Le journal de Pok

24 avril 2018

Nits au Petit Bain le vendredi 20 avril

2018 04 20 Nits Petit Bain (4)20h40 : Henk, Robert Jan et Rob sont là, nos Nits éternels, on a envie de dire inchangés malgré les années qui les ont marqués autant que nous. L’intro, un enchaînement tout en douceur, en subtilité, d’une intense beauté, de l’effrayante comptine de Oom-Pah-Pah (« Catch me, my baby / I'm falling / Out of a tree in your arms / … / Oom-pah-pah men in the bone caves / Oom-pah-pah men get up late / Don't open the cupboard / Don't open the door / I'm afraid ») et de l’élégance feutrée des Nuits, place la barre très, très haut. Bien au-dessus en tout cas du concert un peu décevant de l’Alhambra en 2008 (dix ans déjà !), où Henk était fortement diminué par des soucis de santé. Non, ce soir, ce sont les Nits en très grande forme qui vont nous offrir un concert de 2 heures synthétisant parfaitement leur incroyable talent mélodique et leur aisance scénique. Le son est parfait comme toujours au Petit Bain, la voix de Henk n’a pas pris une ride, et claviers et percussions ont déjà déployé leurs enchantements sur la petite foule hypnotisée.

Henk nous explique dans un mélange hilarant de français (il nous appelle son "dictionnaire" quand nous l’aidons à trouver les mots qui lui manquent…) et d’anglais que le concert de ce soir sera consacré à l’intégralité de "Angst" en intercalant quelques chansons plus connues (enfin, "connues", on se comprend…), avant d’attaquer Flowershop, l’un des deux seuls morceaux traditionnellement pop de l’album. Etant donné l’aspect exigeant, voire austère, du nouveau matériel, et le fait que le public n’a pas l’air de le connaître, on peut avoir quelques craintes quant à l’ambiance de la soirée, mais ce serait mal connaître les Nits ! Chaque chanson est préalablement expliquée avec humour et émotion par Henk (quel moment quand il déroule la photo de ses grands parents émus par la parution de "Tent", le premier album du groupe !), ce qui permet enfin d’en saisir pleinement le sens derrière les paroles souvent abstraites. De plus, comme toujours chez ces diables de musiciens, les morceaux ont déjà évolué, ce sont complexifiés, enrichis, ont été réinterprétés, sont devenus plus accrocheurs : si l’on excepte l’ennui léger dégagé par la rencontre entre Elvis Presley et la Lorelei sur Along A German River, le traitement live rend les chansons de "Angst" plus immédiates, plus charnelles, voire bouleversantes parfois. Et Pockets of Rain, sans surprise, rejoint ce soir les grands morceaux fédérateurs du groupe, avec son juste dosage entre lyrisme menaçant et romantisme !

2018 04 20 Nits Petit Bain (20)Et alors, demanderont tous les fans du groupe qui n’ont pas pu être avec nous au Petit Bain, les classiques ? Eh bien, ce fut une fête absolue des sens, chaque morceau étant retravaillé, modernisé pour paraître toujours aussi frais, aussi excitant. J.O.S. Days, l’hommage à l’équipe locale J.O.S., fondée paraît-il par un oncle de Henk, et qui passe toujours cette chanson sur les haut-parleurs du stade avant un match, est le morceau parfait pour mettre tout le monde de bonne humeur. Soap Bubble Box et la fabuleuse Cars & Cars, qui vous froisse le cœur tout en vous élevant l’âme, évoquent magnifiquement la période bénie de "Ting". Nescio, dans l’une des plus belles et plus amples versions que j’aie jamais entendues en live, sera le moment le plus extatique du set, et je jurerais avoir vu des larmes dans les yeux de Robert Jan à la fin ! Sketches of Spain, seul passage électrique du set, a moins de puissance que jadis, mais devient un poignant singalong, hommage aux victimes du franquisme (« In the hills round Zaragoza we're waiting to attack / A knot of dirty men that shiver round their flag / The boredom and the lack of sleep / The tin cans in the mud / Red is the colour of our blood / We never, never / Never, never / Never stop / Never stop… »). A Touch of Henry Moore est une explosion baroque et enthousiaste de sonorités étranges, No man’s Land avec sa superbe évocation des nuits blanches de personnalités (John Lennon, Irina Ceausescu…) est le morceau le plus traditionnellement rock de la setlist, tandis que Port of Amsterdam exploite une veine burlesque et bruyante que les Nits ont un peu abandonnée depuis quelques années.

En rappel, quoi d’autre que les merveilles inusables que sont Adieu Sweet Bahnhof, l’une des plus belles chansons au monde pour tous ceux qui passent leur vie dans les trains et les hôtels, et la réjouissante In the Dutch Mountains, qui nous permet de conclure cette nuit magique en gueulant : « Mountains ! Mountains ! », ce qui, vous en conviendrez, n’arrive quand même pas tous les jours ?

Et si les Nits restaient en 2018 l’un des plus cadeaux que vous puissiez vous faire à vous-même ? Un cadeau qui mélange subtilement joie de vivre et spleen insondable. Comme n’importe quelle bonne "pop music" devrait d’ailleurs savoir le faire. Et si la musique populaire actuelle ne sait plus le faire, rassurez-vous, la recette n’est pas perdue, elle se perpétue sur les rives de la rivière Amstel…

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23 avril 2018

Fabio Viscogliosi en première partie des Nits au Petit Bain le vendredi 20 avril

2018 04 20 Fabio Viscogliosi Petit Bain (3)19h30 : Fabio Viscogliosi est un chanteur italien dont la moitié du répertoire est en français… ou bien un chanteur français dont la moitié du répertoire est en italien ? Ce n’est pas clair tout cela, puisque alors que Wikipedia le présente comme un "artiste, écrivain, dessinateur et musicien" de la région de Lyon, il a prétendu au cours de son set ne pas parler notre langue… Bon, de toute manière, Fabio chante ce soir en solo, avec l'appui de musique pré-enregistrée qui rajoute un peu d'ampleur à certains de ses morceaux. On peut penser au Murat des débuts, du fait d'ambiances sensuelles et d'un chant plutôt maniéré. Par contre la succession de tempos moyens assez similaires fait que le set ronronne un peu trop malgré la belle voix de Fabio. Les 35 minutes imparties paraissent finalement un peu longuettes, même si le personnage est intéressant…

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22 avril 2018

"L'Ile aux Chiens" de Wes Anderson : Fantastic Mr. Dog

l-ile-aux-chiens afficheOn peut être sensible - et même très sensible - à la singulière beauté des films de Wes Anderson, sans doute l'un des plus grands auteurs post-modernes, et rester un tantinet froid devant ses tentatives audacieuses de transposer son univers dans l'animation "traditionnelle". Comme pour "Fantastic Mr. Fox", il n'y a objectivement aucun reproche à adresser au travail d'Anderson : l'incroyable inventivité dont il fait preuve dans la création d'un univers inédit,, qui lui permet de déplacer sa fable anti-totalitaire dans un contexte inhabituel et donc de créer un impact nouveau sur un spectateur qui pourrait se déclarer blasé devant une autre dictature uchronique, est l'un des facteurs-clé de la réussite intellectuelle indiscutable de "l'Ile aux Chiens". L'extension de l'univers esthétique et "moral" habituel d'Anderson (de plus en plus teinté de préoccupations politiques, ce qui ne lui enlève rien, au contraire !) à la culture nippone fait mouche, et ce d'autant que le film a l'audace de ne pas traduire, ni même sous-titrer les dialogues japonais, mais de seulement "doubler" les aboiements canins en anglais (avec l'éblouissante distribution de voix désormais habituelles chez Anderson !). Chaque plan, un peu comme dans "The Grand Budapest Hotel" est un éblouissement esthétique, doublé d'une surprise permanente pour le spectateur, tant l'originalité est saisissante. Bref, si l'on ajoute le délicieux ressassement des obsessions familiales d'Anderson (paternité coupable, fraternité problématique mais salvatrice), difficile de ne pas prétendre que "l'Ile aux Chiens" est une œuvre maîtresse de plus dans la filmographie désormais éblouissante du prodige américain.

Pourtant, il est aussi permis de ressentir un peu de détachement devant tant de brio et d'intelligence, et de trouver que l'animation retranche de l'émotion plutôt qu'elle n'en ajoute (comme elle le fait chez Miyazaki par exemple) : on sait que Wes Anderson est un créateur de systèmes, de maquettes conceptuelles, et le recours à l'animation constitue une sorte de redondance par rapport à cette approche du cinéma. On passe quelque part du second au quatrième degré, et la force émotionnelle qui troue en général les plans parfaitement agencés des films d'Anderson, et qui provient la plupart du temps des acteurs, a du mal à surgir. Les larmes qui viennent aux yeux de Spot et de son frère à la fin du film ne s'accompagnent malheureusement d'aucun bouleversement dans le cœur du spectateur séduit, stimulé mais jamais vraiment empathique. C'est là la seule limite d'un film qui reste néanmoins une œuvre remarquable, vivement recommandée aux petits (malgré une indéniable cruauté dans certaines scènes) comme aux grands.

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21 avril 2018

"Nuit" de Bernard Minier : la malbouffe

Nuit Minier

J'ai le gros défaut d'aller chercher au dernier moment, avant d'embarquer dans mon train ou mon avion, un bouquin "facile à lire" au kiosque "Relay" de la gare et de l'aéroport, privilégiant en général (lorsque je ne vois aucun nouvelle publication en format poche de l'un de mes auteurs "sérieux" préférés...) le thriller standard qui m'aidera à supporter les longues heures de voyage... Cette introduction un peu trop circonstanciée me sert, je me rends compte, à justifier l'achat et la lecture d'un machin aussi peu recommandable que ce "Nuit", première et dernière lecture de ma part d'une "oeuvre" du dénommé Minier. Car j'ai honte, oui, j'ai honte d'avoir lu un tel fatras d'imbécilités incohérentes, évidemment mal écrites, mais surtout manquant de la moindre de ces qualités qui élèvent occasionnellement le "polar de gare" (justement) au dessus du genre.

Honte d'avoir tourné les pages aussi mécaniquement, sans - rapidement - ne plus rien attendre d'un mauvais suspense qui ne pouvait déboucher que sur l'un de ses twists pourris (et évidemment complètement illogiques) qui semblent nécessaires à l'attrait du thriller contemporain. Minier, c'est l'équivalent d'un McDo qui va perdre sa licence suite à la dernière visite de l'inspection sanitaire : les ingrédients sont pourris (éternel retour d'un serial killer à l'intelligence supérieure, flic indiscipliné empêtré dans ses histoires personnelles, personnages manquant totalement de consistance et de vraisemblance, donc capable de faire n'importe quoi pour faire avancer la "logique" du scénario), la recette est banale et connue (courses-poursuites dans la nuit, crimes sanglants, duplicité à tous les étages, cliffhangers se multipliant sans nécessité particulière), et l'exécution infecte (ajout aléatoire de sujets improbables : la vie après la mort, les pratiques sado-masochistes, n'en jetez plus !) : le cuisinier avait les mains sales, il sortait des toilettes et ne se les étaient pas lavées : j'ai eu tout de suite mal au ventre.

 

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20 avril 2018

"The Third Murder" de Hirokazu Kore-eda : une coquille vide trop remplie...

The Third Murder affiche"The Third Murder" débute par une scène forte de meurtre sauvage comme on ne pensait jamais en voir dans un film du "gentil" Kore-eda, avant d'emprunter les voies très "anglo-saxonnes" du thriller mental et du film de procès : voilà donc une véritable révolution dans le système jusque là presque routinier du prolifique cinéaste nippon. Très vite, on réalise que, heureusement, la "petite musique" habituelle de Kore-eda est bel et bien toujours là : la patience et la sensibilité avec lesquelles sont abordés les personnages, l'intelligence permanente de la mise en scène (on pense en particulier à la subtilité avec laquelle Kore-eda filme les face-à-face entre le tueur et son avocat au parloir de la prison, jouant avec la vitre qui les sépare...), la grâce infinie de certaines scènes nous ramènent au meilleur de son cinéma. On réalise aussi malheureusement que "The Third Murder" est un film à messages, et que, entre le message politique (contre la peine de mort) et le message philosophique (il n'y a pas de vérité... rien de nouveau depuis le "Rashomon" de Kurosawa), Kore-eda en a beaucoup trop à dire pour un seul film : "The Third Murder" s'alourdit de dialogues redondants, de scènes pesantes, et tourne finalement vite en rond malgré le scénario qui accumule les hypothèses les unes après les autres pour mieux nourrir sa démonstration. Bref, "The Third Murder" ne nous enchante pas assez, trop occupé à sa leçon d'existentialisme : finalement, c'est bien l'éternel retour de Kore-eda sur les sujets de la paternité et la famille qui est le meilleur du film, pas ses interrogations assez stériles sur la liberté de naître et de vivre. On appréciera certes le fait qu'il nous évite le cliché à la mode du twist final et préfère heureusement le doute et la suspension, mais l'artificialité de ce qui reste une pure démonstration théorique - aggravée par le jeu irrégulier de Masaharu Fukuyama, pas très bon dans le rôle principal - nous aura depuis longtemps fait décrocher du film.

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19 avril 2018

"Black Mirror - Saison 2" de Charlie Brooker : le mirroir brisé

black-mirror-S2 afficheDans la même ligne que la première, la seconde saison de la redoutable série "Black Mirror" nous offre trois épisodes plus ou moins ludiques (enfin, plutôt moins que plus, hein...) sur l'impact possible du développement des technologies actuelles sur nous, au sein d'une société que l'on nous prédit - sans grande surprise - toujours plus consumériste et toujours plus répressive. Le charme addictif de "Black Mirror" provient largement de ce sentiment de "remise à zéros" des compteurs à chaque nouvel épisode, qui génère une vraie excitation sur le mode : "mais que vont-ils inventer cette fois-ci ?". Et il faut bien avouer que, malgré les irrégularités inévitables de l'écriture et de la mise en scène, malgré l'aspect disparate, voire fourre-tout de la série, pas de deception réelle pour le moment.

"Be Right Back" est une réflexion douce-amère sur ce qui pourrait être utilisé des traces que nous laissons derrière nous sur les réseaux sociaux pour nous conférer une sorte de fausse immortalité. "White Bear" est le "shocker" de la saison, un épisode anxiogène et spectaculaire débouchant sur une dénonciation - un peu facile sans doute - de l'éternelle fascination du public pour la justice et les punitions, modernisée en une torture sadique éternellement recommencée. "The Waldo moment", malgré une vision pertinente de l'érosion de la crédibilité des politiques dans nos démocraties et du risque populiste, surprend moins.

C'est donc la belle réussite de "l'épisode de Noël" (une vieille tradition anglaise !), "White Christmas", qui portera au plus haut la réputation de la série : sur une heure et quart, voilà une histoire retorse, avec trois fictions successives qui finissent par constituer un portrait à charge de la manière abusive dont les nouvelles technologies sont finalement utilisées - ici la capacité d'enregistrer et de modifier le regard de tous, et le clonage de la conscience qui devient un "cookie" manipulable à l'infini dans un espace virtuel oppressif : Jon Hamm y est comme souvent magnétique et magistral, mais c'est surtout les déchirements successifs que provoquent en nous ces trois récits dramatiques qui l'élèvent finalement vers une impressionnante intensité émotionnelle.

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18 avril 2018

"La Promesse de l'Aube" de Romain Gary : A ma maman...

La_promesse_de_l_aubeJe ne serais pas qui je suis sans ma mère. Elle m'a porté à bout de bras pendant les 15 premières années de ma vie, dressée contre l'univers tout entier qui ne me voulait guère de bien. Contre mon père qui sombrait dans la défaite et l'isolement. Contre nos racines humbles qui me tiraient vers le bas. Contre un monde d'où le rêve était alors banni. Elle a vécu pour moi, fils unique, et elle n'a rien fait de sa vie qui ne m'ait pas servi, d'une manière ou d'une autre.

Je ne suis pas arrivé à quoi que ce soit d'exceptionnel. Je ne suis pas un écrivain reconnu, je n'ai pas servi glorieusement dans des guerres lointaines (car j'ai eu la chance de vivre ma vie en temps de paix, tout au moins pour la partie du monde qui me concernait directement). Je ne suis même pas devenu diplomate. Mais j'ai bien vécu, j'ai fait de beaux métiers, et surtout j'ai parcouru le monde, comme elle m'en avait si jeune donné le goût. J'ai aimé bien des femmes et j'ai été aimé par certaines en retour. J'ai vécu milles aventures, la plupart du temps dérisoires, parfois grotesques, que m'envient ceux qui n'ont pas eu la chance comme moi de partir. De partir parce que maman savait que la plus belle chance qu'elle pouvait me donner, c'était le goût du départ. J'ai échappé à la malédiction de nos racines polonaises, qui, dans ma famille, nous gonflent d'une sève vitale puissante, pour mieux nous clouer au sol quand nous voulons prendre notre envol. Moi, grâce à maman, j'ai pris mon envol, et peu importe finalement si mon vol a été lourd et disgracieux. Si je n'ai pas laissé dans le ciel de traces mémorables. Grâce à maman, j'ai vécu.

A 60 ans, je viens de refermer "la Promesse de l'Aube" de Romain Gary, que je lisais pour la première fois. Je ne sais pas pourquoi je ne l'avais pas lu avant, mais je sais bien que je n'étais pas encore prêt, jusqu'à aujourd'hui, à le lire. A le comprendre. A l'aimer autant que je l'ai aimé. A chaque page que j'ai tournée, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai regardé le ciel. J'ai même brandi mes poings contre ce ciel que je sais, que j'ai toujours su, grâce à ma mère, être vide. Je viens de lire l'un des 20 livres qui m'a le plus enchanté, le plus époustouflé de ma vie. Mais même ça ne serait rien si ce n'était l'un des seuls livres que j'aie jamais lus qui m'a rapproché de ma maman, cette maman que j'ai si souvent, si longtemps abandonnée pour courir le monde, comme elle m'avait si bien encouragé à le faire.

Je pense que, à la différence de Romain, je ne me tirerai pas une balle dans la tête. Ou tout au moins pas encore. J'ai encore au moins deux enfants, les deux plus jeunes, que je peux aider à grandir dans le monde. Il n'est pas trop tard. Il n'est en fait jamais trop tard, et c'est sans doute la seule chose que Romain Gary, qui avait compris tant de choses au ridicule de la vie humaine, n'avait pas voulu comprendre.

J'ai 60 ans et la semaine dernière, j'ai dû confier ma maman aux soins d'une institution spécialisée. Alzheimer est une tragédie. Ma mère est déjà en train d'oublier qui je suis. Mais moi je ne l'oublierai pas.

Merci, Romain.

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17 avril 2018

Dominique A le 14 avril à la Philharmonie

2018 04 14 Dominique A Philharmonie (3)21h45 : Deux batteries côte à côte sur scène, ça devient la mode (Oh Sees, King Gizzard...) et ça prouve que l'ami Ané a bel et bien décidé d'aborder ce soir, comme promis, sa musique par sa face la plus rock, la plus bruyante : ça fait plaisir ! Format quintette donc, avec le fidèle et très talentueux Thomas Poli aux claviers et à la guitare, le très démonstratif Jeff Hallam à la basse, et le feu roulant de percussions (ah oui, il y a aussi une petite batterie électronique pour compléter !) assuré par Etienne Bonhomme et Sacha Toorop…

Comme sur son dernier album, qui va servir d’épine dorsale au set, Dominique A attaque par Cycle : combinaison plutôt équilibrée entre électronique dark et éclats rock vaguement bruitiste, le morceau donne bien l’esprit qui va régner ce soir sur la Philharmonie. Le son est évidemment excellent, avec la voix sans doute un peu trop en avant quand même, et un niveau sonore qui aurait mérité d’être plus élevé. Une version tendue, lyrique, absolument magnifique de La Peau vient très rapidement faire monter la température de la salle, le public répond présent… Dominique prend acte, avec satisfaction : « Ah oui, là, on vous sent, quand même ! ». Je me prépare mentalement pour ce qui pourrait bien devenir le meilleur concert que j’aurai jamais vu du "grand chauve". Sur Les Deux Côtés d’une Ombre, l’une des chansons les plus singulières de "Toute Latitude", franchement sombre pour le coup, Dominique qui pour une fois est sans sa guitare, s’autorise à danser, frôlant la frénésie sur la fin de ce morceau très électro-dark : on le sent désormais libéré de toute cette timidité, ce trouble qui le clouait jadis au sol, ses bras et ses jambes partent dans tous les sens, la transe est proche. Plus tard, il nous demandera : « Ça vous plaît de vieillir ? ». A un spectateur qui lui répondra « Oui ! », il répondra : « Oui, en fait, moi aussi… ! ». Et il est indiscutable que la maturité a apporté chez Dominique A une force impressionnante, qui lui permet de véritablement imposer sur scène ses chansons, pourtant toujours empreintes d’une sensibilité bouleversante. Je remarque quand même que Dominique a du mal à reprendre son souffle à la fin de sa démonstration de danse ! Comme quoi, l’âge n’a pas que des avantages…

2018 04 14 Dominique A Philharmonie (58)Va-t-en, sans doute ma chanson favorite de la première période de la carrière de Dominique A, nous est offert dans une version tendue, extrême, qui est évidemment enthousiasmante. C’est à ce moment que je perçois pour la première fois le décalage entre l’interprétation offerte par le groupe des "classiques" de Dominique A et l’attente du public, visiblement plus "chanson française". Et ce décalage va empêcher le concert de vraiment décoller à nouveau, comme ça aura été le cas sur la Peau… La preuve évidente de ce décalage, c’est qu’il faudra attendre la (très belle, certes) version de l’Océan pour que les applaudissements redeviennent vraiment intenses : la marque laissée par "Eléor" sur le public de Dominique A est logique, vu la qualité de l’album, mais je trouve que les fans ont du mal à passer à autre chose comme lui souhaite le faire.

Rendez-nous la lumière est le genre de titre fédérateur, classiquement rock et gentiment lyrique, qui permet quand même la réconciliation, mais l’écart s’agrandit à nouveau quand le Commerce de l’Eau ou Exit font à nouveau monter la pression. Corps de ferme à l’abandon donne un dernier tour de vis à l’inconfort, avec son texte terrifiant et son ambiance électronique grinçante. Eléor clôt le set après une heure et demi dans une mélancolie sublime : bon, j’avoue que moi aussi, j’ai le cœur qui se serre sur ce premier finale à haute charge émotionnelle.

Le premier appel est celui des cadeaux au public : d’un côté Au revoir mon amour pour la beauté classique, de l’autre le Twenty-Two Bar pour le clin d’œil au grand succès public manqué de peu, et au milieu Immortels pour l’intensité rock. On se quitte (mais on se doute bien que ce n’est pas définitif…) sur la désormais habituelle version électro-dance du Courage des Oiseaux.

2018 04 14 Dominique A Philharmonie (88)Moi, j’attends patiemment le vrai rappel, la chanson de Dominique A que je préfère en live, le monstrueux le Convoi… qui déçoit visiblement la majorité des gens qui m’entourent, qui sont sans doute peu familiers avec ce morceau quasi kraut rock, avec son texte sublime, mi Sci-Fi, mi politique : on ne peut s’empêcher de penser à l’enfer que vivent les migrants quand Dominique A chante : « Ils s'échangent des signes comme des mots inconnus / D'un pays qui ne veut rien dire et dont l'histoire s'est perdue… ». Le son enfle, les deux guitares de Dominique et de Thomas cherchent le tourbillon sonique, nous sommes une petite poignée au premier rang à entrer enfin dans la transe recherchée… Mais le morceau s’arrête trop vite, sans atteindre le sublime qui s’annonçait pourtant. Une petite frustration donc, pour finir ce beau set de deux heures.

Dominique A confirme en 2018, après plus de vingt-cinq ans de carrière, qu’il reste ce qui se fait de mieux à la conjonction improbable de la chanson française et du rock noisy moderne. Même s’il n’a sans doute pas le public qu’il mérite (combien de mes copains fans de bruit apprécieraient ce genre de concert, mais n’y viennent pas ?), Dominique A continue obstinément son chemin, avec une conviction politique (écologique, sociale…) et une sûreté du geste artistique qui feraient pâlir bien des musiciens anglo-saxons plus fameux que lui.

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16 avril 2018

My Brightest Diamond en première partie de Dominique A le 14 avril à la Philharmonie

2018 04 14 My Brightest Diamond Philharmonie (28)20h30 : My Brightest Diamond, voilà une artiste à côté de laquelle je suis toujours passé, un peu effrayé par l'image de diva un peu perchée qu'elle dégageait. Au vu des cinquante minutes parfaites qu'elle nous a offertes ce soir, ce fut une grosse erreur : une voix stupéfiante, certes plus du côté de la technique de chant classique que de l'énergie rock'n'rollienne, une présence scénique à la fois émouvante et drôle, et des morceaux certes non conventionnels et ambitieux, mais toujours du bon côté du cœur. Entre ballades tourmentées soutenues par de sombres claviers (certaines en français…), envolées lyriques en solo et flashs électriques baroques (malgré des problèmes récurrents d'accordage de sa guitare), nous avons eu droit à un mini récital léger et paradoxalement intense, se terminant de manière sublime en solo sur une déclaration d'amour bouleversante à son fils. Bref, si le look vaguement glam de Shara Nova déconcerte par rapport à sa musique, ce fut ce soir pour moi une découverte majeure. Comme quoi il n'est jamais trop tard. Un nouvel album sort bientôt, je serai au rendez-vous.

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15 avril 2018

"L'engrenage", le onzième tome de Ralph Azham de Lewis Trondheim : jeux de trônes...

EngrenageVoilà déjà 7 ans que nous entretenons une relation ambiguë avec "Ralph Azham", certainement la série la moins convaincante de l'oeuvre désormais non négligeable de Lewis Trondheim... Une série qui semble lui être paradoxalement chère puisqu'on en est déjà avec "l'Engrenage" au onzième tome de cette saga d'heroic fantasy vaguement humoristique, qu'on aura qualifiée au gré de son humeur de "neurasthénique", "répétitive", "stakhanoviste", voire même "hébétée"... mais qu'on continue à lire avec une fidélité un peu inexplicable...

Rappelons le principe : voici le récit a priori interminable des aventures tour à tour familiales, guerrières et politiques d'un héros aux super-pouvoirs paradoxaux au sein d'un univers d'heroic fantasy classiquement moyen-âgeux, qui se trouvera contre son gré hissé au pouvoir quasi suprême. Comme dans "le Donjon" mais en bien moins réussi, on passe sans vergogne de l'aventure la plus classique à la réflexion sur l'inanité du pouvoir, qu'il soit politique ou militaire, de la plus grande confusion morale au désespoir existentiel aigu. Le tout pimenté par le paradoxe du dessin moderne et faussement naïf de Trondheim en complet décalage avec la violence sanglante, parfois même épique, du récit, et par de légères pointes d'humour à froid.

Il faut maintenant admettre que, même s'il nous a depuis longtemps perdus dans le dédale d'une fiction proliférante et souffrant finalement d'une absence de "but" ("un peu comme dans la "vraie vie", non ?" nous souffleront les défenseurs de la série...), Trondheim nous captive à nouveau avec cet "Engrenage" qui s'impose comme l'un des meilleurs épisodes de la série : la relation ambiguë entre Ralph et la fascinante Tilda Pönns retrouve par instant le charme du romantisme embarrassé de "Lapinot", alors que la liquidation brutale des religieux ennemis du Superintendant fait bel et bien écho à certaines scènes équivalentes de "Game of Thrones". Mais ce sont les dernières pages, purement tragiques, justifiant le titre de l'album et réduisant en poussière les victoires passées de Ralph, qui gagnent vraiment notre coeur : il y a dans cette noirceur d'une défaite, inattendue mais inévitable, la promesse d'une fin terrible justifiant enfin les hauts et les bas d'une saga qu'on aimerait voir parvenir à la grandeur...

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