Fargo_S3_DVDEt si, pendant qu'on regardait tous ailleurs, "Fargo" était devenu la meilleure série TV en cours ? Du même niveau que notre cher "Breaking Bad" ? Combinant un excellent scénario avec une mise en scène constamment inventive et inspirée, des acteurs en état de grâce et, plus rare, beaucoup plus rare, une véritable "vision". Est-ce Noah Hawley que l'on doit féliciter pour la réussite majeure, quasi-absolue, de cette troisième saison, qui, sans trahir les thèmes philosophico-absurdes des Frères Coen (comme cette remarquable idée de la flic dont l'existence n'est pas détectée par les machines et les automatismes qui commandent autour de nous...), nous touche droit au cœur, comme ni le film, ni les deux saisons précédentes, aussi brillantes aient-elles été ne l'avaient fait. La tragédie inévitable et cruelle qui se déroule implacablement devant nos yeux - en suivant le même type de mécanique-boule de neige que d'habitude - fait cette fois des victimes dont le sort nous importe, et "Fargo" diffuse pour la première fois une insondable tristesse, frôlant un désespoir noir que l'humour, tout aussi noir, ne dissimule plus qu'à peine... Ewan McGregor, meilleur que jamais, campe deux frères jumeaux aussi ridicules que bouleversants, tandis que l'excellente Carry Coon ajoute une détresse tangible au personnage, désormais classique dans la série du policier, "de base" qui s'accroche pour démêler l'indémêlable. Et puis il y a David Thewlis, dont on connaît la propension à incarner de mémorables salopards, et qui atteint ici des sommets d'abjection répugnante : car la grande idée de cette saison, c'est de nous confronter non pas à la petite criminalité vaguement crapuleuse, mais à l'univers impitoyablement maffieux de la Finance, soit un point de vue bien plus pertinent sur notre époque. Déplorons un épisode ("Who rules the land of Denial?") qui sombre un peu trop dans le fantastique et déséquilibre la subtile construction du récit (même s'il y a là sans doute des références sympathiques à "Twin Peaks"), mais admirons la fin suspendue, d'une intelligence renversante, qui clôt magnifiquement l'expérience extraordinaire qu'a été cette saison. Bravo ! Bravo !