Le_gouverneur_CapitaleL'Afrique marque au coeur quiconque y vit : aucun de mes amis qui y ont fait "leur coopération" (je vous parle d'un autre temps...), et encore moins de ceux qui y sont nés de parents installés à l'époque de la France coloniale, ne s'en est jamais remis. Je n'ai donc pas été surpris par "le Gouverneur Capitale" de Stéphane - qui me pardonnera j'espère pour cette familiarité - même si je ne sais pas ce qui l'a amené en Guinée de 1995 à 1997 : j'ai retrouvé dans son beau livre les histoires que mes amis m'avaient contées au long de soirées passées à jouer au Tarot et à boire, à Alger ou à São Paulo. Moi, qui n'ai vecu qu'aux extrêmes du continent africain, le Nord arabe et le Sud "blanc", je n'ai connu la fièvre et la violence du coeur ardent du "berceau de l'humanité" qu'à travers les récits d'hommes et de femmes passionnés, auxquels chacune des brèves nouvelles de Stéphane fait brillamment écho...

Je me suis donc retrouvé un peu chez moi quand même, en traversant brièvement la vie de Adou, Guillaume, Innocent et tant d'autres, croqués en quelques traits vigoureux, d'une main sûre par un écrivain qui sait se concentrer sur un minimum de détails, de faits, pour évoquer l'essentiel. Car Stéphane, même s'il n'en a pas encore fait - du moins je le crois - son métier, est un écrivain, et un vrai. Ses mots sont précis et ses phrases brèves : ses récits sont puissants, et à travers l'arme de l'anecdote, narrée avec une plaisante légèreté, c'est toute une humanité, splendide, parfois bouleversante, que l'on entrevoit. Les 200 pages du "Gouverneur Capitale' se dévorent en quelques heures, il est difficile de reposer le livre, de ne pas enchaîner nouvelle après nouvelle... comme il est difficile de s'arracher à la fascination de l'Afrique, ses vices et ses vertus.

Le livre se clôt par une "proposition" de pièce de théâtre, que Stéphane n'a pas encore écrite, et qui raconte Sékou Touré et plusieurs décennies de pouvoir guinéen : c'est passionnant, c'est juste trop peu. Et ce "trop peu", c'est le sentiment de frustration du lecteur qui referme "le Gouverneur Capitale" : souvent, ces petits textes de 2 ou 3 pages ressemblent à des ébauches trop vite abandonnées de romans fabuleux que Stéphane n'a pas encore écrits. Quand on lit la vivacité, la vigueur plutôt, des trop rares dialogues qui illuminent certaines nouvelles ici, on ne peut que regretter le choix de la forme du récit, presque du conte, qui a été fait : on sent qu'en plongeant dans l'arène, avec ses personnages, l'écrivain saurait passer "à la vitesse supérieure". Car si l'on imagine que Carver est un modèle pour le nouvelliste de Boysson, on pressent ici un vrai romancier qui pourrait nous emporter en des voyages à bien plus long cours...

Allez, Stéphane, au boulot !