Yannis Philippakis, vêtu de son habituel t-shirt rayé, est à peu près identique à mes souvenirs de 2013, à peine a-t-il forci un peu, me semble-t-il. Plus près de moi, Jimmy Smith officie à la guitare, tandis que, au fond de la scène, la section rythmique – Walter Gerbers et Jack Bevan, l’un près de l’autre la plupart du temps – est une boule d’énergie et de puissance. Car Foals, au-delà de la personnalité certes très forte de Yannis, est un GROUPE, comme peu de groupes de Rock aujourd’hui : il faut voir la manière dont tous les musiciens bougent, se donnant corps et âme à leur musique, et, surtout, la façon dont ils se regroupent régulièrement sur scène, formant un cercle dynamique, d’où émergent des solos furieux ou des accélérations rythmiques irrésistibles.

2016 02 03 Foals Olympia (13)Ce qui est évidemment merveilleux avec Foals en 2016, c’est qu’ils ont désormais à leur disposition toute une variété de styles musicaux, d’ambiances, ce qui leur permet de nous proposer une set list toute en surprises, en ruptures de ton, d’une richesse musicale peu commune à notre époque. Des tubes qui amènent des sourires sur tous les visages et font danser, comme My Number ou le merveilleux Mountain at My Gates (bonjour à nos amis de Saint Rémy en Provence !), de longues plages planantes et ambitieuses, comme ce A Knife In the Ocean dans une version envoûtante, bien supérieure à celle de l’album, et des morceaux killers, où les cris perçants de Yannis s’appuient sur des riffs de heavy blues qui pourraient même faire penser aux Black Keys, en (bien) plus torturé ! Le spectre musical parcouru est remarquable, et même si, logiquement, il y a quelques moments plus faibles durant l’heure de set, je me dis que je ne vois pas aujourd’hui qui dans le Rock, à l’exception d’Arcade Fire, peut emmener son public aussi loin, avec tant de générosité et d’enthousiasme mis au service de si belles chansons. Inhaler clôt puissamment le concert, et je crois que tout le monde est absolument comblé… Mais nous n’avons encore rien vu !

Le rappel débute par London Thunder, plus calme, qui permet de se concentrer sur le chant de Yannis, et montre que Foals tient la route aussi dans le registre de l’émotion. Mais c’est – et je l’attendais depuis le début – What Went Down qui va littéralement mettre le feu à l’Olympia : ce riff monstrueux, puis ces moments d’accélération quand Yannis hurle sous la lumière stroboscopique qui déchire l’obscurité… Ce morceau douloureux et sauvage me rappelle à chaque fois le Cure de « Pornography », il y a une sorte de basculement vers… un ailleurs qui est littéralement terrassant. Ouaouh ! Et, merci, merci, ce n’est pas encore tout : Two Steps, Twice, accueilli par un hurlement général de bonheur, nous ramène aux origines de Foals, à cette sorte de math rock tribal qui les révéla en 2008. Yannis, qui est venu plusieurs fois entrer dans la foule, décide cette fois d’escalader le balcon de l’Olympia, avant de se jeter dans le public depuis ce balcon, à l’effarement et à la joie générale. D’où j’étais, je n’ai pas vu comment il a été rattrapé et ne s’est pas écrasé au sol, mais il a réapparu entier et intact ! A partir de là, Foals accélère le rythme, et l’Olympia s’embrase littéralement, pour quelques minutes d’hystérie incontrôlable qui font le prix des grands concerts. C’est incroyablement bon de vivre ça, ça redonne une pêche formidable, et, plus important, cette foi en la musique qui commençait à faiblir en moi.

1heure et 20 minutes exceptionnelles, Foals est bien au niveau où on l’espérait, le meilleur groupe actuel en activité. Par mail depuis le Brésil, Christophe me signale que la diffusion sur le Net n’a semble-t-il pas fonctionné (pour lui ? pour tout le monde ?)… En tous cas, pour tous ceux qui n’ont pas pu être là ce soir, séance de rattrapage obligatoire sur Arte dans les jours qui viennent. Faites-vous du bien, ce n’est pas si fréquent !

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04 février 2016

Promenade à travers la discographie de Bowie : Heathen (2002)

Heathen"Hours..." avait été une vraie déception, un retour inattendu, après les ambitieux - et réussis - "1. Outside" et "Earthling", à une sorte de pop rock tranquille et pas très inspiré. Disons-le tout de suite, "Heathen", même s'il suit le même chemin, met la barre bien plus haut : des compositions qui se tiennent honorablement, même si l'on est encore loin du génie des années 70-80, évidemment, un chant classieux de crooner post-moderne finalement souvent irrésistible (même si moins de distance - le "problème" habituel de Bowie - serait ici appréciée pour mettre un peu plus de vie à "Heathen"), et, cette fois, une excellente orchestration, sobre et efficace, et une production cohérente et maîtrisée (Thanks, Tony Visconti !). Suivant les goûts de chacun, on tirera du lot l'introduction assez magnifique de "Sunday", le superbe "Slow Burn", enflammé par la guitare de Pete Townshend, ou bien encore "Cactus", une bonne reprise des Pixies, logiquement sans la rage géniale de l'original, ou même la version "grunge" (Thanks, Dave Grohl !) du sensible "I've Been Waiting for You" du Loner (à ce propos, il me semble que peu de gens ont remarqué que "Slip Away" décalquait assez effrontément la mélodie du magnifique "I Believe In You" du même Neil Young). La "seconde face" de "Heathen" descend malheureusement en pente douce vers un final assez fade, offrant une dilution progressive des atouts de la première, et empêchant l'album de bénéficier du statut, atteignable, de "classique mineur" de la discographie de Bowie.

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03 février 2016

"Spotlight" de Thomas McCarthy : hawksien ?

Spotlight AfficheMais qui est donc ce monsieur McCarthy, qui nous offre une œuvre aussi roborative et accomplie que "Spotlight" ? Sur un sujet aussi passionnant, mais forcément casse-gueule (risque de sensationnalisme, menace de sentimentalisme), que "l'épidémie psychiatrique" globale de pédophilie au sein de l'Eglise Catholique et la complicité implicite du "système", McCarthy semble avoir pris toutes les bonnes décisions : parler de l'enquête, de l'enquête et encore de l'enquête, seulement de l'enquête. Montrer les dommages cruels causés aux innombrables victimes plutôt en creux (deux ou trois scènes, elliptiques mais touchantes, suffisent, pas besoin d'en rajouter), ne pas charger les coupables (dont l'ignominie n'a nul besoin d'être soulignée), ne pas s'appesantir sur la personnalité des journalistes "héros" de notre époque qui en manque si cruellement (ce qui compte, c'est qu'ils fassent leur travail, un travail essentiel à la démocratie, pas qui ils sont). Plus surprenant peut être - mais pas moins pertinent pour autant - est le choix d'éviter une ambiance paranoïaque pourtant presque inhérente au genre du film d'enquête : cela donne certes à "Spotlight" une certaine neutralité - cela ne le rend pas ennuyeux pour autant, au contraire -, mais cela conforte une perspective essentielle du film, celle que nous n'affrontons pas un "monstre" mais plutôt un système d'omerta dont tout le monde à Boston, certaines victimes y compris, a été partie prenante. Reste à souligner l'excellence de l'interprétation générale, une "troupe" d'acteurs aguerris fonctionnant avec le même professionnalisme que les journalistes ou avocats qu'ils incarnent : finalement, plutôt qu'utiliser la référence évidente aux "Hommes du Président" de Pakula, certes incontournable sur le sujet du rôle de la presse face au pouvoir, n'aurions-nous pas plutôt envie de qualifier ce film de "hawksien", de par la manière sobre avec laquelle il met en valeur un groupe d'hommes (et de femmes) travaillant ensemble et enserrés dans un univers "hostile" ?

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02 février 2016

"Blackstar" de David Bowie : David et moi

Blackstar-CDC'est bien simple, je dois une fière chandelle à David. En 1972, avec "Ziggy", un disque qu'il avait écrit pour moi, et juste pour moi, je le sais - n'allez pas me essayer de me convaincre du contraire ! - il m'a sauvé. De la banalité, des chemins déjà tout tracés, de l'ennui, de la peur aussi. J'ai rencontré Vincent à Londres et nous avons vécu tous deux 3 semaines au rythme de "Ziggy", entrant chez des disquaires toutes les trois heures pour l'écouter et pouvoir continuer à respirer. J'ai ensuite perdu la trace de Vincent mais ce n'était pas trop grave, j'aime les filles de toute manière, même si David m'avait justement fait comprendre que ça ne faisait pas une grande différence, contrairement à ce que tout le monde croyait au début des années 70. Je n'ai perdu David que longtemps après, après "Scary Monsters", quand il s'est vendu à la planète entière, juste pour me rendre jaloux. Mais je l'ai quand même revu en secret pendant sa belle période "1. Outside" et "Earthling"... un peu comme une vieille maîtresse qui a de si beaux atours qu'on n'arrive pas à l'oublier.

Quand David est mort, j'ai pleuré, sans pouvoir m'arrêter. Alors que j'étais sûr de l'avoir oublié depuis longtemps. Et j'ai encore pleuré plusieurs fois. Jusqu'à hier encore, dans le train, quand le contrôleur a jeté un coup d’œil sur la couverture du Rock & Folk que je tenais et m'a dit : "Putain, il est mort, il reviendra pas !". Je ne sais pas d'où viennent ces larmes, elles sont absurdes. Pire, je sens que je ne suis pas le seul à pleurer : il y a de quoi enrager, non ?

Bref, "Blackstar" ? Eh bien je regrette de n'avoir pas pu l'écouter, au moins une fois, avant le départ de David pour Mars. Parce que là, je sais que j'aurais pu écrire, ou au moins penser un truc du genre :
- son premier vrai album "bowien" depuis "Earthling",
- deux chansons magiques de plus dans sa discographie : "Blackstar" et "Lazarus". Une mauvaise chanson, "Sue" (mais on le savait déjà depuis la dernière compil...). Le reste est très bien, beau même parfois, mais finalement un peu dispensable.
- je déteste le jazz, et pire encore le jazz rock. Je hais le prog rock. L'ambient me fait dormir. Mais ce vieux sorcier est arrivé une fois encore à faire une nouvelle soupe au goût enivrant dans ces vieux pots. Ok donc pour le rock-jazz-prog-ambient de David. Même si l'on ne m'y reprendra plus, je le jure...
Bref quelque chose de vaguement objectif sur un album qui en vaut un autre, ou juste un peu plus.

Aujourd'hui, quand j'écoute cet album à la douceur et à l'étrangeté terrassantes, je ne peux qu'entendre David qui me parle depuis Mars. Qui me dit ses mots d'espoir, terribles. Et puis des mots de désespoir, exaltants. Et puis même des mots d'amour. Mais çà, c'est sans doute le chagrin qui me fait entendre ça. Et puis après, j'ai envie de sourire, je me dis : il a sacrément bien préparé son coup, sa sortie, sa mort (il l'avait d'ailleurs annoncé à Eric Dahan dans un interview dès février 1997 : "il ne faut pas manquer sa mort" !!!). Je l'admire, David, sans doute autant que je l'aime, il nous a bien eus. Toujours une longueur d'avance sur nous. Forever. Une étoile noire.

Une étoile noire, on ne la voit pas briller dans le ciel. David, où es-tu ?

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01 février 2016

"Carol" de Todd Haynes : échanges de regards

Carol afficheS'il n'y avait qu'une seule raison de voir "Carol", ce devrait être sa dernière scène, l'une des plus fortes vues sur un écran depuis belle lurette : cet échange de regards - amoureux, libres, se promettant l'un à l'autre qu'un avenir existe - entre deux personnages que l'on a vus souffrir pendant deux heures, comme incarcérés par la morale stricte des années 50 et les rôles impartis à chacun dans une société cloisonnée, est un grand moment de cinéma. Un moment qui matérialise le travail remarquable effectué ici par Todd Haynes (une direction artistique impeccable, la précision esthétique de la reconstitution historique très habilement assouplie par le grain de la photo en Super 16mm) et par ses deux actrices, chacune au-delà de tous les éloges, chacune peut-être dans son meilleur rôle à date. Avec ce sommet émotionnel, tout le sens du film que l'on vient de voir se cristallise, et en particulier les longues (… que l'on avait même trouvées "trop longues") scènes du "road movie" central : cette errance en voiture entre chambres de motels miteux et hôtels de luxe fait d'ailleurs plus qu'évoquer le cœur engourdi du "Lolita" de Nabokov, la fuite hébétées des amants au cœur d'une Amérique suspicieuse, avec à leurs trousses un détective chargé de prouver leurs crimes. Sinon, il faut aussi admirer la manière dont Haynes "parque" le "thème" de l'homosexualité, pour se concentrer sur ce qui importe vraiment, la fascination amoureuse, qui est évidemment la même quels que soient le sexe et les préférences de ses protagonistes.

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31 janvier 2016

The Maccabees à la Cigale le vendredi 29 janvier 2016

2016 01 29 The Maccabees La Cigale (15)Il est juste 21h quand les six musiciens de The Maccabees (eh oui, les cinq musiciens officiels sont accompagnés par une jeune femme aux claviers) montent sur la scène de la Cigale, plongée dans l’obscurité… et qui restera finalement très peu éclairé tout au long du set : même si on n’en est pas au minimalisme en termes de lumières d’Echo and The Bunnymen par exemple, il est clair que la bande à Orlando Weeks préfère la discrétion sur scène, pour, du moins on le suppose, laisser à la musique le maximum de place. On attaque avec une version énervée de Marks to Prove It, plus convaincante que sur l’album car déchaînant d’emblée une belle excitation dans la fosse. Me voilà rassuré au moins sur ce point : The Maccabees n’en sont pas rendus à faire de la soupe genre Coldplay ou du prog comme le pénible « Given to the Wild » le laissait craindre. Mais quand déboule en troisième position, le Wall of Arms de l’excellent album du même nom, et qu’il est interprété de la même manière, disons speed et emphatique, je commence à me dire que beaucoup de la beauté des chansons du groupe, et pire, de ce chant si particulier d’Orlando Weeks reste sur le carreau, sacrifié en faveur d’une efficacité assez mécanique…

2016 01 29 The Maccabees La Cigale (28)Tout le monde autour de moi a l’air de prendre du bon temps, mais j’ai du mal à trouver de l’originalité à ce concert qui bastonne un peu trop, ou pas de manière appropriée. Mais finalement, la mayonnaise prend, sans doute grâce à l’enchaînement du festif Can You Give It avec le très « Arcade Fire-en » Spit It Out, d’ailleurs sommet indiscutable du dernier album : j’ai un peu l’impression de me retrouver dans les 80’s quand débutaient des groupes comme U2 ou Big Country, avec leur rock « héroïque » qui n’était pas encore taillé pour les stades. La sensation est enivrante, certes, mais on ne peut décemment pas dire qu’on n’entende quoi que ce soit de nouveau ce soir.

L’autre problème, c’est qu’ensuite la passion se refroidit, l’énergie retombe. The Maccabees nous proposent de terminer, y compris sur leur rappel de quatre chansons entamé après 1h05 de concert, sur des titres plus mesurés, plus… sophistiqués… sauf que, encore une fois, le chant d’Orlando Weeks n’est pas mis en valeur par la sono pour réellement porter des morceaux plus singuliers : je pense particulièrement à Toothpaste Kisses, chanson inaugurale de la carrière du groupe, qui m’a presque paru gênant ce soir. On se quitte sur un Pelican assez ordinaire, et avec le sentiment d’une soirée en demi-teinte. Je dois néanmoins reconnaître l’énergie dont on fait preuve les musiciens, en particulier les deux guitaristes (s’agit-il de deux frères, je ne sais pas ?), qui n’ont jamais été avares d’interactions sympathiques et bon enfant avec le public…

Si The Maccabees est toujours un groupe relativement intéressant en 2016, ils ne m’ont aucunement rassuré sur leur avenir à moyen terme (pourquoi pas une carrière solo pour Orlando Weeks, voilà qui serait intriguant ?), ni sur la situation du Rock Indie… Ou alors, je ne sais pas, c’est peut-être moi ?

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