morrissey-low-in-high-schoolLa haine avec laquelle le dernier album de Morrissey est reçu par une bonne partie de la presse est - logiquement - proportionnelle à l'intérêt que peut soulever ce Low in High School, que certains pourraient bien au contraire considérer comme le sommet absolu de la carrière solo de l'homme que l'on aime tant détester : car, honnêtement, a-t-on déjà entendu sur un album du Moz quelque chose du calibre de I bury the Living, par exemple ? Quelque chose d'aussi grandiose, over the top, d'un mauvais goût aussi sublime ? Low in High School, c'est pour Morrissey l'équivalent du triomphe à Las Vegas pour Elvis : la négation absolue de tout ce qu'il a représenté au début de sa carrière (donc des Smiths, de l'Anglo-centrisme, du bed-sitting indie rock), et en même temps l'aboutissement logique de toute cette trajectoire aberrante de star adorée, capricieuse, absurdement gâtée.

Ici Morrissey tourne définitivement le dos à la sensibilité, l'élégance et l'intelligence même (encore que... on pourrait aussi bien prétendre l'absolu contraire !). Adieu, ligne claire et guitares cristallines, bonjour orchestration baroque et rythmes chaloupés, sans même parler des synthés bien gras !

Pire, et l'anathème sera évidemment général, Morrissey semble se contrefoutre désormais de l'Angleterre (cette pochette ne serait donc qu'un leurre ! My God !) et célèbre les printemps arabes, le Venezuela (halte aux violences policières...) et surtout, horreur absolue pour le journalisme politiquement correct, Israël, avec lequel il s'identifie ici entièrement (donnant lieu à la plus belle chanson du disque, qui clôt magistralement l'album...).

On savait le Moz malade, et paradoxe impensable, on le découvre ici plus pugnace que jamais, ouvert au monde, polémique comme toujours, et bien entendu encore une fois combattant pour son titre de meilleur chanteur du monde. On le découvre, contre toute attente, totalement maître de son Art, louchant du côté du grand spectacle morriconien (cet album a été enregistré en Italie, est-il fièrement écrit sur la pochette), concluant superbement le trajet commencé d'une manière assez maladroite sur World Peace is None of Your Business, son précédent - et décevant - opus.

Bien sûr, tout cela devra être jugé avec le recul nécessaire à l'évaluation d'une œuvre artistique qui, depuis le séisme de This Charming Man, a toujours été much bigger than life, mais a priori voici un album parfait pour une fin de parcours : l'héritage des Smiths est définitivement soldé - bien mieux que par les provocations rockabilly et nationalistes de naguère -, la tentation crooner est transcendée, le grand monde est affronté. Parler de chef d'œuvre est hors de propos, mais on ne peut s'empêcher de repenser à ce titre prémonitoire d'une compilation des Smiths : Louder than Bombs. Cette fois, ça y est !