Maigret se défendVoici des années que nous, fans de littérature policière, lisons principalement des auteurs scandinaves, qui ont clairement redéfini le genre tout entier. Retourner à l'occasion lire un "Maigret" permet de se ressourcer, un peu comme se replonger dans un Tintin après des années de mangas ou de BDs d'auto-fiction. Là aussi, le plaisir est immédiat, et il ne se niche pas (ou pas seulement) dans la nostalgie d'un Paris des années 60 où l'on fume beaucoup et partout, et où l'on attend patiemment son tour sans avoir le nez plongé dans son téléphone portable. Non, le plaisir est similaire, justement, à celui de la ligne claire : celui d'une narration d'une évidence lumineuse qui porte une intrigue policière aussi simple que formidablement subtile ; celui de personnages ambigus, ou mieux complexes, car chez Simenon, un peu comme chez Renoir, "tout le monde a ses raisons" : imaginez un peu qu'ici, le Commissaire Maigret ira sans doute - après le mot fin - témoigner en faveur du serial killer qu'il aura arrêté !

Peut-être que ce qui étonne le plus dans ce "Maigret se défend", pourtant assez mal considéré par les fans de Simenon, c'est combien la brièveté du récit (moins de 200 pages) et la rapidité de l'action permet quand même à l'auteur de traiter nombre de thèmes "classiques" du thriller : les pressions politiques entravant le travail policier, l'ambiguïté des rapports entre flics et voyous, souvent en même temps indics, le gouffre menaçant de l'alcoolisme, et tant de choses encore, souvent seulement esquissées mais incroyablement vivaces.

Le plus beau de ce polar inhabituel est néanmoins sa toute première partie, avec le double récit en parallèle d'une nuit à haut risque pour Maigret : vérité et mensonges s'entremèlent de façon vertigineuse... et terriblement cinématographique, Simenon faisant preuve en quelques pages éblouissantes d'une maîtrise totale conjuguée à une sobriété absolue dans ses effets.

Pas sûr que je retourne tout de suite à mes polars scandinaves, tient !