2021 11 18 Gustaf Petit Bain (28)

22h05 : Gustaf, c’est un quintette originaire de Brooklyn, comme une bonne partie de la nouvelle musique qui compte aujourd'hui, et on peut facilement les prendre pour des rigolos (-tes, plutôt, même si le groupe comprend un mâle, ce pour quoi Lydia Gammill s'excusera en riant plus tard), parce que ça sourit beaucoup sur scène. Et parce qu’il y aura pas mal de petites, voire de grosses plaisanteries au cours du set de plus d’une heure et quart : faire jouer la guitare par le public, faire monter les filles de Ottis Cœur sur scène juste pour crier une fois, sortir de scène avant les rappels en jouant à une sorte de « chat » où la délirante Tarra désigne le musicien qui doit disparaître, ce genre de… gamineries. Mais quand Lydia se prend au jeu (de scène), elle devient aussi possédée que... disons le Nick Cave d'autrefois... et on n'a plus envie de rire devant les claques qu'elle se met dans la figure ou sur la tête, et les regards de démente dangereuse qu’elle nous jette. Du coup, assister à un concert de Gustaf, ça nous a presque incités à écrire quelque chose du genre : "J'ai vu le futur du Rock et il portait une camisole de force". Gustaf, c'est beaucoup plus excitant qu’on l’imagine en écoutant l’album et en regardant les clips, car ça fait un peu peur, et il y a même deux ou trois moments où l’on ne passe pas loin de cette fameuse « bascule » vers l'hystérie générale.

Mais, surprise, surprise, Lydia calme le jeu dans la seconde partie du set, qui prend la forme de longs monologues - dont un en français, bravo et merci – presque hip-hop, mais souriants, cette fois : une quasi-logorrhée qui joue sur la répétition des mots, au contenu politique, posée sur une rythmique métronomique assurée par une basse qui cisaille littéralement l’atmosphère de Petit Bain.

2021 11 18 Gustaf Petit Bain (30)

Et non, nous n'avons pas encore parlé de la musique elle-même... eh bien, sur ce point, il y avait débat : on est clairement du côté de Bodega, ce qui ne surprend pas vu l’appartenance des deux formations à la nouvelle scène de Brooklyn. On pourrait identifier des influences B-52’s, Tom Tom Club ou Devo, mais le tout en quelque sorte dans une version décharnée : avec Vram, le guitariste, qui ne fait qu'à s'amuser, avec Tarra qui joue la choriste au premier plan en faisant des plaisanteries avec des cochons en plastique et avec sa voix distordue et masculinisée par les machines, la responsabilité du son repose intégralement sur la section rythmique de Tine à la basse et Melissa à la batterie. Et croyez-nous, cette section rythmique fait des merveilles !

Evidemment, le fait que la setlist contienne l’intégralité de l’album nous aide à trouver nos repères au milieu du chaos général, et des bombes déjantées et drolatiques comme le génial Cruel, le dansant The Motions ou l’agressif et plus post-punk Mine sont riches en sensations fortes. Et originales.