Kill List afficheIl est quand même difficile de défendre sérieusement la théorie que "Kill List" serait un "bon film", même si nombreux sont les fans qui ont égrené des théories aussi fumeuses que le "scénario" du film de Ben Wheatley pour vanter ses qualités. La vérité est que "Kill List" a des défauts tellement rédhibitoires qu'il en devient indéfendable : la construction en "marabout-bout de ficelle" de son scénario tient plus du foutage de gueule que du cadavre exquis surréaliste, tandis que sa complaisance envers la violence - si elle peut évoquer les excès du cinéma coréen - relève trop clairement de l'artifice et de la volonté de traumatiser son spectateur pour être prise au sérieux. Bon, évacuons donc la question de la "qualité cinématographique" de "Kill List" et concentrons nous sur ce qui importe vraiment : la nature de l'expérience - vraiment originale, parfois extrême - imposée au spectateur, une expérience justifiant pleinement d'investir une heure et demi de son temps devant un écran. Car quiconque cherche, comme moi, du "neuf", de "l'inédit" après tant d'années passées devant des films ressassant des modèles usés, ne peut qu'être enchanté devant "Kill List" : le basculement de la chronique réalistico-misérabiliste de l'échec d'un couple vers le thriller glauque et absurde, puis vers un onirisme démentiel et malsain, constitue une sorte de "jamais-vu" extrêmement réjouissant. Loin de se livrer au fameux "mélange de genre" que nous célébrons chez les maîtres coréens, Wheatley nous propose un glissement très perturbant d'un film à l'autre, voire d'une forme de cinéma à une autre, créant par la-même une déstabilisation profonde du spectateur, brusquement expulsé du cocon de ses habitudes, voire de ses certitudes. Il est alors tentant de passer outre les limites de l'exercice, et de se contenter de remercier Wheatley - responsable du scénario comme de la mise en scène, elle-même brillamment inventive, du film - pour nous avoir aussi joliment (et brutalement) secoués.