Le journal de Pok

20 juillet 2018

"Joy" de Ty Segall & White Fence : The Madcap Laughs Again !

JoySi White Fence (ou plutôt Tim Presley, de son véritable nom) ne bénéficie pas encore de la popularité de son ex-producteur et ici collaborateur Ty Segall, il fait indiscutablement partie de la même famille musicale US, celle de ces jeunes artistes prolixes, travaillés par le passé - principalement le rock psyché des années 60 - 70 - qui se sont donnés pour mission de créer la musique d'aujourd'hui dans une logique "Do It Yourself" en marge de l'industrie (ou plutôt de ce qu'il en reste).

"Joy", nouvelle collaboration entre Segall et Presley, commence par surprendre l'auditeur, et pas forcément positivement, par sa structure radicalement éclatée : plus que des chansons, nos enfants terribles nous offrent ici de brefs fragments de morceaux, qui semblent à peine ébauchés, qui se terminent déjà alors que nous n'avons même pas encore pu en prendre la mesure. Des éclairs de mélodies, des débuts de riffs de guitare, des idées de chansons, qui nous filent sans cesse entre les doigts, et qui laissent d'abord un goût de trop peu, un sentiment un peu absurde l'inutilité.

"Joy" est donc un album qu'il faut réécouter, beaucoup, souvent, pour qu'il s'invite peu à peu dans votre intimité, qu'il va à la fois perturber (ce sont les effets déviants habituels du psychédélisme) et enchanter (grâce à a la suavité des mélodies et des voix). L'osmose entre Ty (le chien sur la pochette...) et Tim (le chat...) est totale, et on est bien en peine de dire ce qui est de qui, qui a apporté quoi à cette joyeuse ratatouille...

Finalement, le brillant paradoxe de "Joy", qui en constitue peut être la plus belle preuve de réussite, c'est qu'il évoque souvent les moments les plus flippés des grands disques solos de Syd Barrett, tout en distillant un sentiment apaisant de bienveillance. Une sorte de définition parfaite de la folie douce, en sorte !

Un album qui ne sera certes pas pour tous les goûts, mais qui confirme la vitalité de cette jeune musique exubérante, qui se crée en ce moment même en Californie, et constitue l'un des courants musicaux les plus féconds de notre époque.

Posté par Excessif à 07:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,


19 juillet 2018

"The Guilty" de Gustav Möller : Blow In

The Guilty afficheOn connaît suffisamment la vitalité du "polar scandinave", en littérature du moins, pour faire confiance les yeux fermés à ce petit film conceptuel danois qui nous arrive auréolé de critiques louangeuses et de récompenses... même si l'on imagine mal qu'on aura à faire à la "révélation de l'année" ou à la naissance d'un nouveau réalisateur génial. Et en effet, "génial", "The Guilty ne l'est pas : on peut même trouver que son concept malin - en gros, remplacer l'image par le son pour raconter une histoire - tourne un peu en rond à mi-film, sans que les artifices de changements de décor (on passe d'une salle à l'autre du centre téléphonique de la police) et de lumière (des néons blafards à l'obscurité, avant un retour vers la lumière "révélatrice") accompagnant l'évolution en parallèle de l'intrigue et du héros n'arrivent vraiment à relancer le film, qu'on jugera donc un peu trop long avec ses 85 minutes (il a au moins dix minutes de trop, probablement...). On tiquera encore plus sur la fin, conjuguant un happy end improbable et une conclusion un tantinet "moraliste", qui donne à "The Guilty" une touche hollywoodienne dont on se serait bien passé.

Ce sont là de vraies réserves, qui gâchent un peu notre plaisir, même si elles ne sauraient noyer les qualités remarquables du film de Gustav Möller, qui s'en tient rigoureusement aux principes établis dès le départ : un seul acteur, Jakob Cedergren, très convaincant d'ailleurs, dans tous les plans - en général rapprochés -, un récit en temps réel, pas de musique, pas de mouvements de caméra... bref une discipline qui réjouira ceux d'entre nous qui sont fatigués de la virtuosité pyrotechnique inutile de 95% du cinéma contemporain... Soit une sorte d'équivalent cinématographique de la rudesse étouffante des meilleurs thrillers littéraires locaux. Le spectateur se retrouve peu à peu enfermé dans un huis clos oppressant, la tension naissant uniquement de ce qu'il va imaginer à partir de qu'il entend, grâce à une bande-son qui constitue indiscutablement le point fort du film (... pourquoi d'ailleurs n'avoir pas poussé l'expérience jusqu'à nous proposer une image noire, durassienne, et nous laisser uniquement avec le son ?). Et c'est évidemment là où Möller transcende son petit tour de force formaliste, dans cette démonstration implacable - que l'on se risquera à comparer au meilleur travail de Brian De Palma - que l'auditeur (le spectateur) construit sa propre histoire à partir de ce qu'il entend (ce qu'il voit), sans réaliser qu'il se prend lui-même au piège d'une illusion auquel il choisit de croire : le double twist du film n'est pas un simple artifice "moderne" de narration, mais plutôt la triste démonstration de notre propre naïveté. Nous préférons interpréter ce que nous entendons et ce que nous voyons de la manière qui nous arrange, sauter bien vite à des conclusions stéréotypées (un bon flic qui prend à cœur son métier ingrat, une pauvre femme victime d'un mari psychopathe) : le son s'avère aussi mensonger que l'image, la vie est beaucoup plus retorse, les êtres sont beaucoup plus ambigus que nous aimerions le penser.

Plutôt qu'une belle leçon de cinéma (Möller* n'est pas Hitchcock, et c'est sans doute tant mieux, "The Guilty* n'est pas "La Corde", et le tour de force est finalement pas intéressant que ça), c'est une belle leçon de réflexion que "The Guilty" nous donne. Ce qui n'est quand même pas rien.

Posté par Excessif à 07:30 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

18 juillet 2018

"Un cri sous la glace" de Camilla Grebe : chute libre

Un_cri_sous_la_glaceVoici un livre qui m'a offert un parcours pour le moins inattendu : les premiers chapitres, ceux de la découverte d'une construction maligne - même si pas aussi originale qu'on le souhaiterait - à trois voix et deux temporalités, ceux de l'exploration de trois personnages sérieusement abîmés par la vie et leurs relations familiales, m'ont enchanté par leur sensibilité, leur délicatesse toute "féminine" (pardon pour le cliché simpliste mais cela fait du bien après tant de polars autour de flics machos et alcooliques !) ; 500 pages plus tard, en refermant "un Cri sous la Glace" (titre stupide dû à une mauvaise traduction francaise ?), j'étais dans un état de frustration, de colère même que le livre a atterri directement dans une poubelle, tant je me sentais presque humilié d'avoir perdu mon temps avec une intrigue tellement prévisible et une accumulation incessante de poncifs psychologiques dignes de magazines féminins bas de gamme ! Une véritable chute libre donc que cette lecture, due à la maladresse de la construction narrative qui dévoile un indice fondamental très vite, et permet au lecteur attentif d'identifier beaucoup, beaucoup trop tôt ce qui se passe réellement derrière l'un des trois récits, et donc d'arriver passablement irrité à la fameuse révélation finale qui a tout de la baudruche se dégonflant dans un bruit de pet nauséabond. Mais le pire réside sans doute dans cette interminable et complaisante peinture de personnages dépressifs envers lesquels nous ne pouvons très vite éprouver que de l'indifférence (au mieux), voire de l'irritation. Le tout porté par cette absence totale de talent littéraire qui caractérise 90% des "best sellers globaux" actuels : la répétition incessante d'expressions toutes faites, l'accumulation de considérations "psychologiques" au petit pied, la lenteur d'un récit qui se croit visiblement plus intelligent qu'il ne l'est... la recette d'un échec.

Posté par Excessif à 07:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

17 juillet 2018

Séance de rattrapage : "Kingsman : le Cercle d'Or" de Matthew Vaughn

Kingsman_Le_Cercle_d_or afficheIl peut être extrêmement bénéfique de voir un film "grand public" longtemps après sa sortie et le déversement de critiques globalement négatives qui l'a (logiquement) accompagné : aucune déception possible, voire même, au contraire, un certain soulagement, sur le mode "je craignais que ça soit pire...". Et puis au moins, pour ce "Cercle d'Or" excessivement bruyant, chez soi, on peut baisser le son quand les explosions deviennent trop envahissantes, et le monter pour écouter Prince (respect !) ou même... Elton John ("écouter", parce que le regarder fait un peu pitié.... "Fuck off !").

Sinon, comme tout le monde l'a évidemment fait remarquer, l'américanisation du concept - qui n'aurait dû servir qu'une fois - des Kingsmen s'accompagne d'un effet "bigger, fatter" qui gâche largement le petit charme qu'on avait pu trouver au premier volet. On oscillera donc pendant deux bien trop longues heures et vingt minutes, enchaînant des "morceaux de bravoure" de moins en moins intéressants, entre ennui léger et complicité bienveillante.

On regrettera quand même par rapport au premier film le manque de radicalité : se moquer de Trump n'est en effet nullement une preuve de lucidité ni de courage politique ! Il eût été bien plus amusant de choisir comme "happy end" l'une des deux autres alternatives possibles : soit l'extermination planétaire des centaines de millions de drogués (bien fait pour eux !), soit la légalisation totale de toutes les drogues (super pour nous !)... Il est finalement significatif que le summum de la provocation pour les scénaristes de ce "Cercle d'Or" soit un doigté vaginal : cela donne une idée du chemin qu'il nous reste à parcourir, camarades !

PS : Pour situer cette critique dans le continuum spatio-temporel, ajoutons que une heure et demi de finale de Coupe du Monde 2018 France - Croatie avait de toute manière épuisé nos réserves de tension, de peur, de fébrilité et d'enthousiasme. Comme l'avait noté à son époque (à propos de tennis) le grand Serge Daney, il y a souvent bien plus de "cinéma" dans un bon match que dans un film. Y compris en terme de happy end !

Posté par Excessif à 07:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

16 juillet 2018

"Skyscraper" de Rawson Marshall Thurber : Feu Chatterton !

Skyscraper affiche"Skyscraper", c'est le film parfait pour moi, en fait. D'abord parce que j'adore faire le touriste lambda en montant sur les tours les plus hautes - j'ai fait les Twin Towers avant que ce salopiaud d'Ossama n'en fasse une pile de gravats et je ne l'oublierai jamais. Ensuite parce que je garde des années 90 le souvenir ému de la découverte de Hong Kong et que c'est trop chou de voir tous ces bridés parler anglais - ou mieux français, quand on a la chance de voir le film en VF dans la torpeur abrutissante d'un après-midi d'une petite ville de province (surtout dans une salle sans clim qui pue un peu les pieds). Mais aussi parce que depuis "la Tour Infernale", j'adore les feux, les pompiers (bon ici il n'y a pas de pompiers, ils devaient être occupés ailleurs et l'incendie de la plus grande tour de la ville n'était clairement pas une priorité) et le duo Steve McQueen / Paul Newman, superbement remplacé, sans qu'on s'aperçoive de rien, par The Rock / Neve Campbell : on a les héros qu'on mérite ! Et aussi parce que je rêvais depuis longtemps d'un remake de "Die Hard" qu'on puisse regarder en somnolant, ou en n'utilisant que 2% de ses capacités cérébrales : super quand même que R. M. Thurber ait réalisé mon voeu. Mais le mieux avec "Skyscraper", c'est que moi qui ne suis pas bricoleur, j'ai appris les 1001 façons d'utiliser du chatterton (même si j'ai quand même eu l'impression que ce n'était pas du vrai chatterton qu'ils avaient...) quand vous êtes au milieu d'un incendie ou bien pris en otage par une organisation mafieuse : je suis sûr que ça me servira un jour, même si j'espère que ça ne sera pas tout de suite... Et puis j'ai découvert que les handicapés, eh bien, ils ont vachement de chance en fait, parce qu'ils peuvent utiliser leurs membres artificiels pour faire plein de trucs trop malins : après ça, qu'ils ne viennent pas se plaindre !

Je suis sorti du cinéma avec la larme à l'oeil, parce que je m'étais super identifié à ce mec qui sauve sa gentille famille métisse (hein ?) et qui dit "je t'aime" à sa femme devant un million de chinois qui font des videos avec leur portable. En fait, j'avais passé un très beau moment au cinéma, même si j'ai quand même un peu regretté de ne pas avoir plutôt investi mes 8 euros dans un plat de 12 escargots - avec plein de beurre, d'ail et de persil - à la brasserie d'à côté. Parce que ça, c'est un truc que ni les Américains ni les Chinois ne connaissent. Les pauvres...

Posté par Excessif à 07:05 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,


15 juillet 2018

"Le Gouverneur Capitale" de Stéphane de Boysson : Out Of Africa

Le_gouverneur_CapitaleL'Afrique marque au coeur quiconque y vit : aucun de mes amis qui y ont fait "leur coopération" (je vous parle d'un autre temps...), et encore moins de ceux qui y sont nés de parents installés à l'époque de la France coloniale, ne s'en est jamais remis. Je n'ai donc pas été surpris par "le Gouverneur Capitale" de Stéphane - qui me pardonnera j'espère pour cette familiarité - même si je ne sais pas ce qui l'a amené en Guinée de 1995 à 1997 : j'ai retrouvé dans son beau livre les histoires que mes amis m'avaient contées au long de soirées passées à jouer au Tarot et à boire, à Alger ou à São Paulo. Moi, qui n'ai vecu qu'aux extrêmes du continent africain, le Nord arabe et le Sud "blanc", je n'ai connu la fièvre et la violence du coeur ardent du "berceau de l'humanité" qu'à travers les récits d'hommes et de femmes passionnés, auxquels chacune des brèves nouvelles de Stéphane fait brillamment écho...

Je me suis donc retrouvé un peu chez moi quand même, en traversant brièvement la vie de Adou, Guillaume, Innocent et tant d'autres, croqués en quelques traits vigoureux, d'une main sûre par un écrivain qui sait se concentrer sur un minimum de détails, de faits, pour évoquer l'essentiel. Car Stéphane, même s'il n'en a pas encore fait - du moins je le crois - son métier, est un écrivain, et un vrai. Ses mots sont précis et ses phrases brèves : ses récits sont puissants, et à travers l'arme de l'anecdote, narrée avec une plaisante légèreté, c'est toute une humanité, splendide, parfois bouleversante, que l'on entrevoit. Les 200 pages du "Gouverneur Capitale' se dévorent en quelques heures, il est difficile de reposer le livre, de ne pas enchaîner nouvelle après nouvelle... comme il est difficile de s'arracher à la fascination de l'Afrique, ses vices et ses vertus.

Le livre se clôt par une "proposition" de pièce de théâtre, que Stéphane n'a pas encore écrite, et qui raconte Sékou Touré et plusieurs décennies de pouvoir guinéen : c'est passionnant, c'est juste trop peu. Et ce "trop peu", c'est le sentiment de frustration du lecteur qui referme "le Gouverneur Capitale" : souvent, ces petits textes de 2 ou 3 pages ressemblent à des ébauches trop vite abandonnées de romans fabuleux que Stéphane n'a pas encore écrits. Quand on lit la vivacité, la vigueur plutôt, des trop rares dialogues qui illuminent certaines nouvelles ici, on ne peut que regretter le choix de la forme du récit, presque du conte, qui a été fait : on sent qu'en plongeant dans l'arène, avec ses personnages, l'écrivain saurait passer "à la vitesse supérieure". Car si l'on imagine que Carver est un modèle pour le nouvelliste de Boysson, on pressent ici un vrai romancier qui pourrait nous emporter en des voyages à bien plus long cours...

Allez, Stéphane, au boulot !

Posté par Excessif à 07:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

14 juillet 2018

"How It Ends" de David M. Rosenthal : The Road

How It ends affiche"How It Ends" commence plutôt bien, presque comme un film "normal", pas comme l'un de ses innombrables - pitoyables - "Netflix original movies" qui ne semblent pas venir de notre planète : un joli malaise dans la relation entre le jeune "héros" et ses beaux-parents (Forest Whitaker est impeccable comme souvent, et constitue la principale raison d'investir deux heures de son temps dans ce road movie post-apocalyptique), et puis la rupture. Tout s'arrête, plus de courant, plus de téléphone, plus d'Internet, plus de gouvernement, et on ne sait pas pourquoi. En fait, on ne le saura jamais, et ce simple fait, d'une jolie élégance, place le film à un autre niveau que la SF "standard" de chez Netflix. Commence le roadtrip, tout en suspension, la plongée dans l'inconnu d'une société qui se délite terriblement vite : quand la Loi disparaît, les armes américaines sont la nouvelle loi. Aucune originalité là-dedans, mais du réalisme quand même dans la description d'un "chacun pour soi" tellement profondément ancré dans l'inconscient américain qu'il relève de l'évidence. Chaque étape de l'épreuve qui attend nos voyageurs inconscients souffre certes de cette évidence, qui touche souvent à la redite de scènes cent fois vues auparavant, mais il y a une sorte de liberté dans l'égarement, dans la fuite en avant des personnages, mais aussi dans la gratuité des situations - comme la belle rencontre sans conclusion, sans sens particulier, avec la jeune indienne - qui tranche avec le fonctionnalisme habituel des scénarios à l'américaine.

Tout cela, élégamment filmé par ailleurs, se gâte néanmoins quand le périple prend fin, et que "How It Ends" se concentre sur la quête du héros (Theo James, fadasse) pour déboucher sur une sorte de happy end improbable. Même si la brève vision de Seattle sous la poussière et les cendres, évoquant le New York de l'après 9-11, est saisissante, les scénaristes font le choix étrange de ne rien tirer d'une ultime confrontation qui aurait pu apporter du sens à un film qui en manque gravement : soit en creusant la veine SF du sujet (le cataclysme, simulation ou réalité ?), soit en injectant enfin un doute quant à la motivation des personnages, et en particulier de la parfaite épouse enceinte... Ce ratage de dernière minute est aggravé par un dernier plan inutile, qui laisse imaginer une issue possible, faux optimisme injustifiable contredisant le discours assez radical qui a été celui du film jusque là.

C'est dommage, d'autant que David M. Rosenthal, en prenant son temps, en évidant nombre de scènes de toute psychologie, avait fait œuvre de "Cinéma", chose rare sur les terres désolées de la fiction Netflix.

Posté par Excessif à 07:20 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

13 juillet 2018

Séance de rattrapage : "Sans Pitié" de Byun Sung-Hyun

Sans_pitie afficheIl faut évidemment reconnaître les qualités formelles (image superbe, mise en scène souvent inspirée) et narratives (déconstruction de l'intrigue, éclatée temporellement, ruptures surprenantes de ton) de "Sans Pitié" pour pouvoir admettre que le film de Byun Sung-Hyun dégage un sentiment assez accablant de vacuité, et qu'il nous plonge dans un vague ennui dont nous avons bien du mal à nous extraire pour jouir d'une fin à la fois romantique - pour peu que nous souscrivions à une lecture homo-érotique de la relation entre le ricanant (et pénible) Jae-Ho et le juvénile (et peu crédible) Hyun-Su - et nihiliste.

Il faut admettre que le scénario évoquant "Infernal Affairs", mais aussi maints polars asiatiques qui l'ont précédé, a tôt fait de nous perdre dans une fausse complexité qui ne dissimule pas grand chose de conséquent. Que les acteurs ne font rien de vraiment intéressant, Byun Sung-Hyun préférant se regarder filmer plutôt que de construire ses personnages. Que les touches "tatantiniennes" dans la toute première partie du film sont déplacées et semblent n'exister que pour servir de justification à une promotion paresseuse du film en Occident.

Bref un bilan pour le moins mitigé pour un film qui sera vite oublié...

Posté par Excessif à 07:21 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

12 juillet 2018

"Transparent - Saison 3" de Jill Solloway : une indéniable déception

Transparent afficheMême si l'on sait, à force, que peu de séries TV sont à l'abri de l'usure du temps et du ressassement, la relative faiblesse de cette troisième saison de notre chouchou "Transparent" par rapport aux hauteurs, certes stratosphériques, auxquelles planaient les deux premières saisons, a constitué une indéniable déception. Après trois premiers épisodes aussi parfaits que ceux qui ont précédé, et qui nous laissent en larmes, on dirait que Jill Soloway ne sait plus forcément quoi dire de plus de ses personnages, les emmenant dans des impasses émotionnelles ou narratives (la conversion de Josh au christianisme, les tendances SM d'Ali, etc.) qui ne font plus guère progresser la compréhension que nous avons acquises des personnages et de leurs fêlures - et leurs recherches - identitaires. Signes de l'épuisement, temporaire on le souhaite, de l'inspiration de Soloway, le flashback sur l'enfance et la jeunesse de Mort et Shelly paraît trop lourdement démonstratif, tandis que l'effondrement des rêves de changement de sexe de Maura nous laisse vaguement indifférents. La suite nous dira si Soloway aurait dû en rester là, ou si elle retrouvera un second souffle et saura à nouveau nous enchanter.

Posté par Excessif à 07:52 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

11 juillet 2018

Séance de rattrapage : "Visages, Villages" d'Agnès Varda

Visages-Villages afficheMême si l'on parle ici d'Agnès Varda, cinéaste dont nous aimerons toujours une grande partie de l'oeuvre, et même si ce talent qui était le sien pour capter la vie avec sensibilité, légèreté et humour arrive à ressurgir ça et là dans ce "Visages, Villages", voici un projet qui souffre de bien trop de péchés séculiers pour nous embarquer comme le fit à l'époque par exemple son "les Glaneurs et la Glaneuse". Oui, Varda, même approchant les 90 ans, est résolument une "moderne", et ce goût pour la modernité la trahit ici : s'acoquiner avec l'irritant JR et se rendre complice des "installations" photographiques de ce dernier la fait tomber dans cette insupportable célébration contemporaine de la mise en scène de soi, et l'entraîne finalement loin de son projet (on le suppose...) initial de donner un visage à une France menacée de disparition, celle, laborieuse, des villages, des mines, des usines, des fermes, des ports.

Les quelques beaux "portraits" (filmés, pas photographiés) qui survivent à l'arrogante superficialité de la démarche, constamment surlignée par des dialogues artificiels en voix off ou post synchronisés entre Varda et JR, restent de précieux instants de cinéma au milieu d'un film trop court, trop rapide pour bien nous parler de notre pays, de nos paysages, de nous.

Commençant plutôt bien, "Visages Villages" s'égare peu à peu en chemin, sans nous montrer ni le travail de l'artiste, ni la réelle existence de ces Français transformés en gigantesques statues (publicitaires) de l'Ile de Pâques, chair à canon pour les inévitables selfies imbéciles. JR finit par quitter ses lunettes noires de frimeur, Varda se noit dans son chagrin et l'absence de Jacques : c'est émouvant, mais c'est aussi hors sujet. On comprend mieux pourquoi ce vieux salopard de Godard a refusé de participer à ça.

Posté par Excessif à 07:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,