Le journal de Pok

06 mai 2016

Jean-Louis Murat à la Maroquinerie le mardi 3 mai

2016 05 03 JL Murat La Maroquinerie (14)

20h40, donc, dix minutes de retard sur l’horaire alors que le concert est filmé et diffusé « live » sur le Net, Jean-Louis Murat et son groupe – le même trio que pour la tournée « Babel », auquel s’ajoute donc Morgane (ex-Cocoon, pour les amnésiques et les étourdis) pénètrent sur la scène, vêtus exactement (on s’en doute) comme « à la ville ». J’ai vu la set list de l’organiste, à ma droite, je connais donc le programme à l’avance : l’intégralité de « Morituri » joué dans l’ordre, suivi par de riches extraits de « Babel », et deux chansons plus anciennes pour finir : vingt titres en tout, donc on peut espérer deux bonnes heures de concert. Le son est excellent, la voix de Murat bien audible – la voix peut être parfois un problème à la Maro, on le sait -, seule la lumière, très blanche et très vive, laisse à désirer. C’est bien pour les photos (en fait, cette lumière a été installée pour faciliter le filmage…) mais plus que déroutant pour les morceaux plus intimistes, et pour l’ambiance en général. Le groupe qui accompagne Murat est absolument excellent, conjuguant une sorte de souplesse soul-jazz avec une belle intensité, le tout dans une bonne ambiance décontractée. Morgane, dans le fond, vocalise superbement (oui, elle, elle s’est changée, elle a une belle robe noire…). Murat fait du Murat : il chante très bien, fait un peu le pitre sur les passages où il se concentre sur sa guitare – quelques beaux moments plus « rock » - mais ignore largement le public pendant les trois quart du set.

L’interprétation live de « Morituri » permet de juger objectivement de la qualité des morceaux, pas forcément tous du niveau de ceux de « Babel », mais très réussis quand même : Frankie envoûte, Interroge la Jument (avec les échos de la barbarie jihadiste de 2016) excite le public, la Chanson du Cavalier est puissant, mais c’est évidemment le magnifique Morituri qui l’emporte : un nouveau classique dans le répertoire de l’Auvergnat ! Au moment de se lancer dans le Cafard qui doit conclure cette première partie du set, Murat décide qu’il en assez, et qu’il veut aller boire un coup. Il emmène ses musiciens et nous plante là, promettant qu’il revient tout de suite ! Bon ! Je dois avouer que je ne suis pas encore complètement convaincu, j’ai du mal à rentrer dans la musique…

Heureusement, tout va changer avec la seconde partie du set, de toute beauté… qui commence

2016 05 03 JL Murat La Maroquinerie (40)

pourtant mal avec une version bâclée et mal chantée de J’ai Fréquenté la Beauté : à la fin, Murat jure que ce sera la dernière fois qu’il joue cette chanson, qu’il en a marre. « Ça s’entend ! » lui rétorque un spectateur… La suite sera par contre époustouflante, démarrant avec un Les Ronces grandiose de tension et d’émotion, alors qu’il s’agit pourtant sur l’album d’un morceau mineur, et se terminant avec un Chagrin Violette littéralement transfiguré. Vallée des Merveilles arbore désormais sa paillardise joyeuse sans complexe, Neige et Pluie au Sancy est dur comme jamais, Frelons d’Asie permet à Morgane de se transcender sous les encouragements taquins de Murat, et Long John, ralenti et majestueux, est saisissant de beauté. Cette excellence confirme mon diagnostic initial, à la sortie de « Babel » : le problème de l’album, c’était ce foutu Delano Orchestra, maladroit, pénible, à la limite de la faute de goût. Joué par un bon groupe, « Babel » aurait été une réussite totale, peut-être le meilleur disque de Murat, au niveau de « Mustango »…

A noter que, durant toute ce set, Murat est plus décontracté, balance ses habituelles vannes à l’humour plus que douteux, du type : « en Auvergne, on n’a pas que des pneus ! », sorte de compliment tordu au talent et à la beauté de Morgane… Il attaque aussi les journalistes, insultant un malheureux spectateur (un « casse-toi connard » sarkozien !) ayant admis être lui-même journaliste…

Et là, surprise, Murat attaque le Cafard, que je pensais perdu pour la soirée… C’est très beau…, sauf que le morceau tourne en eau de boudin, entre Murat qui décide de délirer sur l’Ile de Sein (« Nichon »…), et qui finit par s’énerver contre la lumière trop blanche et trop brillante (« on se croirait dans un hôpital, non, plutôt un morgue ! »). Il demande qu’on éteigne les lumières en face de lui, et comme personne ne s’exécute, il quitte la scène ! On attendra en criant et en vain qu’il revienne (pour ces deux chansons prévues en conclusion…) : Murat fait la gueule, égal à lui-même.

Une conclusion un peu moche quand même pour un concert qui avait su s’élever progressivement et atteindre les sommets. C’est dommage, mais c’est aussi ça, Murat, il n’y a pas de quoi être surpris !

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05 mai 2016

"Les Ardennes" de Robin Pront : au coeur des Ardennes...

Les Ardennes affiche

Derrière toute la frime formaliste sensée attirer le jeune public branché, cinéphile, urbain, etc. - et qui fatigue très vite - il y a au cœur de "les Ardennes" un petit film noir ultra classique, respectant complètement les codes du genre (les mauvaises fréquentations, les mauvaises décisions, le destin qui ne laisse aucune chance à des protagonistes condamnés d'avance, et le hasard méchant qui donne un dernier tour d'écrou) qui méritait d'être réalisé avec moins de prétention et d'esbroufe. Robin Pront a malheureusement conçu le projet de marier la Belgique des frères Dardenne avec la brutalité d'un Refn, et de nous vendre un "néo-polar" boosté aux effets de caméra et à l'électro envahissante : mais c'est évidemment à la fin, quand le scénario résiste aux abus, quand "les Ardennes" devient une sorte de série B crasseuse et nihiliste, que le CINEMA, le vrai, survient. Un peu.

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04 mai 2016

"Fargo - Saison 2" : Pari gagné !

Fargo 2 Jaquette

Cette seconde saison du "concept Fargo" représentait clairement un défi beaucoup plus important que la première, puisqu'il s'agissait cette fois de prouver qu'on pouvait aller au delà de la bonne idée initiale de spin off du film des Coen Brothers, et construire une nouvelle fiction à la fois cohérente et enrichissant l'univers singulier de "Fargo". C'est clairement ici un pari gagné : en soignant leur remarquable reconstitution de la fin des années 70 (je pense en particulier à Reagan et aux élections présidentielles, mais également à l'atmosphère de désillusion générale face au premier grand choc pétrolier), et en faisant le pari d'une noirceur accrue, moins tempérée par l'humour "coenien" typique, les créateurs de "Fargo" confèrent à leur série une profondeur remarquable : finalement, on pense plus ici au roman noir façonHammett (quand même une autre référence pour les frères Coen, à la source de leur excellent "Miller's Crossing"...) qu'aux plaisanteries ironiques dans la lignée de "Big Lebowski", et à mon avis, c'est tant mieux. Remarquablement mise en scène, filmée et montée à nouveau (même si les épisodes signés Keith Gordon sont les plus gratuitement provocateurs), cette seconde saison de "Fargo" bénéficie d'un scénario mieux écrit - sans les trous d'air de la première saison - et de personnages plus équilibrés (sans doute parce qu'il n'y a pas cette fois, un "trou noir" absorbant tout le reste comme Billy Bob Thornton !) et tous complexes et assez passionnants. Une belle réussite... 

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03 mai 2016

"Brilliant Sanity" de Teleman : un album qui vous veut du bien...

Brilliant Sanity

A la recherche monomaniaque de la chanson pop parfaite, Teleman nous avait offert en 2014 un album presque parfait, "Breakfast", coup d'essai probablement indépassable. Pour sortir de cette impasse, et ce d'autant que le succès populaire ne fut pas vraiment au rendez-vous (... mais la chanson pop parfaite - au sens beatlesien du terme - a-t-elle le moindre attrait aujourd'hui pour les foules abreuvées d'une soi-disant "pop" industrielle et calibrée laminant toute subtilité ?), nos 4 Anglais un tantinet psycho-rigides ont décidé d'assouplir leur musique, de lui conférer une douceur rêveuse nouvelle : "Brilliant Sanity" est ainsi un album plus relâché, où la perfection - mélodique, sonore - est moins un défi qu'une simple opportunité d'atteindre le nirvana. La recherche d'un certain plaisir positif, la déclinaison musicale du "feel good movie" si l'on veut... Une fois passée une introduction bluffante en trois titres impériaux (Pourrez-vous résister à une chanson comme "Düsseldorf" ?), le second album de Teleman est donc une balade paresseuse à travers des ambiances chaleureuses, où les accélérations rock sont rares ("Tangerine", "Drop out") mais où le bonheur de l'auditeur reste garanti. Chaudement recommandé en cette année 2016 de deuil, de tristesse et d'angoisse... 

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02 mai 2016

Séance (tardive) de rattrapage : "l'Enlèvement de Michel Houellebecq" de Guillaume Nicloux (2014)

enlevement-michel-houellebecq-affiche

Houellebecq est l'un des plus grands écrivains français - ou écrivains tout court - contemporains. Il est aussi une "personnalité médiatique" surprenante, irritante parfois, ce qui lui vaut pas mal de critiques, au delà de son travail indiscutable en tant que penseur, écrivain, poète. Quand Houellebecq joue le rôle de "Michel", avec une facétie et une vivacité étonnantes contrastant avec son personnage "droopiesque" et dépressif, il n'est pas aisé de distinguer ce qui fait partie du "jeu" de ce qui est "la réalité", et cette ambiguïté se révèle extraordinairement féconde sous la direction - inspirée, oui -, de Nicloux : entre ce qui peut être perçu comme l'opinion deHouellebecq sur le monde, et ce qui relève du scénario (ténu, mais pas inconsistant) du film, notre cœur balance en permanence... mais c'est finalement l'émotion étrange qui se dégage de nombreuses scènes qui emporte notre adhésion. "L'enlèvement de Michel Houellebecq" est un véritable OVNI : c'est un objet purement conceptuel qui se met peu à peu à "respirer la vie", contre toute attente. Au delà de "Michel", ce sont tous les acteurs qui finissent par nous bouleverser autant qu'ils nous font rire : loin de l'humour "Canal+ / Groland" qu'on pouvait craindre, nous partageons une heure et demi de la vie de superbes branquignols, nous buvons des coups avec eux, nous nous engueulons avec eux, et sommes finalement tous surpris d'avoir appris à les aimer. Et lorsque le film se termine, à 280 km/h sur l'autoroute avec Michel et Luc, nous sommes à la fois excités et effrayés par toutes ces grosses conneries que nous venons de faire. Il nous reste à remercier Nicloux pour cette belle aventure.

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01 mai 2016

"Gemma Bovery" de Posy Simmonds : Mort en Normandie

gemmabovery

Quelques années avant la réussite absolue que constitue "Tamara Drewe", Posy Simmonds avait expérimenté son concept génial de mash-up littérature classique et BD avec ce fascinant "Gemma Bovery", qui ajoute en plus un degré de mise en abyme en offrant un scénario actualisant / reflétant de nos jours le classique absolu qu'est la "Madame Bovary" de Flaubert. Tout cela est tellement brillant d'ailleurs que c'en est presque trop - et cet excès de sens et d'intelligence devenait clairement un problème dans l'adaptation cinématographique maladroite récente d'Anne Fontaine... Offrant donc une chronique assez réjouissante des déviances bobos aussi bien britanniques que françaises, Posy Simmonds nous propose un long jeu de piste à la recherche de la vérité sur la mort tragique (accident ? crime ? destin ? hasard ?) d'une jeune Anglaise dans la campagne normande : à travers la lecture du journal intime de la jeune femme, aussi bien que les souvenirs d'un boulanger voyeur et manipulateur, nous voilà happés par les mystères de vies pourtant bien ordinaires - entre ragots, pression sociale, tentations adultères, lâcheté et conformisme. Les révélations finales, bien amenées, achèvent habilement de ridiculiser les discours prétentieux de l'intellectuel français , et de confirmer toute la trivialité de l'histoire quePosy Simmonds nous a conté. "Gemma Bovery" est donc un ouvrage passionnant autant qu'original de par ses différents degrés de lecture (oui, oui, on peut aussi le lire comme une nouvelle version de "Madame Bovary"...) ; par contre, il n'attend pas la perfection absolue de "Tamara Drewe" parce que Simmonds ne maîtrise pas encore complètement l'équilibre magique entre mots et images, et que la partie "littéraire" est par instants trop envahissante vis à vis de la partie "dessinée", créant ça et là une impression de tunnel narratif. Un petit bémol seulement pour un livre absolument recommandable.

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30 avril 2016

"Le Livre de la Jungle" de Jon Favreau : le temps de la laideur...

Le livre de la Jungle affiche

Mais quand donc la laideur est-elle devenue tellement banale qu'elle en est totalement acceptable ? C'est la question qui m'a obsédé pendant le pénible visionnage de cet objet kitsch, quasi répugnant, qu'est cette version CGI du "Livre de la Jungle" ? Beaucoup se sont extasiés devant les avancées technologiques qui permettent la représentation "crédible" de paysages imaginaires et d'animaux parlants et... "expressifs" : très bien, mais cela justifie-t-il un instant l'incommensurable horreur de ces créatures dépouillées de leur noblesse naturelle, la ringardise absolue de cette représentation pompière d'une jungle "heroic fantasiée" ? Comment une maison comme Disney peut-elle désormais ignorer des décennies d'élégance graphique mise au service de récits lisibles, à la recherche d'un principe "d'enchantement total" ? Scénarisé en dépit du bon sens, confondant les genres (film pour enfants, blockbuster ado à la tonalité - faussement - sombre...), mis en scène - par le ridicule Jon Favreau qui accumule les navets - avec tous les tics irritants du moment sans pour autant respecter le moindre rythme narratif permettant d'emporter le spectateur, interprété par un gamin perdu cabotinant désespérément, et pour finir abusant de démonstration technologique lors de scènes de mouvements d'ensemble qui semblent l'unique idée du film, ce "Livre de la Jungle 2016" est une véritable purge. Sir Rudyard Kipling doit se retourner dans sa tombe.

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29 avril 2016

"99 Homes" de Ramin Bahrani : 99 personnes sur 100...

99 Homes affiche

"99 Homes" commence formidablement bien, et s'annonce comme une claque incroyable : description tendue et intense du programme d'éviction des mauvais payeurs de leurs maison suite à la crise des subprimes, il nous offre une poignée de scènes scotchantes, mémorables, avec l'excellentissime Michael Shannon en suppôt du Diable (les banques), ou c'est tout du moins ce que l'on pense d'abord. L'intelligence du film de Ramin Bahrani, c'est de ne pas en rester là, et de montrer à travers le parcours de l'une des victimes du "système", qui, pour survivre, passe de l'autre côté de la barrière, que rien n'est vraiment noir et blanc : le dilemme moral est clair, chacun est alors devant ses choix, profiter du système impitoyable pour pouvoir au moins survivre, voire même s'enrichir, ou faire partie des "99 personnes sur 100 qui n'arriveront pas à monter à bord de l'arche quand le déluge commencera" (la plus belle scène du film, avec un Shannon hallucinant). Malheureusement, il y a à mi-parcours un moment où le film s'affaiblit, où le spectateur décroche : la faute à la construction narrative, pas tout-à-fait assez prenante ? A une certaine timidité au final dans la remise en question des valeurs sacrées de la société américaine ? A l'absence d'une mise en scène notable (on est dans les poncifs habituels du cinéma US, avec une musique omniprésente qui tape sur les nerfs) ? Au manque de charisme d'Andrew Garfield, tout juste adéquat pour un rôle qui aurait mérité un acteur plus complexe ? Le film se termine un peu en demi-teinte, malgré la logique de sa conclusion, terriblement pessimiste. Vu l'importance du sujet, on aurait aimé que "99 Homes" soit une réussite totale.

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28 avril 2016

"Kung Fu Panda 3" des Studios Dreamworks : déliquescence avancée...

Kung Fu Panda 3

J'ai bien du mal à comprendre la grande bienveillance dont fait preuve la majorité des spectateurs de tous âges devant ce "King Fu Panda 3", dont l'énumération des véritables qualités tient sur un doigt de la main : la réussite de l'aspect visuel du film, entre l'évolution technologique et une indéniable inventivité de l'image (le monde des esprits, en particulier). Pour le reste, c'est "zéro pointé" : on recycle les thèmes du premier film, on ajoute une bonne couche de niaiserie américaine sur l'identité, les rapports père-enfant et (bien sûr) la place que chacun peut avoir au sein du monde. On oublie de faire rire, ou plutôt on n'y arrive plus, tant les gags sont interminables et consternants (la découverte de la vie des pandas semble durer des heures et a failli me faire sortir de la salle d'irritation devant tant de bêtise !). Pire, même les combats, qui, comme dans tout film d'arts martiaux qui respecte, devraient être le cœur du film, sont inintéressants au possible et très laids dans leur (absence de) chorégraphie. Bref, "Kung Fu Panda 3" est une autre preuve de la déliquescence avancée de Dreamworks en matière d'innovation. Emmenez plutôt votre marmaille revoir "Zootopie" une troisième fois.

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27 avril 2016

Séance de rattrapage : "Mia Madre" de Nanni Moretti

Mia MadreMais qu'est il donc arrivé à ce Moretti que nous avons tant aimé pour qu'il nous inflige un tel objet - gris, atone, tiède, caricatural, ininspiré - sur un sujet qu'on imagine pourtant aussi personnel que la perte de sa mère ? Et pourquoi donc tant de critiques louangeuses devant ce film évanescent, sans doute l'un des moins bons de notre ex - héros italien ? Entre un personnage féminin principal irritant, la présence curieuse de Moretti lui-même en frère gentillet, quelques tentatives de parler de la difficulté de faire un film et de très légères connotations politiques - loin de la joyeuse agressivité passée -, il n'y a pas grand chose de vraiment consistant à se mettre sous la dent ici. Même le (petit) côté "burlesque" apporté par un Turturro mal à l'aise tourne vite à la parenthèse gratuite au sein du thème principal du film que Moretti ne traite pas vraiment : la perte d'un être cher a-t-elle moralement plus d'importance que la fermeture d'une usine, le licenciement d'ouvriers, ou même l'impossibilité de réaliser une "œuvre" artistique ? La transmission se réduit-elle vraiment pour Moretti à l'apprentissage du latin ? Peut-on résumer la découverte de la liberté à l'adolescence à des boucles infinies sur un scooter ? Faut-il même encore utiliser au cinéma la métaphore de l'inondation d'un appartement pour "symboliser" le désarroi et l'impuissance ? Voilà le genre de questions qui traversent l'esprit du spectateur peu engagé pendant "Mia Madre". C'est peu, et si l'émotion finira quand même par advenir ça et là, à la longue, on ne peut pour une fois s'empêcher de regretter que Moretti ait autant fait dans la finesse et la distance, et n'ait pas laissé vraiment éclater sa peine.

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