The Neon Demon afficheRefn est un idiot. L'un de ces idiots savants devant lesquels la société s'émerveille : et logiquement les éloges qu'il reçoit le confortent dans la certitude aveugle qu'il est "dans le vrai". Après une filmographie au mieux moyenne mais célébrée un peu partout, "The Neon Demon" lui permet, en toute liberté et en roue libre, de faire le cinéma qu'il rêve d'offrir au monde. Naturellement, le résultat est plastiquement superbe - pouvu qu'on aime les pubs pour les parfums et les clips de musique électro (mais qui ne les aime pas ?) - et d'une idiotie intégrale. Le scénario, évidemment signé RWN (Refn devient un logo !), est inepte, qui brasse des banalités au point de frôler les nanars du cinéma-bis italien des années 60 (mais sans le charme de l'innocence et de la perversité de ceux-ci) : la mode c'est le royaume du Mal, la vraie beauté est naturelle, les hommes sont des porcs libidineux, les femmes sont des garces envieuses, bla bla bla. La mise en scène est remarquable, chaque scène devient un vrai tour de force, ce qui permet au film de frôler parfois l'envoûtement. Certes, la fin, qui repique l'idée de Friedkin dans "To Live and Die in L.A." (titre qui irait aussi comme un gant ici), est une vaste blague, qui ruine le peu de crédibilité qui restait à Refn après la redoutable scène de sexe lesbien avec un cadavre (mais où va-t-il chercher ce genre de très mauvaises idées ?)... Mais l'idiotie absolue de Refn, c'est quand même de penser qu'il peut vomir l'artificialité et célébrer la "vraie beauté" en réalisant le film le plus artificiel et le moins vrai imaginable : que l'inanité de ce paradoxe lui ait échappé le condamne à errer à jamais au purgatoire des "petits maîtres", en compagnie de ces nombreux faiseurs qui n'ont rien compris au Cinéma, et que notre époque déboussolée semble adorer.