2017 08 26 PJ Harvey RES J2 (8)Je me tâte pour savoir si je vais rester pour PJ Harvey, sachant que, a priori, ce sera à peu près le même spectacle que celui vu au Zénith il y a une dizaine de mois. Mais, placé comme je suis, je me dis que ce serait vraiment du gaspillage que de ne pas en profiter. Et bien m’en a pris, car PJ Harvey va nous offrir (m’offrir ?) ce soir une sorte de concert parfait, une merveille musicale au service d’une vision politique et humaine clairement affirmée. En fait, dans une direction pourtant bien distincte de celle des Kills, une affirmation haute et claire de l’importance de la Musique dans notre monde en plein naufrage. Une manière digne et sauvage à la fois de lever la tête, voire le poing lorsque nécessaire. Mais qu’est-ce qui a changé dans le "spectacle" de PJ Harvey et de ses neuf musiciens depuis 10 mois ? A 22 heures pile, quand débute la procession – batteries et cuivres – qui ouvre la cérémonie (certains accusent "The Hope Six Demolition project" d’être trop solennel, je comprends pourquoi mais cela ne me gêne pas outre mesure), je pense que, justement, rien n’a changé. Sauf que, rapidement, je trouve PJ elle-même beaucoup plus intense, moins "flottante" comme ce fut un peu le cas au Zénith : en fait, derrière la mise en scène très composée qui régit les ballets des musiciens, leurs changements d’instruments et de place, leurs interventions, on retrouve la PJ intense de ses débuts, même si c’est désormais dans une parfaite maîtrise de son art. Vocalement, le concert de ce soir fut prodigieux, servi en outre par un son parfait, ce qui n’est pas si courant que ça dans un festival. Les musiciens autour de PJ contribuent pleinement à la complexité de la musique, et surtout, contrairement à ce qui se passe généralement dans ce genre d’orchestre, ne se laissent jamais aller à la virtuosité : tout le monde ce soir est dans l’intensité, dans la concentration, dans l’épure, et c’est qui allège fantastiquement une musique qui a été pourtant construite dans la contestation politique, dans la démonstration de force.

Alors, quels furent les moments forts de ce set d’une heure et demi d’une folle générosité ? Je suppose que cela dépendra de la sensibilité de chacun : The Ministry of Defence reste une claque d’une incroyable dureté, The Words that Maketh Murder et surtout White Chalk transcendèrent les versions jamais entendues auparavant, The Wheel déchira littéralement la nuit avec ses solos de saxo dignes de "Fun House", 50ft Queenie montra que PJ pouvait toujours rocker et de manière particulièrement sauvage, To Bring You My Love dut amener les larmes aux yeux de bien des spectateurs devant la grande scène, culminant dans une sorte d’extase cérémonielle orgasmique. Et en rappel, nous eûmes même droit à une version particulièrement électrique de Highway 61 Revisited, une référence pas si absurde que ça pour la Polly de 2017, engagée politiquement et plus furieuse que jamais. Un set extraordinaire, de la part d’une immense artiste, et la meilleure conclusion possible pour ce second jour de Rock en Seine 2017.