Sneaky Pete S2 POSTER

Un an plus tard, on a un peu digéré les qualités - intelligence, rapidité, excitation - et les défauts - complexité exagérée et brouillage des pistes irritant - de "Sneaky Pete", la série astucieuse de David Shore et Bryan Cranston...

... qui nous revient avec une nouvelle aventure sous pression d'un "con man", certes capable de jouer impromptu n'importe quel rôle, mais sur lequel s'accumule une quantité invraisemblable d'ennuis et de menaces (dont certaines mortelles...).

L'intrigue a démarré dans les dernières minutes du dernier episode de la première saison, et est donc par de nombreux aspects l'extension directe de celle-ci : c'est cette fois la famille adoptive de Marcus qui est toute entière menacée, entre une enquête de police qui se rapproche de la patriarche, un tueur à gages déterminé à venger son père, et des truands "native american" à la brutalité décomplexée. Tandis que Marcus se débat entre les griffes d'un Monténégrin psychopathe, adorant l'usage de l'acide, et qu'il espère escroquer de la bagatelle de 11 millions de $, c'est le passé bien caché de la famille qui ressurgit et ébranle le chateau de cartes que Marcus a patiemment construit. Bref, la richesse de l'intrigue est stupéfiante, et après un démarrage malheureusement un peu fastidieux durant les 3 premiers épisodes, "Sneaky Pete" nous offre d'incroyables montagnes russes culminant -comme c'est la règle du genre - dans un final (sur les 3 derniers épisodes) littéralement tétanisant.

Les coups de théâtre à répétition et les retournements de situation permanents pourraient certes s'avérer fatigants, si le rythme de la mise en scène et l'abattage des comédiens - avec une fois de plus un bémol quant au jeu lunaire de Ribisi, sorte de Droopy dont on a parfois du mal à saisir le supposé brio - ne nous embarquait généreusement. En dévoilant - assez étonnament en fait - le "truc" derrière un célèbre tour de prestidigitation, "Sneaky Pete" fait certes écho au succès discutable de "Insaisissables", mais c'est surtout au "Neuf Reines" argentin que le dévoilement de la manipulation fait référence.

Reste que le vrai triomphe de cette seconde saison, c'est de relativiser immédiatement dans un anti-climax dépressif le "triomphe de l'intelligence" : aussi brillant soit-il, Marcus ne peut rien contre les sentiments les plus "animaux" - haine, jalousie, soif de vengeance - et surtout les plus irrationnels, qui finissent par primer. La victoire de l'esprit (ou de la raison...) est éphémère, et la noirceur du monde s'est encore rapprochée. Gageons que la troisième saison creusera de nouveau ce sillon, et ajoutera encore de la profondeur à cette série, qui ne se limite plus à de simples "mind games".