How It ends affiche"How It Ends" commence plutôt bien, presque comme un film "normal", pas comme l'un de ses innombrables - pitoyables - "Netflix original movies" qui ne semblent pas venir de notre planète : un joli malaise dans la relation entre le jeune "héros" et ses beaux-parents (Forest Whitaker est impeccable comme souvent, et constitue la principale raison d'investir deux heures de son temps dans ce road movie post-apocalyptique), et puis la rupture. Tout s'arrête, plus de courant, plus de téléphone, plus d'Internet, plus de gouvernement, et on ne sait pas pourquoi. En fait, on ne le saura jamais, et ce simple fait, d'une jolie élégance, place le film à un autre niveau que la SF "standard" de chez Netflix. Commence le roadtrip, tout en suspension, la plongée dans l'inconnu d'une société qui se délite terriblement vite : quand la Loi disparaît, les armes américaines sont la nouvelle loi. Aucune originalité là-dedans, mais du réalisme quand même dans la description d'un "chacun pour soi" tellement profondément ancré dans l'inconscient américain qu'il relève de l'évidence. Chaque étape de l'épreuve qui attend nos voyageurs inconscients souffre certes de cette évidence, qui touche souvent à la redite de scènes cent fois vues auparavant, mais il y a une sorte de liberté dans l'égarement, dans la fuite en avant des personnages, mais aussi dans la gratuité des situations - comme la belle rencontre sans conclusion, sans sens particulier, avec la jeune indienne - qui tranche avec le fonctionnalisme habituel des scénarios à l'américaine.

Tout cela, élégamment filmé par ailleurs, se gâte néanmoins quand le périple prend fin, et que "How It Ends" se concentre sur la quête du héros (Theo James, fadasse) pour déboucher sur une sorte de happy end improbable. Même si la brève vision de Seattle sous la poussière et les cendres, évoquant le New York de l'après 9-11, est saisissante, les scénaristes font le choix étrange de ne rien tirer d'une ultime confrontation qui aurait pu apporter du sens à un film qui en manque gravement : soit en creusant la veine SF du sujet (le cataclysme, simulation ou réalité ?), soit en injectant enfin un doute quant à la motivation des personnages, et en particulier de la parfaite épouse enceinte... Ce ratage de dernière minute est aggravé par un dernier plan inutile, qui laisse imaginer une issue possible, faux optimisme injustifiable contredisant le discours assez radical qui a été celui du film jusque là.

C'est dommage, d'autant que David M. Rosenthal, en prenant son temps, en évidant nombre de scènes de toute psychologie, avait fait œuvre de "Cinéma", chose rare sur les terres désolées de la fiction Netflix.