Le journal de Pok

28 juin 2016

"Bron / Broen - Saison 2" : Toujours très, très haut !

Broen-Bron-season-2-Jaquette

Soyons honnête : après une première saison stratosphérique, un certain niveau de déception était inévitable avec la seconde saison de "Bron / Broen"... Mais la légère baisse d'intensité reste quand même parfaitement admissible, puisqu'elle est - logiquement - liée au fait que nous ne découvrons plus cette fois les deux personnages extraordinaires de Saga et Martin (le gros, gros atout de cette série par rapport à la concurrence, indiscutablement), mais nous les accompagnons dans leur évolution, d'ailleurs plutôt difficile, puisque, une fois encore, le pessimisme radical sera au rendez-vous à la fin des dix épisodes. L'intrigue de cette seconde saison - d'ailleurs inachevée - a l'intelligence de s'aventurer dans d'autres domaines que celui des inévitables serial killers : on parle cette fois d'éco-terrorisme et d'amour incestueux, mais la tenson - surtout dans la seconde partie de la saison - est à nouveau à son comble, au point qu'il est bien difficile de ne pas sombrer dans le binge-watching et de ne pas boucler le visionnage des 10 heures en deux jours de marathon (toujours un bon signe, non ?). Deux petits bémols néanmoins, qui n'entachent pas vraiment le plaisir du téléspectateur : pas mal de petites incohérences simplificatrices dans l'avancement "à marche forcée" de l'intrigue, et surtout une tendance un peu lourde à faire de l'humour facile, de manière systématique, sur le comportement asocial de notre héroïne affligée du syndrome d'Asperger. Il reste que, grâce à la complexité des personnages - même les personnages secondaires sont traités avec respect par le scénario, et échappent aux stéréotypes - et à une mise en scène souvent inspirée de Henrik Georgsson, principal réalisateur, "Bron / Broen" vole toujours très très haut.

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27 juin 2016

Le futur du cinéma est Asie : "Mountains May Depart" de Jia Zhang-Ke

Mountains may depart affiche

On sait le talent de Jia Zhang-ke, magnifique chroniqueur des mutations douloureuses de la société chinoise, mais également perpétuel chercheur de formes nouvelles : faire l'impasse sur l'un de ses films n'est pas une erreur, mais bien une faute pour tout cinéphile qui se respecte ! "Mountains may Depart" est l'une de ses œuvres les plus ambitieuses - une multitude de thèmes sont abordés à travers la peinture de divers personnages de 1999 à 2025, de la Chine "de l'intérieur" frappée de plein fouet par le " miracle économique" à l'Australie comme paradigme de la dissolution de l'identité dans un monde artificiel ; c'est paradoxalement aussi l'une de ses plus abordables pour un public mainstream, le réalisateur n'ayant pas peur d'user ici des figures plus convenues du mélodrame, et adoptant un rythme de narration moins distendu. Le résultat n'est malheureusement pas tout-à-fait au niveau de nos attentes, en particulier parce que Zhang-ke se plante largement dans le troisième volet, celui "d'anticipation", où il banalise tragiquement les crises identitaires de ses personnages, sans jamais parvenir à conférer la moindre profondeur à son scénario : loin de son pays, de sa culture, on dirait que le génie de Zhangke se dilue, qu'il perd même cette habituelle lucidité (politique, humaine) qui lui permet normalement de transcender ses sujets sociaux. Heureusement, notre plaisir a déjà été immense, et, malin (?), Zhang-ke rattrape largement son dérapage grâce à une scène finale magique, bouleversante, qui laisse le spectateur ébahi une fois de plus par les sortilèges de ce diable d'homme (merci quand même aux Pet Shop Boys !).

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26 juin 2016

"Le sang des voyous" de Loustal et Paringaux : noir comme l'enfer

Le sang des voyous

Peu de surprises avec ce nième album du tandem Loustal / Paringaux : le dessin stylisé de Loustal est toujours magnifiquement efficace, en particulier grâce au traitement sublime des couleurs, tandis que Paringaux anime "la voix off" de ce récit "manchettien" de ses mots un peu précieux mais indéniablement musicaux. D'où vient alors cette légère déception qui nous saisit lorsqu'on referme "le Sang des Voyous" ? Peut-être de la noirceur extrême, un peu caricaturale, d'une histoire certes magistralement classique (on sait que la relecture post-moderne des grands thèmes classiques est le fond de commerce de Paringaux et Loustal..) mais un tantinet chargée en violence et en notations sordides. Mais aussi de cette absence notable de pauses, de respiration, d'effet de suspension qui sont ce que les autres oeuvres du tandem ont toujours eu de mieux. En poussant un peu trop loin le curseur vers la noirceur absolue, "le Sang des Voyous" frôle la caricature et perd de la profondeur, de l'humanité : il lui manque une âme, soit une chose qu'on n'aurait jamais pensé écrire à propos d'un livre de Loustal et Paringaux.

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25 juin 2016

Neil Young + Promise of the Real à l'AccorHotels Arena le jeudi 23 juin 2016

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20h45 : De jeunes paysannes sèment à tout vent sur la scène (mais quoi ?...), et Neil Young entre, seul dans l’obscurité, s’installe au piano en face de moi, et attaque After the Goldrush. Deux constatations s’imposent : les dernières années l’ont marqué sévèrement, il est maintenant le "Old Man" de sa célèbre chanson ; pourtant sa voix reste belle, singulière dans sa féminité et sa capacité à évoquer des émotions déchirantes, même s’il a – logiquement – quelques difficultés à monter aussi haut qu’avant, ce qui nécessite une petite ré-écriture de certains passages. Peu éclairé, son chapeau lui dissimulant le visage, Neil fait enrager les photographes professionnels auxquels il a interdit en outre, via le service d’ordre, de se déplacer devant la scène : pas un cadeau, le Neil ! L’intro acoustique se poursuit à la guitare avec les classiques inévitables (The Needle and the Damage Done, joué avec moins de virtuosité technique qu’autrefois, ne suscite plus grand-chose après toutes ces années), et se termine à l’orgue avec une interprétation forte en émotion de Mother Earth.

Bon, passons aux choses sérieuses…, une équipe de désinfection en tenues étanches passe toute la scène aux fumigènes, et Promise of the Real rejoignent leur boss. Lukas Nelson se place juste devant moi, ce qui est sympa, car il n’est pas un manche non plus sur sa gratte. Et là, la surprise, c’est que Neil nous offre avec ses nouveaux acolytes  une sorte de re-visite "de luxe" d’extraits de "Harvest", soit son œuvre la plus populaire : Out on the Weekend (quelle intro, on a les yeux qui piquent…), Old Man (toujours une chanson bouleversante, dont on ne se lasse pas), puis Alabama et Words, qui lui permettent de saisir pour la première fois une guitare électrique. Ce sont sans doute les meilleures versions qu’on ait pu entendre en live de ces chansons, avec une fidélité étonnante à l’esprit originel, mais également le nécessaire sentiment d’actualité procuré par un groupe jeune et enthousiaste. Je remarque – et m’étonne de voir – combien Neil semble détendu et joyeux avec ses compagnons qui ont moins de la moitié de son âge : s’il reste incontestablement le patron de la bande, il y a une sorte de bienveillance dans la manière dont il interagit avec Lukas, Micah ou Corey qu’on aurait eu bien du mal à trouver avec Crazy Horse. A noter une pause sympathique avec une interprétation puissante de la Vie en Rose par Lukas au piano : le bougre a une très belle voix, qui compense son français plutôt approximatif. Un hommage bien gentil à la France de la part de Neil, qui s’essaiera plusieurs fois à dire quelques mots en français, nous confiant qu’il avait eu une "French Canadian Girlfriend"…

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Mais revenons à Words, la magnifique Words, qui soudain s’envole alors que Neil prend l’un de ses solos durs et lyriques dont il a le secret : Lukas et Corey l’appuient, le secondent, le trio s’est mis de lui-même en cercle, exactement comme le faisait le Crazy Horse à la grande époque, et cette sorte de danse rituelle des musiciens enroulés dans les volutes musicales des guitares produit sa sorcellerie. Le son monte, la puissance émotionnelle se décuple, les spectateurs se mettent spontanément à crier d’excitation, voilà notre premier GRAND MOMENT ELECTRIQUE de la soirée. Il est 21h45, le concert a commencé depuis une heure, l’AHA décolle à la verticale, Neil est à nouveau stratosphérique : si j’avais quelques minutes auparavant le sentiment d’assister un très beau concert un peu trop lisse et gentil, tout cela est balayé par l’évidence imparable de la furie électrique. Sublime.

… Et la machine est donc lancée, nous sommes passés de "l’autre côté de la Force", sans que l’on puisse qualifier ça de côté obscur, tant le plaisir est vif. Neil s’empare – enfin ! – de sa célèbre Les Paul noire, et on sait que ça va D E M E N A G E R !! Neil se lance dans une version de Winterlong qui évoque plutôt la reprise que les Pixies en ont fait, puis dans une interprétation assez fausse de… If I Could Have Her Tonight, soit le genre de perle inattendue qui fait le sel de cette soirée (oui, il y aura pas mal de morceaux rarement voire jamais joués sur scène auparavant, enfin, avant cette tournée…). Neil rigole en répétant combien ils ont mal joué, ce qui est aussi une nouveauté, et lance le summum de la soirée : on pronostiquait Love and Only Love, et ce sera… Love to Burn, autre déluge électrique du mémorable "Ragged Glory"… Qui va s’allonger ce soir sur près de 40 minutes ! Le groupe sur scène n’a maintenant plus rien à voir avec celui qui interprétait il y a peu les chansons de "Harvest" de manière parfaite, c’est un tourbillon furieux qui se forme sous nos yeux : mieux encore que Crazy Horse, car plus léger, plus énergique, mais tout autant au service des grandes chansons du Loner, servant d’appui aux soli de Neil, mais sachant également relancer l’énergie de Love to Burn vers les sommets. Oui, ce sont 40 minutes parfaites, 40 minutes de bonheur électrique intense, que Neil est l’un des seuls à savoir nous donner de manière aussi… infaillible ! Un grand, grand moment, qui renouvelle pour encore dix ans la foi qu’on a en lui. Une foi qui brille dans tous les yeux autour de moi. Il y a de la joie, de l’émotion, de la fierté aussi d’être là pour partager ses moments d’incroyable intensité. Et, tant qu’on est à "Ragged Glory", on enchaîne avec un Mansion on the Hill presque aussi cinglant !

2016 06 23 Neil Young AccorHotels Arena (73)

La seconde partie du concert restera toute électrique, Neil s’aventura alors dans des recoins jusqu’alors peu explorés en live de sa longue discographie : je n’avais jamais entendu Vampire Blues par exemple sur scène, ni After the Garden (l’occasion pour Neil de nous complimenter pour la beauté de nos fermes françaises, qu’il a vu à travers la fenêtre du bus de la tournée…), ni Country Home, ni surtout I’ve Been Waiting for You, seconde résurgence, plus maîtrisée cette fois, et assez impérieuse, de son premier album solo, qui date quand même de… 1969 !

Et on en arrive à la fin du set, et le troisième grand moment de la soirée, un Rockin’ in the Free World puissant, lourd et totalement épique, qui fait lever une forêt de bras et fait crier tout le monde : cette chanson a souvent été critiquée pour être "trop évidente", mais j’aime penser ce soir que Neil la chante avec nous en l’hommage de nos frères et nos amis qui étaient au Bataclan le 13 novembre dernier. Je crois ne pas être le seul, l’émotion est forte, la joie aussi. Eh oui, comme ils disent à "Rock & Folk", le Rock c’est ça, tout simplement !

Les musiciens ont apporté une corbeille de cerises qu’ils dégustent et dont ils nous jettent des poignées. Original, non ? Mais ce sont les fameuses cerises psychédéliques françaises, crie Neil ! Hein ?

Le rappel sera presque juste pour moi, pour me faire plaisir : Like An Inca, que nul ne semble connaître autour de moi, une chanson que j’adore personnellement, et que Promise of the Real joue avec un léger swing qui l’élève définitivement vers le sommet. La première fois – et la seule – où je l’ai entendue sur scène, c’était en 1982 : 35 ans déjà, 35 ans qui ont passé sans qu’on s’en rende vraiment compte, même si la silhouette de Neil aujourd’hui n’a plus rien à voir avec celle de l’époque… Mais… non, qu’est-ce que j’allais dire ? Sur scène, après trois heures de concert intenses, je vois un tout jeune homme en train de sauter en l’air (de joie, d’excitation), en formant un cercle avec ses amis qui semblent avoir exactement le même âge que lui. Alors, en quittant Bercy ce soir, je sais une chose : en plus d’être une musique toujours aussi vitale, essentielle, merveilleuse en cette seconde décennie du XXIème siècle, le Rock est aussi une fontaine de jouvence. Plongez-y avec Neil, et maintenant… dansez ! 

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24 juin 2016

Ma discothèque bancale : "Com Defeito de Fabricação" de Tom Zé (1998)

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Avec "Com Defeito de Fabricação", album publié sur le label de David Byrne qui avait découvert Tom Zé lors d'un voyage au Brésil, un artiste fondamental de la culture brésilienne, étouffé par la dictature militaire, reparaissait en 1998, et gagnait d'un coup une visibilité mondiale. Difficile d'imaginer quelqu'un au Brésil qui méritait autant cette reconnaissance, même tardive, même temporaire : car si les racines sont ici indiscutablement "bahianas", voici une musique hors du commun, fondamentalement exceptionnelle, puisqu'il s'agit ici d'un exemple rare de travail avant-gardiste qui génère plaisir et bonheur chez l'auditeur (la relation avec les plus belles réussites desTalking Heads se trouve évidemment là, dans cette rencontre miraculeuse du populaire et de l'intellectualisme…). "Com Defeito de Fabricação" est, avant même d'être un album impressionnant d'audace et d'originalité - rythmique, sonore, mélodique -, un pur "feelgood album", dispensant une allégresse irrésistible. Il faut néanmoins souligner à l'attention des non-lusitophones qu'il ne s'agit pas seulement de danser (de manière désarticulée…) et de chanter (des chansons fondamentalement absurdes), mais que "Com Defeito de Fabricação" est aussi - avant tout ? - un disque furieusement militant, célébrant gaillardement la vivacité d'un tiers monde abreuvé par les codes impérialistes de l'Occident, mais les dérobant, les recyclant et les distordant pour créer une culture qui lui soit vraiment propre. Du vol et du détournement comme déclaration révolutionnaire : difficile en remuant les fesses et en rigolant sur "Com Defeito de Fabricação", de ne pas être d'accord avec les théories baroques de Tom Zé !

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23 juin 2016

"Temps Glaciaires" de Fred Vargas : Marc le sanglier...

temps glaciaires

M'étant fait lyncher par les fans de Fred Vargas chaque fois que j'ai osé émettre une réserve quand à l'un de ses livres, je suis très inquiet en attaquant ici la chronique de son plus mauvais roman à date, ce "Temps Glaciaires" assez consternant : consternant parce que, une fois de plus, Vargas est en roue libre les trois quarts du temps, justifiant son assemblage précieux de pur n'importe quoi par une étiquette "poétique" qui semble de plus en plus usurpée. Entre démon islandais qui dévore les jambes des imprudents, sanglier apprivoisé répondant au doux prénom de Marc et démangeaison de membres amputés, la barque est vite pleine, et Vargas vient à bout de notre patience au bout de 250 pages : il en reste malheureusement autant à lire, et c'est un calvaire ! Car l'ennui se fait ici particulièrement pesant quand on explore les arcanes d'un curieux club de passionnés de la Révolution Française (en fermant "Temps Glaciaires", on ne veut tout simplement ne plus JAMAIS rien lire sur Robespierre ! ), ou quand Vargas ressasse pour la nième fois les tensions improbables au sein du commissariat. C'est parfois à hurler d'irritation, et ce d'autant plus que le ressort policier du livre était (pour une fois) particulièrement bien tendu , et que le tout début et la fin de " Temps Glaciaires" tiennent plutôt bien la route. Finalement, ce qui rend la lecture des livres de Vargas depuis quelques années aussi désagréable, c'est cette auto complaisance d'un auteur visiblement persuadée qu'elle peut écrire n'importe quoi et que ses fans la suivront.

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22 juin 2016

Ma discothèque bancale : "Alone with Everybody" de Richard Ashcroft (2000)

Alone with Everybody

Après le triomphe quasi planétaire qu'avait été le fameux "Urban Hymns" de The Verve, le premier album solo "officiel" de Richard Ashcroft, "Alone with Everybody" (joli titre mélancolique bien représentatif des textes introspectifs du disque), fut reçu assez tièdement. D'un côté, les vrais fans continuèrent à crier au génie, les autres pestaient contre la répétition - en plus faible - des formules éprouvées dans "Urban Hymns",... et l'album, peu écouté finalement, disparut rapidement des radars et des mémoires. A posteriori, il est désormais clair que "Alone with Everybody" ne mérite ni excès d'éloges, ni indignation : les spécialistes d'Ashcroft expliquent que ces chansons sont pour beaucoup des restes de l'enregistrement de "Urban Hymns" (qui aurait dû en réalité être publié sous le seul nom du leader de The Verve, ce qu'il n'osa pas faire à l'époque...). Je ne sais pas si c'est vrai mais cela expliquerait beaucoup de choses, la similarité d'ambiance, et la baisse de qualité entre les deux disques. Il reste néanmoins ici une bonne moitié des chansons qui sont impeccables, voire parfois franchement bouleversantes : loin de la morgue typique du rock anglais de l'époque, Ashcroft déploie une sensibilité et une honnêteté confondantes, alliées à un sens de la mélodie indiscutable, qui élève "Alone with Everybody" bien au dessus de la production normale de ses pairs. Finalement, le vrai défaut du disque, c'est sa longueur - une heure, c'est vraiment abusé ! - alors qu'il n'est constitué que de morceaux mid tempo à l'ambiance relativement similaire. C'est malheureux, car un peu de discipline et de lucidité de la part de Richard l'aurait réduit aux 40 minutes rituelles, et aurait alors produit probablement un autre succès commercial.

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21 juin 2016

Relisons les classiques de la BD italienne : "Sin Ilusion - Max Fridman T. 5" de Giardino

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"Sin ilusión", conclusion désabusée, amère même, de "la trilogie de la guerre d'Espagne" de Giardino, est certainement le meilleur des trois livres - le plus rempli d'action, de coups de théâtre, etc. -, mais ne réussit pas non plus à soulever le même enthousiasme de notre part que les débuts de Max Fridman. Malgré les multiples péripéties qui mènent Fridman à la découverte de Treves et du secret de "Cocorito", règne ici une impression d'immobilisme pesant : on a du mal à vibrer même quand les balles sifflent - de manière un peu répétitive d'ailleurs - aux oreilles de notre héros. On peut tenir pour responsable de ce manque de dynamisme le dessin parfait, mais par trop "posé", de Giardino, mais c'est peut-être plutôt l'immobilisme de Fridman, paralysé par ses désillusions (le titre du livre est clair) et par une forme naissante de défaitisme qui passe mal ! ... Et est dans doute antinomique par rapport à un récit policier / d'aventures où l'on doit craindre pour la vie du héros. Ici tout est clairement perdu depuis toujours, la grande Histoire (on sait bien entendu le funeste destin de la jeune République espagnole) comme la petite : la fuite de Fridman devant l'aventure de l'amour qui lui est offerte, même si elle nous offre une jolie conclusion avec ses retrouvailles avec sa fille, n'est pas un grand moment romantique, plus une lâcheté sans aucun panache. On peut comprendre, voire avoir de la sympathie pour le pessimisme (la lucidité) Giardino, mais il est indiscutable qu'il est fatal au charisme de "Max Fridman", le personnage de BD. (C'est d'ailleurs en cela que Giardino est infiniment inférieur à son compatriote Pratt qui réussit au contraire à nourrir le romantisme éperdu des aventures de Corto Maltese du cynisme élégant de son héros...). 

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20 juin 2016

Réécoutons les classiques du Rock : "Searching for the Young Soul Rebels" de Dexy's Midnight Runners (1980)

Dexys Searching for

Il est difficile aujourd'hui, surtout si l'on n'est pas britannique, de comprendre l'impact que "Searching for the Young Soul Rebels" eut sur un pays - et sa jeunesse - sombrant dans la terrible dépression des années Thatcheriennes. On peut l'affirmer sans exagérer : voici un disque historique, un disque "révolutionnaire", non pas seulement au niveau musical, mais dans le sens "social" du terme... c'est dire combien la Musique importait encore à cette époque là ! Trois ans de punk rock, de 1976 à 1979, avaient porté leurs fruits, et la jeunesse anglaise avait retrouvé une combativité politique sans équivalent dans son histoire... mais tout le monde sentait qu'il fallait de nouveaux sons pour prendre la relève : ce fut la renaissance du ska, autour des musiciens géniaux des Specials, de Madness et de The Beat, entre autres, qui allaient se coltiner sans craintes avec la grande question raciale. Mais pour le jeune (et très énervé, et très arrogant aussi) Kevin Rowland, pas question de sauter dans le train du Ska, déjà bien emballé, il avait l'ambition de créer son propre mouvement. Inspiré par la fameuse "Northern Soul", musique des classes sociales les plus populaires qui n'avait encore jamais eu la faveur des groupes de rock - en général issus de la classe moyenne, voire supérieure. Rowland repompe donc tout ce qui l'a toujours fait vibrer dans la grande soul américaine, chez Motown en particulier, colle des textes sanglants par dessus (on ne fait pas dans la dentelle, ici !), et monte un groupe "cuivré" qui va jouer le tout avec cette fameuse rage punk incontournable en 1980. Et c'est un triomphe. Artistique comme commercial. Car "Searching for te Young Soul Rebels" permet de danser en rigolant autant que de monter des barricades pendant les mouvements de grève : et l'Angleterre prendra ainsi le goût de faire la fête, une fête qui durera encore au moins une bonne décennie. Mais Rowland, insupportable coq de basse-cour dressé sur ses ergots, passera vite à autre chose, avec des hauts (l'album suivant, celte...!) et des bas (pas mal de dégâts sur sa trajectoire de comète auto-destructrice...).

Réécouter cet album en 2016, surtout si l'on ne s'attache pas aux textes, fondamentaux, expose pourtant l'auditeur à une certaine déception, du genre : "Alors, tout ça pour ça ?". L'abrasiveté festive de nombreuses chansons, le chant histrionique de Kevin, qui n'est pas encore le grand chanteur qu'il devint ensuite, la simplicité trompeuse de certaines mélodies, la lourdeur indéniable de l'hommage aux racines noires, tout cela fait que l'album fait désormais hausser les sourcils des puristes, et qu'il est de plus en plus souvent oublié dans les livres d'histoire de notre musique. Que faudrait-il pourtant pour que nous retrouvions le goût de cette musique joyeusement excessive, qui préfère gueuler plutôt que de suggérer ? Plus de chômage ? Une montée encore plus forte du FN ? Plus de misère et de rage autour de nous ? Plus de carnages dans nos salles de concerts favorites ? Allons, camarades, nous ne sommes pas si loin que ça d'une nouvelle ère où les jeunes rebelles de l'âme viendront à nouveau lancer des pavés, dans la mare ou sur la tronche des CRS !

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19 juin 2016

"Vernon Subutex T. 2" de Virginie Despentes : Pieds nus dans le parc

Vernon Subutex 2

Légèrement inférieur au premier tome (mais comment pouvait-il en être autrement ? ), "Vernon Subutex T2" voit Despentes abandonner un temps sa narration polyphonique pour focaliser son intrigue sur ce groupe étrange qui se crée aux Buttes Chaumont autour d'un Subutex transformé en DJ messianique et halluciné. A la noirceur envoûtante du premier tome succède donc une sorte de bienveillance tiède à laquelle il n'est pas facile d'adhérer : alors Despentes baba ? New age ? Naïve ? Les pistes "de sortie" qu'explore "Vernon Subutex T2" sont plus que discutables, à la fois utopiques et régressives, mais elles ont finalement le mérite d'extraire les personnages du livre de l'abattement, la haine ou l'autodestruction. Et le lecteur d'une certaine jouissance de la "lose". Ceci dit, quand Despentes reprend ses monologues / portraits intimes, elle nous parle cette fois d'une jeune musulmane convertie en réaction contre ses parents, du père de celle-ci, immigré modèle revenu de ses illusions sur la France, d'un jeune trop lucide aspiré par l'extrémisme de droite, d'une épouse lasse de sa vie... Oui, Despentes continue à nous parler mieux que personne de ce qu'est la France d'aujourd'hui, et si elle décide finalement de clore son chef d'oeuvre en faisant danser ses personnages dans une obscurité totale, au bord du renoncement complet, c'est son droit absolu. Et je suppose que cela fait de "Vernon Subutex", au delà de ses impressionnantes qualités littéraires, un bouquin salement contestataire.

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